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Full text of "Histoire de France, depuis l'etablissement de la monarchie jusq'au regne de Loui"

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• 


HISTOIRE 

D  E 

FRANCE, 

DepuîsTétabliffement  de  la  Monarchie, 
jufqifau  règne  de  Louis  XIV. 

Par  Af.  rAbhé  Felly, 

TOME       PREMIER, 


Prix,   3   livres  relié. 


Chez 


A.  P  A  R  I  S  :, 

SAILLANT  &  NYON,  rne  Saint- 

Jean-de-Beauvais. 
Veuve  D  E  S  A  I  N  T,  rue  du  Foin-Saint- 

Jacques, 


M,     DCC     LXXV. 

Avec  Approbation  ^  &  Privilège  du  P<ci. 


/f)M 


•"  e««    ' 


K-m4 


'"ADAMSiW. 


^■.  I 


A    MONSEIGNEUR 

DE  MACHAULT, 

Chevalier  garde  des  fceaux  de  France , 
miniftre  ôc  fecrétaire  d'Etat  ayant 
le  département  de  la  marine ,  com- 
mandeur des  ordres  du  roi ,  ôcc. 


M 


o  N  S  E I  c  :n^e  V r  , 


C^eJÎ  à  un  mlniflre  égahmenX 
cher  au  prince  ^  aux  fujets  ^  que 
je  dédie  Vhijloire  d\me  nation  dont 
il  réunit  tous  les  fuffrages.  Ayant 
à  célébrer  les  grandes  âclions  des 
hommes  vraiment  utiles  à  la  pa-* 
trie  ,  j^ai  voulu  qu^à  la  tête  de 
leur  éloge  on  vît  un  nom  gloricux^ 
par  de  grands  &  fignalés  fervi- 
cts^  rendus  de  tous  temps  aux 
Eois,  à  l'Etat  &  au  Public:  nom 

a  z 


W         E  P  I  T  R  E. 

fécond  en  pcrfonnagcs  ilîujlres 
dans  toutes  les  charges  où  ils 
ont  été  apelés  ,  foit  aux  confeils , 
foit  aux  intendances  des  provin- 
ces &  des  armées ,  foit  dans  les 
cours  fouv.eraines  ,  comme  fa- 
ges  ,  prudents  ,  &  très-équita- 
bles fénateurs» 

Ce  font ,  Monseigneur  , 
les  propres  termes  dont  feferv oit , 
il  y  a  plus  de  cent  ans  y  un  de  nos 
vieux  hifloriens  François  *  ^  en 
rendant  à   un  de  vos  ancêtres  le, 
même     hommage    que    Votre 
Grandeur  me  permet  de  lui 
rendre  aujourd'hui,  Quelnouveau\ 
fiijet  d* admiration  yfi  comme  nous^ 
il  vous  voyoit  remplir  les  prC'- 
mieres  places  de  VEtat  avec  l'a- 
plaudifement  généra!  d'une  nation 
éclairée  ,  &  fervir   utilement    le 
prince  dans  des  occafions  aujfi  dé^ 

*  Corrofet ,  Tréfor  de  rhiftoire  de  France ,  impri- 
mée en  1 5  4.<  ,  &  dédiée  à  M.  François  de  Machault  , 
ftigneur  de  Romaincourc  &  de  Gardes  ,  coiifeiUcr  dti 
foi  en  Tes  ccnfeils  >  iSic^ 


È  P  I  T  R  E.  ^ 

ticatcs  qu  intcreffantes  pour  Fa  fer- 
mijjancnt  de  /à a  trône  ,  &  l^ac-" 
croiJJ'ement  de  fa  ghire  !  Admi- 
niflratcur  des  finances  du  royaU'* 
me  y  dépofj taire  du  fceau  ,  de  la 
puijfance  V  des  grâces  du  fouve-* 
rairi  chef  du  commerce  des  colo^ 
nies  vS'  des  mers  ^  vous  ave^fçu 
reunir  tout  ce  que  le  minijUre  ^ 
la  magiflature  ont  de  plus  illuf" 
tre  ù  de  plus  important.  Mais 
ce  qui  frape  encore  plus  y  c^cjl  ce 
génie  fupeneur  aux  plus  grands 
emplois  y  cette  vive  intelligence 
pour  laquelle  tout  devient  lumi- 
neux^ cette  grande  ame  au-dejjiis 
des  ob/tacles  ,  qu'elle  fçait  égale- 
ment prévoir  &  furmonter  :  ce  J ont 
enfin  ces  brillantes  qualités  de 
Vefprit  5'  du  cœur ,  qui  jointes 
aux  talents  qui  étonnent  ^  forment 
le  grand  homme  y  Vhonime  aima- 
ble. 

V'^cilà  y  Monseigneur  y  ce 
qui  fixe  les  refpeSs  du  philoj'ophe 

a  3 


vj       Ê  p  r  T  R  i 

comme  du  peuple,  C^ejl  auffi  Vad^ 
miration  juflement  due  à  de  fi 
rares  mérites  ,  qui  m^a  infpiré 
Vambition  de  voir  h  nom  d^uti 
minijîre  toujours  citoyen  ,  orner 
le  commenc(^ment  de  cette  nouvelle 
hiftoire.  Elle  pouroit  être  écrite 
avec  plus  d^élégance  y  mais  non 
avec  plus  de  (ïncérité  :  le  feul  vrai 
y  ejl  par-tout  mon  guide  S'  nia 
fin.  l^ous  y  Mon SFIGN F.v R  % 
qui  aime^  la  vérité  &  qui  vouk:^ 
quon  la  dif'e ,  rcceve:^  le  refpeclueux 
tribut  que  je  paie  en  même- temps 
àfes  charmes  &  à  vos  venus. 

Je  fuis  avec  un  profond  refpeci  y 

MONSEIGNEUR, 
De  Votre  Grandeur^ 


Ls  nès-humhle  îf  très- 

chéijUcint  ferviteur  ^ 


vij 

:    PRÉFACE.    . 

On  ne  s'arrêtera  point  à  démon- 
trer les  avantages  de  Thiftoire.  Tout 
le  monde  fçait  que  c'eft  Técole  où 
fc  font  formés  les  Alexandres ,  les 
Scipions ,  les  Céfars  ,  &:  prefque 
tout  ce  que  l'univers  compte  de 
héros.  Néceffaire  aux  rois ,  qu  elle 
înftruit  à  rendre  leurs  peuples 
meilleurs  &:  plus  heureux  ;  utile  a 
l'homme  d'Etat,  dont  elle  étend 
les  vues  jufque  dans  l'avenir,  par 
une  jufte  comparaifon  de  ce  qui 
eft  arrivé  \  agréable  au  fîmple  par- 
ticulier ,  fous  les  yeux  duquel  elle 
fait  paffer  cominé  en  revue  les 
républiques,  les  royaumes  &:  les  em- 
pires ,  elle  ofre  à  tout  le  genre  hu- 
hiain  des  connoifiances  auffi  cur 
i;ieufes  qu'intéreffantes  fur  fon  ori- 
gine ,  fes  progrès ,  fes  grandeurs,  feç 
foiblejQTes  ,  fes  vertus  &  fes  vices,^ 


PRÉFACE. 

Mais  de  toutes  les  hiftoires ,  k 
plus  digne  de  t'étudx  d'un  homme 
qui  penfe  ,  eft  fans  contredit  celle 
de  la  patrie.  C'eft  une  efpece  de 
tableau  général  de  famille  ,  ou 
chaque  citoyen  croit  reconnoîtrc 
quelques-uns  de  fes  ancêtres ,  les 
uns  dans  un  rang  plus  élevé  ,  les 
autres  dans  un  état  moins  brillant, 
tous  véritablement  utiles  a  la  fo- 
ciété.  On  fent  par  expérience  ce 
que  peut  une  pareille  perfuafion 
fur  ime  ame  bien  née  :  l'exemple 
toujours  plus  éficace  que  le  pré- 
cepte en  reçoit  une  nouvelle  for- 
ce :  delà  cette  noble  émulation  y 
qui  produit ,  &  les  grandes  adions  ^ 
&c  les  hommes  célèbres  en  tout 
genre. 

C'eft  fur-tout  cet  admirable  éfet 
qu'un  auteur  doit  avoir  en  vue, 
lorfqif  il  écrit  les  faftes  de  fa  nation. 
Mais  pour  le  produire  plus  infail- 
liblement,  il  faut  que  rhiiloirc 


__       PRÉFACE,      ix 

écrite  pour  Tutilité  commune,  foit 
en  même-temps  celle  du  prince  &: 
de  l'Etat,  de  la  politique  &:de  la 
religion  ,  des  armes  Se  des  fcien- 
ces ,  des  exploits  &;  des  inventions 
utiles  ôc  agréables.  C'eft  cependant 
ce  qui  paroît  avoir  été  le  plus  né- 
gligé. 

Il  femble  ,  en  lifant  quelques- 
uns  de  nos  hiftoriens  ,  qu'ils  ayent 
moins  envifagé  Tordre  chronolo- 
gique des  rois  comme  leur  guide , 
que  comme  l'objet  principal  de 
leur  travail.  Bornés  à  nous  apren- 
dres  les  viéloires  ou  les  défaites  du 
fouverain,  ils  ne  nous  difentrien, 
ou  prefque  rien  des  peuples  qu'il 
a  rendus  heureux  ou  malheureux. 
On  ne  trouve  dans  leurs  écrits 
que  longues  defcriptions  de  fieges 
&  de  batailles  :  nulle  mention  des 
moeurs  Se  de  Fefprit  de  la  nation. 
Elle  y  eft  prefque  toujours  facrifiée 
à  un  feul  homme  j  &  la  gloire  qui 


X       PRÉFACE. 

réfulte  des  vertus  pacifiques,  y  eft 
partout  immolée  au  brillant  des 
exploits  guerriers.  Ceft  le  défaut 
qu'on  a  tâché  d'éviter  dans  cette 
nouvelle  hiftoire  de  France. 

L'idée  qu'on  s'y  propofe  ,  eft  de 
donner  avec  les  annales  des  prin- 
ces qui  ont  régné  >  celles  de  la  na^- 
tion  qu'ils  ont  bien  ou  mal  gou- 
vernée ;  de  joindre  aux  noms  des 
héros  qui  ont  reculé  nos  frontiè- 
res, ceux  des  génies  qui  ont  éten- 
du nos  lumières^  en  un  mot,  d'en- 
tre-mêler  le  récit  de  nos  vidoires 
&  de  nos  conquêtes  ^  de  recher- 
ches curieufes  fur  nos  mœurs  , 
nos  loix  &  nos  coutumes. 

Les  faits  y  feront  plus  ou  moins 
détaillés ,  félon  qu'il  fera  plus  ou 
moins  avantageux  d'en  être  inf- 
truit.  On  s'eft  fur-tout  apliqué  à 
remarquer  les  commencemens  de 
certains  ufages ,  les  principes  de 
nos  libertés ,  les  vraies  fources  Se 


PRÉFACE.      xj 

Içs   divers  fondements   de   notre 
droit  public ,  l'origine  des  grandes 
dignités  ,   l'inftitution  des  parle^ 
ments ,  rétabliflement  des  univer- 
fités  ,  la  fondation  des  ordres  re- 
ligieux ou  militaires  j  enfin  tout  ce 
que  les   arts  &:  les  fciences  nous 
fourniflent  de  découvertes  utiles  à 
la  fociété. 
On  n'ofe  fe  flater  que  Tcxécution 
réponde  à  la  grandeur  de  Tentre- 
prife.  On  peut  du-moins  affurer 
qu'on  n'a  rien  négligé  pour  rendre 
Touvrage  intéreffant ,  foit  par  les 
faits ,  on  les  trouvera  revêtus  de 
leurs  principales    circonftances  ; 
foit   par  l'exadlitude  ,  on  n'écrit 
rien  que  fur  des  autorités  décifi- 
Ves.  Ceft  dans  les  fources  ancien- 
nes qu'on  a  puifé.  Les    auteurs 
contemporains ,  les  annales  ôc  les 
chroniques  du  temps  font  les  ga- 
rants de  ce  qu'on  avance.  On  s'eft 
I  fgit  un  devoir  de  confultcr  les  mi* 


xij     PRÉFACE. 

moires  de  lacadémie  des  belles- 
lettres  ,  recueil  infiniment  pré- 
cieux par  mille  endroits ,  mais  fur- 
tout  par  fes  fçavantes  differta- 
tions,  qui  répandent  de  iî  vives  lu- 
mières fur  les  points  les  plus  em-, 
brouillés  de  notre  hiftoire.  On  les 
trouvera  par-tout  cités  fous  le  nom 
de  Mémoires  de  littérature  y  moins 
encore  pour  abréger ,  que  parce 
qu'en  éfet  ils  méritent  ce  titre  par 
excellence.  Du  Tillet ,  Ducange 
^  Pafquier  nous  ont  auffi  fourni 
de  grands  fecours.  On  verra  par  la 
Icdure  de  cet  ouvrage ,  qu'on  a 
fait  de  leurs  écrits  tout  l'ufage  que 
m.éritent  les  excellentes  recher- 
ches dont  ils  font  remplis. 

On  ne  donne  aujourdhui  que 
les  deux  premiers  volumes.  La 
fuite ,  qui  eft  fous  prelTe ,  ne  fera 
ni  différente  pour  la  forme ,  ni 
moins  intéreffante  pour  le  fond. 

HISTOIRE 


\ 


ISTOIRE 

D  E 

F  R'A  N  C  E.  . 


DISCOURS  PR«ÉYiMINAIRE. 

LORIGINE   DES   FRANÇOIS. 

1 L  femble  qu'il  foit  de  la  deftinée  des 
nations  célèbres  de  n'avoir  aucun  mo- 
nument certain  de  leur  origine.  Athè- 
nes ôc  Rome  n'ont  eu  que  de  foibles 
lumières  fur  leurs  ancêtres  :  les  Fran- 
çois ne  connoiiïent  qu'imparfaitement 
leurs  fondateurs.  Les  uns  veulent  qu'ils 
foient  defcendus  des  anciens  rois  de 
Troie  :  d'autres  affurent  qu'ils  ont  pris 
naiiïance  dans  les  Gaules  ,  d'où  ils 
itoient  fortis  avant  ou  après  les  con- 
Tomc  I,  A 


quêtes  de  Jules  Céfar.  Il  y  en  a  qui 
les  font  venir  de  la  Scandinavie , 
qu'on  appelloit  autrefois  la  mère 
commune  des  peuples.  Ceux  -  ci  , 
fur  l'autorité  de  quelques  écrivains 
cités  par  Grégoire  de  Tours ,  imagi- 
nent que  la  Pannonie  efb  leur  vérita- 
ble berceau  :  ceux-là,  fondés  fur  cer- 
taine reffemblance  de  rtiœurs  ,  préten- 
dent que  c'eft  une  colonie  de  ces  fa- 
meux Scythes  libres ,  ou  francs ,  qui , 
fuivant  le  témoignage  d'Hérodote  , 
habitoienr  fur  les  bords  des  Palus- 
Méotides.  Le  fentiment  le  plus  pro- 
bable eft  qu'ils  font  originaires  de 
Germanie  ^  mais  on  ne  fçait  pas  pré- 
^  cifément  quelle  ''partie  de  cette  vafte 
«Montrée  fut  leur  première  demeure  , 
ni  ce  que  fi-^niiioit  anciennement  le 
nom  de  Franc.  On.  croit  communé- 
ment que  c'étoit  une  ligue  de  plufieurs 
peuples  5  qui  occupoient  cette  étendue 
PUiip.  Cluv,  de  pays  terminé  à  l'orient  par  l'Elbe  , 
<^.  5.  c.  zo.  ^^  micli  par  le  Mein ,  au  couchant  par 
le  Rhin  ,  au  nord  par  la  mer  fepten- 
trionale.  C'eft-  ce  qu'on  appelle  au-» 
jourd'hui  la  Franconie  ,  la  Turinge  , 
la  HelTe ,  la  Frife  ,  la  Weftphalie. 
T^f.xursdes  Les  auteurs  anciens  qui  ont  parlé 
GeTmains!  ^^  ^^^  peuples  nous  les  repréfentenc 
cpmme  des  fauvages ,  qui  ne  vivoien^ 


morihus  Ger* 
man. 


Préliminaire.  5 

que  de  leur  chalfe  ,  de  fruits ,  de  lé-  Tadt.  de 
gumes ,  6c  de  racines.  Plus  jaloux  de 
leur  liberté  qu'avides  des  chofes  qui 
procurent  les  délices  de  la  vie ,  ils  ne 
connoiffoient  ni  l'or ,  ni  l'argent  ,  &c 
tout  leur  commerce  fe  faifoit  par 
échange.  Plus  guerriers  que  civilifés  , 
ils  n'avoient  d'autres  villes,  que  leurs 
forêts  ,  d'autres  maifons  que  des  an- 
tres fouter reins ,  ou  de  ruftiques  bâti- 
ments de  bois  &  d'argile  j  d'autres  pof- 
fefïions ,  que  les  terres  que  le  magiftrat 
ou  le  prince  leur  diftribuoit  chaque 
année ,  fuivant  la  condition ,  les  fer  vi- 
ces &■  la  valeur  d'un  chacun.  Vrais , 
fidèles  ,  finceres ,  ils  fe  piquoient  de  la 
plus  fcrupuleufe  délicateife  fur  le 
point  d'honneur  :  rigides  obfervateurs 
des  loix  de  la  nature,  ils  ignoroient  , 
.ou  puniiToient  févérement  les  abomi- 
nations qui  deshonoroient  la  Grèce  &: 
l'Italie.  Généreux  dans  leurs  inimi- 
tiés ,  une  ofFenfe  étoit  auili-tot  par- 
donnée  que  reconnue  :  implacables 
dans  leurs  hoftilités ,  fouvent  leur  ven- 
geance dégénéroit  en  férocité.  Ci- 
toyens zélés ,  ils  étoient  toujours  prêts 
à  tout  facrifier  pour  la  patrie  :  redou- 
tables voifins  5  ils  faifoient  confifter 
leur  gloire  6c   leur   fureté  à  dévailer 

Al 


4  Discours 

kurs  propres  frontières  ,  &  à  fe  fépa-'>.' 
rer  du  refte  de  ranivers  par  d'afFreufes 
folitudes.    Mélange  fingulier  dactivir-., 
^  _         té  &  d'oifiveté ,  ils  ne  favoient  ni  s'oc- 
cuper utilement  pendant  la  paix  ,  ni 
fe  modérer  pendant  la  guerre.  On  adr-.] 
miroit  fur -tout  leur  zèle    emprefifé  i 
exercer    Thofpitalité.     Leurs    maifons  ; 
étoient  toujours  ouvertes  à  l'étranger  ri 
on  le  défrayoit  pendant  fon  féjour  :  oït} 
lui  faifoit  des  préfents  à  fon  départ, 
leur  rclî-     Leur   religion    fe    reflTentoit    de    la, 
ê'îon.  fimplicité     de     leurs    mœurs.     Leurs 

dieux  étoient  le  foleil ,  la  lune  ,  le  feu  , 
les  arbres ,  les  rivières  :  leurs  temples , 
ces  cavernes  ténébreufes  ,  ou  les  en- 
droits de  leurs  forêts  les  plus  fombres 
8c  les  plus   impénétrables  à  la  clarté 
du  jour  :  leurs  facrifices ,  des  vidfcimes 
humaines ,  des  brebis ,  des  loups ,  des 
renards  :  leurs  prêtres  ,  des   magiciens 
plutôt  que  cies  théologiens  î  leurs  ma- 
nages ,  des  locietcs  toujours  de  goût  , 
jamais    d'intérêt  :  les    femmes  exclues 
des    fucceffions    n'apportoient   aucune 
dot  :  leurs  funérailles  ,  de  fimples  ce- 
'  rémonies   d'où  le   fafte    étoit   banni  , 
mais  où  brilloit  leur  extrême  tendreffe 
pour  les  morts.  Lorfqu'on  les  brûloit  > 
ç'étoit  avec  un  bois  choifi  ;  lorfqu'on 
les   inhumoit  ,    c'étoit   avec  tout   ce 


Préliminaire.  5 

qu'ils  avoient  de  plus  riche  &  de  plus 
précieux  ,  fouvent  même  avec  un  do- 
meilicpe  pour  les  fervir  dans  l'autre 
inonde. 

La  nation  étoit  divifée  en  quatre  Leur  goiu 
clalTes ,  les  nobles ,  les  libres  ,  les  af-  vememenc 
franchis  ,  les  ferfs-.  L'hiftoire  leur  don- 
ne tantôt  des  rois  ,  quelquefois  un 
prince  ,  fouvent  des  ducs.  L'-autorité 
des  rois  étoit  perpétuelle  ,  celle  du 
prince  n'étoit  que  pour  un  temps  ^  les 
ducs  ne  commandoient  que  pendant 
la  guerre.  Les  uns  &  les  autres  n'a- 
voient  qu  un  pouvoir  limite  :  les  gran-^ 

11,  c> 

des  affaires  fe  décidoient  dans  l'auem- 
blée  des  Etats.  On  choifiiToit  toujours 
les  rois  parmi  la  plus  haute  noblelTe  : 
dans  l'éleélion  des  ducs  on  confidéroit 
le  mérite  plus  que  la  nailTance.  Aucun 
de  ces  chefs  ou  commandants  n'avoir 
droit  de  lever  des  impôts  :  chaque 
particulier  leur  payoit  un  tribut  vo- 
lontaire fur  fa  récolte ,  ou  fur  fes  trou- 
peaux. Ce  préfent ,  libre  hommage  de 
l'amour  du  fujet,  étoit  en  r.ième  temps 
toute  la  récompenfe  des  travaux  ,  ôc 
tout  l'entretien  de  la  maifon  du  fou- 
verain.  L'ufage  des  lettres  ou  carac- 
tères leur  étant  totalement  inconnu  , 
ils  n'avoient  ni  annales,  ni  loix  écri- 

A3 


6  Discours 

tes.  Les  bardes  ou  pob'res  étoient  leurs 
hiftoriens  ^  les  chanfons,  leurs  hiftoi- 
res  j  la  coutume  &  les  lumières  du  bon 
fens  5  leur  code  &  leur  digefte.  On 
punifïbit  l'adultère  ,  monftre  horrible 
parmi  eux ,  par  Tignominie  &  la  répu- 
diation :  une  mort  honteufe  étoit  le 
châtiment  des  traîtres  &  des  transfu- 
ges :  on  enfeveliiïbit  tout  vivants  dans 
un  bourbier  les  lâches ,  les  poltrons  , 
&  ceux  qui  s'étoient  fouilles  d'un  cri- 
me abominable.  Supplice  inoui ,  qui 
caraétérife  parfaitement  l'horreur  de 
ces  peuples  aulîî  braves  que  ver- 
tueux y  pour  t'oute  efpèce  d'intamie. 
leur  mî-  Le  génie  guerrier  de  la  nation  pa- 
^"'  roijfïoit    jufque   dans    l'éducation   des 

enfants.  Us  ne  connoifToient  d'autres 
jeux  &  amufements  que.  l'exercice 
à  pied  ou  à  cheval.  Cependant  ils 
ne  pouvoient  porter  les  armes  que 
du  confentement  de  leur  cité.  On 
s'affembloit  :  quelqu'un  des  princes  , 
les  pères,  ou  les  parents  des  candidats , 
leur  faifoient  préfent  d'une  lance  & 
d'un  bouclier  :  cette  cérémonie  les  ini- 
tioit  dans  l'ordre  militaire  ,  &  les  afTo- 
cioit  aux  braves  de  l'Etat.  Leurs  armes 
étoient  l'épée  ,  la  framée  _,  lance  ou 
hallebarde  ,  la  fronde  ,  le  maillet  , 
l'angon    ou   javelot:  ,  qu'ils  dardoienc. 


Préliminaire.  7 

de  loin  ,  la  hache  qu'ils  lançoient  de  ' 

près  5  &  la  caieïe  j  efpece  de  mafTue 
roLirde  te  pefante ,  qu'ils  jettoient  au 
milieu  des  bataillons  ennemis ,  &  qui 
écrafoic  tout  par  fon  poids  énorme^ 
Un  bouclier  plus  haut  que  large ,  ou- 
vrage de  fimple  ofier  ou  d'écorce 
d'arbres ,  mais  dont  la  perte  entraînoic 
après  foi  le  deshonneur  &  l'infamie  ; 
une  cuiraffe  qu'ils  couvroient  de  quel- 
que peau  d'ours  ou  de  fanglier  \  un 
cafque  furmonté  de  queue  de  chevaux 
teintes  en  rouge,  ou  de  quelque  figu- 
re hideufe  ,  compofoient  toute  leur 
armure.  Leurs  enfeignes  n'olfroienc 
que  des  objets  terribles  :  c'étoit  tout 
ce  qu'il  y  avoit  de  plus  féroce  parmi 
les  animaux ,  ou  de  plus  horrible  dans 
leurs  bois  facrés.  Rien  de  plus  uni- 
forme que  leur  ordre  de  bataille.  L'in- 
fanterie toujours  placée  au  centre  , 
formoit  une  efpece  de  triangle  auquel  ^^^ro  1. 14. 
on  donnoit  le  nom  de  coin  ,  parce  que 
fà  pointe  étant  tournée  vers  l'ennemi  , 
fa  deftination  étoit  de  l'enfoncer  &  de 
le  rompre.  Cent  jeunes  hommes  choi- 
fis  combattoient  à  la  tète  de  ce  corps 
d'élite.  La  cavalerie  étoit  poftée  fur 
les  ailes  :  les  chariots  &  les  bagages 
compofoient  leur  arrière  -  garde.   On 

A4 


â  Discours 

leur  reprocha  long-temps  de  fe  battre 
tiimultuairement ,  &:  de  ne  connoître 
ni  frein  ,  ni  retenue  :  ce  fut  des  Ro- 
mains qu'ils  apprirent  toutes  les  rufes 
de  lattaque  6c  de  la  défenfe. 
leur  ma-  C'étoit  ,  fuivant  le  témoignage  de 
due.  Pline  ,  le  peuple  de  l'Europe  qui  en- 

tendoit  le  mieux  la  mer.  Leurs  vaif- 
féaux  faits  de  plufieurs  cuirs  coufus 
enfemble  ,  ou  d'oiier  couvert  de  cuir , 
îi'avoient  ni  voiles ,  ni  proues  ,  ôc  n'a- 
vançoient  qu'à  force  de  rames.  D'a- 
bord leur  navigation  étoit  bornée  aux 
rivages  les  plus  voifins  :  infenfible- 
ment  ils  bazardèrent  de  plus  longues 
courfes ,  rangèrent  la  cote  de  la  Gaule 
/  3c  de  l'Efpagne ,  &  pénétrèrent  par  le 

détroit  de    Gibraltaî^  jufque     dans   la 
Méditerranée. 
leurs  gfuer-      Tels  étoient  ces  anciens  Francs  ou 
^J^^^j^g^^" Germains  ,  fi  fouvent  attaqués,  quel- 
quefois battus,  jamais  entièrement  fub- 
jugués  par  les  Romains.  Le  vainqueur 
Crrfar  de  àcs  Gaùles  ,  Jules  Cefar ,  porta  deux 
j^eiio  GdL  fois   {qs  armes  dans   leur  pays  :  deux 
"'  ^       *      fois  il  repafTa  le  Rhin  ,  ne  remportant 
d'autre    avantage  que    d'avoir  fait   la 
dégât  fur  leurs  terres ,  &  de  leur  avoir 
brûlé   quelques   villages.  Augufte    qui 
voyoit  tout  l'univers  fournis  à  fes  loix. 


Préliminaire.  9 

ne   put  les    réduire   fous  le  joug.  On    Fi,  /.  i ,  c. 
fçait  quelle   fut  la  confternation  de  ce  ^J-  '  ^^  ^^^' 
prince ,  lorfqu'il  apprit  le  malTacre  des 
légions    commandées    par    Varus.    La 
-peur  lui  fit  oublier  ce  qu'il  devoir  à  fa 
dignité  :  il  fe   crut  perdu  jufque   dans 
Rome  5  qu'il  s'imaginoit  déjà  voir  en 
proie  à  la  fureur  de  ce  peuple  indom- 
ptable. Tibère ,  qui  n'étant  que  parti- 
culier 5  leur  avoir  fait  la  guerre  avec 
plus  de  gloire  que  d'utilité  pour  l'em- 
pire 5  défendit   de  les  inquiéter  ,  lorf- 
qu'il fut  monté  fur  le  trône  :  content 
de  les  refTerrer  dans  leurs  forêts ,  &  de 
les   mettre   hors    d'état    de   faire  des 
courfes  dans  les  Gaules.  Caligula  eni-     ^^^     . 
vré  du  fol  efpoir  d'égaler  les  victoires  Cai, 
de  Germanicus  fon  père  ,  arma  puif- 
famment    contre    cette   nation   belli- 
queufe  :  une  fuite  précipitée ,  la  honte 
de  n'avoir  rien  ofé  entreprendre ,  en- 
jfin  le  mépris  d'un  peuple  dont  la  bra- 
voure &    l'honneur    éroient    les    plus 
chères  idoles  ,  fut  tout  le  fruit  de  ce 
brillant  appareil.  Claudius  &  la   plu-     Taduann, 
part  de   les  fucceifeurs  ne   fongerent  i- 1 1. 
qu'à   leur  fermer  le  paiïage  du  Rhin  , 
&  bornèrent  toute  leur  politique  à  les 
lâiiTer  fe  détruire  &  fe  confumer  par 
ieius    dilfenfions    domelliques.  Marc* 

As 


lo  Discours 

Aurèle  5  qui  ofa  les  aller  chercher  juf- 
qiie  dans  leurs  mirais  ,  perdit  trente-  1 
trois  mille  hommes  dans  la  première 
bataille  qu'il  leur  donna  ;  Se  s'il  les 
vainquit  dans  les  défilés  de  Carnunte , 
il  avoua  lui-même  qu'il  ne  devoir  la 
vidloire  qu'au  plus  éclatant  de  tous  les 
prodiges.  Cet  avantage  miraculeux  les 
étonna  fans  les  abattre.  Bientôt  ils 
prifierent  le  Rhin  ,  &  fe  jetterent  fur 
Heroi  1 6.  les    Gaules.    Alexandre    Sévère  ,    qui 

^JS^'^^J./^teno'ii  alors  l'empire,  accourut  au  pre- 
mier bruit  de  cette  irruption  y  c'étoic 
un  prince  brave  ,  qui  aima  pourtant 
mieux  leur  prodiguer  fes  tréfors  pour 
acheter  la  paix  ,  que  de-  rifquer  une 
bataille  qui  pouvoit  perdre  l'État.  M^ 
M.  Cap,   ximin  qui  lui  fuccéda ,  délivra  ,  pour 

m.viaxim.  qi^ieîque  temps,  les  Gaules  de  la  crainte 
de  ces  peuples  toujours  inquiets ,  8c  tou- 
jours remuants.  Il  ne  paroit  pas  qu'ils 
ayent  rien  entrepris  de  confidérable 
jufqu'au  règne  de  l'infortuné  Valérien. 
Quelques       11  eft  vrai  qu'on  lit  dans  la  chroni- 

peuple?  de    «^^  d'Alexandrie  ,  que  les  deux  Dé- 

OeriT.inie        K  «     ri        r  ^  /  n 

paroiffcnt     CUIS ,  père  &  nls  5  furent  tues  en  allant 
îî^l:.^^  "'™  à  Ja  guerre   contre   les  Francs  :  mais 
tous  les  autres  hiftoriens  afTurent  que 
ces    devx  princes  moururent  au  -  delà 
'du  Danube  dans  une  expédition  con- 


de  Francs. 


pRiLIMlNAlRE.  Il 

rre  les  Goths.  Ce  ne  fut  donc  que  fous 
Fempire  de  Valérien  ,  que  les  Atcua- 
riens ,  les  Bru6teres ,  les  Chamaves  ^ 
les  Sali  en  s  ,  les  Catces  ,  les   Amiiva- 
riens ,  les  Cauces ,  les  Sicambres  &  les 
Frifons ,  tous  peuples  de    Germanie  ^    ^'"'-f'  ^*  ^  > 
commencèrent  à  fe  rendre  redoutables 
fous  le  nom  de  Francs.  L'hiftoire  rap- 
porte qu'ils  fe  répandirent  dans  la  pre- 
mière    &   la    féconde   Germanique  ; 
qu'Aurélien  ,  qui  depuis  fut  empereur, 
furprit  un  de  leurs  détachements  ,  leur 
tua   fept  cents  hommes  ,  &:   fit  trois 
cents    prifonniers.    Les  réjouiffances  » 
les  vers  Se  les  chanfons  que  Von  fit  à 
cette   occaiion  ,    témoignent  combien 
cette    nation  étoit  redoutée   des    Ro- 
mains ,  puifqu'ils  relevoient  avec  tant 
d'emphafe  un   avantage  fi  peu   conu- 
dérabîe. 

Quelque  temps  après ,  Se  fous  le  me-  Leurs 'ncif- 

^^^  ^  ^-1     ^  (ions  dans  les 

me   empereur  ,  ils  tentèrent  une  nou-  Gaules. 
v-elle  irruption    dans   les  Gaules.  Gai- 
lien  qui  n'étoit  encore  que  Céfar  ,  les 
repouGfa  au  pafifaç'e  du  Rhin,  Se  raflu-  So^jm.î.iii 
Ta  les    Belees    effrayés.   Mais  lorfqu'il  f^^^/è? 
fut  monté  fur  le  trône  ,  il  fut  fi  peu 
jaloux  d'en  conferver  les  droits  ôc  les 
ptéro-natives   ,     que    l'on    vit    s'élcvec 
autant  de  tyrans  ,  que  l'empire  avoit 

A6 


srian. 


Il  Discouas 

de  provinces.    Les   Francs  profitèrent 

m!''temv!  '  ^^  ^^  n-ouble  univerfel  ,  le  faifirenc 
' Frof,  i,  7.  de  tous  les  vaiiïeaux  qu'ils  purent  trou- 
ver 5  s'embarquèrent  fur  l'Océan  ,  .5^ 
pénétrèrent ,  les  uns  dans  les  Efpagnes 
qu'ils  ravagèrent  pendant  douze  ans  , 
les  autres  jufque  dans  l'Afrique  ,  où 
ils  mirent  tout  à  feu  ôc  à  fang.  Las  de 
piller  ôc  de  faccager ,  ils  retournèrent 
enfin  dans  leur  pays ,  chargés  d'un  ri- 
che butin  5  que  perfonn^  ne  fe  mit  en 
devoir  de  leur  difputer. 
Foplfc.  In  Le  long  interrègne  qui  fuivit  lajnort 
d'Aurélien  ,  réveilla  leur  avidité  :  ils 
palTerent  le  Rhin  fuivis  de  plufieurs 
autres  peuples  de  Germanie,  fe  jette- 
rent  fur  les  Gaules ,  3c  furprirent  foi- 
xante-dix  villes.  Probus  marcha  contre 
eux  à  la  tète  d'une  puiffante  armée  , 
les  battit  en  plufieurs  rencontres ,  leur 
enleva  toutes  leurs  conquêtes ,  de  les 
pourfuivit  jufque  dans  leurs  marais. 

Les  Francs  qu'il  fit  prifonniers 
,dans  cette  glorieufe  expédition  ,  fu- 
rent transférés  par  fes  ordres  dans  le 
royaume  de  Pont.  11  croyoit  qu'ainfi 
expatriés  ,  ils  ceiferoient  de  remuer  de 
de  troubler  l'empire  :  il  fe  trompa. 
"Evmtnms  Cette  brave  jeunefie  le  voyant  occupé 

?«  Oraf.  de  ^  d'auttes  guerres  ^  s'empara  de  queU 


Préliminaire.  15' 
ques  barques ,  courut  les  mers ,  de  ^onzgeflts  ConJ^ 
la  défolation  fur  toutes  les  côtes  de^'^'""' 
l'Afîe  mineure  ,  de  la  Trace  ,  de  la 
Macédoine ,  de  la  Grèce ,  de  l'Afrique 
3c  de  la  Sicile,  dont  elle  força  3c  pilla 
la  capitale. 

Ces  brigandages  irritèrent  les  em-     Tadt.  de 
pereurs ,  c]ui  jurèrent  la  perte  de  cette  ^^^^  „,  ^ 
indocile  nation.  Mais  tous  leurs  efforts 
furent  impuilTants.  Ces  braves  peuples , 
dit  Tacite ,  quoique  fouvent  repoufles , 
fe  font  toujours  maintenus ,  3c  ,  mal- 
gré nos  vains  triomphes  ,   n'ont  point 
été  vaincus.  Conftantius  les  alla  cher-    Eumen.  fn 
cher  jufque  dans  leurs  retraites  les  plus  f^JJ^j'^,  ''"■^' 
inacceflîbles  5  fit  un  grand  nombre  de 
prifonniers ,  les  rranfplanta  dans  le  pays 
d'Amiens ,  de  Beauvais  ,  de  Langres, 
de  Troies ,  3c  les  força  de  cultiver  ces 
mêmes  terres  qu'ils   venoient  de  dé- 
foler.   Conftantin   leur  fit  une  guerre 
cruelle ,  ravagea  leurs  contrées ,  brûla 
leurs  villages,  prit  deux  de  leurs  rois,    inOraT.œi, 
qu'il  expofa  aux  bêtes  dans  i'amphi- {"/ ^^^J/j^^; 
théâtre  de  Trêves.  Les  orateurs  de  ce 
temps  ,    en  croyant  relever  la  gloire 
de  ce  prince  ,   n'ont   fait   que   mieux 
fentir   l'excès   de    cette  barbarie.    Les 
autres  nations  _,   difent-iîs  ,     craignent 
les  atteintes  des  bêtes  féroces  auxquelles 


^4  Discours 

on  les  expofe  :  les  Francs  les  affrontent  y 
les  irritent  _,  &  témoignent  par  là  qu'ils 
peuvent  mourir  ^  mais  quils  ne  peuvent 
être  domptés. 
Vihan.  de      Conflaiis  pei'fuadé  que  fes  armes  ne 
ConLnf^^   feroient  point  capables  d'arrêter  &  de 
Socrat.i,  11.  contQniï   des   ennemis  que  toutes  les 
Soiom,         forces  de  fon  père  n'avoient  pu  abbattre , 
rechercha  leur  amitié ,  &  (in  loué  d'a- 
voir employé   les   tréfors  de  Tempire 
pour  acheter  leur  alliance. 

Depuis  ce  traité  fi  glorieux  pour  les 
Francs  ,  on  les  voit  occuper  les  pre- 
mières places  à  la  cour  &  dans  les  ar- 
mées  des   empereurs.   On  trouve  un 
Sylvanus    grand  maître    de  la  milice 
Âmmiams  fous  Conftans  5  un  Mellobaude  comte 
l,\,     '    'des  domeftiques  5  un  Merobaube  ,  un 
Bauton ,  un  Ricomer ,  patrices  &  con- 
fuls  fous  Gratien  ,  un  Carietton,  gouver- 
neur des  Gaules  fous  Valeatinîen  II , 
Sui^.  Alex,  un  Arbogafte  enBn,  tuteur  de  ce  prince 
^'^'^'-     ,      &c  régent  en  occident  par  le  choLi  du 
,Oreg  Tir.  grand  1  heodoie.  Mais  tandis  que  ceux- 
l  i ,  c.  p.     .çj  étoient  les  boulevarts  de  l'empire , 
d'autres  Francs  le  défoloient  par  leurs 
incurlions. 
Creg.  Tur.      Lorfque     Maxi  lie     renfermé     dans 
'^iC,9.      Aquilée .  tOLîchoit    au    moment  de   fa 
peite^  Genobaude  ^  Marcomer  de  Sim- 


Préliminaire.  15 
non  firent  une  irruption  dans  les  Gau- 
les ,  où  ils  paiïerent  au  fil  de  l'épée  tout 
ce  qui  fe  mit  en  devoir  de  leur  réiifter, 
Quintinus  &  Nanniénus,  gouverneurs 
pour  les  Romains ,  afTemblerent  auiîi- 
tôt  leur  armée ,  &  fe  rendirent  à  Colo- 
gne. Une  partie  des  Francs  repalTa  le 
Rhin  chargé  de  dépouilles  :  ceux  qui 
refterent  pour  faire  tête  à  l'ennemi  5 
furent  battus  &  défaits  près  de  la  fo- 
rêt Charbonnière.  Ce  uiccès  enfla  le 
cœur  de  Quintinus  :  il  ofa  ,  connre  la- 
vis  de  fon  collègue  ,  paffer  le  fleuve 
pour  aller  combattre  cette  fiere  nation 
jufque  dans  fes  foyers.  L'événement 
juftifia  les  remontrances  de  Nanniénus  ; 
l'élite  des  troupes  de  l'empire  périt  dans 
cette  malheureufe  expédition.  La  ca- 
valerie fut  maffacrée  j  le  peu  d'infan- 
terie qui  échappa  aux  armes  des  vain- 
queurs 5  dut  fon  falut  aux  ténèbres  de 
la  nuit. 

11  ne  paroît  pas  que  dans  toutes  ces 
incurfions  qui  durèrent  l'efpace  de  plus 
de  cent  cinquante  ans ,  les  Francs  ayent 
eu  d'autre  deiTein  que  de  piller.  La  fa- 
cilité d'envahir  la  Gaule  leur  en  lit 
naître  le  defir.  Déjà  lès  Alims  ,  les 
Suèves  ,  les  Gépides  ,  les  Vandales 
l'avoient  ravagée  en  pailant  :  déjà  Iq$ 


i€  Discours 

Goths  6c  les  Bourguignons  s'y  étoieiic 
établis  5  ceux-ci  vers  les  Alpes ,  ceux-M 
vers   les   Pyrénées.   Le  refte  du    pays 

Orcf.  l.  7  ,  ^j-oi^  j-nal  défendu  :  la  puilTance  romaine 
étoit  abattue  par  les  guerres  intefti^ 
nés  :  tout  l'Etat  tomboit  en  ruine  par 
l'incapacité  de  fes  chefs.  Ces  confidé- 
rations  réveillèrent  l'ardeur  des  Francs  : 
ils  franchirent  de  nouveau  les  barrières 
du  Rhin,  non  plus  comme  des  brigands 
qui  ne  refpixent  que  le  pillage  ^  mais 
comme  des  conquérants ,  qui  cherchent 
une  demeure  fixe. 

s'fjatîon       On    appelloit  anciennement  Gaule 
Gaules.   ^^^^^  partie  de  l'Europe  qui  eft  entre  le 

SeraL  i,  i.  Rhin  ,  les  deux  mers,  les  Alpes  &  les 
Pyrénées.  Cette  grande  région  eft  re- 
nomméejpour  la  bonté  du  climat ,  pour 
la  richefïe  &:  la  fécondité  du  fol,  &: 
pour  l'excellence  de  ïts  eaux  minérales. 

Dioi.  i.  ;.  On  ûdmire  fur-tout  la  beauté  de  fa  fi- 
tuation  ,  qui  offre  à  la  vue  le  fpedacle 
de  quantité  de  montagnes  couronnées 
de  bois ,  de  coteaux  plantés  Ôc  embel-  J 
lis  de  vignes ,  de  vallées  de  de  plaines  I 
fertiles ,  de  prairies  entre  -  coupées  de  " 
rivières  &  de  fleuves ,  qui ,  après  avoir 
répandu  par-tout  l'abondance  ,  vont  fe 
décharger    dans    l'Océan   ou  dans  la 
Méditerranée» 


Préliminaire.        17 

Quoiaue  célèbre  par  tous  ces  avan-  ,^'^\^.'5^^é 
-i  ni         r  r  deshabitaRts 

tagei,   la  Gaule  elt  plus  tameuie  en- de  la  Gauie 
cor^pour  Tanaquité ,  le  courage,  &&ieu"coio* 
l'heureux  génie   de  fes  habitants.   On     Tiàus  Lî- 
fçait  qu'ils  ont  envoyé  des  colonies  dans '^''"^^^.^^^'<^"» 
toutes  les  parties  du  monde  connu.  L'ir-  jujiinj.  14. 
ruption  &  rétabiiiTement  de  Si^oveze  ''j'^yl-  /•  ^' 
dans  la  Bohême  &  dans   la  Bavière  , 
une  partie  de  llbérie  &  de  l'Italie  con- 
quife  par  Tarmée  de  Belloveze,  Rome 
prife  êc  faccagée  par  Brennus  ,  le  tem- 
ple de  Delphes  pillé  ,   la  Macédoine 
6c  la  Dardanie  ravagées  par  deux  autres 
princes  du  même  nom  ,  la  Thrace  ,  la 
Propontide  ,  l'Eolide ,  Tlonie  ,  Se  tout 
le  pays  qu  arrofe  le  fleuve  Halis  fub- 
jiigués  par  Lonnorius  de  Luthaire ,  font 
autant  de  monuments  de  la  valeur  de 
de  l'intrépidité  des  Gaulois.  S'ils  ont 
enfin  fubi  le  joug,  ce  ne  fut  qu'après 
avoir  long-temps  combattu  pour  la  li- 
berté ^  &  leur  vainqueur  eft  celui  de 
Rome  Se  du  monde  entier. 

Je  ne  parlerai  ni  de  leur-  origine, 
elle  fe  perd  dans  l'antiquité  la  plus 
reculée  j  ni  de  leurs  mœurs  &  coutu- 
mes anciennes ,  toutes  les  Mftoires  en  Ccrfar  ds 
font  pleines^  ni  enfin  de  cette  incli- *^^' ^'*'- ^* ^'» 
nation  guerrière  qui  lès  diftinguoit 
de  tous  les  autres  peuples  de  Tunivers. 


iS  Discours 

11  ctoit  padé  en  proverbe  qu'il  *n'y 
avoir  poinr  d'armée  fans  foldats  Ga^ois, 
Il  fiiftit  ,  pour  rinteliigence  de  cette 
hiftoire  ,  de  donner  une  légère  idée 
de  l'état  de  la  Gaule ,  iorfque  lès  Francs 
en  firent  la  conquête. 
Dîvînonde      2\\q  étoit  alors  divifée  en  dix-fept 

la    Gaule  <k  .  .  .  r 

fon  gouver-  ptovuices ,  Cinq  Viennoiies ,  trois  Aqui- 
nement  ci-  taines ,  cinq  Lyonnoifes ,  deux  Germa- 
niques ,  &  deux  Eelgiques.  Ces  pro- 
vinces avoient  chacune  leur  métropole  : 
les  cinq  Viennoifes ,  Vienne  ,  Nar- 
bonne  ,  Aix  ,  Embrun  ,  3c  Monftier 
en  Tarantaife  ^  les  trois  Aquitaines  , 
Bourges,  Bordeaux  de  Auch^  les  cinq 
Lyonnoifes ,  Lyon ,  Rouen ,  Tours ,  Sens 
de  Befançon  j  les  deux  Germaniques , 
Mayence  Ôc  Cologne  ;  les  deux  Bel- 
giques  ,  Trêves  &  Rheims.  Chaque 
province  étoit  diftribuée  en  plufieurs 
peuples  5  chaque  peuple  en  plufieurs 
pays ,  chaque  pays  en  plufieurs  parties. 
Ces  peuples  avoient  leur  capitale  , 
dont  relevoient  les  petites  villes  de 
les  bourgades  qui  étoient  les  chefs- 
lieux  des  pays  Se  des  parties  :  les  ca- 
pitales renortiffoient  elles-mème  à  la 
métropole ,  où  réfîdoit  le  gouverneur 
.  de  la  province.  La  juftice  fe  rendoit 
fuivant  le  Droit  Romain  ;  cous  les  ades 


PRELIMII^AIRE.  15) 

publics  étoient  en  latin ,  coutume  qui 
s'obferva  long-temps  en  France.  On 
voit  une  image  de  cette  diftribution 
de  provinces  &  de  cette  fubordination 
de  jurifdidion ,  dans  le  gouvernement 
.préfent  de  l'Eglife  Gallicane.  Les  ar- 
chevêchés reprefentent  les  métropoles; 
les  évêchés  ,  les  capitales,  les  archi- 
diaconés ,  les  petites  villes  ]  les  doyen- 
nés ,  les  bourg-ades. 

Les  gouvernements  de  ces  provinces 
étoient  ou  confulaires,  ou  préiidiaux. 
Le  fénat  nommoit  anciennement  aux    Legouver. 
premiers,  qui  étoient  au  nombre  dej"",^^^'^^^'^" 
iix  5  la  première  Lyonnoife  ,  les  deux  Gaules. 
Germaniques ,  les  deux  Belgiques ,  la 
première  Viennoife  :  les  onze  autres 
dépendoient  des  empereurs  ,   qui    en 
dilpofoient  à  leur  gré.  Cependant  cette 
diftindion    n'emportoit    aucune    idée 
de    prééminence.   Ceux  qui    tenoient 
ces  grandes  places  ,  jouifioient  égale- 
ment  d'une  autorité  prefque  abfolue 
dans  leur  département  ,   ôc  tous  fai- 
foient  porter  les  faifceaux  devant  eux» 
11  y  avoit  aufli  des  ducs  dans  les  villes 
frontières ,  &  des  comtes  dans  les  citése 
Les  premiers  étoient  des  officiers   du 
premier  rang  qui  ne  recevoient  l'ordre 
«jue  des   légats   :   le    féconds   étoient 


io  Discours 

comme    âfreiTeiirs    ou   confeillers   des 
généraux  d'armée  &   des  gouverneurs 
de  province.  Conftantin  le  Grand  ho- 
nora de  .cette   qualité    tous   ceux    qui 
avoient   quelque    emploi   confidérable 
dans  fa  maifon,  dans  la  jufticê,  dans 
les    finances   ou   dans  les  armées.  Les 
ducs   de   les  comtes  militaires  étoient 
les  plus  diftingués.  On  leur  affigna  la 
jouilïance  de  certaines  terres  pour  leur 
entretien.     Du     commencement     ces 
dignités  n'étoient  que  pour  un  temps: 
elles   furent   enfuite   données   à    vie  : 
enfin  elles  devinrent  héréditaires  dans 
les  familles.  On  voit  par  la  notice  de 
l'empire  ,    qu'il  y  avoit  deux  comtes 
dans  les  Gaules,  le  premier  dans  les 
marches  de  Strasbourg ,  le  fécond  fur 
la  côte  Saxonique ,  qui  faifoit  partie 
de  la  féconde  Belgique.  On  y  comp- 
toit  aulîî  cinq  ducs  qui  commandoient , 
l'un  dans  la  Franche  -  Comté  ,  l'autre 
dans   la  Normandie  Se   la  Bretagne  , 
celui-ci  à  Rheims,  celui-là  à  Cologne, 
&  un  autre  à  Mayence.    On    trouve 
.encore  au  nombre  des  grands  officiers 
de  la  Gaule  un  maître  de  la  cavalerie , 
qui  diftribuoit  aux  ducs  &c  aux  comtes 
les  troupes  qu'il  recevoir  lui-même  du 
grand-maître  de  la  milice»  On  avoi; 


Préliminaire.  il 
établi  dans  plufieurs  villes  des  arfe- 
naux  où.  l'on  forgeoit  les  armes  ijé- 
eeffaires  pour  cette  multitude  (^  ^  fol^ 
dats.  On  en  £ibriquoic  de  toute  efpece 
à  Strasbourg  :  Mâcon  fournilToit  les 
flèches  &  les  traits  j  Rheims ,  les  épces^ 
Autun,  les  cuiralTes ;  Amiens,  Trêves 
ôc  Solfions  5  les  boucliers ,  les  bakiles , 
de  les  harnois  des  gendarmes. 

Lorfque  le  grand  Conftantin  fe  vit    Préfet  (îu 
paifible  poITefTeur  de  l'empire,  il  créaf^V''^''^,Jf* 
un  prêter  du  prétoire  pour  les  Gaules, 
Cet  officier  jouilToit  d'un  pouvoir  pref- 
que  fouverain.  La  guerre ,  la  finance  , 
la  juftice  ,  les  impôts ,  'tout  étoit  de 
fon  refTort ,  il  ordonnoit  de  tout.  Son 
autorité  s'étendoit  jufque  fur  les  pré- 
^dents  &  gouverneurs  des   provinces. 
11  leur  faifoit  rendre  compte  de  leuc 
adminiftration ,  &c  pouvoir  les  dépofer, 
lorsqu'ils  avoient  malverfé.  On  appel- 
loit  de  tous  les  autres  tribunaux  à  celui 
du  préfet ,  qui  ne  relevoit  que  de  l'em- 
pereur. Il  avoir  fous  lui  trois  vicaires , 
l'un  dans  les  Gaules  ,   l'autre  dans  les 
Efpagnes ,  le  troifieme  dans  la  grande 
Bretagne.  Trêves   étoit   le  lieu   de  fa 
réfidence  ordinaire  :  c'eft  ^r  cette  rai- 
fon  qu'elle  devint  la  capitale  des  Gau- 
les, Mais   ayant   été  faccagce  par  les 


5.1  Discours 

barbares ,  Honorius  transféra  cet  hon- 
neur à  la  ville  d'Arles ,  qui  fut  diftraite 
de  Vienne ,  Ôc  conftitua  la  dix-huitieme 
métropole. 
Religion        Le  chriftianifme  étoit  depuis  long^ 
étâburdans  temps  la  religion  dominante  des  Gau- 
les Gaules^    les.    L'évaugile    y  avoit  été  annoncé , 
tres^ou  tes  ^^.^o"  quelques  -  uns ,  par  faint  Luc  , 
diicipies.      faint   Philippe  &  faint  Paul  ;    félon 
Hifi.  ScLcr.  quelques  autres ,  par  Crefcent  difciple 
'•  ^*  de  ce  grand  apôtre.  Quoiqu'il  en  foit, 

Eufeh.  hifi.  la  perfécution  qui  s'éleva  fous  Anto- 
'^*^'^'  nin  ôc  Marc-Aurèle  5  témoigne  que 
les  églifes  de  Vienne  ôc  de  Lyon 
étoient  fondées  depuis  plufieurs  an- 
nées 5  puifqu'il  s'y  trouva  un  fi  grand 
nombre  de  chrétiens  qui  fcellerent  la 
Greg,  Tur*  foi  de  leur  fang.  Grégoire  de  Tours 
fc|?.  /.  i ,  c,  rapporte  que  fous  l'empire  de  Décius , 
Trophimes  fut  envoyé  à  Arles ,  Paul  à 
Narbonne  5  Martial  à  Limoges,  Stre- 
mon  en  Auvergne  ,  Gatien  à  Tours, 
Saturnin  à  Touloufe ,  ôc  Denis  à  Paris. 
Ces  iaints  évêques  y  prêchèrent  l'évan- 
gile avec  tant  de  fuccès ,  qu'ils  fondè- 
rent plufîeurs  églifes  &  convertirent 
une  bonne  partie  des  Gaules.  Bientôt 
on  vit  paroilre  les  Hilaires  de  Poitiers , 
les  Martins  de  Tours,  les  Exuperes  de 
Touloufe ,  6c  tant  d'autres  faints  per- 


Préliminaire.  %^ 
fonnages  ,  qui.  furent  la  lumière  ôc 
l'exemple  de  toutes  les  églifes.  C'eft 
dans  un  concile  tenu  à  Arles  ,  que 
rOccident  aiTemblé  termina  la  fameufe 
difpute  des  Donatiftes  d'Afrique.  Ce- 
lui de  Cologne  ,  où  l'on  anathéma- 
tifa  l'évêque  Euphratas  qui  nioit  la 
divinité  de  Jéfus-Chrift  ;  celui  de  Pa- 
ris 5  où  l'on  reconnut  folemnellement 
l'orthodoxie  d'Athanafe  ^  celui  de  Va- 
lence, où  l'on  fit  les  plus  beaux  règle--  „  ,  .  «. 
ments  pour  les  mœurs  ^  celui  de  Bor- diahg*  i* 
deaux ,  où  l'on  excommunia  les  évè- 
ques  5  qui  oubliant  l'efprit  de  douceur 
il  recommandé  dans  l'évangile  ,  folii- 
citoient. auprès  de  l'empereur  la  mort 
de  l'hérétique  Prîfciliien  &  de  fes  {ec- 
tateurs  ,  font  autant  d'illuftres  témoi- 
gnages du  zèle  de  l'églife  Gallicane 
pour  la  pureté  de  la  foi ,  pour  l'inté- 
grité de  la  morale,  &c  pour  la  fainteié 
de  la  difcipline. 

Tandis  que  ces  hommes  pieux  il-      Fcat  dey 
iuftroient  la  Gaule  par  l'éclat  de  i^urs  {f^'^'J^"";^ 
vertus,  un  erand  nombre  de  fcavants  fes  écoles  les 
perfonnages    y     faiioient     fleurir    les  ^J^J '^^^^' 
beaux  -  arts  &  les  fciences.  11  y  avoit 
de   célèbres  académies  à  Marfeille ,  à 
Lyon  ,  à  Befançon  ,  à  Autun ,  à  Nar- 
bonne ,  à  Touloufe ,  à  Bordeaux  ,  â 


24  Discours 

Poitiers  5  à  Clermont ,  à  Trêves  ,  à 
Rheims.  On  y  enfeignoit  la  philofo- 
phie  5  la  mé-decine  ,  les  mathémati- 
ques 5  l'aûronomie ,  la  jurifprudence  , 
la  grammaire  ,  la  pocfie  ,  ôc  fur-tout 
l'éloquence.  Celles  de  Marfeille  ,  de 
Bordeaux  &  de  Lyon  écoient  les  plus 
diffcinguées.  La  première  compte  au 
nobre  de  fes  profelfeurs  un  Critias 
ou  Crinias  ,  fçavant  médecin  ,  qui  pa- 
rut peu  de  temps  après  Hippocrate  ,  un 
Pythéas  célèbre  géographe ,  un  Mené- 
crate  grand  juriiconfuîte  ,  un  Stace 
fameux  rhéteur,  un  Pétrone  auflî  con- 
nu par  la  pureté  de  fon  ftile  que  pair 
robfcénité  de  ùs  portraits  fatiriques  , 
.  un  Trogue  Pompée  fi  renommé  pour 
fon  hiftoire  univerfelle  dont  on  regret- 
tera long-temps  la  perte  ,  un  Favorin 
qui  étoit  un  prodige  d'éruditon  ,  en- 
fin un  Salvien ,  un  Gennade  ,  un  Sa- 
lonin  5  un  Vi6torin  ,  un  Céfaire  ,  un 
Avitus  5  orateurs  auflî  recommanda- 
bles  par  la  fainteté  de  leur  vie  ,  que 
par  la  beauté  de  leur  génie.  Bordeaux 
fut  le  théâtre  où  brillèrent  fur-tout  , 
Minervius  qu'on  appelloit  le  fécond 
Quintilien  ;  Atchius  Patera  qui  fut 
nommé  le  plus  puiifant  des  rhéteurs; 
Proœréfius  à  qui  la  capitale  du  monde 

érigea. 


Préliminaire.  25 
érigea  une  ftatue  avec  cette  glorieufe 
infcription  :  Rome  la  reine  des  rois  au 
roi  de  C éloquence'^  Aiifone,  enfin,  que 
le  mérite  joint  à  la  fortune  éleva  à  la 
féconde  dignité  de  l'empire.  La  prin- 
cipale gloire  de  la  ville  de  Lyon  eft 
d'avoir  enfermé  dans  fes  murs  ce  re- 
doutable Athenœum  ,  où  chaque  an- 
née les  plus  grands  orateurs  venoient 
difputer  le  prix  de  l'éloquence  dans 
une  ailèmblée  générale  de  tous  les 
peuples  de  la  Gaule.  Les  vaincus  étoient 
condamnés  à  efïacer  leurs  propres  écries 
avec  leur  langue ,  ou  â  être  précipités 
du  milieu  du  pont  dans  la  Saône.  11 
feroit  infini  de  rapporter  les  noms  de 
rous  ceux  qui  ont  illuftré  cette  ancienne 
académie.  Je  ne  parlerai  donc  ni  ^\\n 
Julius  Florus ,  que  Quintiiien  appelle 
le  prince  de  l'éloquence  dans  la  Gau~ 
le ,  ni  d'un  Julius  fecundus  ,  dont  ce 
rhéteur  admiroit  la  belle  élocution.  Je 
dirai  feulement  ,  &  c'eft  imm.ortalifer 
cette  école ,  que  le  Eucheurs  de  Lvon  , 
les  Sidonius  Apollinaris ,  les  Claudieiis 
Mamers,  les  Conftantius,  les  Remis 
de  Rheims,  &  les  princes  de  Soiifons  y 
ont  reçu  les  premières  teintures  des 
belles-lettres. 

La  tradition  d'Autun  fait  remonter 
l'origine  de  fou  école  jufqua  l'antiquité 

Tome  /.  B 


z6  Discours 

la  plus  reculée.  On  prétend  qu'elle  a  ccc 
fondée  par  les  Druides ,  &c  bâtie  fur  un 
mont  qui  porte  encore  aujourd'hui  leur 
»Mcntediu.  nom.  *  Elle  tire  fon  plus  grand  éclat 
des  deux  Eumenius  aïeul  &  petit-fils. 
Le  dernier  étoit  un  des  principaux  offi- 
ciers du  palais  de  Conftantius  Chlorus. 
Le  temps  de  la  barbarie  ont  refpedté  le 
panégyrique  qu'il  prononça  à  la  louange 
de  ce  grand  prince.  Clermont  doit  une 
partie  de  fa  réputation  aux  illuftres  Fron- 
tons 5  ces  grands  maîtres  d'éloquence, 
dont  l'un  fut  précepteur  de  l'empereur 
Antonin,  qui  l'honora  de  la  dignité  de 
confuL  Ce  feroit  une  erreur  d'imaginer 
que  Touloufe  doit  fon  principal  luftre  à 
l'inftitution  des  jeux  floraux  par  l'incom- 
paral^le  Clémence  ,  de  l'ancienne  mai- 
fon  des  Ifaures  :  il  eft  certain  que  long- 
temps auparavant ,  un  iïmilius  Arborius, 
un  Exupere  5  un  Sédatus,  noms  confa- 
cris  dans  les  faftes  de  l'éloquence  ,  lui 
avoient  mérité  à  jufte  titre  le  glorieux 
furnom  de  ville  de  Pallas.  Narbonne 
n'eft  pas  moins  célèbre  par  les  grands 
hommes  qui  ont  brillé  dans  fes  écoles. 
Cette   fameufe    académie    compte   au 
nombre   de   fes    profeifeurs  Votiénus 
Montanus ,  T  érenrius  Varro ,  Exupere , 
les  deux  Confences  ,  dont  le  nom  feul 
fait  l'éloge.  Mais  Je  comble  de  fa  gloire 


P  R  É  L  I  Ivl  I  N  A  I  R  E.  I7 

cft  d'avoir  eu  pour  élèves  les  empereurs 
Carinus  ôc  Numérianus. 

Il  faut  convenir  cependant  qu'on  ne 
trouve  point  dans  les  écrits  des  auteurs 
dont  nous  parlons ,  ce  goût  &  cet  élo- 
quence naturels  qu'on  admire  dans  les  DécpAcr.a 
écrivains  du  fîècle  d'Augufte  :  ce  qu'on  le^treTd  ps 
ne  doit  attribuer  à  aucune  négligence  de  les  Gauks. 
la  part  des  hommes.  On  cultivoit  les 
fciencesavec  autant  de  foin,  on  récom- 
penfoit  le  mérite  avec  autant  de  magni- 
ncence.  Les  empereurs  aimoient  les 
gens  de  kttres  ,  recherchoienc  leur 
commerce  ,  les  combloient  d'honneurs 
&'de  biens.  Leur  profeiîîon  n'avoit  rien 
que  d'honorable  :  on  paiToit  d'une  chaire 
d'éloquence  ou  de  poëfie  aux  plus  émi- 
nentes  dignités  de  l'empire.  Mais  ce 
qui  devoir  naturellement  contribuer  à 
la  perfedion  des  beaux-arts,  ne  fervit 
qu'à  accélérer  leur  chute.   On  voulut  • 

avoir  plus  d'efprit  que  les  anciens ,  on 
négligea  la  belle  nature  pour  fe  livrer  â 
tout  ce  que  l'art  a  de  plus  compaffé.  On 
courut  après  les  ornements  ,  on  donna 
dans  de  faux  brillants.  Pour  paroître 
neuf,  on  devint  précieux^  en  cherchant 
à  plaire,  on  fe  jetta  dans  le  frivole.  Ou 
imagina  de  nouvelles  façons  de  parler 
on  introduidt  mille  nouveaux  mots  » 
qui  infenfiblement  altérèrent  la  pureté 

Bi 


iS  Discours 

du  llyle  ôc  de  la  langue.  Les  incurfions  \ 
des  barbares  achevèrent  de  pervertir  le 
goût  :  les  écoles  furent  détruites.  On 
relégua  les  fciences  Se  les  arts  dans  les 
cloîtres ,  dans  les  monaftères ,  ou  dans 
le  palais  des  évêques. 

Tel  étoit  l'état  de  la  Gaule  ,  lorfquq 
les  Francs  tentèrent  de  s'y  établir.  C'eft 
dans  cette  vue  qu'ils  réfolurent  d'avoir 
toujours  des  rois  de  leur  nation.  Ce  fuç 
le  premier  coup  qu'ils  portèrent  a  l'au-» 
torité  des  Romains  ,  qui  voiiloient  les 
confondre  parmi  leurs  autres  fujçts. 


^Â '  "zj. :>^^:^ié^: 


'<^^ 


HISTOIRE 

D  E 

FRANCK 


PHARAMOND. 

il  o  NO  RI  us    régnoit   en    occident  ,  Ann.  419. 
Théodofe  le  jeune  en  orient,  lorique  ou  410. 
les  François  palferent  le  Rhin,  f^irpri-  ^/"o^- A"*?» 
rent  Ôc  pillèrent  la  ville  de  Trêves  fous  ^Nkci  vien. 
la  conduite  de  Pharamond.  C'eft  inuti-    ^"^'"'-  ^*  ^* 
lement  que  quelques  hiftoriens  ont  eu  ^'    ^^* 
recours  à  la  fable  pour  relever  leclat  de 
la  nai(ïance  de  ce  prince  :  il  étoit  roi 
d'un  peuple  qui  n'a  jamais  obéi  qu'aux 
defcendants  de  fes   premiers  maîtres. 
Ce  titre  augufte  prouve  invinciblement 
l'antiquité  de  fa  race.  Ce  fut  vers  l'an 
quatre   cent  vingt ,  qu'il  fut  élevé  fur 
un  bouclier,  montré  à  toute  l'armée, 
&   reconnu  chef  de  la  nation.  C'étoic 
toute  l'inauguration  de  nos  anciens  rois. 


tvynuntEWMBB 


50     Histoire  de  France. 
C'eft  aullî  tout  ce  qu'on  f^ait  de  cer- 

Ann.  4;  9.  tain  fur  fon  règne.  On  ignore  fes  au- 

ou  4Z0.  très  exploits,  le  temps  de  fa  mort,  le 
lieu  de  fa  fépulture,  &  le  nom  de  la 
reine  fon  cpoufe.  On  dit  feulement, 
qu'il  eut  deux  fils ,  Clodion  qui  lui 
fuccéda  ,  &  Clenus ,  dont  la  dedinée 
nous  eft  inconnue. 
Orîgine  de       On  attribue  communément  à  Phara- 

ia.cis.ûi^ue.  j^^Qj^j  l'inftitution  de  la  fameufe  loi  qui 
fut  appellée  Salïque ,  ou  du  furnom  de 
ce  prince  qui  la  publia  ,  ou  du  nom  de 
Salogafb  qui  la  propofa  ,  ou  du  mot  Sa- 
lïchame  _,  lieu  où  s'airemblerejit  les  prin- 
-  cipaux  de   la  nation   pour   la    rédiger. 

D'autres  veulent  qu'elle  ait  été  ainfi 
nommée  /parce  qu'elle  fut  faite  pour  les 
terres  Saliques.  C'étoit  des  fiefs  no- 
bles que  nQ>,  premiers  Rois  donnèrent 
aux  Saliens ,  c'eft-à-dire  ,  aux  grands  fei- 
gneurs  de  leur  fale  ou  cour,  à  condition 
du  fervice  militaire  ,  fans  aucune  autre 
fervitude.  C'eft  pour  cette  raifon  qu'il 
fut  ordonné  qu'elles  ne  pafTeroient  point 
aux  femmes ,  que  la  délicatefTe  de  leur  ' 
fexe  les  difpenfe  de  porter  les  armes. 
p-A  Ew':k.  Il  y  en  a  qui  prétendent  cpe  ce  mot  dé-. 

/f< ;./::; e  Pa/- j.jy^  des  Saliens  ,  peuples  François  éta- 
blis dans  la  Gaule  ,  lous  l'empire  de 
Julien.  On  dit  que  ce  prince  leur  don- 
na des  terres  fous  l'obligation  de  le  fer- 


P    H    A    R    A    M    O    N    Û.  51 

vir  en  peufoniie  à  la  euerre.  11  en  ht  ^^r^:^. 
même  une  loi  que  les  nouveaux  conque-  Ann    4t  51. 
rants  adoptèrent  &  nommèrent   Sali-  ou  4x0. 
(?ue  ^  du  nom  de  leurs  anciens  compa- 
triotes. 

Le  préjugé  vulgaire  eft  que  cette  loi  ne 
regarde  que  la  fucceiîîon  à  la  couronne 
ou  aux  terres  Saîiques.  C'eft  une  double 
erreur.  Elle  n'a  été  inftituée  ni  pour  la 
difpofition  du  royaume ,  ni  précifément 
pour  déterminer  le  droit  des  particuliers 
aux  biens  féodaux.  C'eft  un  recueil  de 
règlements  fur  toutes  fortes  de  matières. 
Elle  prefcrit  des  peines  pour  le  larcin , 
les  incendies ,  les  maléfices ,  les  violen- 
ces :  elle  donne  des  règles  de  police  pour 
Jes  mœurs ,  pour  le  gouvernement ,  pour 
l'ordre  de  la  procédure  ,  enfin  pour  le 
maintient  de  la  paix  de  de  la  concorde 
entre  les  différents  membres  de  l'Etat. 
De  foixante  &  onze  articles  dont  elle  eft 
compofée,  il  n'y  en  a  qu'un  feul  qui  ait 
rapport  aux  fuccellîons.  Voici  ce  qu'il 
porte  -:  Dans  la  terre  Salïque  aucune  par-  Th.  a-.,  dp  s 
de  de  l'héritage  ne  doit  venir  aux  femelles.  ^^'^^'^  ^  "^■^^ 
Il  appartient  tout  entier  aux  mâles 

Il  paroît  que  ce  que  nous  avons  de    Banui  ,  r. 
cette  loi ,  n'efl  qu'un  extrait  d'un  plus  ^  'P-  ^°* 
grand  code.  La  preuve  en  eft  qu'on  y 
cite  la  loi  Salique  même  ,   &  certaines 
formules  qu'on  ne  trouve  point  dans  ce 

B4 


jZ      Histoire  de  France. 
qui  nous  refte  de  cette  fameufe  ordoi^* 
/.NN.  415.  nance.  Le  célèbre  gloflateur.  Ducange 
ou  4Z0.       dit  qu'il  y  a  eu  deux  fortes  de  loix  Sali- 
qiies  :  l'une  qui  fut  en  vigueur  lorfque 
les  François  étoient  encore  païens ,  c'eft 
celle  que  rédigèrent  les  quatre  chefs  de 
la  nation ,  Wifogaft ,  Bofogaft ,  Salogaft , 
&  Wldogat ,  l'autre  qui  fut  corrigée  par 
\qs  rois  chrétiens  \  c'eft  celle  qu'ont  pu- 
blié du  Tiliet,  Pithou,  Lindembrock, 
&:  le  fameux  avocat  général  Jérôme  Bi- 
M  itTonc,  gnon ,  qui  y  a  fait  de  fçavants  commen- 
'cld^derB  ^^^^^s-  on  ne  fçauroit ,  dit  un  fçavant 
L.  t,  vàî.  p  moderne  5  fe  difpenfer  d'en  attribuer  U 
491  ov.  rédadion  à  Clovis  le  Grand.  D'un  coté , 
elle  ne  peut  être  poftérieure  à  ce  prince  y 
puifque  Childebert  fon  fils  y  réforma 
quelques  articles  \  &  d'un  autre  côté ,  4e 
chapitre  qui  traite  de  l'immunité  des 
églifes  5  &  de  la  confervation  de  leurs 
\  miniftres  fuppofe  la  converfion  de  no- 

ire premier  roi  chrétien.  Ce  dernier 
code ,  ajoute-t-il ,  n'eft  autre  chofe  que 
la  compilation  des  règlements  qui  doi- 
vent erre  gardés  par  les  François  établis 
entre  la  foret  Charbonnière  &  la  rivière 
de  Loire  ^  à  la  différence  de  la  loi  Ri- 
puaire  donnée  à  ceux  qui  habitôient  les 
bords  du  Rhin  ,  de  la  Meufe  &  de 
Du  Haillan.  î'Efcaut.  Certain  auteur  ,  on  ne  fçaic 
fur  quel  fondement ,  décide  hardiment 


PHAïlAï,tOND.  5^ 

que  le  chapitre  foixante-deuxieme  du 
code  Salique  ne  peut  avoir  aucune  ap-  Ann.  ^19. 
plicacion ,  même  indirede ,  à  la  fuccef-  ou  410. 
fion  au  royaume,  &  que  c'eft  une  pure 
invention  de  Philippe  le  Long  ,  pour 
exclure  du  trône  Jeanne  de  France ,  fille 
de  Louis  Hurin.  Il  n'a  pas  fait  réflexion , 
fans  doute  ,  que  le  droit  commun  des 
biens  nobles  étant  de  ne  pouvoir  tomber  ^f.  ^^  jr^ac. 
de  lance  en  quenouille ,  pour  nous  fervir  ï^^-^- 
d'une  expreflîon  confacrée  par  fon  an- 
cienneté 5  il  faut  certainement  conclure 
que  tel  devoit  être ,  à  pins  forte  raifon , 
la  prérogative  de  la  royauté  ,  qui  eil  le 
plus  noble  àts  biens ,  &  la  fource  d'où 
découle  la  nobleile  de  tous  les  autres.  ' 
Audi  le  droit  de  Philippe  ayant  été 
fcrupuleufement  difcuté  dans  une  af- 
femblée  générale  des  grands  du  royau- 
me 5  tous  lui  déférèrent  la  couronne ,  à 
l'exclufion  de  la  princeiTe'^  tant  on  étoit 
perfuadé  qu'il  exiftoit ,  fmon  une  loi , 
du-moins  ujie  coutume  immémoriale 
qui  excluoit  les  femmes  du  trône  Fran- 
çois ^  coutume  dont  l'origine  fe  confond 
avec  celle  de  la  monarchie,  qu'Agathias 
appelle  la  loi  du  pays ,  qui  en  avoir 
réellement  la  force  de  toute  ancienneté , 
puifque  Clovis  I  fuccéda  feul  à  fon  père 
Childeric,  au  préjudice  de  fes  fœurs 
Alboilede  &  Lamilde.  Il  s'éleva  fous       ^^ 

fi5 


5  4      Histoire  de  France. 

!!!!  Philippe  de  Valois  une  nouvelle  conteC- 

Ann.  41  p.  cation  furie  même  fujet  :  la  décifion  fut 

ou  410.     aulîî  la  mcme.  Le  droit  d'Edouard  III , 

roi  d'Angleterre  ,  ne  parut  pas  meilleur 

que  celui  de  la  princeiTe  Jeanne ,  fille 

de  France.  Le  comte  fut  généralement 

,  reconnu  pour  le  légitime  fuccefTeur  de 

Charles  le  Bel.  On  déclara  que  Tarticle 

qui  régloit  le  droit  des  particuliers  aux 

terres  Saliques  ^  regardoit  également  la 

fucceiîîon  à  la  couronne.  Il  devint  une 

loi  fondamentale  de  l'Etat. 


C  L  O  D  I  O  N. 

Ann.  417.  v^LODioN,  furnommé  le  Cheveîu^ 
ou  parce  qu'il  avoir  beaucoup  de  che- 
veux 5  ou  parce  qu'il  les  portoit  plus 
longs  c]ue  les  rois  fes  prédécefTeurs  , 
Vvch  1. 1 ,  fuccéda  à  Pharamond  fon  père.  On  6\i 

f'ii>i'  c^\'i\  commençoit  a  peine  à  régner, 
lorfqu'Actius  général  des  Romains  vint 
l'attaquer  à  la  tète  d'une  puifTante  ar- 
mée ,  le  défit  5  lui  enleva  tout  ce  qu'il 
pofledoit  dans  la  Gaule,  ôc  le  força  de 
repalTer  le  Rhin.  On  ajoute  que  ce  prin- 
ce 5  pour  fe  venger  des  Romains  ,  fe 
jetta  fur  la  Thuringe,  où  il  fit  un  grand 
ravage  ,  de  furprit  un  château  qu'on 
appelloit  Difparg.  Aëtius  marcha  unç 


Clodion.  35 

feconde  fois  contre  lui;  &  r.près  lavoir  ^I^'^^:''^*!^ 
vaincu  dans  un  combat  où  il  y  eut  beau-  Ann.  4  3  x. 
coup  de  fang  répandu ,  il  aima  mieux 
lui  accorder  la  paix ,  que  de  rifquer  une 
nouvelle  bataille  contre  une  nation 
dont  les  malheurs  réveilloient  le  cou- 
rage :  mais  cette  paix  ne  fut  pas  de 
longue  durée. 

Clodion  ne  perdoit  point  de  vue  le     con.^nêses 
bel  Etat  quil  avoii   poifédé    dans    la  j' J/.f^l;;;, 
Gaule  :  cette  perte  le  touchoit  fenfible-  les, 
ment ,  &  il  n'étoit  occupé  que  du  foin 
de  la  réparer.  11  fortit  de  la  Thuringe, 
fuivi  d*une  nombreufe  armée  ,  réfolu 
de  s'emparer ,  non  plus  des  villes  voifi- 
nes  du  Rhin ,  mais  de  quelques  places 

fortes  fituées  plus  avant  dans  le  pays  :  

il  fe   flattoit   que   cette   confîdération  ann.  43?. 
obligeroit  les  François  à  faire  de  plus 
grands  efforts  pour  s'y  maintenir.  Ce 
Put  dans  cette  vue  qu'il  envoya  recon- 


Greg.  Tur. 


noître  la  féconde  Belgique.  On  lui  rap-  Ann 
porta  que  toutes  les  villes  étoient  fans    Gre^ 
défenfQ  :  auiîî-tôt  il  fe  mit  en  marche ,  ^>J;^/;/' i. 
furprit  les  troupes  Romaines  qui  gar-  c.  i>.  ^ 
doient  les  paiTages ,  les  défit ,  fe  faifit  de  J^T;  ^''" 
1  ournai ,  emporta  Cambrai  du  premier 
aflaut ,  &  réduifît  tout  le  pays  des  en- 
virons jufqu'à  la  Somme. 

^  Voilà  le  fondement  fur  lequel  ont 
bâti  ceux  de  nos  hiftoriens  qui  préten- 

B6 


5^      HiSTOiRi:  DE  France. 

; -.  dent  que  Clodion  fe  ht  un  grand  Etat 

Ann.  4 4 y,  dans  la  Gaule.  Adon  veut  que  la  ville 
de  Cambrai  ait  été  la  capitale  de  (on 
royaume.  Le  moine  Roricon  ,  auteur 
rempli  de  chimères ,  lui  fait  tenir  fa 
cour  à  Amiens.  Marianus  Schorus,  au- 
tre moine  aufîî  crédule,  mais  plus  gé- 
néreux encore  à  l'égard  de  ce  prince, 
foumet  à  fon  obéilTance  une  partie  de 
la  Hollande  &  tout  le  pays  qui  s'étend 
depuis  cette  province  jufqu'à  la  rivière 
SUcn.  ApoU  de  Loire.  Mais  il  eft  conftanc  par  le 
^Dwh"^t»i  témoignage  des   hiftoriens  contempo- 
p.  2-14.        rains ,  qu'il  ne  put  fe  maintenir  dans  fa 
nouvelle  conquête,  Se  quActius  reprit 
fur  lui  tout  ce  qu'il  avoir  enlevé  à  l'em- 
pire Romain  en  deçà  du  Rhin.  Voici 
le   fait  tel   qu'il  eft   rapporté  par  ces 
hiftoriens. 
Défaite  de.      Clodion  étoît  occupé  à  célébrer  les 
Clodion  par  noces  d'un  grand  feigneur  de  fon  armée 
dans  un  village  nommé  Elena:  c'eft  au- 
jourd'hui  la  ville  de  Lens.  Déjà  l'on 
Ann.  447.  conduifoit  la  nouvelle  époufe  au  lieu 
où  le  feftin  étoit  préparé ,  lorfque  les 
Romains  parurent  tour-à-coup  fur  un 
pont  que  l'on   avoit  conftruit  dans  cet 
endroit.  La  furprife  des  François  fut  fi 
grande  ,  qu'ils  ne  purent  fe  mettre  en 
bataille.    Les  premières  gardes  furent 
paffées  au  fil  de  l'épée^  la  maàée  enle* 


Clodion.  '^-f 

vée  avec  tous  les  préparatifs  de  la  fête , 
rarmée  diiripée  ,  &  toute  la  féconde  Ann.  447» 
Belgique  reconquife. 

Le  poëte  qui  raconte  cette  aventure ,  Portraît  dei 
nous  trace  un  portrait  fi  avantageux  des  François. 
François  ,   qu'il  mérite    d'avoir   place 
dans  leur  hiftoire.  I/s  ont  j  dit-il  y  /a  sidon.ApoU. 
taille  haute  j  U  peau  fort  blanche  ,  les  '^^^^"JfJ^');^ 
yeux  bleus.  Leur  vif  âge  efl  entièrement  5  a-^ui  Ducho 
rafé  ,fi  vous  en  excepte:^  la  lèvre  fupé-  ^-  ^'P*  ^^'*« 
rieure  y  où  ils  laiffent  croître  deux  petites 
moujiaches.   Leurs  cheveux  coupés  par 
derrière  ^  longs  par  '  devant  ^  font   d*un 
blond  admirable.  Leur  habit  efl  fi  court ., 
quil  ne  leur  couvfe  point  le  genou  ^  ft 
ferré  quil  laiffe  voir  toute  la  forme  de 
leur  corps.  Ils  portent  une  large  ceinture 
oà  pend  une  épée  lourde  y  mais  extrême^ 
ment  tranchante.  Cejl  de  tous  les  peuples 
connus  celui  qui  entend  le  mieux  les  mou- 
vements &  les  évolutions  militaires.  Ils 
font  d'une  adrejje  fi  fînguliere  ,  quils 
frappent    toujours  oà   ils  vifint  ;  d'une 
légèreté fi  prodigieufe  ^  quils  tombent  fur 
leur  ennemi  ,  auffi  tôt  que  le  trait  quils 
ont  lancé  contre  lui  ;  enfin  d'une  intrépi^ 
dite  fi  grande  ^  que  rien  ne  les  étonne ,  ni 
le  nombre  des  ennemis  j  ni  le  défavan^ 
tage  des   lieux  j  ni  la  mort  même  avec 
toutes  fes  horreurs.  Ils  peuvent  perdre 
la  vie  5  jamais  ils  ne  perdent  courage. 


5^      Histoire  de  France. 

—  C'eft  cette  valeur  indomptable  ,   qui 
^NN.  447.  détermina  le  victorieux  Actius  à  leur 
accorder    la  paix*  11  ne  vouloir  point 
avoir  pour  ennemi  un  peuple  qui  comp- 
toir autant  de  foldats  que  de  citoyens. 

Uhiftoire  rapporte  que  quelques  an- 
nées après  ce  traité,  S.  Germain  d'Au- 
xerre  rut  envoyé  en  Angleterre  pour  y 
foutenir  la  foi  contre  les  Pélagiens ,  qui 
nioient  l'exiftence  du  péché  originel  ôc 
la  néceflîté  de  la  grâce  de  Jéfus-Chrift 
pour  être  fauve.  La  tradition  eft  qu'a- 
vant fon  départ  il  confacra.  à  Dieu  une 
jeune  fille  de  Nanterre,  nommée  Ge- 
neviève 5  dont  la  vertu  éclata  depuis  par 
des  prodiges  fans  nombre.  Il  y  en  a  ce- 
pendant qui  prétendent  que  ce  fut  Vil- 
licus  évêque  de  Chartres ,  qui  lui  donna 
k  voile  dans  un  âge  plus  avancé.  Quoi- 
qu'il en  foit ,  les  miracles  qu'elle  opéra 
^,  dans  Paris ,  lui  méritèrent  dès  fon  vi- 
^"  vant  le  glorieux  titre  de  patrone  de  cette 
capitale  de  l'empire  François. 
"  Clodion  mourut  après  vingt  ans  de 

Ann.  447,  règne  :  quelques  auteurs  affurent  que 
^  ^"^  '  ce  fut  de  chagrin  de  la  mort  de  fon  fils 
aîné,  qui  fut  tué  au  fiége  de  SoilTons* 
On  ne  fçait  ni  le  nom  de  la  reine  fon 
époufe,  ni  le  nombre  de  fes  enfants.  Les 
uns  lui  donnent  deux  fils,  Clodebaud 
ôc  Clodomir  j  d'autres  trois  >  Regnaiîlt, 


C  L  a  D  I  o  N.  59 

Aiiberou    de  Regnacaire.  C'eft  de  cet 
Auberon ,  qu'ils   font   defcendre  Ans- Ann.  4j#. 
bert  ,  tige  de  la  famillt  de  Pépin  le  °"  4-4B. 
Bref,  premier  roi  de  la  féconde  race. 
Mais  un  auteur  très-favant  dans  notre  DuBoucl^c^ 
ancienne  hiftoire  prétend  avoir  démon- 
tré qu'il  étoit  illu  de  Tonanrius  Fer- 
reolus  5  préfet  du  prétoire  des  Gaules. 


L 


M  É  R  O  V  É  E. 

A  NAISSANCE  de  Métovée  eft  un 
véritable  problême  :  l'hiftoire  n'offre 
rien  de  certain  fur  ce  fujet.  Quelques-  Creg.  Tt»^ 
uns  ,  fur  un  palTage  de  Grégoire  de  ^*  ^  '  ^  ^ 
Tours  j  difent  qu'il  étoit  de  la  famille 
de  Clodion.  Quelques  autres  ,  fur  le 
témoignage  de  Prifcus ,  prétendent  qu'il 
étoit  fon  fils.  Ce  rhéteur  raconte  que  le 
roi  des  François  laifïa  deux  fils  ,  qui  fe 
difputerent  la  couronne  de  leur  père. 
L'aîné  implora  le  fecours  d'Attila  roi 
^Qs  Huns  :  le  plus  jeune  réclama  la  pro- 
tection des  Romains.  Il  afTure  qu'il  a 
vu  ce  dernier  à  Rome.  Il  étoit ,  dit-il , 
à  la  fleur  de  (on  âge ,  &  une  longue 
chevelure  blonde  lui  flottoit  fur  les 
cpaules.  L'empereur  le  combla  d'hon- 
neurs ôc  de  préfents  ;  Aëtius  l'adopta 
pour  fon  fils.  Mais  que  peut-on  con- 
clure de  ce  récit  où  l'on  ne  nonune  ni 


40      Histoire  de  France* 

•'" ~:  l'un  ni  lâucre  de  ces  deux  princes?  Eft-* 

Ann.  447.  il  bien  décidé  que  Mérovce  ne  fut  pas 
ou  448.  un  troifieme  concurrent  qui  enleva  la 
couronne  aux  deux  frères  rivauît  ?  Quoi- 
qu'il en  foit  5  il  eft  confiant  qu  un  prin- 
ce de  ce  nom  régna  fur  les  François ,  ÔC 
qu'il  eut  pour  compétiteur  au  trône  un 
fils  de  Clodion.  C  eft  de  lui  que  les 
rois  de  la  première  race  furent  appelles 
Mérovingiens  (*). 

*  Un  îlluftrc  écrivain,  auffl  diftingué  par  fon  érudi- 
tion que  par  raménité  de  fes  mœurs ,  prétend  que  le 
partage  du  rhéteur  Prifcus  prouve  invinciblement  que 
Mérovéeétoitfilsde  Clodion, de  qu'il  confirme  parle 
témoignage  de  l'abréviateur  de  Grégoire  de  Tours.  Il 
nous  permettra ,  en  admirant  la  profondeur  de  fcs  re- 
cherches, de  ne  point  nous  rendre  aabrillantde  fesraî- 
fons  (fl);  s'il  eft  vrai  que  ce  témoignage,  i  "  ne  fîgnifie 
rien  par  lui-même,  1».  n'ait  aucun  fondement  dans  no- 
tre ancienne  tradition.  On  convient  que  Fredegaire 
n'a  point  fuivi  celle  qui  eft  rapportée  par  le  premier  de 
nos  hiftoriens  çi/e/wii^anr  qutlques-uns  Mérorée  était  de 
la  famille  de  Clodion  ,  mais  la  fable  qs'i!  y  fubftitue ,  ne 
conclut  rien,  m  On  raconte,  dit-il ,  que  la  reine,  épou» 
3>  fe  de  Clodion  ,  fe  baignant  fur  les  bords  de  la  mer, 
»  un  dieu  marin  conçut  de  l'amour  pour  elle,  La  prin- 
3j  cefTe  n'y  fut  point  infenfible  telle  devint  mère  de  Mé- 
»  rovée  w,  {b)  On  en  peut  même  tirer  une  confcquence 
soute  contraire;  Mérovée  n'étoit  donc  pointfilsde  Clo- 
dion: conféquence  fondée  fur  plufieurs  autres  anciens 
monuments ,  tous  authentiques,  »  Pllaramond ,  dit  une 
ancienne  généalogie  de  nos  rois ,  m  fut  le  premier  roi 
»  des  Francs  :  le  fécond  fut  Clodion  :  le  troifieme  Mé- 
»  rovée  fils  de  Mérovée  ce,  (c)  On  lit  encore  ces  mots 
remarquables  dans  une  ancienne  chronique  de  nos  rois  : 
aj  Fharamond  engendra  Clodion  :  Clodion  régna  vingt 
99  ans.  Il  eut  pour  fucceffeur  Mérovée  qui  étoic  de  fa 

(â)  Mém.  de  Tacad.  des  B.  L.  tom.  VIII ,  p.  4  64t 
{b)  Fredeg.HiJl,  Franc,  épltom.  p.  716» 
{c)  Ex  vet.  coi,  jvjf,  concil,  (/  capîtul,  dpui  Vucb* 
tOiD,  J,  p.  75»3, 


É    R   O   V   i   E*  4  î 

La  plupart  des  hiftoriens  prétendent 


qite  Mérovée  étoit  dans  Tarmée  Ro- Ann.  45  u 
niaine ,  à  la  fanglante  bataille  qu'Aëtius    Jomand.  h 
gagna  fur  Attila  :  bataille  fi  probléma-     '"•  ' 
tique  5  ôc  pour  le  nombre  des  morts  que 
l'on  fait  monter  à  deux  cent  mille  du 
côté  des  Huns ,  Ôc  pour  le  lieu  où  elle 
fut  donnée ,  qui  eft  devenu  une  fource 
intarifTable  de  difputes*  Cependant  le 
plus  grand  nombre  eft  de  ceux  qui  pla- 
cent le  théâtre  de  cetce  adion  meurtriè- 
re ,  non  dans  la  Sologne  ,  l'Auvergne , 
ou  le  Touloufain  ,  mais  dans  les  vaftes 
plaines,  de  Châlons  en  Champagne.  *       — —__ ^ 
Ce  prince  mourut  après  dix  ans  de  Ann.4s<5. 
règne.  L'hiftoire  ne  dit  ni  le  nombre  de 
fes  enfants ,  ni  le  nom  de  la  reine  mère 
de  Childeric ,  fon  fils  6c  fon  fucceffeur, 

»  famille  ,  &  qui  donna  le  nom  de  Mérovingiens  aux 
»>  rois  des  Francs  «.  (d  j  Le  moine  Roricon  aflure  qu'a- 
près la  mort  de  Cloiion ,  Mérovée  fut  élu.  pour  régner  fur 
les  Francs,  6"  qu'il  fut  en  f  grande  vénération  pour  fes 
grandes  qualités  ,  que  tous  r  honorèrent  comme  leur  père 
commun  (e)  :  pas  un  feul  mot  qu'il  fut  fils  de  Clodion» 
Ce  terme  même  d'élecèion  fembleroit  prouver  le  con- 
traire dans  le  fyftéme  de  notre  fçavant  auteur  :  qu'il 
fouffre  dumoins  avec  indulgence  qu'on  aida  témérité 
de  ne  trouver  qu'incertitude  fur  la  filiation  de  Mérovée, 

{(f)  Duch.  tom.  I  ,  p.  797-  Uem ,  p.  Soi. 
(e)  Duch.  ibid»  p.  80 1. 

^  *  Un  auteur  moderne  vient-de  donner  une  diflfert.i- 
tîon  pour  prouver  que  cette  bataille  s' eft  donnée  dar^ 
la  Champagne,  à  cinq  lieues  de  Troyes  ,  dans  la  plaine 
de  Mcrry.fur-Seine.  Il  apporte  en  preuve  ces  paroles 
de  Gré';>-oire  de  Tours,  Attilam  fugant,  qui  Mauria- 
cum  campum  adiens ,  fe prcec'mgic  ii  bellum*  MercufC 
de  France,  Avril  i7jj. 


41     Histoire  de  France. 


Ann.  45^.  C  H  ILDÉ  R  IC    I. 

Greg.  Tur,  \^  H I L  D  E  R I C  fut  un  priiice  à  grandes 
Fred.  Scho'  aveiitiires.  hiiieve  des  1  enrance  par  un 
hjh  io.        détachement  de  l'armée  des  Huns ,  un 
brave  François  nommé  Viomade,le  dé- 
livra comme  par  miracle  des  mains  de 
ceux    qui  l'emmenoient  en    captivité. 
Une  confpiration  générale  le  renverfe 
du  tf  ône  de  fes  p^es  ;  il  y  remonte  glo- 
fieufement  ,  rappelle   par  les  vœux  Se 
les  regretsx  de  toute  la  nation.  C'étoic 
l'homme  le  mieux  fait  de  fon  royaume  : 
il  avoit  de  l'efprit  j  du  courage ,  mais  né 
avec  un  cœur  tendre ,  il  s'abandonnoit 
trop  à  l'amour  :  ce  fut  la  caufe  de  fa 
Roric.  /.  I .  perte.  Les  feigneurs  François ,  auflî  fen- 
iîbles  à  l'outrage  ,  que  leurs  femmes 

l'avoient  été  aux  charmes  de  ce  prince, 

Ann.  4;7*  fe  liguèrent  pour  le  détrôner.  Contraint 
de  céder  à  leur  fureur  ,  il  fe  retira  en 
Allemagne ,  où  il  ht  voir  que  rarement 
Tadverfité  corrige  les  vices  du  cœur  : 
il  féduifit  Baiîne  époufe  du  roi  de  Thu- 
ringe  ,  fon  hôte  6c  fon  ami. 

Cependant  les  François  s'aflemblent 
pour  lui  donner  un  fucceflfeur  ^  &  la 
couronne  par  le  choix  le  plus  bizarre  , 
eft  déférée  au  comte  Gilles ,  comman- 
dant pour  les  Romains  dans  la  Gaule» 


C  tt  I  I  r>  E  1^  I  c*     L      45 

Ce  fut  j  dit-on  ,  un  coup  de  la  politique  .. 

de  Viomade.  Ce  fidèle  fujet  profita  du  Ann.  4^7* 
crédit  qu'il  avoit  fur  l'efprit  du  nouveau  ^cfi*  Franc, 
roi  5  pour  l'engager  dans  des  démarches  ^*  ^' 

qui  ne  pouvoient  que  le  rendre  odieux 

à  la  nation.  Les  exactions  du  monarque  ^^^  ^, 
régnant  rappellerent  le  fouvenir  du  ou  464. 
prince  exilé  ^  on  commença  par  le  re- 
gretter ;  enfin  on  le  demanda  haute- 
ment. Viomade  toujours  attentif  aux 
intérêts  de  fon  ancien  maître ,  lui  en- 
voya la  mQitié  d'une  pièce  d'or ,  qu'ils 
avoient  rompue  lorfqu'ils  s'étoient  fé- 
parés.  Childeric  reconnut  le  fignal ,  Ôc 
quitta  la  Thuringe  pour  aller  le  mon- 
trer à  fes  anciens  fujets.  Une  feule 
bataille  décida  cette  grande  affaire. 
L'étranger  fut  entièrement  défait  ,  de 
le  prince  légitime  fe  remit  en  polfelîion 
du  trône ,  d'où  fes  galanteries  l'avoienc 
précipité. 

Cet  événement  merveilleux  eft  fuivi  ^^^ê-  ^"''« 
d'un  autre  auffi  remarquable  par  fa  fin-  '^'  ^*  *^' 
gularité.  La  reine  de  Thuringe ,  com- 
me une  autre  Hélène ,  quitte  le  roi  fon 
mari  pour  fuivre  ce  nouveau  Paris.  Si 
je  connoijjois  ^  lui  dit-elle  ,  un  plus  grand 
héros ,  ou  un  plus  galant  homme  que  vous  y 
j  irois  le  chercher  jufqu  aux  extrémités  de 
la  terre,  Bafine  étoit  belle  \  elle  avoit 
de  l'efprit  ;  Childeric  trop  feiifible  k 


44      Histoire  de  France. 
ce  double  avantage  de  la  nature ,  Vé^ 
Ann.  ^6).  poufa  au  grand  fcandale  des  gens  de 
bien ,  qui  réclamèrent  en  vain  les  droits 
facrés  de  l'hyménée ,  &  les  loix  invio- 
lables de  l'amitié.  C'eft  de  ce  mariage 
qu'eft  né  le  grand  Clovis. 
Greg.  fur,      La  fin  d'un  règne  fi  romanefque  fut 
^Geft  %ranc.  ^g^^^^^^  P^^  plufieurs  exploits  glorieux* 
f*  ï/  La  haine  des  Romains  &c   le  défîr  de 

regagner  l'eftime  de  fes  fujets ,  réveil- 
lèrent le   courage  de   Childeric  ,  qui 
jufque- là  avoir  paru  endoçmi  dans  le 
féin  des  plaiflrs  &c  de    la  volupté.  Il 
pénétra  bien  avant  dans  la  Gaule  ,  défit 
auprès  d'Orléans  l'armée  d'Odoacre  roi 
des  Saxons ,  prit  Angers ,  qu'il  pilla,  tua 
de  fa  main  le  comte  Paul,  qui  comman- 
doit  pour  l'empereur  dans  le  SoifTon- 
nois  5  &c  fe  rendit  maître  de  Paris,  fi  l'on 
en   croit   l'auteur  de  la  vie  de  fainte 
Geneviève  ,  mais  c'eft  le  feul  hiftorieii 
qui  attefte  ce  fait.  Il  paroît  qu'il  accor- 
da la  paix  aux  Saxons ,  &  qu'ils  fe  réu- 
nirent pour  exterminer  les  Allemands 
cpi  s'écoient  jettes  fur  une  partie  de  l'I- 
Frei.  ép'it.  talie.  La  conquête  de  l'Allemagne  fut 
^'  ^^'  la  dernière  adion  mémorable   de  ce 

Ann,48i.  prince.  Il  mourut  quelque  temps  après, 
dans  la  vingt  -  quatrième  année  de  fou 
règne ,  Se  fut  enterré  en  un  lieu  qui  eft 
enfermé  dans  la  ville  de  Tournai, 


Childéric     I.        45 
Le  hazard.  fit  découvrir  fon  tombeau  — — ^^"* 
en  mil  fix  cent  cinquante -trois.  On  y  Anr.  481^ 
trouva   un    fquelette    de   cheval  avec 
quelques  ofTements  humains  afTez  en- 
tiers qui  marquoient  une  grande  ôc  hau- 
te taille.  Les  autres  raretés  dç  cet  ancien 
monument  font  un  globe  de  criftal ,  de 
plufîeurs  pièces  curieufes  d'or  mafïif, 
une  tête  de  bœuf,  un  ftyle  avec  des  ta-* 
blettes  5  des  abeilles  émaillées  en  quel- 
ques endroits,  des  médailles  de  plu- 
fîeurs empereurs ,  enfin  quantité  d'an- 
neaux ,  fur  un  defquels  on  voit  un  ca- 
chet qui  porte  l'empreinte  d'un  homme 
parfaitement  beau.  Il  a  le  vifage  entiè- 
rement rafé  :  fa  chevelure  eft  longue  , 
treflee ,  féparée  au  front ,  ôc  rejettée  par 
derrière  :  il  tient  un  javelot  de  la  main 
droite.  On   lit  autour  de  la  figure  le 
nom  de  Childeric ,  gravé  en  lettres  ro- 
maines. On  voit  à  la  Bibliothèque  du 
roi  une  partie  de  ces  curiofités. 


C  L  O   V  l  S, 

V-#  L  o  V I  s  n'étoit  que   dans  fa  quin-    Greg.  IV* 
zieme  année  ,  lorfqu'il   monta  fur  lel^^j^*^^* 

j        A  Ti  .',.•'  .  ,.     tred.epitom. 

\  trône.  11  avoit  a  peme  vmgt  ans,  quil  c.  iç. 

•;  envoya  défier    Syagrius  fils  du  comte  ^^s-'^ranc* 

i  Cille,  &  gouverneur  pour  les  Romains  iionV.  uu 


4<>      Histoire  DE  France.    - 

dans  la  Gaule ,  où  il  commandoit  avec 

Ann.  486.  une  autorité  prefque  abfolue.  Le  jeune 

monarque  François  fe  mit  aufli  -  tôt  en 

campagne  ,  de  fuivi  de  Ragnachaiie  &c 

Bataille  de  de  Cataric,  princes  de  fon  fang ,  il  mar- 

Soiaons.       çj^^   ^^çy[^   ^    SoifTons.   Combattre    ôc 

vaincre  ne  fut  pour  lui  qu'une  feule  &c 
même  chofe.  Syagrius  échapé  prefque 
feul  du  combat ,  fe  retire  chez  les  Vifî- 
goths  :  Clovis  menace  Alaric  leur  roi 
de  leur  faire  la  guerre  s'il  ne  lui  livre  le 
fugitif  :  Syagrius  eft  remis  en  la  puif- 
fance  de  fon  vainqueur  y' qui  lui  fait 
couper  la  tête.  Cette  vidoite  fut  fuivie 
de  la  prife  de  SoifTons  ;  ôc  la  mort  du 
général  de  l'empire  emporta  la  réduc- 
tion de  toutes  les  places  qui  tenoient 
encore  pour  les  Romains. 

Clovis  qui  vouloir  s'attacher  par  la 
douceur  ceux  qu'il  avoir  fubjugués  par 
les  armes  ,  fit  tout  ce  qui  dépendoit  de 
lui  pour  arrêter  la  licence  eftrénée  d'une 
armée  vi6torieufe.  Cependant  il  ne  put 
empêcher  le  pillage  de  quelques  égliies. 
Tous  les  hiftoriens  parlent  du  vafe  fa- 
cré  redemandé  par  faint  Remy  de 
Rheims.  On  admire  également  Tinfo- 
lence  du  fujet  qui  refuie  fon  maître  ;  la 
modération  du  fouverain  qui  fçait  diflî- 
muler  fon  reffentiment ,  &  la  vengeance 
qu'il  en  tire  à  la  revue  générale  de  fes 


C  L  o  V  I  s.  47 

troupes   dans  le  champ  de  Mars.  Les  ^^^»*»«» 
armes  du  foldac  fe  trouvoient  mal  en  Anxn.  487. 
ordre  :  Clovis  lui  fendit  la  tête   d'un 
coup  de  Î2ifrancïfque,    Ceji  ainji  ^  lui 
dit -il  ,  que  tu  frappas  le    vafe  dans 
Soijfons, 

Une  exécution  fanguinaire  de  la 
main  d'un  roi  révoltera ,  fans  doute  , 
dans  le  fiècle  où  nous  fommes.  Néan- 
moins cette  adion  qui  nous  paroit  in- 
digne de  la  majefté  ,  infpira  plus  de 
refpect  que  d'horreur  :  c'eft  la  remar- 
que de  Grégoire  de  Tours. 

On  voit  par  cette  relation  que  les    Cequee'é- 
François  avoient  coutume  de  s'afTem-  ^ÏLT!^  ^""^ 

Ul  L  /         1  -^  aflemblees 

Dler  chaque  année  dans  un  champ  *  du  champ  de 
qu'on  appelloit  le  champ  de  Mars  ^  ^^"* 
parce  que  ces  diètes  fe  tenoient  au  com- 
mencement du  mois  qui  porte  ce  nom. 
C'eft  par  la  même  raifon  que  dans  la 
fuite  il  fut  nommé  le  champ  de  Mai. 
Ces  aifemblées  avoient  plufieurs  objets  : 
on  y  faifoit  la  revue  des  troupes  ;  on  y 
délibéroit  de  la  guerre  &  de  la  paix  ^ 
on  y  travailloit  à  la  réformation  des 
abus  du  gouvernement  ,  de  la  juftice 
&  des  finances.  C'étoit  la  qu'on  don-  . 

*  Les  Mérovingiens  commençoient  l'année  du  jour 
ce  cette  revue  :  les  Carlovingiens  la  commençoient  à 
Noël.  Ce  fut  Charles  IX  qui  en  fixa  le  commencement 
au  premier  de  Janvier.  Cette  variation  caufe  un  gran4 
e^nbarras  pour  U  date  précife  dc5  é  vènemems. 


4^  Histoire  deFrance. 
noie  des  tLueuus  aux  rois  mineurs  ; 
Ann.  487.  qu'on  faifoit  le  partage  des  tréfors  ôc 
des  Etats  du  monarque  défunt^  qu'on 
déterminoit  le  jour  &c  le  lieu  pour  l'in- 
auguration du  prince  fucceffeur  au  trô- 
ne ;  qu'on  inftruifoit  le  procès  des  grands 
criminels  :  c'étoit  là  enfin  que  les  rois 
recevoient  tous  les  ans  le  don  gratuit. 
On  appelloit  ainfi  le  préfent  volontaire 
en  argent ,  en  meubles ,  ou  en  chevaux , 
que  les  grands  du  royaume  faifoient  à 
leur  fouverain.  Ce  nom  lui  eft  toujours 
demeuré  ,  quoique  par  la  fuite  il  aie 
ceiïe  d'être  libre.  Le  roi  préfldoit  à  ces 
diètes  générales  de  la  nation.  Il  étoit 
accompagné  des  grands  officiers  de  la 
couronne ,  du  maire  du  palais ,  de  l'apo- 
crifîaire  ou  aumônier  ,  du  chambellan  , 
du  connétable ,  du  grand  échanfon ,  de 
du  référendaire  ou  chancelier.  Les  évè- 
ques  &  les  abbés  n'étoient  point  difpen- 
fés  de  s'y  trouver. 

On  y  mandoit  auflî  les  ducs  5c  leS' 
comtes.  Ces  dignités ,  héréditaires  de 
nos  jours ,  n'étoient  alors  que  de  fini-» 
pies  commifîîons ,  que  le  prince  don-- 
laoit  pour  un  temps.  Le  roi ,  ou  le, 
maire  de  fon  palais ,  propofoit  les  quef- 
tions  qu'on  devoit  examiner  :  l'aUem-*^ 
blée  délibéroit  :  la  pluralité  des  voix 
^emportoit  la  décifion  :  ce  que  la  diète 

^voit 


C  L  o  V  I  s     î.  49 

avoir  prononcé  ,  devenoit  loi  de  l'Etat. 

Quelques  années  après  l'entrée  des  Ann.  4^1, 
François  dans  la  Gaule  ,  Clovis  apprit  Conquête  de 
rinvaiion  fubite  de  Bafin  roi  de  Thu- ^^  "^""""o^* 
ringe  fur  la  partie  de  fes  Etats  c]ui  étoit 
iituée  au-delà    du   Rhin.    Il  ailembla 
promptement  fon  armée  ,  fe  jetta  fur 
les  terres  de  fon  ennemi,  y  porta  le  fer  ^^p.,  Fram-i^ 
de  le  feu  5  3c  lui  impofa  un  tribut  per-  '^*  ^^* 
pétuel.  11  fongea  enfuite  à  s'allier  par  un 
mariage  digne  de  lui  ,  à  quelqu'un  des 
princes  qui  regnoient  dans  les  provinces 
voifînes  du  beau  pays  qu'il  venoit  d'en- 
lever à  l'empire. 

Gondebaud   roi    des  Bourguignons    Marhgedô 
avoir  une  nièce  d'une  rare  beauté.  La  ^^^^^-^ 
réputation  de  fes  charmes ,  de  fon  efprit 
&  de  fa  vertu  ,  toucha  le  cœur  de  Clo^ 
vis  j  il  la  fit  demander  par  fes  ambaiîà- 
deurs.  La  cour  de  Bourgogne  n'ofa  le 
refufer  :  elle  craignoit  d'irriter  un  jeune 
conquérant,  que  la  vidoire  fuivoit  par- 
tout. La  princefîe  Clotilde  fut  donc 
époufée  au  nom  du  roi  par  Aurélien  ,  Fredeg.  epe* 
ilkftre  Gaulois ,  qui  lui  offrit ,  félon  la  ^'  ^^* 
coutume,  un  fou  Se  un  denier.  Cette 
coutume  fut  long -temps  obfervée  en 
France  :  les  maris  donnent  encore  au- 
jourd'hui  quelques   pièces   d'argent  à 
leurs  époufes.  Il  n'y  a  de  différence  que 
dans  le  nombre  ik  la  valeur. 
Tome  /,  .C 


l.   i  ,   c 


5c      Histoire  de  France. 
mr»»*^^»»      Tout  étant  prêt  pour  le  départ  de  la 
Ann.  4^3-  nouvelle  reine  ,  elle  fe  mit  en  chemin  , 
montée  fur  une  efpèce  de  chariot  qu'oii^ 
appelloit  une  i'^/Zc'r/ztr.  C'étoît  la  voiture 
la  plus  décente  &  la  moins  rude  de  ces 
temps-là.  Elle  étoit  tirée  par  des  bœufs, 
dont  la  marche  plus  lente  que  celle  du 
cheval,  eftaulli  beaucoup  plus  douce.  Le 
mariage  tut  célébré  à  Soiffons  aux  accla- 
mations des  Gaulois  Se  des  François.  Le 
Cre^.  Tur.  ciel  bénit  cette  heureufe  union  :  Clo- 
^^  '  tilde  devint  mère  d'un  prince  ,  qui  re- 
dfh.  Franc,  çut  le  baptême  du  confentement  du  roi 
^'  '4»  fon  père  ,  Se  fut  nommé  Ingomer.  La 

Fd'.'cmar. in  mort  d'un  enfant  Ci  cher  infpira  à  Clo- 
mt.  Rem^g.  ^^^  j^  Téloignement  pour  la  religion 
chrétienne ,  que  la  reine  tâchoit  de 
lui  perfuader  :  cependant  il  confentit 
qu'elle  fît  baptifer  fon  fécond  fils.  Mais 
à  peine  les  cérémonies  du  baptême  fu- 
rent-elles achevées  que  Clodomir  fut 

' attaqué  d'une  violente  maladie  qui  fit 

ANx-j.  45)4.  Jefefpérer  de  fa  vvie.  La  pieufe  reine 
eut  recours  au  ciel  ,  qui  touché  de  fes 
larmes  ,  lui  accorda  la  fanté  de  ce 
prince  ,  de  dilîipa  les  inquiétudes  du 
roi  fon  époux.  Cette  faveur  fut  fuivie 
d'une  autre  plus  grande  encore  ,  je 
veux  dire ,  de  la  converfion  de  Clovis 
au  chridianifme.  Voici  comme  l'hif- 
toire  rapporte  ce  célèbre  événement. 


Ctovis     I.  51 

Les  Allemands,  peuples  belliqueux  ,  î;^^^^; 
s'étoient  jettes  dans  la  Gaule  pour  s'y  Ann.  ^96". 
faire  un  ctabliiTenient  à  l'exemple  des    Bataîiie  de 
nations  qui  en  avoient  chaire  les  Ro-  '^'^^^^^^* 
mains.  Clovis  averti  de  cette  irruption ,     . 
vole  à  leur  rencontre  ,  Ôc  les  joint  dans 
les  plaines  de  Tolbiac  ,  où  il  fe  donne 
une  fanglante  bataille.   Déjà    l'armce 
Françoife  commençoit  à  plier,  lorfque 
le  monarque  levant  les  yeux   au   ciel 
s'écria  :  Dieu  de  la  reine  Clotilde  ^fivous    Grpg.  Tur. 
rn  accorde^  la  vicîoire  j  je  fais  vœu  de  ^*  z'  ^  • 
recevoir  le  baptême  6'  de  n'adorer  de  for-   ^^i^-  ^'^^nc. 
mais  que  vous.  La  prière  étoit  fincere  , 
elle  fut  exaucée.  Bientôt  l'ordre  fe  réta-     ■^'^^'"'^"  ^'  "* 
blit  dans  fes  troupes  :  il  les  ramena  à  la 
char2;e  ,  enfonça  les   bataillons   enriQ- 
mis  5  &  les  mit  en  fuite.  11  entra  enfuira 
dans  l'Allemagne ,  diilipa  les  reftes  de 
[armée  vaincue  ,  impofa  le  joug  à  une  ' 

nation  jufqu'alors  indomptable  ,  &  la 
rendit  tributaire,  Fidèle  à  fa  promeiTe , 
il  fe  fit  inftruire  des  myfteres  de  la  re^ 
ligion  chrétienne.  Ce  fut  faint  Remy  , 
évèque  de  Rheims,  homme  célèbre  par 
la  naiifance  ,  par  fa  piété  ,  &  par  fa 
dodrine ,  qui  le  baptifa  le  jour  de  Nocl 
ians  l'édife  de  faint  Martin  hors  des 
aortes  de  la  ville.  Alboflede  fa  fœur , 
^'  plus  de  trois  mille  François  fuivirent 
exemple  du  prince  ^  &  dcs-lors  la  piété 

C  z 


'51      Histoire  de  France. 

'-=-^—'~-  de  la  nation  commença  d'être  célèbre 

Ann.  49  é-  P^^  toute  la  terre. 
Hincmar,in      On  racontc  qu'iuie  colombe  defcen- 

vic.  Remig.  due  du  Ciel  apporta  une  iîole  pleine  de 
.  baume  ,  dont  Clovis  fut  facré  ou  con- 
firmé. C'eft  ce  qu'on  appelle  la  Sainte 
Ampoule.  On  la  garde  précieufemenc 
à  Rheims,  de  Thuile  qu'elle  renferme, 
fert  pour  l'onétion  de  nos  rois  dans  la 
cérémonie  de  leur  facre.  Cependant 
aucun  auteur  contemporain  ne  parle  de 
ce  miracle.  On  dit  aufîî  que  ce  prince 
reçut  des  mains  d'un  ange  un  écu  d'azur, 
femé  de  fleurs  de  lys  j  mais  il  paroît 
confiant  que  l'ufage  des  armoiries  eft 
de  beaucoup  poilérieur  au  fîècle  où  il 


rcgnoir. 


Rcimiondes      Le  clu'iftianifme  de  Clovis  ne  ralen- 
Arbonques    j.^^  point  fou  ambition.  Le  Brabant  ,  le 

'M\  royaume  ^    i     t  •  /  •      i     i     r-t 

de  France,  pays  de  Licge ,  de  une  partie  de  la  rlan- 
dre  maritime  n'avoient  point  encore 
fubi  le  joug  du  nouveau  conquérant 
de  la  Gaule.  Les  plus  confidérables  de 
ces  peuples  étoient  les  Arboriques*, 
nation  chrétienne  ,  fort  attachée  à  fa 
religion,  &;  par  cette  raifon  ennemie 
des  François   qui   étoient  païens.    Le 

*  C'eft  le  nom  que  l'on  donnoît  aux  peuples  qui  ha. 
bitoîent  autrefois  la  Zélande,  province  des  Pays-Bas: 
quelques  -  uns  les  ont  confondus  avec  les  Taxandres , 
nation  dans  le  voifinage  de  Maëftricht:  quelc^ues  aui 
très  les  placent  entre  la  Meufe  &  Anvers. 


^jMBBWS'it.iB*»*.'* 


C  L  o   V  I  S     î.  5  5 

baptême  du  fouvemin  &  crime  partie 
de  fes  fujets  ,   diminua  cette  averlion.  Ann.  49^^. 
Les  Arboriques  confentirent  à  s'allier     ^''^'^''^j'J' 
avec  eux;  infenfiblement  ils  en  vinrent ^^.^^ 
jufqua  reconnoître  Clovis   pour    leur 
roi  5    ce  les  deux  peuples  n'en  firent 
plus   qu'un.   Les    garniibns   Romaines 
imitèrent  cet  exemple  ,    capitulèrent  , 
Ôc  remirent  toutes  les  places  que  l'em- 
pire pofiTédoit  encore   vers   la   mer  de 
fur  les  bords  du  Rhin.  Les  principaux 
articles  du  traité  furent  qu'ils  vivroient 
félon  leurs  loix  ;  qu'ils  s'habiileroient 
à  leur  mode  ;    enRn  qu'à  la  guerre  ils 
auroient    leurs    drapeaux    particuliers. 
Cet  événement  fut  l'occaflon  de  l'éta- 
bliffement  de  la  fameufe  loi  appellée 
Ripualre  ,   du  nom  des  foldats  ou  peu- 
ples qui  gardoient   ou   liabitoient   les 
rivages  de  la  Meufe ,  du  Rhin  bc  peut- 
être  même  de  l'Océan.  Cette  loi,  quia 
beaucoup  de  relfemblance  avec  la  loi 
Salique  ,  ordonne  que  le  Ripuaire  fera 
traité  comme  le  François.  On  y  voit 
des  veftiges  de  quelques  coutumes  Ro- 
maines :  elle  contient  plufieurs  articles 
qui  ont  un  rapport  direct  à  la  religion 
chrétienne. 

L'union  des  Arboriques  &  des  Fran-  " 
•     r      r  •   •      j'         /    V  j        Ann.  499- 

çois   tut  luivie  dun  événement  dont     „ 

?M       •      r  •  j  j  Guerre 

CloYis  Içut  tirer  de  grands  avantages,  des  François 


54  Histoire  de  France. 
n-zr — —:  Gondégéfile  régnoit  en  Bourgogne  avec 
Ann.  499.  GondebAucl  fqn  frère.  Ces  deux  princes 
contre  les  Conçurent  de  la  jaloufie  l'un  de  l'autre. 
gnons^'  ^^  premier  fe  ligua  fe  crettement  avec  le 
Creg.  Tur.  monarque  François  ,  qui  lui  promit 
''^'A'^;'^*  un  prompt  fecours.  Les  circonftances 

Oejt.  Franc.   /      -^  ^      a  r  11 

t,  16.  croient  extrêmement  ravorabies    pour 

^riieg,eph.  couvrir  les  mefures  que  l'on  prenoit  en 
France.  La  révolte  des  peuples  de  Ver-  , 
dun  fournifToit  un  prétexte  d'aiTemblei' 
les  troupes.  Clovis  les  mena  contre  les 
rebelles  ;  mais  prêt  à  faccager  leur  ville, 

* le  faim  prêtre  Eufpice  fléchit  fa  colère. 

Ann,  50c.  ^  obtint  le  pardon  des  coupables.  L'ar- 
mée fe  mit  auiîî-tôt  en  marche  vers  la 
Bourgogne  ;  on  fe  joignit  fur  les  bords 
de  la  petite  rivière  d'Oufche.  La  vic- 
toire ne  fut  pas  long- temps  indécife  : 
Gondebaud  trahi  par  fon  frère ,  &  obli- 
gé de  prendre  la  fuite ,  fut  pourfuivi 
vivement,  &  aflîégé  dans  Avignon,  où 
il  s'étoit  enfermé  avec  ce  qu'il  avoir  pu 
ramaiTer  de  troupes.  C'étoit  l'homme 
du  monde  qui  avoir  le  plus  de  relTour- 
ces  &  le  plus  de  préfence  d'efprit  dans 
les  malheurs  :  il  fur  ménager  l'occafion 
û  adroitement ,  qu'il  engagea  Clovis  à 
traiter  avec  lui.  Les  conditions  furent 
que  la  Bourgogne  feroit  tributaire  du 
vainqueur;  &  que  Gondégéfile  demeu- 
reroic  en  poffeilion  de  Vienne  6c  d*^ 


C  L  o  V  I  s     î.  5  5 

quelques  âurres  places  qu'il  avoit  con- 
quifes.  Mais  à  peine  fe  vic-il  en  liberté  Ann.  500. 
par  le  départ  des  François  ,  qu'oubliant 
îa  promeiïe  ,  il  déclara  la  guerre  à  fon 
frère  ,  l'alliégea  dans  Vienne  qu  il  fur- 
prit  5  Ôc  le  pourfuivit  jufqu'au  pied  des 
autels  où  il  le  fit  malTacrer. 

Clovis  étoit  alors  occupé  de  la  réduc-  ' ' 

tion  des  villes  Armoriques  *.  D'abord  ^^^'  ^^'^^ 
il  tenta  de  les  foumettre  par  les  armes  :  defvliks  Ar- 
cette  voie  n'ayant  pas  réuiii  ,  il  eut  re-  moiiques. 
cours  à  la  négociation.  Elle  fut  fi  heu-    Greg.  Tur. 
reufe  ,  que  les  Bretons  confentirent  à  .^^  ^^  ^'^^^^' 
lui  remettre  toutes  leurs  places.  On  iit 
un  traité  où  il  fut  ftipulé  qu'ils  n'au- 
roient  plus  de  rois  ,  mais  des  comtes     Hem  kiji, 
ou  des  ducs  qui  releveroient  du  mo-    "^^  ^' '^^ 
narque  François.  Il  y  en  a  qui  préten-     Egînariîn 
dent  que  l'armée  Françoife  s'empara  de  ^f^J-Jj  /. . 
Ici  ville  de  Vannes ,  &  que  cet  exploit 

""  C'eft  le  nom  que  les  anciens  ont  donné  à  la  petire 
Bretagne*  aujourd'hui  province  de  France  :  il  fîgnifie 
en  vieux  Gaulois/wr  le  bord  de  la  mer ,  ou  côte  de  mer. 
ïille  eft  efFedivement  environnée  de  la  mer  de  trois 
côtés,  au  feptentrion  par  la  Manche,  à  l'occident  par 
le  grand  Océan,  au  midi  par  le  grand  golfe  de  France» 
Elle  fut  anciennement  habitée  par  les  Nannetes  j  les 
Rhedons,  les  Diablintes,  les  Ambiliates,  lesVene- 
tes,  les  Oflfimiens ,  &  les  Curîofolites  :  ils  étoienc 
puiiïants  par  leur  commerce  j  &  formoient  une  efpece 
de  république.  Le  tyran  Maxime  l'abandonna  aux  Bre- 
tons, pour  reconnoître  les  fervices  qu'ils  lui  avoient 
rendus  contre  Gratien  &  Théodofe  :  c'eft  de  ces  nou- 
veaux habitants  qu'elle  a  reçu  le  nom  de  Bretagne  au 
lieu  de  celui  d'Armorique.. Corn,  au  mot  Armoriçue  ; 
&  Baudran ,  au  mot  Bretagne, 

c  4. 


5^      Histoire  de  France. 
fut  fuivi  de  la  conquête   de  toute    la 
Ann.  501.  Bretagne.   Quoi  qu'il   en  foit ,  Clovis  1 
Procop.  i,  eut  à  peine  terminé  cette  grande  affaire , 

14  s  de  bell.  i  -n   /     i      •  •     i 

Ooth,  ^^^  ^^  concert  avec  1  heodoric  roi  des 

Oftroo;oths ,  il   recommença  la  guerre 

contre  Gondebaud. 

]  Le  roi   de  Bouro^omie   avoir  eu  le 

i^NN.  502,  ^^_       j     r-      1  >  -c      '     rr  • 

temps  de  taire  les  préparants  necellaires 

pour  une  vigoureufe  défenfe.  Le  pre- 
mier de  ks  foins  fut  de  gagner  le  cœur 
de  fes  fujets  par  une  conduite  pleine  de 
douceur.  C'eft  dans  cette  vue  qu'il  fie 
publier  la  fameufe  ordonnance  qui  de 
fon  nom  fut  appellée  Loi  Gombette,  Le 
but  principal  de  cette  nouvelle  loi  étoit 
de  rendre  fes  peuples  heureux  :  elle  dé- 

^  Zft«  Burg,  fend  fur-tout  de  maltraiter  les  Gaulois 
*  ^^'  qui  vivoient  dans  toute  l'étendue  de  la 
Bourgogne  :  le  quarante  -  cinquième 
article  défère  le  duel  à  ceux  qui  ne 
voudront  pas  s'en  tenir  au  ferment. 
Condebaut,  après  ces  préparatifs  plus 
■■    ■■  politiques  que  chrétiens  ,  fe   mit    en 

Ann.  503.  marche  contre  les  François,  dont  il 
vouloit  prévenir  la  jonction  avec  les 
Oftrogoths.  Lefuccèsne  répondit  point 
à  fes  efforts  :  {on  armée  fut  taillée  en 
pièces  5  &  fon  royaume  fubjugué.  Mais 
il  lui  fut  auifi-tôt  rendu.  On  ignore 
quel  put  être  le  reffort  de  cet  événement 
iiiefpéré.  Quelques  auteurs  ont  avancé 


Clovisî.  57 

que  le  prince  Bourguignon  fe  rendit 
tributaire  de  Clovis  ;  qu'il  s'attacha  Ann.  503, 
pour  toujours  à  lui ,  &  qu'il  prit  même 
une  charge  dans  fa  maifon.  Cette  opi- 
nion eft  fondée  fur  un  paffage  du  faint 
évèque  Avitus ,  où  il  eft  dit  que  Gon-  j^  ^^^j^^  ^j 
debaud   étoit    foldat  ou  chevalier  du  Clodov. 

monarque  François,  

La  conquête  du  royaume  des  Vi%oths  ^^^^ 
fuivit  de  près  une  expédition  fi  glorieu-  conquête  dû 
fe.  Les  François ,  en  oartant  pour  cette  royaume  des 
guerre  ,  jurèrent  de  ne  fe  point  faire  la  ^^^g^^^^ 
barbe ,  qu lis  n  euilent  vamcu  leurs  en-  i2,c,  37. 
nemis.  Ces  fortes  de  voeux  étoient  fort    P-^^'^<:'  l-  4. 
ulites  chez  les  anciens  rrancs.  lout  elt  ^_  j^_ 
plein  de  merveilles  dans  ce  qui  précède  Aimoiii,l,  w 
la  vidoire  de  Clovis  fur  Alaric.  L'ufage 
de  ces  temps  étoit  de  tirer  augure  cUi 
verfet  qu'on  chantoit  à  l'office  au  mo- 
ment qu'on  arrivoit  à  l'é^life.  Les  en- 
voyés du  roi,  à  leur  entrée   dans  faint 
Martin  ,    entendirent  ces   paroles  du. 
pfeaume  XVII  :  J^^ous  m'ave^  revêtu  de 
Jorce pour  /a  guerre  ;  vous  ave-^fuvplanté 
ceux  qui  s' étoient  élevés  contre  moi  ;  vous 
ave^  mis  mes  ennemis  en  fuite  ,  &  vous 
nve"^  exterminé  ceux  qui  me  haïjfoient* 
Ce  qui  arriva  fur  les  bords  de  la  Vien- 
ne 5  fut  une  confirmation  de  cet  heu- 
reux pronoilic.   L'armée  ne  favoit  où 
pafTer  cette  rivière  ;  une  biche  s'élança 

C  5 


58       HiSToip. E  DE  France. 
î-^-^!:^!^  à  la  vue  de  tour  le  camp  Se  leur  dé- 
Akn.  J07.  couvrit  un  gué,  ql^on  nomme  encore 
-     aujourd'hui   le    Pas  de    la   Biche.  Un 
troifieme  prodige  plus  frappant  encore ,~ 
ne  lailïa  plus  aucun  doute  fur  le  fuccès 
de  cette  entreprife.  On  vit  en  l'air  un 
-  feu  c]ui  fembloit  s'allumer  fur  le  haut 
de   l'églife    de  faint  Hilaire  \   il  vola 
au-defius  du  camp,  &  vint  fe  pofeu 
fur  la  tente  de  Clovis  ,   où  il  acheva 
de  fe  confumer.  Dans  un  fiècle  plus 
éclairé  on  n'y  auroit  vu  qu'une  fimple 
.  aurore  boréale  :  on  crut  y  voir  alors  un  " 
prodige  qui  annonçoit  les  plus  brillants 
triomphes. 
Eapiiie  de      Cependant  les  deux  armées  fe  ren- 
'°"\^„  ^   contrèrent  dans  les  plaines  de  Veuille 
leiL  Got'  ^   près  de  Poitiers.  On  en  vint  aux  mains. 
ifJor.  iijior.  Les  deux  rois  s'appercurent ,  fe  joieni- 
rent  &  le  choquèrent.  Clovis    plus  vi- 
goureux ,    ou    plus   adroit  ,   renverfa 
Alaric  de  dedus  ion  cheval ,  &  lui  porta 
un  coup  dont  il  expira.  Rien  ne  réfifta 
plus  au  vainqueur  :  il  foumit  à  fon  em- 
pire tout  le  pays  qui  s'étend  depuis  la 
Loire  jufqu'aux  Pyrénées. 
"  7      Oe  fut  au  retour  de  cette  expédition 

J.  '    „  '  <^luI  reçut   dans  la  ville  de  Tours  les 

Creg   Ti!t\  ■!     rr    ^  i>  a        n     r 

,/. i,c.38     ambaiiadeurs    dAnaitafe  ,     empereur 

Cefi, Franc  ({'Orient,  qui  lui  envoyoit  le  titre  de 

les  ornements  de  Patrice,  de  Conful  Ôc 


C  L  o  V  I  s     I.  59 

d'Augufte.  Clovis  donna  une  grande 
fête  à  cette  occafion  :  il  monta  à  che-  Ann.  508. 
val,  le  diadème  en  tête,  revcti\  de  la 
robe  Se  du  manteau  de  poupre  ;  jetta 
beaucoup  d'argent  au  peuple,  &  prit 
dès-lors  la  qualité  d'Augufte,  nom  tou- 
jours cher  Se  vénérable  aux  Gaulois  par 
la  longue  habitude  qu'ils  avoient  eue 
avec  les  Romains. 

Le  nouveau  patrice ,  après  avoir  con- 
gédié les  ambalfadeurs ,  revint  à  Paris , 
dont  il  fit  la  capitale  de  fon  empire.  Il 
y  avoir  au  midi  de  cette  ville  un  palais , 
ancien  féjour  des  empereurs  Julien  & 
Valentinien  premier^  c'eft  là  qu'il  fixa 
fa  demeure.  Il  avoir  été  jufc]ue-là  tou-      ■ 
jours  heureux  ,  toujours  grand  :  la  for-  Ann.  505?, 
tune  Se  l'héroïfme  l'abandonnèrent  en   Greg.  Tur. 
même-temps.  La  défaite  de  fes  troupes  ^i^^^f.'  '^'^' 
devant  Arles ,  quoique  fuivie  d'une  paix    fred.  epi:. 
avantageufe  ,  aigrit  fon  efprit.  Il  devint  ^'  ^^'  ^^* 
fanguinaire  fur  la  fin  de  fa  vie.  On  ne 
fe  rappelle  qu'avec  horreur  les  cruautés 
qu'il  exerça  contre  les  princes  de  fon 
fang,  dont  il  envahit  les  Etat5.  Sigebert 
roi   de  Cologne  &  fon  fils   Clodoric 
qu'il  fit  périr  par  fes  intrigues  ^  Cararic 
roi  des  Morins  *  Se  fon  fils  ,  d'abord 

*  On  croie  avec  affeï.  de  vraifernblance  que  ce  f^nt 
les  peuples  de  Térouane,  de  Sainc-Cmer  &  d'une  gïaa- 
de  partie  de  l'Artcis, 

C6 


(^o      Histoire  de  France. 
rafés  * ,  enfuire  maffacrés  par  fes  ordres  ;, 

Ann.  50^,  Ragiiachaire ,  roi  de  Cambray  ,  6c  foa 
frère  Riquier  qu'il  tua  de  fa  propre 
main  ,  Reiiomer  roi  du  Mans  ,  &  fou 
firere ,  alTaiîinés  par  des  gens  qu'il  avoir 
fubornés ,  font  autant  d'adtions  cgale- 

^  ment  cruelles  &  injuftes ,.  qui  flctriirenc 

fa  mémoire  Se  fa  réputation  *  *.. 
Premier  C'eft  peut-être  pour  effacer  la  honte 
^°!^^,^!^  de  tant  de  trimes ,  qu'il  fonda  un  o;rand 
nombre  degiiies  de  de  monakeres  : 
pratique  alfez  commune  dans  ces  fiècles 
d'ignorance,  où  l'on  s'imaginoit  que 
toute  la  juftice  chrétienne  confiftoit  à 
élever  des  temples  ou  à  entretenir 
certain  nombre  de  moines  qui  devoienî 
vaquer  à  la  prière  &  à  la  méditation. 


Ann.  n  ï  •  Ce  fut  probablement  par  le  même  prin-- 

EpiJl.Synoi  ^ipe  qu'il  aifembla  dans  la  ville  d'Or- 

r.  <-.  ciodop.  leans  un  concile  de  trente-trois  eveques» 

*  C'eft  la  première  fois  qu'il  eft  p^îrlé  dans  notre 
hifroire  défaire  couper  les  cheveux.  C'étoit  une  mar- 
que qu'un  prince  François  renoncofc  au  trône.  On  ne 
verra  dans  la  fuite  que  trop  d'exemples  de  cette  cou- 
tume barbare. 

*  *  Cette  multitude  de  petits  royaumes  qui  fubfîll 
toient  dans  les  Gaules ,  en  même  -  temps  que  celui  de 
Clovis  n'ell  pas  j  dit  un  illuftre  académicien,  une  des 
moindres  difficultés  de  notre  ancienne  hiiloîre.  Chan- 
tereau  le  Fevre ,  dans  un  ouvrage  manuftrit,  que  l'on 
conferve  à  la  bibliothèque  du  roi ,  en  rapporte  l'ori- 
gine au  défordre  qui  fuivit  l'expulfion  de  Chiidéric, 
les  plus  forts  fongeant  àproiîter  des  troubles.  Ils  peu- 
vent abfolument  avoir  été  fondés  par  C'ienus  frère  de 
Clodion.  M.  de  Fonc.  Mémoire  de  Vacidéiïdi  d'is  beU 
Us'hnns  ,  tam  VlU^page  479,  471- 


C  L   o   V  I  s     !.  ^I 

L'hlftoire  rapporte  que  non-feulement  - 
il  fat  convoqué  par  fes  ordres  ,  mais  Ann.  fn- 
qu'il  détermina  les  articles  fur  lefquels 
on  devoir  délibérer,  &  que  les  pères 
lui  écrivirent  pour  le  prier  d'approuver 
leurs  décidons.  Les  plus  remarquables 
regardoient  le  droit  d'afyle  ou  de  fran- 
cîiife  pour  les  églifes  ,  &  la  condefcen- 
dance  dont  on  devoit  ufer  a  Tégard  des 
clercs  hérétiques  qui  paroiiïbient  fe 
convertir  'fincérement.  Le  concile  or- 
donne aulli  que  perfonne  ne  fera  admis 
à  la  cléricature  qu'avec  la  permifTion  du 
roi  ou  du  juge  ,  &  qu'aucun  elclave  ne 
fera  reçu  aux  ordres  facrés  que  du  con- 
fentement  de  {on  feigneur. 

Le  célèbre  auteur  du  nouvel  abrégé  Cequcc^eft 
chronologique  de  l'hiftoire  de  France ,  3"^  V^rkiné 
prétend  qu'on  trouve  encore  dans  ce  &  fon  étea- 
concile  les  vrais  principes  de  la  régale. 
C'eil  ainii  qu'on  appelle  ce  droit  uni- 
que, qui  fait  rentrer  a  chaque  vacance 
les  fruits  de  l'évêché  dans  la  main  de 
nos  rois ,  &  leur  donne  la  nomination 
aux  bénéfices  qui  en  dépendent  &:  qui 
n'ont  point  charge  d'ames ,  Jufqu'à  ce 
que  le  nouveau  pourvu  leur  ait  prêté 
ferment  de  fidélité  ,  ôc  qu'il  ait  obtenu 
les  lettres-patentes  de  main  -  levée  de  la 
régale  ,  lefquelles  doivent  être  enregif- 
rrces  en  la  chambre  des  comptes   de 


due. 


<^2.      Histoire  de   France. 

. —  — ;  Paris.    Mais  nous  avons  en  main  les 

Ann.  ;ii.  adtes  de  ce  concile  ,  le  premier  qui  fe 
foit  tenu  clans  la  Gaule  fous  la  domina- 
tion ô.es  François  •  &  ,  après  une  le6tu- 
re  réfléchie,  nous  ne  craignons  point 
d'avancer  qu'on  n'y  découvre  rien  qui 
regarde  cette  glorieufe  prérogative  de 
f^nc^'  f  ^^  ^^  couronne.  Pafquier  en  a  fait  la  re- 
t. 3j,p. zp5.  marque  avant  nous. 

C'eft  pourquoi,  s'il  eft  vrai  que  ce 
privilège  foit  auili  ancien  que  la  monar- 
chie ,  il  n'en  faut  point  chercher  l'origi- 
ne ailleurs  oue  dans  la  nature  du  droit 
féodal.  On  fçair  que  de  tout  temps  nos 
rois  ont  donné  des  terres  à  condition 
du  fervice  militaire ,  ou  de  quelqu'au- 
Cejî.  reg.    iyq  redevance.  On  voit  par  le  témoi- 
700.'  apud'   g^^^g^  ûe  l'auteur  des  Geftes  des  rois  de 
Duch.  r.  I.    France  ,  du  moine  Roricon  ,  de  l'arche- 

Jioric.  mon.      a  tt-  ^  \  -        ^       r  '    ^ 

p.  ?o5.  veque  Hincmar  dans  la  vie  de  laint 
Vha  mf.  S.  Remv ,  tirée  des  auteurs  contemporains , 

Aim.  L  i^   ôc  a  Aimoin   dans  Ion  hiftpire  depuis 

^-  ^'  l'origine  de  la  monarchie  ,  que  Clovis 

invertit  le  comte  Aurélien  de  la  Sei- 
gneurie de  Melun ,  pour  la  tenir  de  lui 
en  foi  &  hommage.  Le  nom  de  ces 
fortes  d.e  gratifications  du  fouverain 
n'a  pas  été  le  même  dans  tous  les  temps: 
Du  Cmg.  on  les  appelloit  Bénéfices  fous  les  Mé- 

durar'  ^^'  rovingiens  :  on  les  nomma  Fiefs  fous 
les  Carlovingiens  ;  mais  les  uns  ^  les 


C    L    O    V    I     s       î.  é'3 

autres  emportoient  également  l'idée  de 
valTelaee  ,  &  l'obligation  d'être  fidèle  Ann.  çn* 
au  prince.  Or  ces  bienfaits  ,  toujours 
viagers  ,  étoient  réveriibles  à  -  la  cou- 
ronne ,  à  la  mort  du  polTeireur.  Les  re- 
venus rentroient  alors  dans  la  main  du 
monarque  ,  &  n'en  fortoient  que  par 
une  nouvelle  inveftiture.  Cette  loi  ne 
foufîroit  aucune  exception  :  elle  affec- 
toit  c^énéralement  tous  les  fieFs  ,  tant 
eccléiiaftiques  que  laïcs.  On  peut  donc 
la  regarder  comme  le  fondement  de  la 
bafe  du  droit  de  régaie  ,  qui  avec  le 
temps  s'eft  étendu  fur  tous  les  biens  de 
l'évêché. 

Ce  qui  ne  paroît  que  probabilité  au 
premier  coup  d'œil  ,  devient  prefque    Ordcnn.  de 
certitude ,  lorfqu'on  examine  attentive-  ^^l^^^^^  -^^^* 
ment  certaines  anecdotes  de  la  monar-    ordonn,  de 
chie.  On  voit  par  le  teftament  de  Phi-  Ph^i-  de  Vct- 
lippe  Augufte,  ôc  par  plufieurs  ordon-  ^"'  *'^^"** 
nances   des  rois   fes  fucceiTeurs  ,  qu'il 
y  avoir    des   églifes  qui  ne   vaquoient 
point  en  régale.    Quelle   peut   être  la 
raifon  de  cette  exception  ?  On  ne  les 
trouvera  certainement  ni  dans  les  actes 
du    concile  d'Orléans  ,  qui  fuivant  le 
fyftème  de  notre  illuflre  auteur,  fou- 
met  généralement  tous  les  évêchés  à  ce 
droit  de  la  couronne  ;  ni  dans  la  cpalité 
de  piotedeurs ,  toutes  les  églifes  étoient  • 


(?4  Histoire  de  France. 
*"  '"  ■-  également  fous  la  garde  de  nos  rois  ;  m 
Ann.  511,  dans  la  prérogative  de  fondateurs  &:  de 
patrons ,  elle  eft  commune  à  tous  les 
fouverains ,  qui  cependant  ne  jouiffent 
pas  tous  de  ce  privilège.  Il  faut  donc  la 
chercher  dans  la  nature  des  Jbiens  qui 
conftituoient  les  revenus  de  ces  égli- 
fes  :  elles  n'étoient  point  fujettes  à  la 
régale  ,  parce  qu'elles  ne  tenoient  au- 
cun iiefdu  roi.  Auln  voyons-nous  que 
les  fiefs  eccléiiaftiques  font  nommés 
régales  dans  quelques-uns  de  nos  vieux 
auteurs.  Ils  difent  que  les  évêques  d'Or- 
léans ôc  d'Auxerre  ayant  refufé  d'ame- 
ner les  hommes  qu'ils  étoient  obligés 
de  fournir ,  Philippe  Augufte  fe  faific 
de  leurs  régales  ,  c'eft-à-dire  ,  fuivant 
l'explication  de  Rigord  ,  de  tous  les 
biens  qu'ils  tenoient  de  fa  majefté  en 
foi  &c  hommage. 

Quoi  c]u'il  en  foit  de  l'origine  de 
cette  prérogative  ,  Grégoire  de  Tours 
aiîiire  que  les  rois  de  la  première  race 
en  ont  joui  malgré  les  oppofitions  de 
quelques  évêques.  Les  papes  Innocent 
^n.  1174.  IIÏ ,  Clément  IV  ,  Grégoire  X  l'ont  re- 
connue par  des  bulles  authentiques.  Le 
concile  de  Lyon  l'autorife  dans  les  égli- 
fes  où  elle  étoit  établie  par  la  fondation 
ou  par  quelque  coutume  ancienne  j 
m^  mais   il   défend   en  même  temps  de; 


C  L  o  V  I  è    L  <^5 

introduire  dans  celles  où  elle  n'étoit 
pas  reçue.  Aî^n.  511» 

Le  parlement  de  Paris,  feul  juge  de 
ces  matières  ,  a  toujours  tenu  pour 
confiant ,  que  la  régale  étant  un  droit 
de  la  couronne ,  elle  devoir  afFe6Ver  gé- 
néralement tous  les  évèques  du  royau- 
me. Enfin  en  1^73 ,  Louis  XIV  donna 
un  édit  qui  déclare  le  droit  de  régale 
inaliénable  *  &  univerfel  dans  toute 
l'étendue  de  fes  Etats.  ïl  fut  vérifié  au 
parlement  :  le  clergé  afTemblé  y  fouf- 
crivit  aurlientiquement  :  les  feuls  évè- 
ques d'Aletli  Se  de  Pamiers  s'y  oppo- 
ferent  :  le  roi  fit  faifir  leurs  revenus. 
Le  pape  Innocent  XI  fulmina  quelques 
bulles  d'excommunication  en  leur  fa- 
veur. L'affaire  fut  accommodée  fous  In- 
nocent XII  :  &  l'univerfalité  de  la  ré- 
gale folemnellement  reconnue. 

Le  concile  d'Orléans  fut  le  dernier  Mort  de  Clo- 
^vènement   remarquable  du  règne   de  J'raj't.^^^^^' 
'"lovis.  Il  mourut  dans  la  même  année,  Creg.  Tur» 
igé  de  quarante-cinq  ans.  Il  fut  enterré  j^  i^^'"-  ^^'^" 
ians  l'églife  de  faint  Pierre  &  de  faint  ^■'*  ^'  '' 
Paul  ,  qu'il  avoir  fait  bâtir.  L'hiftoire 
:apporte  que  quelques  mois  auparavant 
Dn  y  avoit  tranfporté  le  corps  de  fainte 

*  Le  roi  Charles  VII  8c  la  plupart  de  Ces  fifccefTeurs 
ivQÎent  cédé  les  revenus  de  la  régale  à  la  fainte  Cha- 
>elle  de  Paris  :  Louis  VIII  les  retira  ,  &  lui  donna  en 
îchange  l'abbaye  de  fain:  Nicaife  de  Rheims. 


^6      Histoire  de  France. 
!  Geneviève  ,  &  qu'un  mort  reirufcita  Tuf 


A\N.  ji  I.  fon  tombeau.  On  a  beaucoup  difputé  il 
ce  prince  étoit  plus  guerrier  que  politi- 
que :  la  Gaule  fubjuguée  par  fes  arm^s  &: 
confervée  par  fa  prudence ,  eft  une  preu- 
ve qu'il  étoit  aulïi  fage  dans  le  confed 
que  redoutable  à  la  tête  d'une  armée. 
On  admu'e  le  commencement  de  fon  rè- 
gne 5  c'eft  un  enchaînement  de  vidoires  : 
on  en  dételle  la  fin,  c'eft  un  tiffu  de 
cruautés.  L'ufurpation  des  petits  Etats 
des  princes  de  Ion  fang  a  fait  difparoi- 
tre  le  héros  ^  &  l'homme  injufte  &  bar- 
bare ne  s'eft  que  trop  montré. 

CHILDEBERT    I.  * 

Thierri  roi  V^LO  VIS  laifïa  quatre  fils  5  qui  par-* 
de  Metz.  tagerent  {on  royaume  également.  Ils 
clodomirroi  s'aifemblerent  5   &  firent  quatre  lots  , 

d  Orléans.  ■   r  •    i  r         t^i  •        • 

qui  rurent  tires  au  lort.  1  hierri ,  quoi- 
ciotaue  rci    ^g  né  d'uue  concubine  ,   fut  roi  de 

Metz  j  Clodomir ,  d  Orléans  ;  Childe- 

l?r^c  Tr*  ^^^''  >  ^^  Paris  j  Clotaire ,  de  SoilTons. 

Frsi.  c.  îo.  Les  hiftoriens  ne  marquent  point  les  li- 

^f'  ^''^^'^'  mites  précifes  de  tous  ces  Etats.  Mais  on 

*  Childebert  n'étoîc  que  le  troifitrae  des  enfants  de 
Clovis.  Mais  j  comme  Taris  eft  devenue  la  capitale  de 
l'eiTipire  François  ,  l'ufage  a  prévalu  de  ne  mettre  au 
nombre  des  rcis  de  France  ,  que  ceux  qui  ont  régné 
dans  cette  ville.  Nous  nous  y  conformerons  dans  la 
fuite  de  cette  hiftoire. 


C    H    I    L    D    E    B    E    R    T      I.       6j 

voit  par  les  circonftances  de  l'hiftoire , 
que  le  royaume  de  Metz  comprenoit  le  Ann.  5iI( 
Rouergue  ,  l'Auvergne  ,  l'Albigeois  , 
toutes  le  frontières  de  la  Provence  & 
du  Languedoc,  la  Champagne,  les  trois 
Evêchés ,  le  Luxembourg,  l'Alface ,  les 
Eiedorats  de  Trêves ,  de  Mayence ,  de 
Cologne  ,  &  toute  l'ancienne  France  au- 
delà  du  Rhin  jufqu'à  la  Veftphalie. 
Celui  de  Paris  s'étendoit  le  long  de  la 
mer,  depuis  fa  Picardie  jufqu'auprès  des 
Pyrénées.  La  Beauce ,  le  Maine ,  l'An- 
jou, laTouraine,  leEerry  compofoient 
celui  d'Orléans.  Le  royaume  de  Soif- 
fons  ,  plus  borné  dans  fon  étendue  , 
étoit  refferré  entre  la  Champagne ,  l'Ifle- 
de-France,  la  Normandie,  la  mer,  Se 
l'Efcaut.  Mais,  quoique  divifés  &  gou- 
vernés par  des  princes  également  indé- 
pendants ,  *  ces  quatre  Etats  ne  fui- 
voient  qu'une  même  loi,  &  nefaifoient 
qu'un  corps  de  monarchie.  Les  fei- 
gneurs  des  quatre  royaumes  s'afTem- 
bloient  de  temps  en  temps  en  un  même 
lieu  :  on  y  traitoit  des  affaires  générales 
de  la  nation  :  on  y  jugeoit  en  commun 

■''  Ce  partage  du  royaume  de  Clovîs  fut  l'occafion 
d'une  nouvelle  divifîon  delà  France.  On  nomma  Auf- 
trafie  celte  partie  des  Gaules  qui  eft  fituëe  versTO- 
ïienc  entre  le  Rhin  j  la  Meufe  &  la  Mofelle.  On  ap- 
peila  Neuftrie  la  partie  qui  s'étend  au  couchant  entre 
la  Meufe  &  la  Loire  jufqu'à  l'Océan. 


f.  19 


<)8      Histoire  de  France. 
îi:i__rzz::!  les  procès  qui  intéreffoient  l'empire,  OU 
>^NN.  511.  par  l'importance  du  fujet ,  ou  par  la 

qualité  des  parties. 
""  Les  premières  années  du  règne  de  ces 

n  9»  princes  ne  furent  troublées  par  aucune 
lT^^c.  3."'^*  guerre.  La  France  jouifïoit  de  la  paix 
o efi.  Franc,  I3,  plus  profonde  5  lorfque  Cochiliac  , 
frl'deg.ii.  ^^^^  prétendoit  defcendre  de  Clodion  , 
fe  jetta  fur  les  terres  du  roi  d'Auftrafie. 
Thierri  fut  obligé  d'envoyer  contre  lui 
une  armée  confidérable ,  dont  il  donna 
le  commandement  à  Théodebert  fon 
fils.  Ce  jeune  héros  joignit  le  prince 
Danois ,  lorfqu'il  étoit  fur  le  point  de 
fe  rembarquer  ,  le  défit  &  le  tua  de  fa 
propre  main.  11  paroît  par  les  relations 
.  de  ce  temps ,  que  la  France  avoir  dès- 
lors  une  marine.  L'hiftoire  rapporte  que 
la  flotte  Françoife  prit  celle  des  Danois , 
leur  enleva  tout  le  butin ,  de  remit  en 

liberté  les  prifonniers  François.  Cette 

rrr  777  expédition  fut  fuivie  d'une  autre  dans 
*  la  Thuringe  ,  où  Baldéric  perdit  "  fes 
Etats  Se  la  vie.  Le  roi  d'Auftralie  devoit 
partager  cette  conquête  avec  Hermen- 
froy  qui  l'avoit  excité  à  prendre  les  ar- 
mes contre  le  malheureux  Baldéric  , 
fon  frère  :  telles  étoient  les  conditions 
du  traité.  Mais  le  Thuringien  ,  auflî 
perfide  vis-à-vis  de  fes  alliés ,  que  bar- 
bare envers  fon  frère ,  lui  manqua  de 


Childebert  I.  6^ 
parole.  Thierri  diilîmula  fon  reiTenci- 
ment  ,  &c  remit  à  un  autre  temps  la  Ann.  510, 

vengeance  de  cette  trahifon.  

Cependant  les  trois  fils  de  Clotilde  . 
déclarent  la  guerre  au  roi  de  rJourgo-    ^      j^^^ 
gne ,  qui  retenoit  injuftement  le  bien  /.  ? ,  c.  ^. 
de  leur  mère ,  lui  préfentent  la  bataille ,   ^^^'  ^^^^^* 
mettent  fon  armée  en  déroute ,  &  s'em- 
parent de  fes  Etats.  Sigifmond ,  la  reine 
fon  époufe  &  fes  enfants  furent  livrés 
à  Clodomir,  qui,  malgré  les  prières  & 
les  menaces  du  faint  Abbé  Avitus  les 
fit  maffacrer  &  précipiter  dans  un  puits  : 
vengeance  trop  ordinaire  dans  ces  temps 
barbares  de  la  monarchie.  * 

Gondemar,  rentré  dans  la  Bourgo- 
gne ,  avoit  reconquis  le  royaume  de 
(on  frère.  Le  roi  d'Orléans ,  ligué  avec 
Thierri ,  marcha  contre  lui ,  le  joignit 
à  Veferonce  auprès  de  Vienne ,  &:  le 
défit  entièrement.  Mais  emporté  par 
l'ardeur  de  la  pourfuite ,  il  fut  furpris 
par  quelques  Bourguignons  qui  le  per- 
cèrent de  plufieurs  coups  dont  il  expira. 
La  mort  du  roi  Clodomir ,  loin  de  ra- 
lentir le  courage  des  François ,  le  chan- 
gea  en  fureur  :  ils  palferent  au  fil  de 
l'épée  tout  ce  qui  fe  préfenta  devant 

"•^  11  y  a  deux  villages  de  l'ancien  royaume  de  Clo- 
dcmir,  qui  conrervcnt  les  traces  de  cette  aftion,  faint 
Sîgifmond&Coloumelle:  on  croit  que  ce  dejnici  ncm 
çft  une  ahciation  de  calumnia. 


70      Histoire  de  France. 
eux  :  vieillards  ,  femmes ,  enfants,  rien 
Ann.  513.  ne  fut  épargné,  &  ils  ne  quittèrent  la 
Bourgogne  qu'après  l'avoir  entièrement 
défolée. 

Conquête       Ainii  pérît  au  milieu  de  la  victoire 
de  Ja  Bour-  j^  ^q^^i^q   Clodomir.  Ouelques  années 
Procop.  de  ^pres ,  les  rois  les  rreres  ,  ce   i  neode- 
^eiio  Ooth.  bert  fon  neveu ,  vengèrent  fa  mort  par 
.11,  ^-U'i^  conquête  de  la  Bourgogne  ,    qu'ils^ 
partagèrent  entre  eux.  11  y  avoir  cent 
vingt  ans  que  ce  royaume  étoit  fondé 
lorsqu'il  fut  réuni  à  la  monarchie  Fran-^ 
Creg.  Tur.  çoife.  *  Le  roi  d'Orléans  lailToit  trois 
/.  I  ,^  C-.  1 8.   fJs,  Théodebert,  Gontaire  &  Clodoal- 
e.  14.        '  ^^*  Elevés  fous  les  yeux  de  par  les  foins 
Fred.  epff.  Jg  1^^-  pieufe  aïeule  ,    rien  n'auroit 
manqué  à  leur  bonheur  ,  s'ils  avoient 
eu  des  oncles  ou  moins  cruels,  ou  moins 
ambitieux.  Ces  princes  uferent  d'arti- 
fice pour  les  tirer  des  mains  de  la  reine 
Clotilde.  Mais  ces  innocentes  victimes 
ne  furent  pas  plutôt  en  leur  pouvoir, 
que  levant  le  mafque  ,  ils  envoyèrent 
à  cette  princeiTe  une  épée  &  des  cifeaux , 
lui  laiffant  le  choix  de  l'un  des  deux. 

*  Les  auteurs  anciens  &  modernes  en  mettent  le 
ccmmencerr.ent  l'an  413  ou  414  Tous  Gondicaire  eu 
-Gondioc  :  M-  l'abbé  du  Bos  en  place  la  àtHruùwn 
rnn  5  î4,  feus  Gondomar.  Depuis  ce  moment  il  fut 
tantôt  divifc  entre  plulîeurs  rois  de  France  ,  tantôt 
réuni  dans  un  feul ,  &  enfin  partagé  en  deux  ou  trois 
portions ,  dont  chacune  fut  honorée  du  titre  du  royau- 
me de  Bourgogne» 


mXMA^-ueBmmm 


Childebert     L      yr 
Ciotilde  ,    emportée   par  ia    douleur , 
s'écria  inconridérémenc ,  qu'elle  aimolt  Ann.  513. 
mieux  les  voir  au  tombeau ,  qu'enfer- 
més  dans  un   cloître.  Ces  paroles  ne     Mâffacre 

fiZj^l  ^  ^'        des  enfants 

urent  que  trop  fidèlement  rapportées,  ^^clodomir. 

Clotaire  fur  cette  rcponfe  fe  faiiit  de 
l'aîné  qui  n'avoir  que  dix  ans  ,  le  ren- 
verfe  par  terre ,  &  le  poignarde.  Le  ca- 
det effrayé  fe  jette  aux  pieds  de  Chil- 
debert,  lui  embralTe  les  genoux  ,  lui 
demande  la  vie.  Ge  prince  attendri  ne 
peut  retenir  fes  larmes  :  Clotaire  lui 
reproche  fa  foibleife ,  lui  arrache  l'en- 
fant 5  &  l'égorgé  fur  le  corps  de  fon 
frère.  Le  troiiieme  eut  le  bonheur  d'é- 
chapper aux  fureurs  de  ce  prince  bar- 
bare. Il  fe  fit  couper  les  cheveux ,  &  -  ^ 
fe  confacra  au  fervice  des  autels.  On 
l'invoque  aujourd'hui  fous  le  nom  de 
faint  Cloud.  Nous  avons  cru  devoir 
rapporter  de  fuite  ces  deux  événements, 
quoiqu'arrivés  plulieurs  années  après  la 
mort  de  Clodomir.  *   L'attention  du 

lecteur  eft  moins  partagée.  ^ 

Cependant  le  roi  d'Auftralie  n'avoir  ^^^    ^  ^ 
point  oublié  la  perfidie  d'Hermenfroy.    conquête 
Aidé  de  Clotaire  fon  frère ,  il  porta  la^^ela  Turin- 
2;uerre  dans  la  Thurino;e  ,  emporta  d'af-  ^^*       ^■ 
laut  la  capitale  ,  ce  s  empara  de  tout  le  /.  ?,  c.  3. 
royaume.  Chaque  événement    de   ces  ^^fi-  ^ranc, 

*  Le  premier  en  j  3  4 ,  le  fécond  en  î  3  ç- 


71  Histoire  de  France; 
iiècles  barbares  eft  marqué  au  coin  de 
Ann.  55  i.^*^  cruauté.  Le  roi  de  Thuringe  ,  fur  la 
Frede  e  it  P^^^^^  ^^  Tliierri ,  le  vint  trouver  à 
f.  3z.  '  Tolbiac.  Un  jour  qu'il  fe  promène 
avecfon  vainqueur  fur  les  murailles  de 
la  ville  5  quelqu'un  de  la  fuite  du  mo- 
narque François  le  pouffe  8c  le  préci- 
pite dans  le  foifé ,  où  il  expire.  Clotaire 
epoufa  l'incomparable  Radegonde  ,  ôc 
ût  allafliner  le  frère  de  cette  princelTe. 
Mais  peu  s'en  fallut «ique  lui-même  ne 
fut  immolé  à  l'ambition  ou  à  la  jaloufie 
de  Thierri,  Ce  prince  lui  avoir  deman- 
dé un  entretien  fecret.  Le  roi  de  Soif- 
fons  apperçut ,  en  entrant ,  les  pieds  de 
quelques  foldats  cachés  derrière  une 
tapifïerie.  11  fit  ligne  aux  feigneurs  de 
fa  cour  de  le  fuivre.  Ainfi  efcorté ,  il 
fe  préfenta  devant  fon  frère,  qui  fans 
paroîure  déconcerté  ,  le  combla  de  ca- 
refies  &  lui  fit  préfent  d'un  riche  balïin. 
C'étoit  le  préfent  à  la  mode  dans  ces 
L'ëjc.  2.  anciens  temps.  Grégoire  de  Tours  rap- 
porte que  parmi  les  chofes  précieufes 
que  Chilpéric  envoyoit  à  Tibère  Conf- 
tantin ,  empereur  d'Orient ,  il  y  avoit 
un  baflin  d'or  enrichi  de  pierreries ,  qui 
pefoit  cinquante  livres. 

Pendant  que  ces  chofes  fe  pafToient 
dans  la  Thuringe,  le  roi  de  Paris  ven- 
geoit  fa  fœur  des  outrages  de  des  cruau- 
tés 


Childebert  I.  75 
tés  d'Amalaric  fon  époux.  Le  fruit  de 
rerte  expédition  fut  la  délivrance  de  Ann.  531. 
Clotilde  5  la  mort  du  roi  des  Vifigotlis ,  Guerre  cor- 
la  prife  &  le  pillage  de  Narbonne,  où  "^^^J^"'  ^'^^- 
l'on  trouva  foixante-douze  vafes  d'or, 
qu  on  pretendoit  avoir  ete  enlevés  du  de  beîi.  Cou 
temple  de  Salomon.  Lorfque  Childe- ^- 1^'^- ^- 

1  /      •  1  •  ■'■  Grès.  Tiif» 

pert  etoit  en  chemni  pour  cette  guerre  5  /.  3 ,  ?.  10. 
il  fe  répandit  un  faux  bruit  que  le  roi 
d'Auftrafie  avoir  été  tué.  Cette  nouvelle 
lui  fit  changer  de  route  :  il  fe  rendit 
auifi-tôt  en  Auvergne  qui  fe  {onmit  JtT\'ï'^' 
avec  joie  a  la  domination.  Cette  de-  Fredeg.epîc. 
marche  imprudente  eut  des  fuites  bien  ^'  ^J:':„ 
runeltes  pour  les  Auvergnats.  Le  vido-  hifi.  l  z. 
rieux  Thierri  entra  à  main  armée  dans 
leur  pays ,  s'empara  de  Clermont,  força 
le  château  de  Volorre ,  brûla  celui  de 
Tiern  ,  réduifit  le  fort  d'Oliergue  qui 
paflToit  pour  une  place  imprenable,  fie 
airaffiner  Mundéric  *  qui  foutenoit  les 

*  Ce  Mundéric  qui  prétendoit  que  le  royaume  lui 
étoit  dû  ainfi  qu'à  Thierri  j  Se  qu'il  étoit  roi  comme 
lui ,  pouvoir  bien,  fuivant  la  conjefture  d'un  fçavanc 
académicien ,  être  un  fils  naturel  de  Clovis ,  quoique 
ce  prince ,  pour  des  raifons  que  l'hiftoire  ne  dit  point , 
ne  l'eût  pas  reconnu  en  cette  qualité.  L'entrée  fubitc 
qu'il  fait  dans  le  monde  oii  il  étoit  inconnu  ,  ne  con- 
vient pas  à  un  'prince  élevé  dans  l'ignorance  de  fon 
état ,  &  qui  venant  à  pénétrer  le  fecret  de  fon.  origi- 
ne ,  cherche  à  en  pourfuivre  les  droits.  M,  de  Fonc. 
Mémoires  de  Vacaiémie  des  belles-lettres  y  tome  VIU^ 
^ûge  4.7  5. 

Tome  L  D  ^ 


74      HiSToiRi  DE  France. 
relies  du  parti  rebelle ,  ôc  lai{ra  par-tout 
Ann.  ;  5 1.  des  marques  de  la  plus  implacable  ven- 
geance. 
Mort  de       Cette  expédition  fanguinaire  Se  la 
fon  carac-  réconciliation  de  1  hierri  avec  les  tre- 
tere.  res ,  font  les  dernières  actions  mémo- 

77";     77  râbles  de  fon  rèene.  Il  n'eut  rien  de 

Ann.  554-      /  i-  .      P  .  r-       i 

médiocre ,  ni  vices ,  ni  vertus.  Grand 

roi,  méchant  homme j  jamais  monar- 
que ne  gouverna  avec  plus  d'autorité  , 
jamais  politique  ne  refpedta  moins  les 
^  ^  loix  de  l'honneur  &  de  l'humanité.  On 
î.  3 ,  c.  17.  voit  par  1  hiltoire  de  ce  prince  ,  qu  an- 
ciennement nos  rois  nommoient  aux^ 
évèchés  fans  attendre  le  fufFrage  du 
peuple  &  du  clergé.  L'églife  d'Auver- 
gne avoit  élu  un  fuccelTeur  à  l'éveque 
Euphrafius.  Thierri  qui  n'approuvoic 
pas  ce  choix ,  conféra  l'évèché  au  prêtre 
Apollinaris ,  qui  fut  reçu  de  facré.  Ce-» 
lui-ci  étant  mort  quelques  mois  après, 
le  roi  choiiît  pour  le  remplacer  faint 
Quintien ,  que  les  Ariens  avoient  chafTé 
de  fon  (lége.  Les  évêques  voiiîns  s'af- 
femblerent ,  l'iiiftallerent  dans  la  chaire 
de  l'églife  de  Clermont ,  3c  le  préfente^ 
rent  au  peuple  ,  qui  le  reconnut  pour 
fon  légitime  pafteur.  Les  papes  ne  s'érr 
toient  point  encore  attribué  le  droit  de 
confirmer.  On  leur  envoyoic  fimple-^ 


Childebert     I.     75 
ment  une  confelîion  de  foi   :  on  leiir  "^^''••^^'-"*"7 
demandoic  leur  communion  :   c  écoic  Ann.  534» 
le  feul  hommage  qu'on' rendît  alors  à 
la  cour  de  Rome. 

Le  fils  Se  le  feul  héritier  du  roi  d'Auf-  Thécdetert 
trafîe  étoit  en  Auvergne  pendant  la  ma-  ^oi^^'-^^f^"^*- 
iadie  de  fon  père.  Théôdebert ,  efclave 
de  la  belle  Deuterie  ,  fembloit  avoir 
oublié  le  refte  du  monde.  Déjà  Childe- 
bert ôc  Clotaire  prenoient  des  mefu- 
res  pour  démembrer  la  fuccellion  de 
Thierri ,  lorfque  ce  jeune  prince  s'arra-   ,^^^    -^y^^^ 
che  enfin  des  bras  de  fa  maîtreiTe ,  arri-  c.  20,  ' 
ve  à  Metz  ,  fe  montre  à  fes  fujets ,  de 
diilîpe   tous  les  projets  de  fes  oncles. 
Le  commencement  d'un  Ci  beau  règne 
fut  deshonoré  par  une  a6tion  bien  cri- 
minelle. Le  nouveau  roi  répudia  Wifi- 
garde  fa  femme  pour  époufer  Deuterie 
qui  avoir  fon  mari.  Ces  défordres  fcan- 
daleux  n'étoient  que  trop  communs  dans 
ces  premiers   temps  de  la  monarchie. 
Car  fans  parler  du  mariage  de  Clotaire 
avec  la  veuve  de  fon  frère  ,  ce  prince 
eut  en  même-temps  trois  femmes,  dont 
deux  étoient  fœurs,  Se  ne  fe  fit  aucun  Wem,/. 4i 
fcrupule  d'époufer  Waldrade  veuve  de^'  ^' 
fon  petit-neveu.  Ces  mauvais  exemples 
étoient  imités  par  les  particuliers ,  qui 
peut-être  portèrent  la  licence  plus  loin 


y 6      Histoire   de  France, 
^  encore.  C'eft  du-moins  ce  qu'on  peut 
Ann.  534'  conje(5burer  ci*un  canon  du  fécond  con- 
Conc.  t.  '^.  cile  d'Orléans ,  qui  défend  d'époufer 
fa  belle-mere  ou  la  femme  de  (on  père. 
— — ■  Cependant    une    nouvelle    carrière 

'  s'ouvrit  à  la  valeur  Françoife  au  -  delà 
d'itfue""   ^^^  Alpes.  Voidi  quelle  en  fut  l'occa- 
iîon.  Théodat  devenu   roi  d'Italie  par 
procop'l  I.  Amalafonte  fa  femme,  eut  la  cruauté 
^^jormmi  de  ^^  ^^^^^  moutir  celle  dont  il  tenoit  la 
reb.  Got.      couronne.  Juftinien  entreprit  de  ven- 
ger cette  mort.  Ce  fut  dans  cette  vue 
qu'il    rechercha    l'amitié    des    princes 
François  :   le  traité  fut  conclu.  Mais 
les  Oftrogoths  trouvèrent  moyen  de  les 
détacher  de  cette  nouvelle  alliance  en 
leur  abandonnant  la  Provence  Se  une 
partie  des  Alpes  Rhétiques.  Ce  fécond 
-    traité  ne  fut  pas  obfervé  plus  fidèlement 
que  le  premier.  L'année  fuivante  Théo- 
debert  parut  en  Italie  à  la  tête  d'une 
puiffante  armée  ,  fondit  furies  Oftro- 
goths  5  enfuite  fur  les  Romains  qu'il 
défit  fuccefiîvement ,  ravagea  la  Ligu- 
rie  5  faccagea  la  ville  de  Gênes  ,    & 
chargé  d'un  prodigieux  butin  ,  ramena 
fon  armée  en  France.  Ce  fut  la  tout  le 
fruit  de  cette  entreprife, 
«N,  540.      Théodebert  de  retour  dans  fes  Etat$ 
fe  ligua  avec  Childebert  contre  h  roi 


C    H    I    t    b    È    B    E    R    f       ï.        77 

ie  SoifTons.  On  ienore  le  motif  Je  cet-  f^ 


te  guerre.   L'hiftoire-  rapporte  iimple-  Ann.  ç4o. 
ment  que  Clotaire  plas  foible  que  fes    ChUdebert 

/      -*•         ^  ^1        j  î^^^^&     Théode- 

ennemis  ,   le  retra-ncha  dans   ia  roret  ^^^^     ^ç^_ 
Bretonne  ou  de  Routot  dans  le  pays  de  nent  les  ar- 

/^  '/■  1      j'        '  *         r  -.  ^      «    roes     centre 

Caux ,  relolu  d  y  penr  ,  li  on  entrepre-  ciotaîre. 
noit  de  l'y  forcer.  Déjà  les  d.eux  rois    (jreg.  Tur, 
avoient  tout  difpofé  pour  railàut ,  lorf-  ^*j  >  «^i ^^* 
qu  un  orage  runeux  vint  tondre  lur  leur  ^,  ^j, 
camp.  Le  bruit  du  tonnerre ,  la  violence 
des  éclairs  ,  une  pluie  mêlée  de  grêle 
&  de  pierres  _,    difent   les    hiiloriens  , 
portèrent  la  confternation  dans  tous  les 
cœurs.  Les  princes  ligués  reconnoident 
la  main  de  Dieu ,   &  fe  réconcilient 
avec   Clotaire  ,     dont  on  dit  que   la 
tempête  avoit  refpecté  le  quartier.  On 
attribua  ce  miracle  aux  prières  de  fainte 
Clotilde. 

C'eil:  à  cette  même  année  qu'on  rap-    Royaume 
porte  l'établilLement  du  royaume  d'Ive-  *^'^^^^°'^- 
tôt.  On  raconte  que  le  roi  Clotaire  tua   RolenCa- 
de  fa  main  dans  1  eglife  de  SoifTons  un  f'""  '.  ^''■''^.' 

,  .  p.  l.   z,  in  ra- 

nomme  Cjautier  ,  ieic^ne-ur  de  cette  ba-  c/ot. 
ronnie.  On  ajoute  que  ce  prince  revenu 
de  fon  emportement  condamna  lui- 
même  cette  adion  violente  ,  &c  pour 
réparation  érigea  la  terre  d'ivetot  en 
royaume.  C'eft  une  liiftoire  apoci"yphe.  PafçuUrre. 
L^s  feigneurs  du  Bellay  qui  ont  eu  cette  '^''''''  '^'  ^' 

D3 


yS      Histoire  de  France. 

— :t  feigneurie  par  le  mariage  d'un  de  leurs 

Ann.  540.  ancêtres  avec  Ifabeau  Chenu,  convien- 
/>3nce,/. 3,nent  qu'ils  n'ont  aucun  titre  juftificatif 
*^'  '^'  de  cette  royauté  imaginaire. 

ehiidebejt  La  réconciliation  des  rois  de  Paris  8^ 
liguent  con-  ^^  ^oiilons  tut  Imcere.  Ils  joignirent 
tje  les  Vifi- leurs  troupes  ,  entrèrent  en  Efpagne , 
^^'^^*  prirent  Pampelune,  ravagèrent  la  Bif- 

caye ,  l'Aragon ,  la  Catalogne  ,  &  vin- 
rent mettre  le  fiége  devant  Sarragoce  , 
qui  5  pour  fe  racheter  du  pillage  ,  leur 
donna  la  tunique  de  faint  Vincent  mar- 
Geji.  Franc,  tyr.  Cette  précieufe  relique  fut  dépofée 
<■*  ^^*  dans  l'églife  que  Childebert   fit  bâtir 

hors  des  murs  de  Paris  fous  le  nom  de 
fainte  Croix  &  de  faint  Vincent.  On 
l'appelle  aujcurd'hui  faint  Germain  des 
Wor'kifp.pT^^s,  Oeik  ainfi  que  nos  auteurs  racon- 
'  *  *  tent  ce  fait.  Les  Efpagnols  difent  au 
contraire  que  les  deux  rois  furent  entiè- 
rement défaits  devant  cette  place.  Les 
vainqueurs  s'emparèrent  aufïi-tôt  des 
çorQ^es  des  Pyrénées.  Les  princes  ne 
pouvoient  leur  échapper  11  le  gênerai 
Viligoth ,  gagné  par  argent,  ne  leur  eût 
accordé  le  palTâge  pendant  un  jour  6c 
une  nuit.  Le  refte  de  l'armée  fut  taillé 
en  pièces. 
Ligue  de  L'Italie  étoit  toujours  le  théâtre  de  la 
guerre  la  plus  fanglante.  Juftinien  con- 


Childêbert     I.      79 
vaincu  qu'il  ne    réufïîroit  point  ,    s'il 
avoit  les  princes  François  pour  enne- Ann.  540» 
mis,  leur  envoya  une  célèbre  ambalTacle  contre  l'em- 
avec  la  cefîlon  pure  Ôc  (Impie  de  tout^fen"'^ 
ce  qu'il  pouvoir  prétendre  fur  la  Pro- 
vence,   il  leur  accordoit  le   droit  de  ^^o'^^pj-^' 

tri  1  .  •         de  bel.  Oou 

preiider  comme  les  empereurs  aux  jeux 

qui  fe  célébroient  dans  l'amphithéâtre 
de  la  ville  d'Arles  j  il  donna  de  plus  un 
édit  qui  ordonnoit  que  la  monnoie  d'or 
marquée  à  leur  coin  &  empreinte  de 
leur  image  ,  auroit  cours  dans  toute 
rétendue  de  l'empire.  C'étoit  une  pré- 
rogative unique  ,  qu'on  avoit  toujours 
refufée  même  au  grand  roi  de  Perfe. 
Toutes  ces  avances  furent  inutiles. 
Théodebert  traita  avec  Totila  à  qui  il 
venoit  de  refufer  fa  fille ,  qui ,  difoit-il , 
ne  pouvoit  être  deftinée  qu'à  un  roi.  Le  Agat.  l  y* 
motif  de  cette  ligue  étoit  ,  que  Jufti- 
nien  dont  les  troupes  avoient  été  fi 
fouvent  battues  par  les  François,  prenoit 
cependant  le  titre  faftueux  de  Francique. 
Le  roi  d'Auftraiie  entreprit  de  lui  faire 
perdre  ou  mériter  ce  glorieux  furnom. 
il  commença  par  faire  frapper  des  mé- 
dailles, où  il  étoit  repréfenté  non-feu- 
lement avec  toutes  les  marques  de  la 
dignité  impériale ,  mais  encore  avec  le 
titre   de   Seigneur  ôc   d'Augofte,  cpi 


8o     Histoire  de  France. 

*—*——*  n'appartenoit  qu'aux  empereurs.  Il  forr- 
Ann.  540.  gea  enfuite  à  intérelTer  dans  cette  que- 
relle les  Gépides  ,  les  Lombards  ,  & 
toutes  les   nations  qui  grofTifToient  la 
lifte  des  peuples  domptés  par  Juftinien, 
Son  deiîein   étoit  de  porter  la  guerre 
Jufque  dans  la  Thrace  &  dans  l'illyrie.^ 
Mais  un  accident  funefte  fit  évanouir 
tous  ces  grands  projets. 
7~~~7:       Ce  prince ,  le  plus  accompli  des  def- 
Mort  de  ^^^^^"^^  ^^  dovis  ,  tut  enieve  de  ce 
Théodeberc  monde ,  OU  par  la  chute  d*un  arbre  qui 
&  fon  éloge.  Iq  i^jg^-^  £  dangereufement  ,    qu'il  en 

Cre^'.Tur.  ^^o^rut  le  même  jour,  ou  par  une  Ion- 
l>  i,  G.  i6.  gue  maladie  où  les  médecins  déployè- 
rent envain  tout  leur  art.  Car  les  hifto- 
riens  ne  s'accordent  point  fur  le  genre 
,  de  fa  mort ,  mais  tous  s'accordent  à  lui 
donner  les  plus  grands  éloges.  Vaillant  > 
hardi ,  intrépide ,  il  étoit  à  peine  forti 
de  l'enfance ,  qu'il  mérita  par  la  vidoire 
qu'il  remporta  fur  les  Danois  ,  le  Sur- 
nom de  prince  Utile  :  exprefïion  fingu- 
liere  ,  qui  préfente  l'idée  d'un  guerrier 
capable  des  plus  grandes  entreprifes, 
Bienfaifant ,  humain  ,  fenfible  à  la  mi- 
fere  de  fes  peuples ,  il  n'eut  rien  de  cette 
férocité  qui  deshonore  la  mémoire  de 
fon  aïeul ,  de  fon  père  &  de  Îqs  oncles* 
Adoré  de  fes  fujets,  recherché  de  fes 


C    H    I    L    I)    E    B    E    R    T       I.        Si 

ToifinSj  redouté  de  fes  ennemis,  jamais 
prince  ne  foutint  plus  glorieufement  ia  Ann.  54S. 
dignité  de  fa  couronne.  L'évèque  de 
Lauzanne ,  Marius ,  ne  l'appelle  que  le  Marins  ïa 
grand  roi  des  François.  On  admire  fur-  ^^^^''* 
tout  la  belle  réponfe  qu'il  fit  à  l'évèque 
Didier.  Ce  prélat  lui  rapportoit  une 
fomme  coniidérable  qui  avoit  été  prê- 
tée aux  habitants  de  Verdun  fur  le  tré- 
for  royal.  Le  monarque  refufa  de  la  re- 
prendre. N'eus  Jommes  trop  heureux  , 
lui  dit-il ,  vous  _,  de  m' avoir  procuré  l'oc- 
cajion  de  faire  du  bien  j  <S'  moi  ^  de  ne 
ravoir  pas  laïffé  échapper.  Il  ne  lailToit 
qu'un  fils  5  qu'il  avoit  eu  de  Deuterie. 
Ce  jeune  prince  nommé  Théodebalcle 
ou  Thibaut  ,  lui  fuccéda  fans  aucune 
contradidion  de  la  part  de  fes  grands 
oncles  :  ce  qui  prouve  que  dans  ces 
ptemiers  temps  les  bâtards  n'étoienc 
point  exclus  des  fucceflions, 

La  mort  de  la  pieufe  reine  Clotilde' 
fuivit  de  près  celle  du  roi  d'Auftra&. 
Ce  fut  un  modèle  de  patience ,  de  piété , 
de  zèle.  On  tranfporta  fon  corps  de 
Tours  à  Paris  ,  où  il  fut  enterré  à  côte 
de  Clovis ,  dans  l'églife  de  faint  Pierre 
&  de  faint  Paul  ,  aujourd'hui  fainte 
Geneviève.  Elle  a  été  mife  au  nombre 
des  faints^ 

D  ^ 


8t      Histoire  de  France. 
Théodebalde   étoit  à  peine  fur   le 
Ann.  549.  trône  que  Juftinien  lui  envoya  des  am- 
Théodebaî-  bafïadeurs  pour  lui  demander  fou  al- 

«afie'/'"^"^"  ^^^"^^  ^  ^^  reftitution  des  places  de  la 
Ligurie  Se  du  pays  de  Veniie.  Le  jeune 
monarque  fit  partir  pour  Conftantinople 
quatre  feigneurs  François  ,  qui  termi- 
nèrent heureufement  l'importante  né- 
gociation dont  ils  étoient  chargés.  La 
paix  fut  conclue  entre   la    France   &C 

Procop.  i  4.  l'Empire.    Les   François    refterent    en 

de  beii.  Got.  pofTeirion  de  leurs  conquêtes  d'Italie. 

Le  pape  V  igile  rut  traite  avec  plus  d  e- 

gard  :  l'empereur  remit  l'affaire  des  trois 

chapitres  à  la  décifion  d'un  concile  gé- 

L'afiâîre    néral.  C'eft  ainfi  qu'on  appelloit  la  fa- 

purw?^^^  *'meufc  queftion  qui  fut  agitée  dans  le 
fixieme  fiecle ,  fi  l'on  devoit  condamner 
quelques  écrits  de  Théodoret  évèque 
de  Cyr ,  une  lettre  d'ibas  évèque  d'E- 
defTe ,  la  perfonne  enfin  &  les  œuvres 
de  Théodore  de  Mopfuefte.  Tous  ces 
ouvrages  étoient  légitimement  fufpedls  ^ 
les  deux  premiers  ,  parce  qu'ils  avoient 
été  compofés  en  faveur  de  Neflorius 
contre  iaint  Cyrille  d'Alexandrie,  les 
derniers ,  parce  qu'on  les  regardoit  avec 
raifon  comme  la  fource  où  l'évèque  de 
Byfance  avoit  puifé  {es  erreurs.  Mais 
Théodoret  6c  Ibas  avoient  été  reconnus 


Childebert  I.  83 
pour  orthodoxes  par  le  Concile  de  Cal- 
cédoine, &  Théodore  étoit  mort  dans  Ann.  549. 
le  fein  de  l'églife.  Ces  confidérations 
ne  caufoient  pas  un  médiocre  embarras. 
Cependant  les  trois  chapitres  furent  con- 
damnés dans  le  cinquième  concile  gé- 
néral de  Condantinople.  Le  pape  Vi- 
gile* refufa  d'y  foufcrire.  Pelage  fon 
fucceffeur  le  confirma  folennellement. 
Childebert  regarda  cette  démarche  com- 
me un  attentat  contre  l'autorité  du  con- 
cile de  Calcédoine  :  il  s'en  plaignit  au 
pape  5  qu'il  Força  de  lui  envoyer  la  pro- 
feiîion  de  foi.  Cette  lettre  fut  alTez  effi- 
cace pour  arrêter  le  fchifme  près  de 
s'élever  en  France  \  mais  elle  ne  put 
diiliper  tous  les  préjugés  de  la  nation 
fur  la  prévarication  dont  elle  accufoit 
le  fouverain  pontife. 

La  paix  avec  l'empire  ne  fut  pas  de  .  „„ 

1  1       /        T  •      i>  A      n       r  nNN.    554* 

longue  durée.  Le  roi  dAultrahe,  con- 
tre la  foi  du  dernier  traité  ,  permit  ^\xxm^I\o^  te 
Leutharis  &  à  Bucelin  de  conduire  foi-  défaite  des 
xante  -  quinze  mille  hommes  au  fecours  iHx-lT^  ^^ 
des  Oftro^oths.  Ces  deux  généraux  fe 
faifirent  de  Parme  ,  battirent  un  déta- 
chement de  l'armée  impériale  comman- 
dé par  Fulcaris ,  portèrent  la  défolation 
par-tout  où  ils  paflerent ,  &  s'avancèrent  Procnp.  l  4. 
jufqu'au  Samnium  j  où  ils  feféparerent  -^^^^^^  ^'^' 

D6 


§4      Histoire  de  France. 

en  deux  corps.  L'un  fous  la  conduite 

Ann.  554.  des  Leutharis  ,  après  avoir  couru  toute 
la  Pouille  &  la  Calabre  ,  vint  périr  de 
la  pefte  fous  les  murs  de  Padoue.  L'au- 
tre fous  le  commandement  de  Bucelin  ,. 
après  avoir  ravagé  la  Lucanie  &  le  pays 
des  Brutiens ,  fut  taillé  en  pièces  à  quel- 
ques lieues  de  Capoue.  Le  carnage  ,  au 
rapport  des  hifto riens ,  fut  fi  horrible  , 
que  de  trente  mille  hommes ,  il  ne  fe 
lauva  que  cinq  foldats.  Tout  fut  pris 
ou  pa{Te  au  fil  de  l'épée.  Cette  défaite 
lit  perdre  aux  François  toutes  les  places 
qu'ils  occupoient  dans  la  Ligurie  de 
dans  le  pays  de  Venife.  Il  ne  leur  refta 
de  toutes  leurs  conquêtes  que  le  feul 
palfage  des  Alpes. 

Akn.  fsS'      -^^  nouvelle  de  cet  échec  éroit  a  peî- 
Mort  de    ne  parvenue  en  France,  que  Théode- 

Théodebal-  balde  5  jeune  prince  de  peu  de  fanté  , 
mais  d'un  efprit  excellent  ,  termina  fa 
languilTante  vie  dans  la  feptieme  année 
de  fon  règne.  Il  ne  laifTa  point  d'enr 
fants  ;  &  quoiqu'il  eût  deux  foeurs  y. 
Wifigarde  &  Ragnitrude  ,  la  loi  du 
^-  a.  pays ,  dit  Agathias ,  appelloit  à  la  fuc- 
ceiïion  Childebert  de  Clotaire  comme 
£es  plus  proches  parents.  C'eft  le  pre- 
mier monument  hiftorique  de  la  loi 
fondamentale  <^ui   n'admet  poiiu  les 


C    H    I    L    D    E    B    E    R  T       I.       8^5 

filles  à  la  couronne.  Le  roi  de  Paris 
attaqué  d'une  violente  maladie  ne  fe  Ann.  5  5 5. 
trouvoit  pas  en  état  de  recueillir  la  fuc- 
ceflion  de  fon  petit-neveu.  Clotaire  fçut 
profiter  de  la  circonftance  ,  gagna  les 
îeigneurs  Auftrafiens ,  &c  força  fon  frère 
à  lui  faire  une  celîion  authentique  de 
tous  fes  droits.  Childebert  ,  pour  fe 
venger  de  cette  violence  y  mit  le  trou- 
ble^ fema  la  difcorde  dans  la  famille 
du  roi  de  SoilTons.  Lorfque  ce  prince  , 
d'abord  vainqueur  des  Saxons  ,  enfuite 
obligé  de  leur  demander  la  paix ,  rame- 
noit  en  France  les  débris  de  fon  armée , 
il  apprit  que  Chramne  le  plus  cher  de   5'^'!^^^'^^^ 

r      ^V      ^     >/      •        /       1    /    ^  1    •     Tl  révolte  con- 

les  entants  s  etoit  révolte  contre  lui.  11  tre  clotaire 
prenoit  des  mefures  pour  le  faire  rentrer^'^"  p^""^* 
dans  le  devoir  ,  lorsqu'il  fe  vit  forcé  de  ,  ^^^^'  '^"f* 
marcher  contre  ces  mêmes  peuples  qiu  m. 
venoient  de  lui  donner  la  loi.  11  envoya  ^^f'f^^^*^' 
contre  le  rebelle  deux  autres  de  fes  fils ,  ' 
Caribert  de  Contran.  Ces  deux  rois  ,  Marcuiphe^ 
(  tous  les  enfants   de  France  portoient  3/^*      "^^  " 
alors  cet  augufte  nom  )   entrèrent  en 
Auvergne  ,  firent  lever  le   blocus  de 
Clermont ,  8c  s'avancèrent  jufque  dans 
le  Limofin  pour  combattre  l'armée  en- 
nemie. Mais  un  faux  bruit ,,  que  leur 
père  avoir  été  tué ,  leur  fit  reprendre 
tout-à-coup  le  chemin  de  la  Bourgogne*. 


Î6      HièToiRE  DE  France. 

Le  retour  de  Clotaire  &  la  mort  de 

Ann.  558.  fon  frère  mirent  fin  à  cette  guerre  ci- 

Mcrt  de   viie.  Chramne  privé  de  l'appui  de  fon 

Chiideberr& oncle,  implora  la  miféricorde  du  roi , 

ion  portrait.       •  i    •  1  .^1-111  /      •     j 

qui  fui  pardonna.  Childebert  eioit  dans 

la  quarante -feptieme  année  de  fon  rè- 

Fredeg.  epit,  gne ,  lorfqu'il  mourut.  Tous  les  ordres 

de  l'Etat  refTentirent  vivement  cette 

Î>erte.  La  nobleffe  perdoit  un  chef  dont 
es  manières  affables  &  pleines  de  bon- 
té captivoient  tous  les  cœurs  :  le  peuple 
regrettoit  un  fouverain  équitable  ,  qui 
le  gouvernoit  avec  beaucoup  de  modé- 
ration de  de  fagefle  :  la  religion  pleuroit 
un  proteâreur  dont  le  zèle  ne  connoif- 
Tom.  I.  ca-  ^oit  point  de  bornes.  Quantité  de  mo- 

it.  ^â/"îh'.  nafteres  &c  d'hôpitaux  bâtis  &  fondés 
p,  6,  .^r  . 

avec  une  magnincence  vraiment  royale , 

une  charte  publiée  fous   fon  autorité 

pour  abattre  les  idoles  &  les  figures  con- 

lacrées  au  démon  dans  toute  l'étendue 

de  fon  royaume ,  quatre  conciles  tenus 

fous  fon  règne  &  par  fes  ordres ,  un  à 

Orléans ,  un  à  Arles ,  deux  à  Paris ,  font 

autant  d'illuftres  monuments  de  la  piété 

de  ce  religieux  prince.  On  lui  reproche 

avec  juflice  la  mort  de  fes  neveux.  Mais 

s'il  eut  afifez  d'ambition  pour  projetter 

le  crime ,  il  n'eut  pas  du-moins  affez  de 

cruauté  pour  l'exécuter.  Il  fut  enterré 


pit 


Childebert     I.     87 
dans  l'égUfe  de  faint  Vincent  ,  au  jour-  '!^ 
d'hui  faint  Germain-des-Prés  ,  où  l'on  Ann.  jî8. 
voit  encore  fon  tombeau.  On  lui  attri-  Fortunaz.  u 
bue  la  fondation  de  l'églife  de  Paris:  *'  '^''^'  ''' 
c'eft  une  erreur.  U  eft  vrai  qu'il  l'embel- 
lit, qu'il  la  décora  de  vitres  ,  ornements 
jufqu'alors  inconnus  dans  les  églifes  de 
cette  capitale  ;  mais  il  n'eut  point  la 
gloire  de  la  bâtir.  Il  lailToit  deux  filles, 
Crotberge  &c  Clodoflnde ,  qui  n'eurent 
aucune  part  à  la  couronne.  C'eft  encore 
une  confirmation  de  la  loi  qui  déclare 
le  royaume  terre  Sallique, 

Clotairc  fcul  Roi, 

Le  roi  de  SoilTons  devenu  feul  mai-  . 
j  -,        ,  .       ,  Ann.  560, 

tre  de  tout  1  empire  rrançois ,  éprouva  ^j     ^\^ 

que  le  trône  le  plus  puillant  ne  défend 

ni  des  chagrins  ni  de  l'ennui.  Chramne  ciotaîrerê- 

fe  révolta  de  nouveau  &  fe  ligua  avec  f^^l  bJûiêr^^ 

le  comte  de  Bretagne.  Ce  père  infor-  fon  fils 

tuné  fe  vit  obligé   de  prendre  les  ar-  ^^Z^^?^  f^ 

1    '     j       /  r  ,-1  'î"^    s'etoit 

mes  contre  celui  de  les  entants  qu  il  révolté  de 
avoit  le  plus    tendrement  aimé.   Les  "^"'^e^"* 
Bretons  furent  défaits ,  leur  chef  tué  ,  ^^fi-  ^rana 
le  malheureux  Chramne  pris  ,  enfer-  Freiêg.e^ïu 
mé  5  étranglé  ,  &:  brûlé  avec  toute  fa  c-  54. 
famille. 

Clotaire   depuis   cette  funefte  vie-    Mort  de 
toire  vécut  dans  la  plus  profonde  trif-  Clotaire, 


s 8      Histoire  de  France. 
telTer  II  mourut  a  Compiegne  dans  la 
Ann.  j 60,  cinquante  -  unième  année   de  fon   rè- 
61  ,  61.     giiQ  ^  qui    fut    un    tilTu    d'adultères  5 
d'incefles  ,  de  cruautés  ,  de  meurtres 
Marins  in  ^  d'horreurs.  On  a  remarqué  que  ce 
fut  l'année  d'après  la  bataille  de  Bre- 
tagne 5  le  même  jour  &  à  la  même  heure 
qu'il  avoir  fait  périr  fon  fils.  Il  fut  en- 
terré dans  l'églife  de  faint  Médard  de 
SoifTons  5  qu'il  avoir  commencée ,  Se 
qui  fut  achevée  par  Sigebert  fon  fils. 
11  laiffa  quatre  enfants  qui  lui  fuccéde- 
rent ,  Caribert ,  Contran  ^  Chilpéric  , 
Ôc  Sigebert.   Il  eut  pour  femnVes  In- 
gonde  Se  Arégonde  qui  étoient  fœurs  , 
Chonféne  ,  Radegonde  ,   Gondiucque 
fa  belle-fœur ,  ennn  Waldrade  >  veuve 
de  fon  petit-neveu» 


CARIBERT. 

t~,„    ,</  JL'Empire  François  fut  de  nouveau 

/INNo    50Z.    T     . /»/  •*  .       , 

divile  en  quatre  royaumes  qui  n  eurent 
^  pas  les  mêmes  limites  qu'ils  avoienc 

Contran  roi  ^  j,i        i      r\       ••       '      \         i-i 

de  Bourgo-   ^ues  Q  abord.   Un  joignit  a^  celui   de 
gne.  Paris  la  Touraine ,  l'Albigeois  Se  Mar- 

Sigebert  roi  feiUe.  On  léunit  à  celui  d'Orléans  la 
d' Auftrafie.  Boy^gogne ,  dont  il  prit  le  nom ,  le  Sé- 
de  sSVs?  i^nois  Se  une  partie  de  la  Champa-f 


C    A    R    I    B   t   R    T.  857 

gne.  Châlons-fur-Saone  devint  la  ville 
royale.  Celui  de  SoilTons  fut  augmenté  Ann.  té 2. 
du  Tournailîs ,  fi  toutefois  il  n'en  avoit    Gn^.  lur. 
pas  déjà  fait  partie.  Celui  d'Auftrafie ,  ^'c,fi,Yrlnc. 
en  perdant  quelques  provinces  dans  la  c.  19. 
Gaule  ,  fe  trouvoit  agrandi  de  toute  ^/^""^f  ^^'^' 
la  Thuringe  dans  la  Germanie.    Les 
partages  n'étoient  point  encore  faits  , 
que  la  divifion  fe  mit  entre  les  enfants 
de  Clo taire.  Chilpéric  vouloir  régner 
dans  la  capitale  de  l'empire.  Il  profita 
de  l'abfence  de  fes  frères ,  s'empara  de 
Braine  ,  maifon  de  plaifance  où  étoienc 
:  les  tréfors  de  (on  père ,  les  diftribua  aux 
principaux  de  la  nation  ,  ôc  s'étant  mis 
à  leur  tête  vint  droit  à  Paris ,  où  il  fe 
B.t  reconnoître  pour  roL  Les  Princes, 
indignés  de  cette  entreprife ,  levèrent 
des  troupes,  l'ailiégerent  dans  Ùl  nou- 
velle ville  5  l'obligèrent  de  defcendre 
du  trône  qu'il  avoir  ufurpé  ,  Se  le  for- 
cèrent de  s'en  rapporter  à  la  décilioii 
du  fort,  qui  ne  lui  fut  pas  favorable» 
Caribert  fut  roi  de  Paris  j  Contran  ,  de 
Bourgogne  ;    Sisebert  ,    d'Auftrafie  ; 

Chilpéric,  de  SoifTons.  ^^^ 

La  guerre  de  la  fucceflion  étoit  aANN.  565. 
peine  terminée  ,  que  le  roi  d'Auftrafie  Défaite  des 
apprit  que,  les  Huns  ,  anciens  peuples  ^hupédc  ^^ 
de  la  Sarniatie  Européenne  ,  alors  mai- par  sigeberc» 


90      Histoire  de  France. 

très  de  la  Paniionie  ,  qui  a  pris  d'eux 

Ann.  5^3.  le  nom  de  Hongrie,  s'ctoient    jettes 
Fonunat.  fur  fes  Etats  au-delà  du  Rhin.  11  vole 

einfc.Piaiv,  ^^çç^_^^^  à  leur  rencontre,  &  les  joint 
dans  la  Ihuringe  quils  avoient  rait 
révolter.  Un  pocte  célèbre  dans  ce 
temps-là  remarque  que  ce  jeune  prin- 
ce fe  mit  au  premier  rang,  &  la  ha- 
che à  la  main ,  chargea  ces  barbares 
avec  une  intrépidité  héroïque  ,  les  en- 
fonça ,  les  renverfa  ,  &  les  contraignit 
de  lui  demander  la  paix.  Elle  fut  con- 
clue d'autant  plus  promptement  ,  qu'il 
venoit  de  recevoir  la  nouvelle  ,  que 
Chilpéric  ,  après  s'être  emparé  de 
Rheims ,  avoir  fait  le  dé^ât  dans  toute 

']^r^'  ^"'''  la  Champagne.  11  reparfe  le  Rhin  en 
'  *'^*  grande  hâte  ,  vient  mettre  le  fiége  de- 
vant Soiiïbns  qu'il  prend  avec  Théode-* 
bert  fon  neveu ,  défait  fon  frère  en  ba- 
taille rangée ,  &  par  l'entremife  de  Ca- 
ribert  &  de  Gontrand  ,  lui  rend  fes 
Etats  &  fon  fils, 
sieretert  é-      Le  vidorieux  Sigebert  fon^ea  enfuite 

c     Xi.  \1f  •  •  11* 

poule  brune- ^  s'alliet  par  un  mariage  diene  de  lui 

Isaut  fille  du   ,  i         .  >,  Ç>  cr 

roi  des  vifi-  clans  une  maiion  royale.   Brunehaut , 

goths.         £iiç  d'Athanagilde  roi  des  Vifigoths , 

pafToit  pour  la  princelTe  la  plus  accom- 

Cejl,  Franc,  plie  de  fon  fiècle.  Le  roi  d'Auftrafie  la 

^*  5  *•         ht  demander  par  Gogon  maire  du  palais. 


C    A    R    I    B    E    R   T;  91 

*eft  la  première  fois  qu'il  eft  parlé  dans  ■ 
lotre  hiftoire  de  cette  dignité ,  fi  funefte  Ann.  563. 
)ar  la  fuite  à  la  puifTance  royale.  Le 
Tiaire  étoit  anciennement  ce  qu  eft  au- 
ourd'hui  le  grand-maître  de  la  maifon 
iu  roi  :  il  ne  commandoit  que  dans  le 
3alais  3c  aux  domeftiques.  11  devint  en- 
suite miniftre  ,   commandant  des  ar- 
Tiées  5  chef  5  prince  ,  enfin  roi  de  la 
lation.  Le  règne  de  Sigebert  II  eft  l'é- 
iDoque  de  l'élcvation  de  cet  officier  Se 
ie  l'abaiiTement  de  la  majefté.  La  né- 
gociation de  l'ambafTadeur  François  eut 
:out  le  fuccès  qu'on  pouvoir  défirer.  La 
nouvelle  reine  arriva  à  Metz  aux  accla- 
mations de  tout  le  peuple,  de  le  ma- 
riage fut  célébré  avec  toute  la  magni- 
ficence poflible.  Quelque  temps  après, 
elle  abjura  l'Arianifme  :  Se  fa  réconci- 
liation a  l'églife  par  l'ondion  du  faint 
chrême ,  mit  le  comble  à  la  joie  du 
prince  Se  des  fujets. 

Le  roi  de  Soiftbns ,  touché  de  l'exem-  • 
pie  de  fon  frère.  Se  réfolu  de  renoncer    "!!'., ^  .* 
a  les  indignes  amours,  iit  demander époufe  Gai- 
Galfuinde,  fœur  aînée  de  la  reine  Bru-ff^n^-^-   ^^""^ 
nehaut.   Ce  ne  rut  pas  lans  dilticulte  nehavic. 
qu'il  l'obtint.  On  connoiftoit  Con  carac- 
tère inconftant  Se  volage.  Le  roi  d'Ef- 
pagne  fit  jurer  aux  ambailadeurs  qu'au- 


5)i      Histoire   de  France. 
■  cune  autre  femme  n  auroit  le  nom  &  b' 

Akn.  $66.  rang  de  reine  du  vivant  de  la  princefle 
faillie  :  ils  le  promirent  en  tirant ,  agi-*  ' 
tant  y  &  fecouant  leur  épée.  C'étoit  l'ur»  : 
fage  des  anciens  Francs,  lorfqu ils  s'en-  \ 
gageoient  avec  ferment  de  faire  obfer-  ' 
Forîunat.  l  ^^^  quelque  chofe.  La  nouvelle  reine 
é,  carm.  7.  partit  de  Tolède  avec  de  grandes  richef- 
les ,  &  arriva  à  Rouen  montée  fur  un 
eliar  d'argent  c]ui  étoit  de  figure  ronde. 
Ce  fut  dans  cette  ville  que  fes  nou- 
veaux fujets  lui  prêtèrent  ferment  de 
fidélité  ,   foit  que  ce  fût  la  coutume 
de  ces  temps -là,  foit  qu'Athanagilde 
l'eût  exigé  pour  la  rendre  plus  refpec- 
table  à  la  nation.    Le  roi  en  lepou- 
fant,  lui  alTura   pour  appanage  ,    fui- 
vant  lufage  d'alors ,  le  Bordelois  ,  le 
Liraofin  5  le  Querci,  le  Béarn,  &c  le 
Creg.  Tur.  Bigotre.    C'effc  ce   qu'on  appelloit    le 
^'èicàngeau  P^-'éfenc  du  matin  ,  Mor^agemba  ,  ou 
mot^  Mor^à-  Morgangebû.  On  déterminoit  cette  dot 
iiegi  a.        avant  le  mariage  :  la  donation  ne  s'en 
faifoit'que  le  lendemain  des  noces. 
'Mort  de       Chilpéric  ,  quoique    plein    de    ref- 
pect   pour   la    vertu    de   la    nouvelle 
époufe  ,    lai  (fa  bientôt  rallumer   dans 
fon  cœur  des  feux  illégitimes.  La  reine 
s'en  plaignit  dans    une  affemblée  des 
Etats..  La  nation  obligea  le  roi  de  ju- 


Calfuinde. 


à 


MajM4'/g»JUJM  81 1 1 'M 


Caribert.  95 

it  qu'il  feroit  fidèle  à  les  anciens  fer- 
lents.  Mais  quelques  jours  après ,  Gai-  Ann.  56^. 
jiinde  fut  trouvée  morte  dans  (on  lit. 
;:.e  fbupçon  de  cette  mort  tomba  fur    ^^^*  ^f^^* 
iirédegonde  ,    femme     d'une    grande 
ieauté  ,    de    d'une    méchanceté    plus 
-rande  encore.  11  fut  pleinement  con- 
irmé  ,    lorfqu'on   lui    vit  occuper  la 
ilace  &  le  trône  de  fa  rivale. 
Ces   alliances  iî  honteufes  pour  la      Caraci^re 

•    n'  C  ^  à^  Cariberr, 

lajelte  ^  ne  turent  que  trop  commu-  ^^^  mavia- 

es  dans  la  famille  de  Clotaire.  Cari- ges?  fa  mort» 

■ert   répudia   Ingobert  ,     pour   épou- 

3r  Mirefleur ,  fille  d'un  artifan.  Celle- 

i  fut   remplacée  par    fa    fœur  Mar- 

oucfe  ,  qui  étoit  confacrée  à  Dieu  par 

îs  vœux  de  religion.  On  vit  enfin  dans 

i  perfonne  de  Teudegilde  ,    la  fille 

'un  fimple  berger,  élevée  fur  le  pre- 

tiier  trône  de  l'empire  François.  Ces 

iéfordres  le   firent   excommunier  par 

aint   Germain  évêque  de  Paris.   Les 

lapes     n'interpofoient    point     encore 

eur  autorité   dans   ces   conjonctures  , 

oujours  infiniment  délicates.  Chaque 

)rélat    avoir    toute    jurifdidion    dans 

bn  diocèfe.  S'il  arrivoit  quelque  fcan- 

lale  ,   c'étoit  a  l'évèque    diocéfain   à 

e  réprimer.  S'il  s'élevoit  quelque  con-    -pâfquler; 

;eftation  fur  le  dogme  ou  fur  la  dif-  rechîrchcs  de 


94      Histoire  de  France. 
cipline  5  elle  étoit  jugée  dans  un  con- 
Ann.  <66.  ^^1^  national  fous  l'autonté  du  roi.   S'il 
la  France  ,  s'agilfoit  de  quelques  privilèges  ou  dif- 
c  7,  y.  10.  penfes ,  les  évêques  de  la  province  s'af- 
fembloient ,  accordoient  ou  refufoient, 
Ce  fut  dans  une  de  ces  afTemblées ,  & 
vers  ce  même  temps ,  que  Tabbaye  de 
faint  Vincent,  aujourd'hui  faint  Ger- 
main-dcs-Prés  ,  fut  fouftraite  à  la  ju- 
rifdidion  de  l'ordinaire. 
L.4,c,z6.      Caribert  régna  fix  ans.  Grégoire  de 
L.s»  carm.  Tours  ne  parle  que  de  fes  vices.  For- 
*•  tunat  nous  le  repréfente   comme  un 

prince  fage ,  modéré ,  dont  les  mœurs 
croient  extrêmement  douces.  Ami  des 
belles-lettres ,  il  parloir  le  latin  com- 
me fa  langue  naturelle.  Zélé  pour 
l'obfervation  des  loix ,  il  ne  s'occupoit 
que  du  bonhe^r  ôc  de  la  tranquil- 
lité de  fes  fujets.  Roi  pacifique  ,  mais 
jaloux  de  fon  autorité  ,  il  fçavoit  la 
foutenir  avec  autant  de  dignité  que 
ldem,ihid,  de  fermeté.  Léontius  de  Bordeaux 
avoir  affemblé  un  concile  à  Xaintes  , 
où  l'on  avoit  dépofé  Emérius  évêque 
de  cette  ville.  Le  prétexte  étoit  que 
ce  prélat  avoit  été  facré  en  vertu  d'une 
juflion  du  feu  roi  Clotaire.  Caribert , 
vivement  offenfé  de  cette  hardielTe,' 
condamna  l'archevêque  à  une  amende 


Caribep.  T.  95 

^e  mille  pièces  d'or,  Ôc  fes  fuffragants  — *"*'*^ 
i  une  fomme  proportionnée  d  leurs  ^j^n.  s  66^ 
revenus. 

Ce  prince  ne  lailTa  que  des  filles  ^ 
Berthe ,  qui  fut  mariée  à  Ethelbert , 
roi  des  Cantiens  en  Angleterre ,  Bert- 
lede  de  Chrodielde  qui  prirent  le 
/oile  ,  la  première  à  Tours ,  la  féconde 
i  Poitiers.  Les  rois  fes  frères  parta-» 
gèrent  fa  fuccelîion.  Chacun  vouloit 
ivoir  Paris.  Il  flit  enfin  arrêté  qu'ils  le  Oreg»  Tur. 
jolfcderoient  par  indivis.  On  convint ''''''^•*' 
qu'aucun  des  trois  ne  pouroit  y  entrer 
^ue  du  confentement  des  deux  autres. 
•Is  confirmèrent  ce  traité  par  un  fer- 
lient,  fe  foumetrant  à  la  malédidion 
Je  Dieu  S<:  des  faines  s'ils  le  violoient. 


CHILPÉRIC    I. 


La  France  ne  jouit  pas  long  -  temps  Ann.  jô/, 
des  avantages  de  cette  paix.  La  mort 
de  Galfuinde  excita  une  guerre  civi-  Idem.  1.9$ 
le  5  qui  fembloit  ne  devoir  finir  que  ^'  '°* 
par  la    perte    de    Chilpéric.    Sigeberc 

*  Quoique  Chilpéiîc  n'ait  eu  qu'une  partie  du  royau- 
Oie  (Se de  la  ville  de  Paris,  cependant  la  plupart  de  nos 
Kiftoriens  le  mettent  au  nombre  des  rois  de  cette  capi- 
tale, immédiatement  après  la  moit  de  Cariberc. 


9^      Histoire  DE  France. 
L-  &z  Contran  ,   vivement    follicités  par 

/nn.  568,1a  reine  Brunehaut,  fe  liguèrent  con- 
tre l'auteur  de  ce  cruel  afïafliuar. 
Déjà  ils  s'étoient  emparés  de  la  plus 
grande  partie  de  fes  Etats  ,  lorfque 
l'intérêt  ramena  tout- à -coup  la  tran- 
quillité &  la  concorde.  Les  conditions 
du  traité  furent  que  le  roi  de  Soiffons 
céderoit  à  la  reine  d'Auftraiie  les  do- 
maines qu'il  avoit  donnés  à  Galfuinde 
Sigebert  eft  pour  fa  dot.  Cette  querelle  étoit  à  peine 

Ser  ^rZs  ^^^'^^^^  '  4^^  Sigebert  fe  vit  obligé  de 
en  liberté,  porter  les  armes  contre  les  Huns,  au- 
jourd'hui les  Hongrois ,  qui  avoient  re- 
commencé leurs  courfes  fur  les  terres 
des  François  au-delà  du  Rhin.  Cette 
expédition  fut  des  plus  malheureufes. 
Le  roi ,  abandonné  des  (iens ,  fe  trouva 
invefti  ôc  enfermé  de  tous  côtés.  Ce- 
i  toit  un  prince  d'une  figure  aimable  & 

d'une  rare  prudence   :  il  fçut  vaincre 
par  fes  libéralités  ceux  qu'il  n'avoit  pu 

•j,     ,      lubiuguer  par  fes  armes  :  les  barbares , 
idem.i.  4,       f  p        1 

(?.  i?jp-537.gagnes  par  les  prelents ,  lui  rendirent  i 
la  liberté,  firent  alliance  avec  lui ,  ju- 
rèrent qu'ils  ne  lui  feroient  jamais  la 
guerre,  de  le  comblèrent  de  careffes 
&  d'amitiés. 
■  Pendant  que  ces  chofes  fe  pafîbient 

Ann.  5  6^' au-delà  du  Rhin  ,  les  Lombards ,  qui 

venoienç 


C    H    I    L    P    É    R    I    C       I.         97 

venoient  de  foncier  un  nouveau  royau- 
me en  Italie  ,  fe  répandirent  dans  la  Ann.  $6<), 
Bourgogne  ,  défirent  3c  tuèrent  le  pa-  irruption  & 
trice  Amé^  (  ce  titre  étoit  affedé  aux  t'^^'J^sc 
gouverneurs  de  cette  province  )  taille-  des  saxons, 
rent  en  pièces  l'armée  de  Contran  ,  &  Usm,  ibid, 
chargés  d'un  riche  butin  ,  repaiïerent  ^*  J^»- 
les  Alpes.  L'avidité  du  pillage,  jointe 
à  l'impunité  de  leur  attentat ,  les  ra- 
mena bientôt  dans  le  Dauphiné.  Mum- 
mol  5  le  plus  grand  homme  de  guerre 
qui  fût  en  France,  les  furprit  aux  envi- 
rons d'Embrun,  ôc  remporta  fur  eux 
une  vidoire  complette.  On  vit  en  cette 
occafion  une  chofe  jufque  -  là  fans 
exemple.  Salonne  ôc  Sagittaire  ,  tous 
deux  évêques ,  l'un  d'Embrun ,  l'autre 
de  Gap ,  tous  deux  le  cafque  en  tête  ôc 
Tépée  à  la  main ,  chargèrent  l'ennemi 
avec  une  intrépidité  qui  eût  mérité 
des  éloges  dans  un  foldat ,  mais  qui 
fut  univerfellement  blâmée  dans  des 
prélats.  L'irruption  des  Lombards  fut 
fuivie  de  celle  des  Saxons  ,  qui  les 
avoient  aidés  à  la  conquête  d'Italie. 
Mummol  marcha  à  leur  rencontre , 
les  mit  en  déroute  ,  leur  enleva  tout 
le  butin  qu'ils  avoient  fait,  les  força 
de  retourner  dans  leur  pays ,  qu'ils  fu- 
rent obligés  de  partager  avec  les  Sué- 
Tomç  /.  £ 


r'KJU*^  iDjm 


98      Histoire  de  France. 

ves  ,  qui  s'en  croient  empares  pendant 

Ann.  Ç70.  ^sur  abfence. 
&  fuiv.    .     Pendant  que  la  Bourgogne  étoit  en 
Guerres  ci-  proie   aux  incurfions  des  Barbares ,  le 

viles  entre  j-q^   d'Auftrafie ,  fcduit  par  l'occafion  , 

Fr'anVoL      S 'empara  de  la  Ville  d'Arles  ,  fur  la- 
quelle   il  avoir  quelques   prétentions. 
Crcg.  Tur.  Elle  fut  reprife  prefque  aufîi-tôt  que' 

*^*  ^°'  conquife.  L'armée  Auftrafienne  fut  bat- 

tue. Les  vainqueurs  emportèrent  Avi- 
gnon qui  étoit  du  domaine  de  Sigebert  ; 
mais  Contran  le  lui  rendit  en  faifant 
la  paix.  Cette  accommodement  inat- 
Ihîd.  c.  4^'  tendu  fut  un  coup  de  foudre  pour  le 
roi  de  Soiffons ,  qui  profitant  de  la  cir- 
conftance  avoit  fait  une  irruption  dans 
les  Etats  de  Sigebert.  Déjà  Tours  ôc 
Poitiers  s'étoient  rendus  à  Clovis  ,  le 
plus  jeune  de  fes  fils,  lorfque  Mum- 
mol  parut  à  la  tête  des  troupes  qui 
venoient  de  fignaler  leur  valeur  par  la 
défaite  des  Lombards  Se  des  Saxons. 
La  feule  préfence  de  ce  général  dilîipa 
l'armée  de  Chilpéric ,  Se  rétablit  par- 
tout l'ordre  Se  la  fubordination,  Ain(i 
finit  cette  première  campagne.  On  vit 
dans  la  fuivante  un  de  ces  exemples 
trop  fréquents  du  peu  de  fidélité  des 
enfants  de  Clovis  à  obferver  les  traitçs 
les  plus  facrés. 


C    II     I    L    P    É     Pv    I     C        I.  99 

Théodeberr  ,  malg-rc  fes  ferments  de  « 
ne  jamais  porter  les  armes  contre  Ion  ^j^,^,^  ^yo^ 
oncle ,  fe  jetta  dans  la  Touraine  qu'il    &  fuiv. 
ravagea  ,  entra  dans  le  Poitou  ,    dent 
l'armée  de  Sigebert ,  &  maître  de  tou- 
tes les  places  voiiines  de  la  Loire  s'a- 
vança   dans   le    Limoudn   &   dans    le 
Querci ,  où  il  mit  tout  à  feu  &  à  fang. 
Le  roi   d'Auftraiie   épouvanté    de    i^s 
fuccès,  fit  entrer  en  France,  une  formi- 
dable armée  d'Allemands,  de  Suéves, 
de  Bavarois  ,    de  Thuringiens  &    de    nu,  r  4^, 
Saxons.    Chilpéric  ,   trop   foible    pour 
tenir  la  campagne ,  abandonné  de  Con- 
tran qui  d'abord  s'étoit  joint  à  lui ,  fe  ~ 
retira  &  fe  retrancha  dans  le  pays  Char- 
train  5  d'où  il  envoya  faire  des  propo- 
fitions    de   paix  à    fon  frère.  Elle  lui 
i\xx.  accordée  par   l'entremife  des  fei- 
gneurs   François  ,    &    les   trois   frères 
jurèrent  de  ne  plus  rien  entreprendre 
les  uns  contre  les  autres.  Les  troupes 
Germaniques  avoient  compté    fur   le 
pillage  du  camp   de  Chilpéric.    Fruf- 
trées  de  leurs  efpérances  ,  elles  com- 
mencoient  à  murmurer.  Sio;ebert  mon- 
te  auili-tôt  à  cheval  ,  fe  préfente  aux 
mutins  ,  &  les  déconcerte.  On  arrête 
les  plus  féditieux  :  il  les  fait  lapider  à 
la  vue  de  toute  l'armée.  C'efl;  le  feul 

E  2. 


werannMsMi 


loo     Histoire  de  France. 
exemple  qu'on  trouve  dans  notre  hit- 
/nn.  570,  toire   de   cette    efpèce    de    châtiment 
&  fuiv.     militaire  ,  autrefois  en  ufage  ,  parmi 
les  Romains. 

Le    roi    d'Auftrafie   avoir   à    peine 

Ann.  575*  congédié  fes  troupes  ,  que  Chilpéric 
com'metce'u  ^  Théodebcrt  foii  fils ,  reprirent  les 
guerre.  Mort  amies.  Le  premier  entra  en  Champa- 
Théodebeftf  p^^  '  pillant,  brillant,  faccageant  tous 
les  lieux  par  où  il  palfa.  Le  fécond 
c.  n^'51."'^'  i^^archa  en  Aquitaine  ,  où  il  fut  tué  en 
Gefi.  Franc,  combattant  vaillamment.  Cette  mort , 
^•^^'  la  réconciliation  de  Contran  avec  Si- 

gebert  ,  Ôc  les  approches  de  l'armée 
de  Cermanie  ,  portèrent  la  confterna- 
tion  à  la  cour  de  Soiifons.  Le  mal- 
heureux Chilpéric  fe  fauve  dans  Tour- 
nay  ,  où  il  s'enferme  avec  fa  femme 
*  &  fes  enfants.  Tout  plie  fous  le  joug 

du  prince  Auftrafien.  Paris ,  Rouen  , 
toutes  les  villes  du  royaum.e  de  fon 
frère  le  reconnoiiTent  pour  leur  maître. 
Ebloui  de  ces  heureux  fuccès  ,  fon 
cœur  fe  ferme  à  la  pitié  ^  la  perte  du 
roi  fugitif  eft  réfolue.  Les  remontran- 
ces de  faint  Germain  évêque  de  Paris  , 
Les  prières  de  la  fainte  religieufe  Ra- 
degonde  ,  les  voeux  de  la  France  , 
tout  fut  inutile  :  rien  ne  put  lui  faire 
prendre  des  fentiments  plus  modérés^ 


Chilpéric     I.      lot 
Déjà  il  avoit  invefti  Tournay  ,   loiT- 
que  deux   fcélérats    envoyés   par  Fré-ANN.  575- 
ciegonde  ,  lafraffinerenc  à  Vitri ,  où  il  ^^^^^^^^ 
s^étoit  rendu  pour  recevoir  les  hom- 
mages de  Tes  nouveaux  fujets. 

Ainfî  périt  au  milieu  de  fes  trioni-  Soncarac- 
phes  5  le  monarque  le  plus  partait  qui 
eût  encore  paru  fur  le  trône  François. 
Généreux  ,  libéral  ,  bienfaifant  ,  ja- 
mais fouverain  ne  régna  avec  plus 
d'empire  fur  le  cœur  de  fes  fujets. 
Intrépide  dans  le  danger  ,  inébranlable 
dans  le  malheur,  il  fçut  jufque  dans 
les  fers,  fe  concilier  le  refpeà  de  l'a- 
mour d'un  vainqueur  qui  avoit  à  peine 
l'extérieur  de  l'humanité.  Réglé  dans 
fes  mœurs  ,  roi  jufque  dans  fes  in- 
clinations ,  on  ne  le  vit  point  com- 
me fes  frères  s'attacher  à  des  objets  . 
dont  la  baffefTe  deshonore  la  majefté. 
On  peut  dire  que  fon  règne  tut  ce- 
lui de  la  décence  &  de  l'honneur.  Il 
eût  été  celui  de  toutes  les  vertus  ,  ii 
ce  prince  eût  pu  vaincre  le  relTenti- 
ment  qui  l'animoit  à  la  perte  de  fon 
frère.  Le  caradlere  de  Chilpéric  eil  en 
quelque  forte  fa  juftification. 

Sigebert  étoit  âgé  de  quarante  ans  , 
lorfqu'il  mourut  ;  il  en  avoit  régné 
quatorze.  11  fut   enterré   dans    Téglife 


102  Histoire  de  France. 
de  faine  Médard  de  SoilTons  où  l'on 
;\nn  575.  voit  encore  fa  iigure  fur  {on  tom- 
beau. 11  efl  repréfenté  en  habit  long  , 
avec  le  manteau  que  les  Romains  ap- 
pelloienu  Ch/amys,  C'étoit  l'habille- 
ment des  enfants  de  Clovis ,  foit  qu'il 
leur  parut  plus  noble  3c  plus  majef- 
tueux  ,  foit  qu'ils  regardaient  le  titre 
d'Augufte  comme  héréditaire  dans  leur 
F^^bU'era?nt  famille.  Quoi  qu'il  en  foit  ,  l'habit 
dcsfeigneurslong  fut  pendant  plulieurs  fiècles  ce- 
""*'  '  lui  des  perfonnes  de  diftindlion.  On 
le  bordoit  de  martre ,  de  zibeline  , 
d'hermine  ,  ou  de  menu-vair.  On  le 
chamarra  de  toutes  les  pièces  de  fon 
écu  fous  le  rècrne  de  Charles  V.  On 
ne  connoiffoit  alors  ni  frai/es  m  col- 
lets. Ce  fut  Henri  II ,  qui  en  introdui- 
fit  l'ufaî^e.  Jufque-U  nos  rois  avoient 
toujours  eu  le  cou  entièrement  nua. 
11  en  faut  cependant  excepter  Charles 
le  Sage ,  qu'on  voit  repréfenté  par  tout 
avec  un  collet  d'hermine.  L'habit  court , 
qu'on  ne  portoit  anciennement  qu'à  la 
campagne  &  à  l'armée  ,  devint  le  feul 
à  la  mode  fous  Louis  Xï.  On  le  quitta 
fous  Louis  XII.  On  le  reprit  fous  Fran- 
çois I  ,  qui  introduifit  l'ufage  de  le 
taillader.  Un  pourpoint  ferré  éc  fermé, 
des  troulles  de  Pages ,  un  petit  manteau 


ChilpÉric  L  103 
qui  ne  pafToit  pas  la  ceinture  ,  étoit 
l'habillement  favori  de  Henri  II  ôc  de  Ann.  575. 
{es  enfants.  Il  feroit  auiTi  long  qu'en- 
nuyeux de  rapporter  les  divers  change- 
ments de  modes  depuis  Henri  IV  ,  juf- 
qu'à  nous. 

L'habit  des  dames  Françoifes  éprou-    Ornements 
va  les  mêmes  révolutions.  Il  ne  paroît  ^  J"^^^^' "  ^~^ 

r  aames  traR- 

pas  qu  eues  le  loient  beaucoup  occu-  çoifes. 
pces  de  parures  pendant  près  de  neuf 
liècles.  Rien  de  plus  fimple  que  leur 
coëiFure ,  de  moins  étudié  que  leur  fri- 
fuue,  de  plus  uni ,  mais  en  même  temps 
de  plus  lin  que  leur  linge.  Les  dentel- 
les ont  été  long-temps  ignorées.  Leurs 
robes ,  armoriées  à  droite  de  l'écu  de 
leur  mari  ,  à  gauche  de  celui  de  leur 
famille  ,  étoient  fi  ferrées  ,  qu'elles 
laiiToient  voir  toute  la  hnefTe  de  leur 
taille  5  il  haut  montées  ,  qu'elles  leur 
couvroient  entièrement  la  gorge.  L'ha-  ' 
billement  des  veuves  avoit  beaucoup 
de  reffemblance  avec  celui  de  nos  reli- 
gieufes.  Ce  ne  fut  que  fous  Charles  VI 
qu'elles  commencèrent  à  fe  découvrir 
les  épaules.  Le  règne  galant  de  Char- 
les Vil  amena  l'ufage  des  bracelets  , 
des  colliers  ,   des  pendants  d'oreilles.  ..  .^. 

La  reine  Anne  de  Bretagne  dédaigna 

ri  1 

ces  hivoles  ajuftements  j  toute  l'occu- 

E4 


104    Histoire  de  France. 
^""'        pation  de  Catherine  de  Médicis  étoît 
Ann.  j75.d'en  inventer  de  nouveaux   :  le  capri- 
ce,  la  vanité,  le  luxe,  la  coquetterie 
les  ont  enfin  portés  au  point  où  nous 
les  voyons  aujourd'hui. 
^^^       .^      Jamais  révolution  ne   fut  plus  uni- 
l  j-  '  veffelle  ni   plus  fubite  que  celle  qui 
i.^Tl'i.'^'"' ^^^^^^^  ^^  ^^^^  ^e  Sigebert.   L'armée 
CejL  FraiK»  d'Auftrafie  leva  le  iiege  de  Tournay  : 
"^Frelc.ji.  ^c)utes  les  villes  du  royaume  de  Soif- 
fons  rentrèrent  dans   lobéifTance  :  la 
reine  Brunehaut  fut  arrêtée  avec  fes  en- 
fants j  &  Chilpéric  ,  après  avoir  recon- 
quis fes  Etats  ,  fe  vit  au  moment  de 
monter  fur  le  trône  de  fon  vainqueur. 
Déjà  Sigulphe  ôc  plufieurs  autres  Sei- 
gneurs   Auftrafiens    l'avoient  reconnu 
pour  leur  maître.  Cet  exemple  fut  fuivi 
r^l"n:^e  Sigoii,  grand  référendaire.  Ceft  le 
ceiier.  Ori-  nom  qu  OU  donnoit  fous  les  Mérovin- 
Irèsdtcït'êgi^^^s  5  à   cekii  qui  gardoit  le   fceau 
charge.        royal  5  expédioit  les  lettres ,  fcelloit  les 
ordonnances.   On  l'appelia  chancelier 
fous  les  Carlovingiens,  ou  parce  qu'il 
barroit  les    lettres  qu'il   refufoit  ,  ou 
parce    qu'il  les   fcelloit   dans  un  lieu 
VuTîlht,  ^ermé  de  grilles  ou  chanceaux y  fuivant 
c^-^7^^        le  langage  de  ce  temps-là.  Ce  n'étoit 
autrefois  que  la  cinquième  charge  du 
royaume.  Ce  ne  fut  pas  fans  peine 


Chilperic     I.     105 
-qu'en  1224  on  l^^i  accorda  voix  délibé-  ^^^^'*^'^»"* 
rative  dans  ralTemblée  des  pairs  ,    ôc  Ann.  57^. 
pendant  long -temps  il  n'eut  place  au     TejTcreau, 
parlement ,  qu'après  les  princes  ôc  les  ^'"'f'^f  ''^-^^* 

/     ^  Ti      n  r         i  ^        i  •         celleiie  ,    Va 

eveques.  11  elt  enhn  devenu  le  premier  s, 
officier  de  la  couronne ,  le  préfident-né 
de  tous  les  confeils ,  le  chef  de  la  jufti- 
ce,  le  difpenfateur  de  toutes  les  grâces , 
abolitions ,  &  pardons.  C'eft  le  feul 
homme  du  royaume  qui  ne  porte  point 
le  deuil ,  le  feul  qui  reçoive  ^z  ne  rende 
point  de  vifites. 

Cependant  Chilperic  étoit  entré  dans 
Paris  à  la  fuite  de  pluiieurs  reliques 
qu'il  fit  porter  en  procelfion.  Il  s'ima- 
ginoit  que  cette  dévotion  affedée  dé- 
tourneroit  la  malédiction  à  laquelle  il 
s'étoit  fournis  y  s'il  violoit  le  traité  de 
partage ,  ou  que  du  moins  le  crédit  de 
tant  de  faints  contrebalanceroit  celui 
des  faints  Polieu6te,  Hilaire  Se  Martin , 
qu'il  avoit  pris  à  témoins.  On  ne  peut 
exprimer  quelle  fu:  la  furprife  &c  la  co- 
lère de  ce  prince,  lorfqu'il  apprit  que 
le  fils  Se  l'unique  héritier  de  Sigebert 
lui  avoit  échappé.  Ce  fut  Gondebaud ,  CMideberc 
l'un  des  plus  erands  feis:neurs  de  la  ^'';:*^^^'Au^« 
cour  du  teu  roi ,  qui  le  tira  de  letroite 
prifon  où  il  étoit  gardé.  On  le  defcen- 
dit  par  une  fenêtre  dans  une  corbeille. 


lo^    Histoire  de  France. 
"""T!!!'^  Un  homme  affidc  le  reçut ,  le  remit 
Ann.  57e.  entre  les  mains  du  fidèle  Aufirafien  , 
qui  le  conduifit  heureufement  a  Metz. 
Les  grands  du  royaume  s'afTemblerent 
le  jour  de  Noël ,  &  Childebert ,  qui 
avoit  à  peine  cinq  ans  ,  fut  couronne 
roi  d'Auftrafie. 
Mcrovée        Le  roi  de  SoiiTons  fe  vengea  de  1  e- 
cV-ufLiarei-ypfiQn  de  fou  prifomiier  fur  les  tréfors 
id  tafice.       de   Sigebert  qu  il  envanit  ,   cc  lui   la 
reine  Brunehaut  qu'il  relégua  à  Rouen , 
où  on  lui  donna  des  gardes.  Mais  le 
coup  le  plus  fenfible  pour  cette  tendre 
mère,  fut  l'enlèvement  d'ingonde  & 
de   Chlodofinde  fes  filles  ,   que  l'on 
conduifit  à  Meaux.  Auffi-tôt  Chilpéric 
envoya    un   de    fes    généraux    appelle 
Rocolene  ,  pour  fe  rendre  maître  du 
Maine ,  &  Mérovée  fon  fils ,  pour  s'em- 
parer du  Poitou.  Le  premier  avoit  or- 
dre de  fe  faifir  de  Gontran-Bofon ,  que 
le  roi  foupçonnoit  d'avoir  tué  ou  fait 
tuer  Théodebert  l'aîné  de  fes  enfants. 
Cet  officier   s'étoit  fauve  dans  l'églife 
de  faint  Martin  de  Tours  ,  l'afyle  le 
plus  refpedé  de  tout  l'empire  François. 
Rocolene  ofa  violer  ce  faint  lieu.  Le 
châtiment  fut  prompt,  dit  Grégoire  dt 
Grti.  Twr.  Tours.  Frappé  d'une  terreur  fubite,  il 
\'l  '•  '  'fut  forcé  de  fe  retirer  fans  avoir  exé^| 


ChilpÉric  I.  107 
cuté  ce  qu'il  avoit  projette ,  Se  mourut  — 
quelques  jours  après  à  Poitiers  ,  où  il  Ann.  576, 
setoit  fait  tranfporter.  Le  jeune  Mé- 
rovée  moins  fidèle  aux  ordres  du  roi 
£on  père,  fe  rendit  à  Tours.  De -là  fei- 
gnant de  paiïer  au  Mans ,  féjour  d'Au- 
douere  fa  mère,  il  tourna  tout-à-coup 
du  côté  de  Rouen  ,  où  l'évêque  Pré- 
textât le  maria  avec  Brunehaut ,  dont 
la  beauté  n'avoit  encore  rien  perdu  de 
fon  éclat.  Fortunat  en  fait  une  féconde 
Vénus.  Le  détail  dans  lequel  il  defcend  i  f.^  ^^^^^^^ 
à  ce  fujet ,  prouve  ou  qu'il  n'étoit  pas  '5. 
encore  évèque  ,  ou  que  les  prélats  d'a- 
lors 5  peut-être  irréprochables  dans  leurs 
mœurs ,  n'étoient  pas  fort  réfervés  dans 
leurs  expre (lions. 

Chilpéric  viveraent  offenfé  de  la  Bruneh.iut 
conduite  de  ion  iils  ,  s'avance  vers  ^ef^f^^' ^J^J^^" 
Rouen  pour  punir  les  deux  époux,  fils  à  fahe  la 
Ces  amants  effrayés  fe  fauvent  dans|"^Yinl] 
l'églife  de  faint  Martin,  bâtie  fur  les 
remparts  de  la  ville.  Envain  on  em- 
ploie l'artiftce  &  la  rufe  pour  les  tirer 
de  cet  afyle  \  ils  n^n  fortent  que  fur  la 
promeffe  la  plus  authentique  ,  que  non- 
feulement  il  ne  leur  fera  fait  aucun 
mal,  mais  que  leur  mariage  fera  con- 
firmé ,  fi  les  évècpes  le  jugent  légitime. 
Le  roi ,  après   cet  accommodement , 

E6 


a 

)èric. 


lo8    Histoire  de  France. 
■^  oblieea  Mérovée  de  le  fuivre  à  Soif- 


Ann.  577.  ^ons ,  ôc  laiiïa  Brunehaut  dans  fon  an- 
cienne prifon,  doù  bientôt  il  la  ren- 
voya en  Auftrafie  avec  les  princeffes 
fes  filles.  Elle  n'y  fut  pas  plutôt  arri- 
vée qu'elle  engagea  Childebert  fon 
fils  5  à  déclarer  la  guerre  au  roi  fon  on- 
cle. Godin  ,  l'un  des  principaux  fei- 
gneurs  Auftrafiens  qui  d'abord  s'étoienc 
donnés  à  Chilpéric  ,  reçut  ordre  de 
s  marcher  à  SoiflTons  pour  furprendre 
Frédegonde ,  qu'il  ne  manqua  que  de 
quelques  heures.  Il  fut  lui-même  fur- 
pris  ,  défait  &  tué.  Le  foupçon  de  ce 
loulèvement  tomba  fur  Mérovée.  On 
lai  ôta  fes  armes  ,  on  lui  donna  des 
gardes.  La  défaite  de  l'armée  du  Li- 
mofin  acheva  de  le  perdre  dans  l'efprit 
de  fon  père. 
TA'r.    j       Contran  s'étoit  joint  à   Childebert 

Défaite  de  ,  .     .  .^ 

l'armée  de  contte  le  roi  de  Soillons  5  qui  avoit  en- 

chiipéric  ,  yQy^  deux  puiffautes  armées ,  l'une  en 

cui   S  cil  y  ^ 

prend  à  Mé-  Saintonge  fous  le  commandement  de 

rovée  &  le  Clovis  fou  fecond  fils ,  l'autre  dans  le 

deshente.  .         ^       ^  ,  j    •  1  'fi 

Greg.  Tur.  LimoHU  lous  la  conduite  du  gênerai 
^' IJ^'  ^  Didier.  Le  patrice  Mummol  joignit 
c,  33.  ce  dernier,  1  attaqua,  le  dent.  Le  com- 

bat fut  fi  fanglant  3c  fi  opiniâtre,  qu'il 
y  périt  vingt -cinq  mille  hommes  des 
troupes  de  Chilpéric,  de  cinq  mille 


CniLviKïc  î.  109 
Bourguignons.  Mérovée ,  regardé  corn- 
me  l'auteur  de  cette  guerre  ,  devint  ann.  577» 
refponfable  de  ce  mauvais  fuccès.  On 
lui  fit  couper  les  cheveux.  11  fut  des- 
hérité 5  ordonné  prêtre ,  Ôc  confiné  dans 
un  monaftere.  Echappé  de  fa  prifon, 
il  fe  fauva  dans  l'églile  de  faint  Martin 
de  Tours ,  dont  il  força  l'évêque  de 
lui  donner  les  eulogies.  C'étoient  les 
reftes  des  pains  non  confacrés  ,  mais 
offerts  de  bénits  pour  le  facrifice.  C'eft 
par  cette  raifon  qu'on  ne  les  diftribuoic 
qu'à  ceux  qui  étoient  dans  la  commu- 
nion de  l'églife.  Chilpéric ,  après  avoir 
inutilement  employé  les  menaces,  les 
trahifons  ,  les  perfidies  ,  entreprit  de 
l'enlever  de  force  de  fon  afyle.  11  en 
écrivit  à  faint  Martin  ,  dont  il  crai- 
gnoit  de  s'attirer  l'indignation.  La  let- 
tre, qui  étoit  une  efpece  de  confulta- 
tion ,  fut  dépofée  fur  le  tombeau  de  ce  "^ 

Taumaturge  de  la  France.  Le  roi  , 
telle  étoit  la  {implicite  &  l'ignorance 
de  ces  temps-là ,  avoit  eu  la  précaution 
de  la  faire  accompagner  d'un  papier 
blanc  où  il  efpéroit  que  le  bienheu- 
reux pontife  écriroit  fa  décifion.  Mais 
le  faint  ne  l'honora  d'aucune  réponfe. 
Le  papier  au  bout  de  trois  jours  fut 
Itrouvé   fans  écriture,  Ôc  le  fuperfli- 


iio     Histoire  de  France. 
tieux  monarque  abandonna  fan  entre- 
Ann.  f77.  pnfe. 

Mérovéecft      Mcrovée  de  fon  côté  imploroit  la 
îcIl-dL^de  proteaion  du  même  faint  contre  les 
Frédegonde.  fureurs  du  roi  fon  père.  11  le  conjuroit 
de   lui    éclaircir  fon  fort   par  les  en- 
droits fur  lefquels  il  tomberoit  en  ou- 
vrant les  livres    faints  :  il  _  n'y  en  eue 
aucun  qui  lui  fut  favorable,    lout  lui 
annonçoit  une  mort  funefte  ,  dit  notre-- 
hiftorien.  Le  malheureux  prince ,  de- 
puis cette  fatale  prédidion ,  ne  goûta 
ni    repos  ,   ni  tranquillité.  Fugitif  ôc 
Frei,  epît.  errant ,  tantôt  de  la  Touraine  en  Auftra- 
^*  "^^*  fie  5  tantôt  de  la  Champagne  en  Artois; 

abandonné  de  fa  femme  qui  l'aimoit 
tendrement ,  mais  qui  ne  pouvoit  rien 
en  fa  faveur  ,  pourfuivi  par  fon  père , 
trahi  par  les  principaux  de  Térouane  , 
il  fut  enfin  afTafîîné  par  les  gens  de 
Frédegonde. 
L'évêque        Cette  reine  porta  la  vengeance  plus  . 

Prétextât  eit  i    •  t-ii          5         ♦  *  i_l*  ' 

dépofé.         ^oin  encore,  lilie  n  avoit  point  oublie  • 
les  liaifons  de  Prétextât  avec  le  prince 
Gre^,  ihid,  Mérovée.  Elle  entreprit  de  faire  dé- 

pofer  ce  prélat  en  un  concile  tenu  à    | 
Paris  dans  l'églife  de  fainte  Geneviève. 
On  ne  fçait  lequel  doit  le  plus  éton-    i 
lier  5  ou  le  perfonnage  du  roi  qui  fut    ' 
lui-même  l'accufateur,  ou  l'embarras 


e.  9, 


Chilperic     I.      iiï 

des  Pères  a  trouveu  quelque  cliofe  de  ^^IT!^^ 
réprchenfible    dans    la    conduite    d'unANN.  577- 
évêque  qui  venoit  de  marier  le  neveu 
6<:  la  tante.  On  feroit  tenté  d'en  con- 
clure ,  ou  que  ces  fortes  de  mariages 
n'étoient  point  défendus  par    les   an- 
ciens canons  ,    ou  que  l'on  ctoit  per- 
fuadé  que  l'ordinaire  pouvoir  difpenfer 
dans  ces  fortes  d'occafions.  La  furpri- 
fe  augmente  encore  ,  lorfqu'on  vient 
à  réfléchir  fur  la  foiblelTe  de  Taccufé  , 
qui  5  à  la  perfuaiion  de  quelques  faux 
'frères ,  avoue  des  crimes  qu'il  n'a  point 
commis.  Mais  le  comble  de  l'étonne- 
ment  eft  de  voir  le  fouverain  fe  jetter 
aux  pieds  des  évêques  fes  vaffaux  pour 
leur  demander  la  condamnation  d'un 
de  fes  fujets.  Il  vouloit  qu'on  déchirât 
la  robe  en  plein  concile  ,  qu'on  récitât 
fur  lui  les  malédi6lions  contenues  dans 
le  pfeaume  cent  huitième ,  ou  du  moins 
qu'on  l'excommuniât  pour  toujours.  Il 
n'obtint  ni   l'un   ni    l'autre.  L'évèque 
cependant  fut  condamné  fur  fa  propre 
confefîion ,  enfermé  dans  une  prifon , 
enfuite  envoyé  en  exil  dans  une  des 
ifles  du  Cotentin.   Le  roi  de  Bourgo- 
gne ,  après  la  mort  de  Chilperic  ,  le 
rétablit  dans  fon  évêché ,  malgré  Fré- 
degonde^  qui,  pour  s'en  venger,  le  fie 


m    Histoire  de  France. 
!^"^*'***  poignarder  au  milieu  de  l'office  diviii# 
Ann.  577.  Un  fi  horrible  attentat  fit  fermer  toutes 
les  églifes  de  Rouen.  Les  évèques  qui 
s*y  trouvoient  défendirent  la  célébra- 
tion  des    faints  myfteres  ,  jufqu'à  c^ 
qu'on  eût    découvert   l'auteur   de   cet 
effroyable  facrilege.    C'eft  le  premier 
exemple  que  l'antiquité  nous  fournifTe 
d'un  femblable  interdit. 
Frédegonae      Mais  l'afTairinat   de  Mérovée  ôc  la 

fait  afîailiner  -,  .  ,       ^    ,  ,/•    ' 

ciovis,  der- condamnation  de  Prétextât  netoienc 
nier  fils  du  que  le  prélude  des  fureurs  de  Fréde- 
de  "cMipé-  gonde.  11  reftoit  à  Chilpéric  un  dernier 
îîc.  fils  du  premier  lit  :  c'étoit  ce  même 

Clovis  qui  commandoit  l'armée  de  fon 
père  dans  la  guerre  contre  le  roi  d'Alif- 
trafie.  La  cruelle  marâtre  réfolut  de  le 
facrifier  à  la  grandeur  de  fes  enfants. 
La  première  difpofition  a  l'exécution 
de  ce  noir  projet  ,  fut  la  découverte 
d'une  conjuration  formée  par  Leudafle , 
comte  ou  gouverneur  de  Tours.  Cec 
homme  ofa  enfanter  le  projet  de  perdre 
la  reine.  Le  moyen  qu'il  employa  , 
paroifToit  d'autant  plus  infaillible ,  qu'il 
étoit  plus  détourné.  Il  fuborna  des  té- 


Ann.  578,  moins  qui  accuferent  Grégoire  de  Tours 

7^,80,81.  d'avoir  des  intelligences  avec  Childe- 

Greg.  Tur.  bett ,  Ôc  d'avoit  parlé  indécemment  des 

^^1 C'  V-  amours  de  Frédegond^  ôc  de  l'évêquô 


i 


Chilpéric     I.     113 
de  Bordeaux.  L'accufé  fe  juftifia  plei-  ' 
nement  de  ces  odieufes  imputations.  Ann.  578 , 
Les  accufateurs  ,  appliqués  à  la  quef- 79» 80,81, 
tion  5  avouèrent  que  cette  intrigue  n'a- 
voit  été  tramée  que  pour  infpirer  au 
roi  des  foupçons  iur  la  conduite  de  fon 
époufe  :  que    le  deflein   des   conjurés 
étoit  d'affalliner  Chilpéric  ;  de  fe  dé- 
faire des  enfants  qu'il  avoit  eus  de  la 
reine ,  ôc  d'élever  Clovis  fur  le  trône. 
Ce  jeune  prince  n'avoit  aucune  part  à 
la  confpiration  5  mais  il  étoit  aimé  des 
peuples  :  il  n'en  fallut  pas  davantage 
pour  réveiller  toute  la  haine  de  Fréde- 
gonde.  Elle  venoit  de  perdre  fes  trois    Marîus  in 
enfants  qui  moururent  de  dyflenterie  ;  '^^^^"' .  , . 
elle  luborna  des  temoms,  qui  accuse- c.  8  z. 
|rent  Clovis  de  les  avoir  empoifonnés. 
1  11  fut  arrêté  ,  enfermé  au  château  de 
!  Noify  5   enfuite    poignardé.    La   reine 
i  Audouere  fa  mère  expira  fous  les  coups 
!  de  cette  cruelle  reine  ,  &  la  fainteté  du 
lieu  où  elle  s'étoit  retirée  ,  ne  la  défen- 
dit point  de  la  fureur  des  afraflins.  Ba- 
fine  fœur  de  ce  prince  infortuné  ,   & 
fille  du  roi  régnant  ,  deshonorée  par 
d'infâmes  fatellites ,  fut  reléguée  dans 
un  cloître. 

On  dit  que  ces  cruelles  cataftrophes    Marîus  în 
furent  précédées  des  effets  les  plus  fen-^^'"^'^' 


114    Histoire  DE  France. 

fibles  de  la  colère  du  ciel  ,  de  trem- 

Ann.  578.blements  de  terre ,  d'inondations ,  d'in- 
79,80, 8i.  cendies,  de  famine,  de  maladies  épi- 

démiques  5  de  plu'us  de  fano  ^  &  d'un 
c.  Il,'  ^^^^' bouleverfement  général  de  la  nature  , 

qui  lit  paroître  des  fleurs  en  Janvier, 

éc  des  grapes   formées  en  Décembre. 
Gc ntran        Pendant  que  le  royaume  de  SoilTons 

adopte  Chil-  /      .     1        ,    /A-^         1         "^       iM  U„ 

deoert,  &  le  ctoit  le  théâtre  de  tant  d  horreurs  ,  les 
iJechre  fon  ^^^^  ^ois  d'Auftrafie  &:  de  Bourgogne , 
s'étoient  rendus  à  Pont  -  Pierre  ,  petit 
Fred.  epit.  village  fur  la  Meufe ,  pour  faire  une 
alliance   iincere   &    durable.    Contran 
qui  avoir  perdu  fes  deux  fils ,   adopta 
folennellement  Childebert ,  de  le  décla- 
ra feul  héritier  de  fes  Etats.  Les  Auftra- 
fiens  5   fiers  de  cette  union  ,   envoyer 
rent  redemander  à  Chilpéric  les  pla- 
ces qu'il  leur  retenoit ,  fur-tout  Poitiers 
dont  il  s'étoit  emparé  tout  récemment. 
L'ambaifadeur ,  en  cas  de  refus  ,  avoir 
,  ordre  de  lui    déclarer   la  guerre.   On 

méprifa  {qs  menaces  j  on  ne  rendit  rien  , , 
&c  la  cour  de  Metz  ne  fe  mit  point  en  i 
devoir  de  tirer  vengeance  de  cette  in-  ! 
fuite.  Mais   on  conjedture  avec  affez 
de  vraifemblance ,  que  ce  fut  à  fa  foUi- 
citation  que  Waroc  comte  de  Bretagne .. 
refufa  l'hommage  au  roi  de  SoilTons. 
Cette  révolte  produiiit  une  guerre  fan- 


Chilperic  1.  115 
criante.  On  ignore  comment  ce  difFé- 
rend  rut  termmc.  Ann.  5S4. 

Cependant  Childebert  oubliant  fon  Ligue  de 
adoption  ,  fe  ligua  avec  Chilperic  con-  ae^chiide- 
tre  le  roi  de  Bourgogne.  Les  hollilités  bert  comre 
commencèrent  par  la  furprife  de  cette  g^^^^^g^^^^e^ 
partie  de  Marfeille  qui  avoir  été  du  do- 
maine du  feu  roi  Sigebert.  C'étoit  pré- 
cifément  le  fujet  de  la  querelle.  Une 
guerre  civile  qui  s'alluma  dans  le  royau- 
me d'Auftrade ,  empêcha  le  jeune  prin- 
ce de  poulTer  fes  conquêtes  plus  loin. 
Contran  profita  de  cette  circonftance 
pour  faire  fa  paix  avec  le  roi  dé  Soif- 
fons  :  il  lui  abandonna  Pcrigueux  , 
Agen ,  &  toutes  les  places  dont  il  s  e- 
toit  emparé.  Mais  bientôt  la  ligue  fut 
renouvellce.  11  y  eut  près  de  Melun 
un  combat  fanglant,  dont  chacun  des 
deux  partis  s'attribua  l'avantage.  Le 
prince  Bouroni^non  marcha  contre 
Chilperic ,  ht  attaquer  Ion  camp  y  lui 
enleva  quelques  quartiers.  Se  lui  tua 
beaucoup  de  monde.  Cette  victoire 
devint  un  acheminem.ent  à  la  paix.  On 
convint  d'une  fufpenfion  d'armes.  Les 
deux  frères  &  le  neveu  fe  jurèrent  une 
amitié  à  toute  épreuve. 

Cette  guerre  étoit  à  peine  terminée  ,    CWlpcr'c 
que  Leuvigilde  roi  d'Efpagne  envoya  ^^  ^^'^^'^^' 


11^    Histoire  de  France.  i 

demander  Rigunthe ,  fille  de  Frédegon»  | 

Ann.  584.  de,  pour  Récarede ,  le  cadet  de  fes  fils.  | 
La  cour  de  Soiffons  affedla  quelques  ! 
difficultés  ,  mais  enfin  le  mariage  fut 
conclu.  C'eft  le  dernier  événement  heu- 
reux du  règne  de  Chilpéric.  Thierry  , 
l'unique  fils  qui  lui  reftoit ,  mourut  j 
prefquefubitement.  Childebert  3c  Con- 
tran lui  firent  une  guerre  fanglante. 
Obligé  de  fe  renfermer  dans  Cambrai 
avec  tous  fes  tréfors ,  il  ne  fe  montroif 
que  rarement  à  la  tête  de  fes  armées , 
&  toujours  fans  ofer  rien  entreprendre^ 
Il  étoit  venu  à  Chelles,  maifon  de  plair 
fance  qui  faifoit  toutes  fes  délices ,  8ç 
qui  fut  pour  lui  un  lieu  bien  funefte. 
11  revenoit  un  foir  de  la  chaflTe  ,  lorf^ 
qu'un  fcélérat  le  perça  de  deux  coupg 
de  poignard  dont  il  expira  fur-le-chanip. 
Greg.  Tur,  Crégoire  de  Tours ,  hiftorien  contem^ 
porain ,  ne  nomme  point  1  auteur  de 
Fred.  epît.  cet  horrible  attentat.  Frédegaire  ,  qai  ^ 
femble  n'avoir  écrit  que  pour  flétrir  U 
réputation  de  Brunehaut  ,  lui  attribue 
Gejî,  Franc  cet  effroyable  parricide.    Un  écrivain 

^•^S'  qui  n'efl  venu  que  fort  long-  temp^ 

après ,  nous  affure  au  contraire  que  ce 
fut  l'ouvrage  de  Frédegonde.  Voici 
comme  il  raconte  le  fait.  Chilpéric 
prêt  â  partir  pour  la  chafle ,  étoit  monté 


Chilperic  I.  117 
^ans  la  chambre  de  la  reine  :  elle  crut 
que  c'écoit  Landry  avec  lequel  elle  vi-  Ann.  584, 
voit  dans  une  trop  grande  familiarité. 
Certaines  paroles  qui  lui  échappèrent , 
découvrirent  toute  l'intrigue  à  l'hom- 
me du  monde  à  qui  il  étoit  le  plus 
important  de  la  tenir  cachée.  Le  roi 
fortit  brufquement  &  d'un  air  rêveur. 
Frédegonde  inftruiflt  (on  amant  de 
cette  fatale  aventure  :  le  malheureux , 
pour  éviter  fa  perte ,  ofa  faire  aflafliner 
ion  maître. 

Ainfi  périt  le  Néron  de  la  France  Son  cune-i 
qu'il  mit  en  combuftion  ,  le  bourreau  *^^'^' 
de  fa  famille  qu'il  fembloit  avoir  en- .^f/^"*  ^'•'5» 
itrepris  d'exterminer  ,  le  tyran  de  fes 
fujets  qu'il  accabla  tellement  d'impôts, 
qu'ils  fe  virent  forcés  d'abandonner 
leurs  poirelfions.  Chaque  arpent  de  vi- 
gne payoit  une  barrique  de  vin  :  on 
exigeoit  tant  pour  chaque  efclave  , 
pour  chaque  efpece  de  biens  ,  pour 
chaque  perfonne  libre.  Ce  n'eft  pas  que 
ces  tributs  fuiTent  abfolument  des  nou- 
veautés :  la  plus  grande  partie  des  re- 
venus de  nos  premiers  rois  ne  confiftoit 
qu'en  denrées  :  on  les  levoit  comme 
;on  fait  aujourd'hui  les  dixmes  *  mais 
Chilpéric  les  avoir  prodigieufement 
augmentés.  Avide  d'argent  jufqu'à  la 


ii8  Histoire  de  France. 
iMiiiwiiii  III  ■>  tyrannie  ,  il  étoit  magnifique  jufr 
Ann.  584.  qu'à  Toftentation  dans  fes  meubles  & 
dans  fes  équipages  :  voluptueux  juf- 
quâ  la  débauche  ,  fon  incontinence 
n'avoit  point  de  bornes  ^  &  s'il  fut  en- 
fin fidèle  à  Frédegonde  ,  ce  fut  par 
crainte  plutôt  que  par  devoir  :  impie 
jufqu'au  fcandale  ,  fuperftitieux  jufqu  a 
la  petiteiïe  ,  croyant  à  peine  en  Dieu  , 
dont  les  miniftres  étoient  le  fujet  éter- 
nel de  fes  railleries ,  on  ne  peut  expri- 
mer jufqu  où  il  portoit  le  refpect  pour 
faint  Martin ,  Se  la  crainte  de  l'irriter 
contre  lui.  Vain ,  préfomptueux ,  témé- 
raire 5  il  ofa  fonder  les  profondeurs  des 
myfteres  de  la  religion  ;  Se  il  avoir  con- 
certé un  édit  par  lequel  il  défendoit  de 
reconnoître  aucune  diftindion  dans  les 
perfonnes  de  la  Trinité.  Ce  ne  fut 
qu'en  s'armant  du  zèle  le  plus  intrépi- 
de 5  que  Grégoire  de  Tours  Se  Salvius 
evêque  d'Albi ,  le  lui  firent  fupprimer. 
Jaloux  de  la  réputation  d'auteur  Se  de 
bel  efprit ,  il  compofa  quelques  volu- 
mes de  méchante  profe  ^  Se  de  vers 
plus  mauvais  encore.  11  voulut  ajouter 
a  l'alphabet  Gaulois  toutes  les  lettres 
doubles  des  Grecs.  11  ordomia  non*  | 
feulement  de  les  employer  dans  les 
livres  nouveaux  ,  mais  même  de  les 


wtfju-jm^w 


ChilpÉric.     I.     119 

inférer  dans  les  anciens.  Son  intention 

étoit  de  repréfenter  par  un  feul  carac-ANN.  5  84. 
:ere  ,  ce  qui  ne  s'exprimoit  auparavant 
qu'en  pluiieurs.    Cet   ufage   ne    dura 
qu'autant  que  fon  règne.  * 

On  vit  à  la  mort  de  ce  prince  un 
exemple  frappant  du  peu  de  fonds  que 
^es  mauvais  rois  doivent  faire  fur  les 
lommages  d'une  cour  idolâtre.  C'eft 
eur  rang  &  non  leur  perfonne  que  l'on 
mcenfe  :  l'adoration  eft  fur  les  lèvres , 
e^mépris  Se  la  haine  font  dans  le  cœur. 
Le  corps  de  Chilpéric,  abandonné  de 
:out  le  monde ,  feroit  demeuré  fur  le 
ieu  où  il  avoir  été  percé ,  fi  Malulfe 
^vcque  de  Senlis,  qui  depuis  trois  jours 
foUicitoit  inutilement  une  audience , 
l'eut  pris  le  foin  de  le  tranfporter  à 
Paris.  Il  fut  enterré  dans  l'églife  de 
faint  Germain-des-Prés.  11  ne  laifToic 
qu'un  fils  âgé  de  quatre  mois  ,  qui  lui 
fuccéda  fous  le  nom  de  Clotaire.  Il  eut 
pour  femmes  Audouere ,  qu'il  répudia  , 
Galfuinde  qui  fut  trouvée  morte  dans 
ifon  lit ,  &  f  rédegonde  qui  le  précipita 
dans  un  abîme  de  crimes  3c  d'horreurs. 

*  Ces  lettres  étoient  6  pour  th   :   <î)  pouç 
ph  :  X  pour  ch  :  |  pour  cf  :  i'  pour  pf. 


110    Histoire  de  France. 


tm 


^ CLOTAIRE    IL 

Ann.  584.  V^HiLDEBERTetoitàMeauXjlorfque 
Frédegon-  Chilpéric   fut    afTafliiié.    Le  voifinage 

dans^  i'égiffe  ^^'^n  ennemi   fi    redoutable   porta   la 

cathédrale     confternation  à  la  cour  de  la  reine 
Creg^Tur.  lïiere  du  jeune  Clotaire.  Effrayée  par  le 

f*7i  c 4«  fouvenir  de  fes  crimes;  déteftée  de  Tes 
fujets  qu'elle  avoir  épuifés  par  fes  vexa- 
tions; peu  sûre  des  grands  qui  blâ- 
moient  hautement  fes  violences  ;  pour- 
fuivie  par  le  roi  d'Auftrafie ,  qui  lui 
imputoit  la  mort  de  fon  père  ;  haïe  de 
Contran  qui  redoutoit  fes  trahifons  & 
fes  perfidies  ;  n'ayant  d'autre  appui 
qu'un  enfant  de  quatre  mois ,  elle  fe 
fauve  à  Paris,  où  l'évêque  Ragnemode 
la  reçoit  dans  fon  égliie  comme  dans 
une  retraite  affurée  contre  le  refienti* 
ment  des  deux  rois.  Ce  fut  du  fond  de 
cet  afyle  qu'elle  écrivit  au  roi  de  Bour- 
gogne pour  lui  offrir  la  couronne  de 
Chilpéric,  le  priant  de  tenir  lieu  de 
père  à  fon  neveu ,  lui  proteflant  qu'elle 
longeoit  moins  à  régner  qu'à  groffir  le 
nombre  de  {qs  fujets,  Ce  bon  prince , 
touché  de  compaflîon  ,  fe  rendit  en  di- 
ligence dans  la  capitale  de  l'empire 

François 


Clotaire  Iî.  m 
François ,  prit  Clotaire  fous  fa  protec-  ^'^^'^^^j^ 
tion,  fe  déclara  hautement  pour  Fréde-  Ann.  584. 
gonde  contre  Childebert  qui  lui  de- 
manda en  vain  juftice  de  la  mort  d'un 
père ,  d'une  tante  ,  d'un  oncle  ,  &c  de 
deux  coufins  germains.  On  lui  ferma 
l'entrée  de  Paris  ^  on  renvoya  avec 
ignominie  un  de  fes  ambalTàdeurs  , 
anez  hardi  pour  menacer  de  poignards 
ôc  d'afTaffinat;  on  prévint  fes  deffeins 
fur  Tours  ôc  Poitiers  qui  avoient  au- 
trefois appartenu  â  fon  père.  Ces  deux 
villes  obligées  de  céder  à  la  force  , 
prêtèrent  le  ferment  de  fidélité  à  Con- 
tran 5  que  l'on  regardoit  comme  le  tu- 
:eur  des  deux  jeunes  rois ,  &  comme 
le  chef  de  la  nation. 

La  conduite  du  prince  Bourguignon    Clotaire  r ft 
ît  un  grand  effet  fur  l'efprit  des  fei-  ^Sn'"' 

&  .  ^    ^i        '        r      dévoilions, 

^neurs  François.  Le  jeune  Clotaire  fut 
econnu  roi  de  SoiiTons,  On  lui  laiiïa 
a  troifieme  partie  du  royaume  de  Ca- 
ibert  ,  qui  avoit  été  du  domaine  de 
Dhilpéric  (on  père  ^  mais  on  le  dépouilla 
ie  la  Touraine ,  de  la  Saintonge,  du 
?érigord  ,  de  TAgénois  ,  du  Limofin 
k  de  l'Albigeois ,  qui  avoient  été  ufur-  ^ 
)és  fur  Childebert.  Il  ne  paroît  pas  ce- 
)endant  que  ce  jeune  prince  ait  été 
naître  de  Soiflbns  ;  Contran  par  la  fuite 
Tome  J,  F 


121    Histoire   de    France. 

lui  céda  la  propriété  de  Paris.  Fréde- 

Ann.  584.  gonde  fut  déclarée  régente.  C'étoit  an- 
ciennement 5  comme  aujourd'hui ,  le 
privilège  des  reines  mères.  On  a  vu 
Brunehaut  fous  Childebert  II  ,  Batilde 
fous  Clotaire  111 ,  Nantilde  fous  Clo- 
vis  II  5  Alix  de  Champagne  fous  Phi- 
lippe Augufte  5  Blanche  de  Caftilh 
fous  faint  Louis ,  ôc  Louife  de  Savoie 
fous  François  1  ,  gouverner  l'Etat  ave< 
une  autorité  abfolue  pendant  la  mino' 
rite  ou  l'abfence  des  rois  leurs  fils.  Ce 
iifage  a  paifé  du  trône  jufque  dans  le 
familles  des  particuliers.  Le  Droit  Frar 
cois,  tant  ancien  que  nouveau,  tranj 
met  aux  mères  la  tutelle  ôc  la  garde 
noble  de  leurs  enfants ,  c'eft-à-dire ,  di 

'  ■  Recherches  Pafquier  5  le  gouvernement  de  leurs  pe? 

de  la  France,  r^^^^^  ^  ^^  l^^j.^  ^-^^^       /^^^    f^f^       A  j 
i,  i)P'  145.  ^  ■»  J         ^    J     -^  J 

rotures, 

Auforitéde      Le  pouvoir  du  régent  égaloit  celi 

^^S^û*^^-  Jes  j-ois  ^  Jont  il  touchoit  les  revenr 

fans  être  obligé  d'en  rendre  compt< 

C'étoit  en  fon  nom  qu'on  rendoitla  ju 

tice  :  extoit  de  fon  fceau  ,  lorfqu'il  éto 

'  prince  du  fang,  &,  s'il  ne  l'étoit  pai 

d'un  fceau  particulier  pour  la  régence  i 

qu'on  fcelloit  les  édits ,  les  grâces ,  Id 

patentes.  C'étoit  lui  qui  difpofojt  c 

toute?  les  charges  ôc  dç  t«us  les  en 


a^KHÂ'lJI'  I  ,1  IIBUtl 


Clotaixit     11.       113 
pîois;  qui  recevoir  les  foi  &  homma- 
ges j   qui   étoit  l'arbitre  fouverain  de  Ann.  584. 
la  paix  &  de  la  guerre.  Cette  autorité 
parut  Cl  énorme  que  Charles  V  entre- 
prit de  la  reftreindre  ,  du  -  moins  dans 
fa  durée ,  il  rendit  une  ordonnance ,  qui 
déclare  les  rois  majeurs  à  quatorze  ans: 
jufque-là  ils  ne lavoient  été  qu'à  vingt- 
deux.   Charles  VI  régla  que  l'héritier 
ie  la  couronne  ,  quoiqu  enfant  ,  feroit 
proclamé  roi  du  moment  de  la   mort 
le  Con  prédécefTeur.  C'étoit  un  ancien 
jréjugé  5  que  le  prince  fucceifeur  ne 
îouvoit  ,  ni  être  facré ,  qu'il  n'eut  at- 
eint  l'âge  de  majorité  ,  ni  prendre  le 
itre  de  roi ,  qu'après  la  cérémonie  de 
on  facre.   C'eft  par  cette   raifon  que 
ean ,  fils  de  Louis  Hutin ,  n'eft  point 
ompté  au  nombre  de  nos  rois.  11  pa- 
oît  par  une  autre  ordonnance  de  Char- 
es  V ,  que  la  régence  étoit  quelque- 
ois  diftinguée  de  la  tutelle.  Ce  prince 
iéclare  que  ,  s'il  meurt  avant  la  majo- 
ité  de  fon  fils,  le  duc  d'Anjou,  Ion 
rere ,  fera  régent  du  royaume ,  &  que 
1  reine  aura  la  tutelle  de  fes  enfants 
vec  les  ducs  de  Bourgogne  Se  de  Bour- 
lon.  Mais  cet  édit  n'eut  lieu  que  pour  un 
smps ,  ôc  ces  deux  titres  autrefois  réu- 
:is  y  ne  furent  plus  féparés  dans  la  fuite» 

F  1 


124    Histoire  de  France. 
Cependant  les  vexations  de  Fréde- 
Ann    î8 c.  <^egonde  ,  la  moleiTe  de  Contran  ,  &c  h 
Conjuration  foioleiTe  de  Chîldebert  avoient  infpirc' 
de  quelques  ^  pluheurs  feïcrneurs  François  la  pen- 

ieign.    Fran-  r'        \      r      -i  '  -^ 

çois  en  fa- lee  de  le  donner  un  nouveau  maître 
veurdeGon- Les  chefs  de  la  conjuration  étoient  1( 
fils  ^de  cio-  général  Didier ,  qu'on  a  vu  (1  fouven 
taiie  I.         a  la  tète  des  armées  de  Chilpéric  ,  1 
Greg.  Tur.  rj^^^'i^Q  Mummol  Cl  connu  dans  notr 
hiltoire  par  les  exploits  guerriers  ,  é 
le  duc   Bofon  ,    le  courtifan    le   plu 
adroit ,  l'homme  le  plus  fourbe  qui  fi 
jamais.   Le  âijet  qu'ils  firent  paroi cr 
fur  la  fcene  ^  n'étoit  point  un  de  c( 
aventuriers  dont  on  voit  tant  d'exeir 
pies  dans  les  faftes  deL  l'univers.  C'cto 
Condebaud ,  ce  célèbre  infortuné  ,  qi 
paiToit  affez  conftamment  pour  être  li 
de  Clotaire  I.  La  difgrace  de  la  me] 
caufa  celle  de  l'enfmt.  Elle  le  mit  foi 
la  protection  de  Childebert  1 ,  qui 
reçut  favorablement ,  ôc  le  prit  en  am 
tié.  Il  fongeoit  même  à  l'adopter  ^  ma 
il  n'eut  pas  le  courage    de  le  refuf 
aux  inftances  de  fon  ftere  ,  qui  apr'| 
l'avoir   défavoué  ,  fe  contenta  de  i 
faire  couper  les  cheveux.  Une  fi  grai 
de  modération  de  la  part  d'un  roi  t 
que  Clotaire  ,  devint  une  préfomptic 
bien  favorable   pour  le  prétendu  in 


fassBsrra^Es^m 


C    L    O    t    A    I    R    E       î    î.       125 

pbfteur.  La  mort  du  perfécureur  ré- 
veilla les  efpérances  de  Gondebaud.  Ann*.  585. 
La  nouvelle  cour  de  Paris  lui  fit  même 
iccueil  5  ôc  le  trahit  de  même  que  l'au- 
rienne.  Caribert  qui  l'aimoit ,  le  livra 
i  Sigebert  qui  le  perfécutoit.  On  lui 
it  de  nouveau  couper  les  cheveux  ,  Se 
l  fut  relégué  à  Cologne.  Echappé  de 
â  prifon ,  il  fe  fauva  en  Italie  ,  reprit 
a  qualité  de  fils  de  France ,  fe  maria , 
k  de-là  paiïa  à  la  cour  de  Conftanumo- 
)le ,  où  il  jouît  d'une  grande  confidé- 
ation. 

Rappelle  en  France  par  quelques  fé-     Heftc-u- 
litieux  5  qui  lui  promettent  une  cou-riahr&tui/ 
i  onne,  fécondé  par  Childebert  qui  lui  /dem.  i.  7  , 
lonne  des  troupes  contre  Contran,  il^'  î'-» 
e  fait  proclamer  roi  à  Brive-la-Cail- 
arde  ,  d'où  il  envoie  des  ambalTadeurs 
.u  roi  de  Bourgogne.  Il  leur  donna  des 
)aguettes   ou    cannes   bénites  :  c'étoic 
iine  fauve -garde  inviolable  parmi  les 
i^rançois.  Mais  on  les  furprit»  lorfqu'ils 
ii'avoient  point   en  main   cette  arme 
acrée.  La  violence  des  tourments  leur 
irracha  tout  le  fecret  de  la  conjuration. 
Childebert    inftruit    des    intelligences 
du  nouveau  roi  avec  quelques  feigneurs 
ie  fa  cour  ,  fe  réconcilia  fincéremenc 
ivec  fon  oncle  ,  qui  l'adopta  une  fe- 

t3 


ii6  Histoire  de  France. 

„ conde  fois ,  en  le  montrant  à  fon  ar-^ 

/.NxN.  585.  niée  5  &  lui  mettant  fa  lance  à  la  main» 
C'écoit  l'ancienne  façon  de  défigner  fort 
fucceiTeur  à  la  couronne.  Le  roi   de 
Bourgogne  envoya  auiH-tôt  une  puif- 
fante  armce  vers  la  Garonne  ,  fous  la 
conduite  du  duc  Leudegifile.  Gonde- 
baud ,  fur  la  nouvelle  de  cette  marche  » 
fe  retira  vers  les  Pyrénées ,  &  fe  faifît 
de   Cominges  ,    où  il   s'enferma.    La 
place  5  forte  par  fa  fituation ,  pourvue 
de  vivres  &  de  toutes  fortes  de  muni- 
tions,, étoit  en  état  de  foutenir  un  fiége 
jp.  38    de  pluiieurs  années.  Mais  le  fort  de  ce 
prince  flit  toujours  d'être  trahi.  Livre 
au  général  Bourguignon  par  ces  même: 
traîtres  qui  l'avoient  couronné  roi  ,  i 
expira  percé  de  mille  coups.   On  lu: 
arracha  les  cheveux  :  on  traîna  ignomi 
nieufement  fon  corps  par  tout  le  camp 
on  le  laifla  fans   fépulture^  Le   châti- 
ment fuivi  de  près  une  ii  noire  perfidie 
c-  39*   La  garnifon  de  Cominges  palfée  au  fi 
de  l'épée  ,  le  général  Mummol  afTafiiiié 
Tévêque  Sagittaire  maifacré  par  les  or 
dres  du  roi ,  fiurent  autant  de  vidime 
immolées  aux  mânes  d'un  prince  qu 
ne  manquoit  ni  de  courage  ,  ni  de  pru 
dence. 
Fr^degcnde     Ces  horrîbles  exécutions  rétabliren 


t^'iAajes>!i»ti,s.'3aei 


Clotaire     IÎ.     12.7 
U  tranquillité  dans  le  royaume  de  Con- 
tran :  il  avoit,  avant  de  quitter  Paris  ,  Ann.  58 s- 
CGmpofé  un  confeil  de  régence  pour  j»'"^  ^  f^ic 

^  T    /  1  1  1  •!  luier    trenct: 

gouverner   avec  rredegonde  ,  dont  il  témoins  q.ij 
commencoit  à  fe  défier  :  ôc  de  peur  Ciotaire  dt 

'  C  '         '  •       r        ,     ^     A    fils  de  Chil- 

que  cette  lemme  imperieuie  n  acquit  péiic, 
trop  de  crédit  dans  la  capitale  de  l'em- 
pire François ,  il  l'obligea  de  fe  retirer 
au  Vaudreuil.  C'étoit  une  maifon 
royale  à  quatre  lieues  de  Rouen.  La 
régente  défefpérée  de  voir  fon  autorité 
partagée  ,  réfolut  la  mort  de  Brunehaut , 
:]u'elle  foupçonnoit  d'avoir  fuggéré  ce 
deflein.  La  confpiration  fut  décou- 
verte ,  &  l'aiïalïln  renvoyé  avec  mépris 
a  Frédegonde  même  ,  c]ui  de  honte  Se 
de  rage  lui  fit  couper  les  pieds  &  les 
mains.  Elle  dépêcha  en  même-temps 
un  de  fes  chambellans  pour  traiter  avec 
Gondebaud,  dont  elle  vouloir  fe  fer- 
vir  pour  fecouer  le  joug  de  la  cour  de 
Bourgogne.  Mais  la  prife  &  la  mort 
funefte  de  ce  prince  lui  ôterent  tout 
moyen  de  remuer.  Réduite  à  la  feule 
protedion  de  Contran  ,  elle  le  pria  de 
vouloir  tenir  {on  fils  fur  les  fonts  de 
baptême.  C'étoit  alors  le  lien  le  plus 
fort  &  le  garant  le  plus  affuré  d'un 
attachement  inviolable.  Les  délais 
qu'elle  affedtoit  d'apporter  a  cette  fainte 

F  4 


ii8    Histoire  de  France. 
cérémonie ,  firent  naître  des  foupçons 

/nn.  j 85.  fur  la  nailTance  du  jeune  pupille.  Le 
prince  Bourguignon  s'en  expliqua  hau- 
tement. La  reine  effrayée  le  vint  trou- 
Z .  8 ,  c.  5.  ver  ,  lui  jura  que  Clotaire  étoit  le  vrai 
fils  de  Chilpéric  ,  de  fit  jurer  la  même  I 
chofe  par  trois  évèques  de  fes  amis , 
ôc  par  trois  cents  autres  témoins.  Ce 
religieux   monarque  n'ofa  plus  douter  ! 
de  la  vérité  d'un  fait  attelle  par  les  plus 
grands  ferments  :  il  agréa    même  les 
laifons  de  Frédegonde  pour  différer  le 
baptême  ,  qui  fe  fit  Cix  ans  après  au  vil- 
lage de  Nanterre. 
Ancienne      Telle  étoit  l'ancienne   manière   de 

vér'ifie?  les   condater   les   chofes    douteiifes.  L'ac- 

faits  dou.     cufé  n'étoit  reçu  à  fe  purger  par  fer- 
ment, qu'en  faifant  jurer  avec  lui  des 

rift^'"'^"^^"  ^ens  de  fa  parenté  ,  de  fon  fexe  ,  de 

(jlojfaire    au  ^  r  rr       ^  ^  '  ^      r  ' 

/"orjuramcn-  la  proreliion  5  ou  du-moiiis  de  Ion  voi- 
^""*'  •  finage.  Ces  témoins  dévoient  être  ir- 

réprochables 5  connus  de  l'accufateur  , 
êc  domiciliés  dans  le  lieu  où  ils  dépo- 
foient,  s'ils  étoient  laïques.  Quelque- 
fois le  juge  les  nommoit  d'office.  D'au- 
tres fois  on  les  tiroir  au  fort.  C'étoit 
ordinairement  l'accufé  qui  les  préfen- 
toit,  rarement  l'accufateur.  Le  nom- 
bre dépendoit  des  circonftances  :  il  ea 
falloir  plus  ou  moins  félon  l'importân- 


t 


Clotaire  il  129 
e  du  fujet  ,  le  mérite ,  ou  la  qualité 
les  perfonnes.  Le  juge,  pour  les  aver-  Ann.  çSy. 
ir  de  prendre  garde  au  témoignage  Le  même  au. 
[u'ils  alloient  rendre  ,  leur  droit  l'o-  "~^''^Auri.. 
eille ,  ou  leur  donnoit  un  léger  fouf- 
let.  Le  ferment  ne  fe  prètoit  qu'a  cer- 
ains  jours  ^  le  matin  à  jeun ,  dans  une 
glife,  fur  l'autel,  fur  la  croix  ,  fur 
e  livre  des  évangiles  ,  fur  le  canon  de 
a  meiïe  ^  fur  le  tombeau  des  faints , 
Lir  les  châifes  ,  ou  fur  les  reliquaires. 
^'accufé  avoir  les  mains  étendues  fur 
elle  des  témoins ,  lorfqu'ils  faifoient 
eurs  dépofitions  ,  proteftant  à  haute 
oix  qu'il  étoit  innocent  des  crimes 
[u'on  lui  imputoit.  Cette  cérémonie  , 
burce  féconde  de  parjures  ,  le  dé- 
hargeoit  de  l'accufarion  intentée  con- 
re  lui. 

Contran,  de  retour  en  Bourgogne,  çeconc^con- 
lonna  fes    ordres   pour  aflfembler   un  <^'^^^  ^^  ^^â- 
:oncile  à  Mâcon.   Le  defTein  du  mo-  ^° 
larque  étoit  d'y  faire  condamner  les   idem.Creg, 
prélats   qui   avoient  fuivi  le  parti  ^Qibid.c.n, 
3ondebaud.  Déjà  il  avoir  fait  publier 
une  ordonnance  qui  impofoit  de  gtof- 
fes  amendes  à  ceux  des  feigneurs  qui 
ne  s'étoient  pas  trouvés  à  l'armée  que 
commandoit  Leudegiiile.  Les  commif- 
faires ,  chargés  de  cette  pôurfuite ,  les 


150    Histoire  de  France. 


Ann.  585.  exigèrent  avec  beaucoup  de  rigueufJ 
Les  eccléfiaftiques  ,  qui  n'avoient  pasj 
mené  les  hommes  qu'ils  étoient  obli-  ; 
gés  de  fournir ,  furent  traités  avec  h 
même  févérité.  Mais  it  fe  trouvoit 
quelques  évcques  qui  avoient  plu; 
particulièrement  favorifé  l'ufurpateur 
Théodore  qui  paiToit  pour  un  faint 
l'avoir  reçu  à  Marfeille  ,  Urficin  a  Ca- 
hors.  Bertrand  de  Bordeaux,  Palladc 
de  Xaintes  ,  Orefle  de  Bazas ,  fur  fî 
nomination  ,  avoient  facré  Fauftinier 
Evtque  d'Acqs.  Childebert  foUicir. 
pour  Théodore  ,  qui  fut  remis  en  li- 
berté 5  Se  prit  féance  avec  les  autres 
Fauftinien  fut  dépofé  ,  mais  on  lui  con 
ferva  les  honneurs  de  l'épifccpar.  L 
Tom  I.  décret  du  concile  porte  ,  que  ceux  qu 
1  ont  ordonne ,  lui  payeront  une  pen 
iîon  viagère  de  cent  écus  d'or.  Urficii 
fut  excommunié ,  condamné  à  l'abfti- 
nence  de  vin  &  de  viande  pendant  troi: 
ans  5  interdit  pendant  tout  ce  temps  d( 
la  célébration  des  faints  myfteres,  mais 
ce  qui  doit  paroître  étrange  ,  on  lu 
ordonna  de  demeurer  dans  fon  dioce 
fe  5  &  5  à  la  réferve  des  ordinations 
de  la  confécration  des  églifes ,  de  h 
Crf^.  Tur.  bénédidion   du  faint  chrême  ,  de  h 

p.  ^^,^*  ^°  '  diftribution  des  eulogies  y  on  lui  per:, 


MXfCùiJIiWM  g  '!'  !■ 


Clotaire  II.  131 
mît  toutes  les  autres  fondions  épifco- 
pales.  On  raconte  qu'un  évêque  ofaANN.  585, 
loutenir  en  préfence  du  concile ,  que 
la  femme  ne  pouvoit  être  appellée  homme  : 
ce  qui  excita  de  grande  difputes  parmi 
les  prélats.  On  fe  rendit  enfin  à  l'au- 
torité de  l'écriture  ,  qui  dit  en  termes 
formels ,  que  Dieu  créa  F  homme  mâle 
&  femelle, 

La  tranquillité  dont  la  France  com-  c^uerre  en- 
niençoit  à  jouir,  ne  fut  pas  de  longue  ^/'ilfpagji'^.. 
durée.  On  vit  tout-à-coup  deux  cruel- 
les guerres  s'allumer,  l'une  en  Bour- 
gogne contre  les  Viiigoths  ,  l'autre  en 
Auftraiie  contre  les  Lombards.  Le  pré- 
texte de  Contran,  étoit  de  venger  la  ^^r-eg.Tur, 
mort  d'Herménigilde  beau-frere  de  '  "' 
Childebert;  mais  il  paroît  qu'il  n'avoic 
d'autres  vues  que  de  chafTer  les  Vifi- 
goths  de  la  France,  &  d'étendre  juf- 
qu'aux  Pyrénées ,  les  limites  de  l'em- 
pire François.  Une  ligue  avec  l'empe- 
reur 3  ligue  formée  à  prix  d'argent , 
rompue  par  le  même  principe  d'inté- 
rêt ,  rcnouvelîée  par  refpérance  de  re- 
tirer Ingonde  qui  avoit  été  remife  en- 
tre les  mains  des  Généraux' de  l'empire  5 
ou  pour  fa  propre  sûreté ,  ou  comme 
otage  de  la  fidélité  d'Herménigilde  fon 
mari  y  fut  le  véritable  motif  oui  déter- 

F  ^ 


Ml    Histoire  DE  France. 
mina    Childebert  à  porter  fes  armes 
Ann.  58;.  en  Italie.  Ces  deux  guerres  n'eurent 
aucun  fuccès. 

Les  Bourguignons  ,  rarement  vain- 
queurs 5  fouvent  battus ,  fe  virent  obli- 
gés de  s'accommoder  avec  Récarede 
iils  de  fuccelTeur  de  Leuvigide.  La 
paix  fut  aifément  conclue.  Ce  fage 
prince  qui  venoit  d'abjurer  l'Arianif- 
me ,  la  défiroit  depuis  long-temps.  Il 
avoit  fait  demander  Chlodofinde  foeur 
du  roi  d'Auftrafie.  Le  mariage  fut  ar- 
rêté j  mais  il  n'époufa  ni  cette  prin- 
ceiïe  5  ni  Rigunthe ,  fille  de  Chilpéric  5 
qui  lui  avoit  été  également  promife.. 
Déjà  cette  dernière  étoit  en  chemin 
Idem.  I.  -,  P^^^^  l'Efpagne  ,  lorfque  la  mort  du  roi 
îbn  père  fit  prendre  d'autres  mefures. 
Le  général  Didier  ,  mécontent  de  Fré- 
degonde  ,  prit  cette  occafion  de  lui 
faire  infulte  dans  la  perfonne  de  fa 
fille  :  il  fe  faifit  de  tous  les  tréfors  qu'on 
lui  avoit  donnés  pour  fa  dot.  C'étoient, 
outre  de  grandes  fommes  d'or  de  d'ar- 
gent monnoyé ,  cinquante  grands  cha- 
riots d'habits  êc  de  meubles  précieux^ 
Tout  fut  pris  5  renfermé ,  &  fcellé  fous 
bonne  garde.  Rigunthe  rappellée  à  la 
cour  de  Clotaire  ,  y  vécut  dans  un  li- 
bertinage qui  lui  attiroit  fouvent  de 


c.  ?. 


Clotaire  ïI.  133 
révères  corredions  de  la  part  de  fa 
■nere.  Leurs  querelles,  difent  les  hif- Ann.  58J. 
:oriens  du  temps  ,  étoient  fi  vives ,  (1 
/iolentes  ,  qu'elles  en  venoient  quel- 
;|uefois  jufqu  a  fe  battre.  La  reine  fél- 
onie un  jour  de  vouloir  lui  donner  ce 
^ui  lui  revenoit  des  tréfors  de  fon  père. 
L'avide  princelfe  avoir  la  tête  penchée 
îir  un  des  coffres  qui  les  renfermoit  , 
orfque  fa  mère  le  referma  brufque- 
nenc  fur  elle.  C'étoit  une  nouvelle 
âctime  immolée  aux  fureurs  de  cette 
mpitoyable  femme ,  fi  elle  n'eut  été 
3romptement  fecourue.  Nous  ne  rap- 
Dorcons  ces  circonflances  ,  que  pour 
donner  une  idée  de  la  férocité  des 
nœurs  dans  ces  premiers  fiecles  de 
[a  monarchie. 
Les  Auftrafiens  de  leur  côté  étoient     Guerres^ 

rri  T     r  •  /  1^„  des  François 

Dalles  en  Italie  \  mais  gagnes  par  les  ^j'Auftafie 
foumiiTions  &  les  préfents  d'Autharis  contre  les 
qui  régnoit  fur  les  Lombards ,   ils  fe   °^^  ^^  ^ 
contentèrent  de  s'être  montrés  au-delà 
des  Alpes.  Ce  fut  là  tout  le  fruit  de 
cette  expédition  &  d'une  autre  qui  la 
fuivit  de  près.  La  divifion  fe  mit  par- 
mi les  chefs  :  l'armée   demeura  dans 
l'inaction ,  &  rentra  en  France  fans  avoir 
rien  entrepris.  Cependant  le  roi  d'Ita- 
lie follicitoit  vivement  la  paix.  Elle  fut 


134    Histoire  de  Francs. 
enfin  conclue.  La  cour  d'Auftrafie  re^^ 

Ann.  jgj".  çut  fes  préfents ,  lui  promit  la  princefTe 

PaulLoneoh,  ^^^o^^o^nde  ,    &  lui  manqua  de  foi. 

/.  3  »  c.  jo.  Le  traité  étoit  à  peine  figné ,  que  les 
6Ve^.  r«r.  François   vinrent  fondre   de  nouveau 

U9,c.ts.  jp^^j.  1^  Lombardie.  La  défaite  la  plus 
fanglante  que  la  nation  ait  jamais 
elTuyée,  fut  le  jufte  prix  de  cette  per- 
fidie. Le  prince  Lombard  ne  ména- 
gea plus  rien.  Il  engagea  Garibalde 
duc  de  Bavière ,  à  fecouer  le  joug  des 
Auftrafîens  ;  Se  pour  le  mettre  plus  sû- 
rement dans  fes  intérêts ,  il  lui  fit  de- 
mander Théodelinde  fa  fille.  On  pré- 
tend que  s  étant  déguifé  ,  il  partit  lui- 
même  avec  fes  ambafTadeurs.  La  prin- 
ceiTe  ,  fuivant  Tufage  établi  chez  les 
peuples  fur  lefquels  elle  alloit  bientôt 
régner ,  préfenta  la  coupe  aux  envoyés  ; 

Prtieg.  j4,  Autharis ,  en  la  lui  remettant ,  lui  ferra 
la  main.  Cette  hardielTe  la  fit  rougir  5^ 
elle  foupçonna  que  c'étoit  le  roi  de 
Lombardie  :  elle  fut  confirmée  dans 
fon  idée  par  l'emprefTement  avec  le* 
quel  ce  prince  baifa  la  main  qui  avoir 
eu  l'honneur  de  la  toucher.  Ce  trait 
nous  rappelle  un  article  curieux  de  la 

^  lex  Sdîc.  loi  Salique.  il  eft  conçu  en  ces  termes  ^ 

•     •         Celui  qui  aura  ftrré  la  main  d! une  femme 

libre  j  Jera  condamné  à  une  amende  d^ 


ClOTAlRE      îî.       135 

publie  fous  d'or.  On  conviendra  que  li 
notre  fiecle  eft  plus  poli  que  celui  deANN.  j8£» 
nos  anciens  légiûateurs  ,  il   n'eft   du- 
moins  ni  Ci  refpedueux,  ni  fi  réfervé. 

La  défaite  des  François  ne  fit  qu  ir-     Paîx  entre 
riter  leur  courage.  La  ligue  avec  l'em-  ^"je^^Lom- 
pire  fut  renouvellée.    Childebert    en-bard«. 
voya  en  Italie  une  nombreufe  armée ,   Greg. i.ioy 
qui  fe  fépara  en  deux  corps.  L'un  fous  •  pj^^'^^^^, 
la  conduite  du  duc  Audovalde,  perdit  ^o/&.  i.  3 ,; 
le  temps  à  attendre  les  impériaux  pour  <^'  J^» 
former  le  fiege  de  Milaii  ;  l'autre  fous 
le   commandement  du  duc  Cedin  fe 
jetta  fur  le  pays  de  Trente ,  où  il  em- 
porta neuf  ou  dix  places  fortes.  Tous 
deux  repaiferent  les  Monts  ,   chargés 
d'un  riche  butin ,  mais  ruinés  par  les 
maladies  ,  qui  ont  toujours  été  nos  plus 
cruels  ennemis  dans  ce  climat  brûlant. 
Cette  confidération ,  la  médiation  du 
roi  de  Bourgogne  5  la  politique  entiii 
qui  étoit  d'afFoiblir  les   Lombards  ÔC 
non  de  les  détruire ,  firent  conclure  la  ,  J^redeg,  in 
paix  a  condition  d  un  tribut  de  douze 
mille  fous  d'or.  Ils  le  rachetèrent  dans 
la  fuite  par  une    plus  grande  fomme 
une  fois  payée. 

Pendant  le  cours  de  ces  expéditions  Frédcgon^e 
militaires ,  il  fe  palTa  diverfes  chofes ,  ^.^^^'.^^'^J^^à 
qui  donnent  une  idée  bien  horrible  la  vie  des  ro»^ 


1^6    Histoire  de  France. 
t,j. —  ■■  -»  jg3  mœurs  de  ces  anciens  temps.  Fre- 
Ann.  5  s 5.  degonde ,  qui  n'enfantoic  que  d'affreux 
de  Eourgo-  projets  ,  ôc  qui  U'ouvoit  toujours  des 
gne  &  d' Auf- fcélcrats  prêts    à  les    exécuter,   arma 
deux  clercs  de  poignards  empoifonncs , 
^'•^^- /.  8 ,  pour  alTaflîner  le  roi  d'Auftrafie.  Les 
'  '^*  aiTaffins  furent  arrêtés  à  Soiffons.    Les 

douleurs  de  la  queftion  leur  arrache- 
'rent  l'aveu  du  crime  qu'ils  méditoient. 
On  les  chargea  de  fers ,  &  dans  cet  état 
ils  furent  condiaits  à  Childebert,  qui  les 
fît  couper  par  morceaux.  Le  religieux 
Contran,  le  libérateur  de  Frédegonde  , 
le  père ,  le  tuteur  ,  le  protecteur  de 
fon  fils,  ne  fut  point  à  l'abri  de  fes 
attentats.  Un  jour  qu'il  entroit  dans 
fa  chapelle  pour  entendre  matines ,  il 
furprit  un  aflTaiîin  qu'elle  avoit  envoyé 
pour  le  poignarder.  Un  autre  fois, 
lorfqu'il  alloit  communier ,  un  homme 
liem.  U  9  »  l'aborde  j  mais  foit  remors  de  confcien- 
^*  '•  ce,  foit  refped  pour  la  majefté  royale, 

il  laifTe  tomber  fon  poignard.  On  le 
faifit.  Il  avoue  fon  exécrable  deffein  , 
qui  demeure  impuni ,  parce  que  le  cou- 
pable avoit  été  pris  dans  l'églife  :  comme 
fî  le  droit  d'afyle  pouvoit  regarder  un 
homme  qui  en  viole  la  fainteté  par  le 
plus  déteftable  parricide. 
Conjuration      Le  peu  de  fuccès  de  tant  d'abomi-: 


C    L    O    T    A   I    R    E      II.       137 

Lible?  entrepnfes ,  ne  tut  point  capa 

)Ie  de  rebuter  Frédegonde.   Intrépide  Arn.  5S5. 
ians  le  crime,  un  attentat^  devenoitd^^i^o^j^; 
)our  elle  un  acheminement  à  un  autre  ^gdécoi.ver- 
incore   plus  grand.    La    mort  du  roi  te  &  punie. 
'l'Auftrafie  &'de  la  reine  fa  mère  ,  fut  ^^'^S-l'  >o , 
le  nouveau  réfolue.  La  réufiite  de  ce 
)rojet  lui  paroilToit  d'autant   plus  in- 
àillible  5  qu'elle  y  avoir  fait  entrer  les 
rois   plus  confidérables  feigneurs    du 
oyaume  de  Childebert,  Mais  ce  piin- 
e  flit  aifez  heureux  pour  découvrir  le 
lelfein  des  conjurés  ,   &  tous  furent 
)!inis  de  mort.  Raucingue  qui  fe  difoit 
ils  naturel  de  Glotairé  l ,  fut  poignardé 
orfqu'il  fortoit  de  la  chambre  du  roi, 
■m  l'avoir   mandé   fous  prétexte  d'af- 
^ûres,   Urfion  fut   percé  de^  coups  en 
défendant  vaillamment  fa  vie.  Le  diXC 
Berthefrede,  quoique  protégé  de  Eru- 
lehaut ,  fut  écrafé  de  tuiles  dans  une 
:hapelle  où  il  s'étoit  retiré.   L'évèque 
de  Verdun  en  avoir  refufé  les  clefs  : 
Dn  n'ofa  enfoncer  les  portes  ^  mais  on 
monta  fur  le  toit  dont  les  débris  fervi- 
rent  d'armes  pour  accabler  le  malheu- 
reux qui  s'y  étoit  réfugié.   On  ne  fçaic 
qu'admirer  d'avantage  ,  ou  le  préjugé 
des  franchifes  pour  des  crimes  qui  font 
frémir  d'horreur  ,  ou  la  fuperftitieufe 


\ 

ijS    Histoire  de  Francs. 

^  conduite  des  foldats  Auftrafîens.  S'il  y 

Ann.  jSj.avoit  réellement  quelque  droit  d'afyle 

pour  de  pareils  attentats ,  c'étoit  moins 

l'éluder ,  que  le  violer, 
conciiede      Gilles  évêque  de  Rhelms ,  fut  foup-i 

Meî3,oiiGil-  '     j5A         -^  r  i  ^a' 

les  évêque  de  ÇOî^i^e  dette  complice  de  cette  confi 
dé'tS'  ^^  piration.  C'étoit  l'homme  du  mondej 
,  *  le  plus  fourbe  ,  le  plus  intriguant  ,  6c 
f/i^f'  *  ^'  le  plus  habile  :  il  fçut  tellement  ména- 
ger l'efprit  du  roi  ,  qu'il  échapa  pouj 
cette  fols  au  châtiment  qu'il  méritoit 
Mais  une  féconde  conjuration  qui  fui 
découverte  quelque  temps  après  ,  h 
convainquit  de  tant  de  crimes  ,  qu'en- 
fin il  fucGomba.  Elle  avoir  pour  chefi 
le  connétable  Sunégifile ,  le  grand  réfé- 
rendaire Gallus  5  &c  Septiminie  gouver- 
nante de  Théodebert  ôc  de  Thierri. 
Leur  deiïein  étoit  de  faire  répudier  la 
reine  Faileuble,  d'éloigner  Erunehaut, 
ou  d'empoifonner  le  roi  ;  leurs  efpé- 
rances ,  d'être  chargés  feuls  de  la  con- 
duite des  affaires  en  l'abfence  des  rei- 
nes 5  ou  pendant  la  minorité  des  jeu- 
nes princes.  Childebert  n^aimoit  pas  à 
répandre  le  fang  :  il  fe  contenta  de  les 
priver  de  leurs  emplois  &c  de  les  en- 
voyer en  exil.  Cependant  le  connéta- 
ble avoit  chargé  l'évêque  de  Rheims. 
Gilles  fur  cette  accufation  fut  arrêté  , 


C   L   O   T   A   î   R   E      II*       139 

:oncluit  a  Metz  ,  &. confiné  dans  une 
"riroite   prifon.    Quelques    évèques  fe  Ann.  585, 
plaignirent  que  fuu  la  fimple    dépcfi- 
lion  d'un  laïque  on  eut  enlevé  un  prélat 
le  {on  églife.  Le  roi ,  touché  de  leurs 
emontrances  ,  renvoya  le   prifonnier 
|ians  fon  fiege ,  ëc  donna  fes  ordres  pour 
iffembler  un  concile  dans  fa  capitale. 
Le  coupable  y  parut  :  on  lui  produifit 
es  lettres  qu'il  écrivoit  à   Chilpéric  : 
3lles    s'exprimoient  fi  clairement_  fur 
.'abominable  deflfein  de  faire  périr  le 
eune  Childebert ,  que  fes  juges ,  mal- 
gré leur  envie  de  le  fauver  ,  fe  virent 
Dbligés  de  le  dégrader.^  Mais  ils  fe  jet-» 
Itèrent  aux  pieds  du  roi ,  le  conjurant 
Ide  lui  faire  grâce  de  la  vie.  Le  pieifx 
'monarque  fe  laida  fléchir^  la  dépofi- 
tion  ,  l'exil  3c  la  confifcation  furent  les 
feules  peines  de  l'attentat  le  plus  horri- 
ble &  le  plus  exécrable  :  tant  il  eft  aifé 
de  confondre  les  droits  de  la  piété  ôc 
de  l'équité  l 

Cependant  Waroc  ,  comte  de  Bre-    ^^'""^'"^  ^^ 
tagne ,  fufcité  par  Frédegonde ,  s'étoit   ^^^^^^^' 
jette  fur  les  terres  de  France  du  côté  ^^^^  ^^^^ 
de  Rennes  ôc  de  Nantes.  Contran  en-  (y^.^j^^^^ 
voya  contre  lui  le  duc  Beppoîene  &c.9,ii. 
le  général  Elvachaire.  Le  premier  en- 
gagé par  un  traître  dans  un  pays  plein    ' 


140    Histoire  de  France* 
**— — —  de  défilés  &  de  marécages ,  fut  furprîs  ^  1 
Ann.  y^o.  défait  Se  tué  :  le  fécond  s'empara  del 
Vannes ,  où  les  habitants  l'avoient  ap-' 
pelle.  Le  comte,  effrayé  de  cette  per-i 
te,  vint  trouver  le  général,  fe  recon-! 
nut  fujet   de  vaiïàl  des  rois  François  ^! 
jura  qu'il  leur  feroit  toujours  fidèle,  &' 
tp'il  ne  porteroit  jamais  les  armes  con- 
tre le  roi  de  Bourgogne.  Serment  violé 
prefque  auili-tôt  que  proféré.   Le  fils 
Fndeg,  in  Je  Waroc  fond  fur  l'arriére  -  ^arde  des 
rrançois  ,  aont  une  partie  avoit   déjà 
paffé  la  rivière  de  Villaine  ,  les  mec 
en  déroute ,  leur  tue  beaucoup  de  mon- 
de, ôc  fait  grand  nombre  de  prifon- 
niers.    Elvachaire  foupçonné  d'intelli- 
gence avec  le  comte  ,  fut  difgracié  , 
&   reçut  ordre  de  ne  plus  paroître  i 
la  cour. 
Mort  de       L^  guerre  de  Bretagne  Se  la  cérémo- 
Gonnan.      nie  du  baptême  de  Clotaire  font  les 

Son  caraae-    j         •  ,*^  ^  ,  i  i  i 

je^  derniers   événements   mémorables   du 

règne  de  Contran.  11  mourut  à  Châ- 

Ann.  5<>3.  lons-fur-Saône  ,  âgé  de  plus  de  foixan- 
te  ans.  Prince  médiocre  ,  qui  fut  tou- 
jours mal  fervi ,  parce  que  jamais  il  ne 
fçut  faire  refpeéter  fon  autorité.  Bon  , 
mais  de  cette  bonté  qui  infpire  la  li- 
cence plus  que  la  vénération  :  il  aimoic 
fes  fujets ,  Se  n'eut  pas  la  force  de  les 


C    L    O    T    A    I    R    E       II.        141 

défendre  contre  les  vexations  de  fes 
tiiiniftres.  Doux,  humain  ,  complai- Ann.  5^3, 
fant  5  mais  plus  par  timidité  ,  que  par 
vertu.  On  n'ofoit  l'aborder  dans  les 
accès  de  fa  colère  :  fouvent  dans  fes 
premiers  tranfports  il  prononça  des 
irrcts  de  mort  pour  des  fujets  afTez 
légers.  Une  de  fes  femmes  fur  le  point  Greg.  1 5  j 
de  rendre  lame,  le  pria  de  faire  mou-^*  ^^' 
rir  deux  médecins ,  dont  les  remèdes  , 
à  ce  quelle  prétendoit,  avoient  caufé 
fa  perte  :  il  eut  afTez  de  foibleffe  pour 
le  lui  promettre,  &  afTez  de  cruauté 
pour  être  fidèle  a  fa  parole.  Un  jour  il 
vit  dans  une  foret  un  taureau  fauvage 
nouvellement  tué ,  il  s'en  prit  au  garde. 
Celui-ci  çn  accufa  un  chambellan  nom- 
mé Chundon ,  qui  nia  le  fait.  Le  roi 
ordonna  que  la  querelle  feroit  décidée  Idem  l,  10^ 
par  un  combat.  L'accufé  étoit  vieux  Se 
infirme  :  il  mit  en  fa  place  un  de  fes 
neveux,  qui  bleffa  mortellement  l'ac- 
eufateur.  Mais  en  voulant  le  défarmer , 
il  fe  tua  lui-même  du  poignard  de  fon 
ennemi.  La  mort  du  champion  fut  re- 
gardée comme  la  convidtion  du  cham- 
bellan. Le  monarque  le  fit  faifir  :  il  fut 
lapidé  fur-le-champ.  Voilà  ce  que  dans 
ces  temps  barbares  ,  on  appelloit  amour 
de  la  juftiçe.  Ses  hiftoriens  lui  don-t 


c,   to. 


141    HiSTOiRt  DE  France. 

, lient  un  grand  fonds  de  piété.  Il  me- 

Ann.  S9h  ^^^^^  ""^  ^^^  auftere ,  faifoit  de  grande 
•    largefTes  aux  pauvres ,  aimoit  5^  refoec 
toit  5  protégeoit  la  religion ,  l'églife  & 
fes  miniftres.  Ceft  peut-être  ce  qui  T; 
fait  mettre  au  nombre  des  faints.  Gré 
goire  de  Tours  lui  attribue  des  mira 
clés  5  même  de  fon  vivant,  ^ 
Cetjuefîgni-      On  fera  fans  doute  furpris  que  dan 
fioit  ancien-  j^  même  ligne  où  ce  prélat  fait  l'élog 
]!îfoTde  con-  de  la  vertu  de  Contran  ,  il  ajoute  qui 
^ubine,        ^^^  ^^^  concubine  nommée   Vénérandt 
if'A,e. zy.  Mais  Tétonnement  cefea  fi  l'on  fai 
réflexion  que  le  concubinage,  nom  de 
venu  infâme  par  la  fuite  des  temps 
Zeg.3.ff.de^^on  alors  une  union  légitime  ,  qui 
£oncuh.  leg.  quoique  moins  folennelle ,  n'étoit  pa 
iTt^.  M.  moins  indifToluble  que  le  mariage  01 
4i  Adulter.   dinaire.  Les  loix  civiles  l'autorifoient 
lorfque  le  défaut  de  dot  ou  de  naif 
fance  de  la  part  de  la  femme,  ne  lu 
permettoit  pas  ,   félon  le  Droit  Ro 
Jacoh.Cujac.m^in,  de  contrader  avec  des  perfon 
de  cohaMu  ^gg  ^'^^  certain  rancr.  Or  ,  quoiqu'un- 
mulier.'       concubine  ne  jouit  pomt  dans  la  ta 
mille  de  la  même  confidération  q^u  un< 
époufe  de  condition  égale  ,  c'étoit  ce 
pendant  un  nom  d'honneur  ,  nom  dif 
férent  de  celui  de  maîtreffe  j  &  fes  en- 
fants, fuivant  Tancien  ufage  des  Frajt- 


I 


ClotAire     il      145 

*ois  ,  n'en  écoient  pas  moins  habiles  à  " ' 

iiccéder  j  lorfque  le  père  le   vouloir.  Ann.  5^5. 
L'églife  d'Occident  pendant  plufieurs 
[îecles  a  regardé  cette  forte  d'alliance 
omrae  une  fociété  légitime.  Le  pre- 
mier concile  de  Tolède  décide  formel-  Can,  17; 
ement,  quun   homme   ne   doit    avoir 
luune  femme  ou  quune  concubine  àfon 
:hoix.  Saint  Ifidore  de  Séville  ,  le  con-  Concil.  Rom» 
:ile  de  Rome  fous  Eugène  II ,  un  autre  -Ç^^  ^"/^o!- 
:enu  dans  la  même  ville  fous  Léon  IV ,  uh.  Hor^ 
l'expriment  de  la  même  manière.  SiP^'"^*  ** 
;es  mariages  ont  enfin  celTé  d'être  per- 
nis,  ce  n'eft  pas  qu'ils  fulfent  illicites 
)ar  eux-mêmes ,  fur-tout  lorfque  l'en- 
gagement étoit  réel  &  pour  toujours  , 
:'eft  que  fouvent  le  défaut  de  folemni- 
:é  faifoit  naître  mille  abus.  C'efl  aufïï  Concîl,  !«<*; 
3ar  cette  raifon  que  les  loix  Romaines  5^^'  ^*  ^^  9 
poiqu'elles  regardaient  comme  légi- 
irnes  les  enfants  qui  provenoieiu  de 
:ecte  union  ,  ne  leur  accordoient  ce- 
pendant point  le  droit  de  fuccéder. 

L'aventure   du    malheureux   Chun-     Ancienne 
don  nous  rappelle  un  autre  point  non  «manière   de 

.   ^  ^       ■■  ^.  .       faire  preuve 

moms  curieux   de  notre  ancienne  ju- par  le  duel.  < 
cifprudence.  On  voit  par  ce  trait  d'hif- 
toire ,  qu'autrefois  le  duel  étoit  permis 
pour  défendre  Ôç  accufer   en  jaflice  , 
dans  les  occafions  où  l'on  ne  pouvoir 


144   Histoire  de  France. 
?  avoir  preuve.  C'étoit  un  moyen  fi 


Ann.  595.tlinaire   pour  terminer  les    différenil 

Le  P.  Luc  <ies  nobles ,  que  les  eccléfiaftiques  me 

Dacheridans  i-YiQ  ^  [q^  moines  n'en  étoient  poiii 

fon    Spicile-j.^         <-,         TV/T    •        j  vi^    1 

gium ,  tome  diipenles.    Mais    de    peur    qu  ils    n< 

^^■^*  fouillafTent  dans  le  fang  des  mains  dei 

tinées  à  offrir  le  facuifice  non  fanglant 

on  les  obligeoit  de  donner  un  homm 

pour  fe  battre  à  leur  place.  11  n'y  avoi 

que  les  femmes,  les  malades,  les  eflro 

pies  5  les  jeunes  gens  au-deffous  d 

vingt  ans  ,  ôc  les  vieillards  au  -  defTu 

de  foixante  ,  qui  fuiïent  exempts  d 

cette  épreuve  auilî  cruelle  que  bizarn 

On  l'ordonna  d'abord  pour  toutes  for 

tes  de  matières ,  tant  criminelles  qu 

civiles  :  on  la  reftreignit  enfuite  au 

foules  circonftances  ou  il  s'agiffoit  d 

l'honneur  ou  du  crime  capital.    Cett 

coutume  venoit  du  Nord  :  les  Boui 

guignons  en  avoient  fait  une  loi  :  le 

François  l'adoptèrent  à  leur  entrée  dan 

la  Gaule.  La  religion  3c  la  raifon  on 

fait  pendant  long -temps  d'inutiles  ef 

forts  pour  la  faire  abroger  ]  elle  s'el 

foutenue  pendant  près  de  douze  fiè 

clés  j  malgré  les  anathêmes  6c  les  fou- 

dres  lancés  contre  elle.  On  a  cru  qu( 

ie  combat  de  Jarnac  Se  de  la  Châtaigne 

raie ,  devant  Henri  11 ,  étoit  le  derniei 

due 


Glotaïre  il  ï4{ 
duel  fameux  qui  fe  fût  faic  eu  France  ^^^^f^ 
fous  l'autorité  publique  :  c'efl:  une  er- Ann.  5^3, 
reur.  On  lit  dans  l'hiftoire  de  la-no- 
blefTe  du  Comrat  -  Venailîin  ,  qu'Ho- 
noré d'Albert ,  feigneur  de  Luines ,  fe 
battit  en  champ-clos  au  bois  de  Vincen- 
nes  en  préfence  du  roi  Charles  IX  ,  6c 
de  toute  la  cour  ,  contre  le  capitaine 
Panier  ,  qui  lui  avoit  reproché  le  foup- 
çon  qu'on  avoit  eu  contre  lui ,  au  fu- 
jet  de  l'affaire  de  la  Mole  &  de  Coco- 
las.  Le  brave  de  Luines  eut  tout  l'hon- 
leur  du  combat  :  il  tua  fon  ennemi , 
^ue  mille  adions  de  valeur  avoienc 
:endu  formidable. 

La  forme  de  cette  procédure  fuigu-  La  forme  its 
iere  mérite  l'attention  des  curieux  ôc  ^^^^^^'  ^a- 
fournit  d'étranges  réflexions  fur  la  bi-  ^" '"'' 
ai-rerie  humaine.   L'accufé   Se  l'accu-     Pap^uîer , 
iteur  jectoient  un  gage  que  le   juge  ^•'^•^^^^-'''f' 
eIevoit.   C'étoit  d'ordmaire  un  gant,  f;^^;  '' 
i-uflî-tôt  les  deux  combattants  étoienc 
nvoyés   en  prifon  ,    où  mis  en  sûre 
arde.   Dès-lors  ils  ne  pouvoient  plus 
accommoder    que   du   confentemenc 
u  juge.  C'étoit  le  feigneur  haut-juf- 
cier   qui  fixoit  le   jour   du  combat, 
|ui  donnoit  le  champ,  qui  fourniifoiE 
)s  armes.  On  les  portoit  au  fon  des 
hes  &  des  trompettes':  un  prêtre  les 
Tome  I,  Q 


1^6   Histoire  de  France. 

KBMmtMu^imm  béniifoic  avcc  de  grandes  cérémonies. 

Ann.  S9h  L'a<^ion   commençoit  par  des  démen- 
tis donnés  de  reçus  de  part  &  d'autre. 
ch'jdre  de  Qn    fe    radouciiroit    inlenfiblement  ; 

SrDua'"  &  ,  oubliant  qu'on  alloit  s'égorger,  on 

lam.  récitoit  quelc^ies  dévotes  prières  :  on 

faifoit  fa  profelTion  de  foi ,  enfuite  on 
en  venoit  aux  mains.  La  victoire  de- 
cidoit  de  l'innocence  du  victorieux  , 
ou  de  la  légitimité  du  droit  qu'il  fou- 
tenoit.  C'eîl  ainfi  que  la   repréfenta- 
tion  entre  les  petits  enfants  &  les  on- 
cles eft  devenue  loi  fondamentale  er: 
Allemagne.    L'avantage  étoit  demeu- 
ré au  brave  qui  combattoit  pour  ell( 
fous  l'empire  &  par  les  ordres  d'Othoi 
premier.  Qn  voit  néanmoins  un  exem 
pie  du  contraire  dans  les  annales  d'Ef- 
pagne.  Les  eiprits  étoient  partagés  ai| 
fufet  des  miiiels  Romain  de  Mozarai 
bique  ,  on  ne  fçavoit  auquel   donne i 
la  préférence.  On  nomma  deux  cham 
pions.  Celui   qui   étoit   entré   en  lie 
pour  le   Mozarabique  fut  vainqueur 
Se  cependant    le    Romain    l'emport; 
La   peine   du  'vaincu    étoit  celle  qu 
niéritoit  le  crime  dont  il  y  avoit  accu. 
fation.  Le  champion  qui  fuccomboit 
fubiifoit  le  même  fort.  On  le  traîno 
i^nominieufement  hors  du  camp  aVÉ 


mJB*iimv->Ti  vTKnui 


Clotaire     ïI.     Ï47 

celui  qui  l'employoit ,  on  les  pendoit , 

tous  deux  à  un  gibet,  ou  on  les  brûloir  Ann.  595. 
félon  la  ^rièverc  du  délir. 

Contran  aimoit  les  belles  ~  lettres  êc 
fçavoit   plufieurs     langues,     L'hiftoire 
rapporte  qu'étant  a  Orléans ,  il  fut  ha- 
rangué en  hébreux  ,  en  arabe ,  en  grec, 
en  latin,  11  eut  pour  femmes  Vénéran- 
de ,  Marcatrude,  &  Auftrégilde.    Il  eu 
avoir  eu  deux  fils  qui  moururent  en 
bas  âge  ,  ôc  deux  filles ,  Chlodeberge 
&  Clotiide.  Quelques  auteurs  préten-    cvtj.  i.  ?, 
dent  que  cette  dernière  lui  furvéquit.  ^'  ^°' 
Il  lui  lailfa  de  grands  biens  ,  avec  une 
entière    liberté  d'en   difpofer  comme 
-lie  jugeroit  à  propos. 

On  ne  fera  peut-être  pas  fâché  de  La  condition 
Touver   ici   quelques    éclairciffements  ^^^'  P'^^^^- 
ur  la  condition  des  princeiïes    filles  la'  prJLkrc 
lans  la  première  race.    On  leur  don-  '''^^^• 
loit  le  nom  de  reines.  Ce  titre,  qui^^"^^^*  ^' ** 
es  égaloit  aux  rois  fans  les  rapprocher 
b  trône  ,  étoit  un  préfage  de  leur  fu- 
ure  alliance  avec  quelque  fouverain. 
Zd.r  on  n'en  connoît  «aucune  fous  les 
vlérovingiens  ,  qui  n'ait  ou  gardé  le 
elibat,  ou  époufé  un  roi.  Lorfqu'on 
arloit   d'elles    après    leur    mort  ,   on 
>ignoit   à  leur  nom    la   qualification 
e  glorieufe   ou   d!heurcufe   mémoire    .  f'^'^'S''''' 

O    2 


Ï48    Histoire  de  France. 
■Ljmiwiii.HiiH  prérogative  rcfecvée  des  -  lors  aux  feu* 
Ann.  jpj.^^s    têtes   couronnées.    On    leur    alTi- 
gnoit    des   terres  ,   des  villes  même  , 
dont  les  revenus  pulTent  leur   fournir 
une   fubiiftance  convenable  ,   foit  du 
vivant  de  leur  père  ,  foit  après  fa  mort. 
Mais  elles  n'en  avoient  que  l'ufufruif.i 
-la    propriété    demeuroit    inféparable- 
ment  reunie  au  hfc ,  dont  on  ne  pou- 
voit  les  diftraire  que  pour  un  temps. 
Telle  étoit    la  loi    du    royaume.    Si 
Childebert  8c  Contran  y  ont  dérogé 
par  le  célèbre  traité  d'Andelaw  ,  lur 
par  bienveillance  pour    Clodofv/inde 
la  fœur  ,    l'autre    par    tendreife    poui 
Ciotilde   fa  fille  ;    c'efl   un   privilège 
particulier,  qui  devient  une  nouvelle 
confirmation  du  droit  commun.  Il  efl 
e.  i'of'       '  i"nême  à  remarquer  que  dans  l'ade  qu 
leur   donnoit  la   jouilTance  des  terre 
fifcales  _,  on  ftipuloit  qu'elles  n'en  per 
cevroient  les  revenus  qu'autant  qu'el- 
les   demeureroient    en    France  :   tan 
on  a  toujours  apporté  de  précautions 
foit  pour  conferver    au    royaume  le 
richeifes  qu'il  produifoit  ,    foit   pou 
empêcher    que    les    princes    étranger 
n'acquitfent  des  droits  fur  aucune  por 
tion  de  la  monarchie. 
Çliildebert     La  mort  de  Contran  ne  parut  pa 


I 


Clotaire     ÎI.     149 
d'abord   apporter   un    grand    change- 
ment dans  l'empire  François.   Le    roi  An n.  593. 
d'Auftrafle  fe   mit   en    pofTeflion    des  fuccede  au 
royaumes  d'Orléans  &  de  Bourgogne ,  ^0^^™^. 
fans   que  perfonne    entreprît    de    s'y  ^ 

oppofer.  Ses  titres  étoient  une  dou-  c.  10. 
ble  adoption  de  la  part  de  fon  oncle , 
le  fameux  traité  d'Andelaw  qui  lui 
afTuroit  la  couronne  de  ce  prince  au 
défaut  d'enfants,  mâles ,  enfin  le  tefta- 
ment  du  feu  roi  ,  qui  le  déclaroit  feul 
de  unique  héritier  de  fes  Etats.  D'un 
autre  côté  le  jeune  Clotaire  rentra 
dans  tous  les  droits  de  fon  père  ;  Ôc 
Soiiïons  qui  s'étoit  donné  à  l'aîné  des 
enfants  de  Childebert  ,  retourna  mal- 
gré cette  éledion  fous  l'empire  du 
fils  de  Chilpéric.  On  prétend  même  Gejî.  Franc, 
que  les  deux  rois  partagèrent  à  l'amia-  ^'  ^^' 
ble  la  propriété  de  la  ville  de  Paris  y 
mais  cette  bonne  intelligence  ne  fut 
pas  de  longue  durée. 

La  cour  d'Auftrafie  n'étoit  plus  re-  Guerre  entre 
tenue  par  la  confidération  de  Contran  :  ^^cSire. 
Childebert  ,  prince  d'un  courage  vif 
ôc  bouillant  ,  donna  libre  carrière  au 
jufte  relTentiment  qui  l'animoit  contre 
la  maifon  de  Chilpéric.  La  mort  de 
fon  père  afTalîiné  par  les  émilfaires  de 
Frédegonde ,  le  danger  où  lui-même 


150    Histoire  de  France^ 
î:?"?^^'^!!^  s'éroît  vu  expofé  ,  lorfqu'il  fut  arrêté- 
Ann.  5P3.avec  la  reine  fa  mère,  mille  horribles 
attentats  contre  fa  vie  ,    la  naifTimce 
équivoque  du  jeune  Clotaire ,  l'ambi- 
tion,  l'intérêt  ,  tout  l'excitoit  à  pour- 
fuivre  un  prince  dont  la  perte  le  ren- 
doit  feul  monarque  de  Tempire  Fran- 
çois. 11  leva  donc  une  puiiTante  armée 
qu'il  envoya  dans  le  Soilfonnois ,   où 
elle  fit  de  grands  ravages.    Ce  fut  le 
feul  fruit  qu'il  retira  de  cette  expédi- 
Fredc!^.  i:i  ûoii»  Wintrion    oui  cominandoit   fes 
''.f^;^:.*-'' troupes  ,    fut   mis  en  fuite   après  un 
deGeji  Lon- combat  opiniattc ,  ou  il  périt  plus  ae 
^j/yi. i. 4,  j-j-gj^j-g  mille  hommes.  On  ne  trouve 

ni  dans  Frédégaire  ni  dans  Paul  Dia- 
cre 5  auteurs  contemporains  ,  aucun 
détail  plus  circonilancié  de  cette  ac- 
tion mémorable  ,  8c  notre  hiftoire 
garde  un  profond  filence  fur  les  fui- 
tes de  cette  guerre  meurtrière.  Il  pa- 
roit  cependant  à  travers  l'obfcunté  où 
Frel  r.  iç.  s'envelopent  nos  anciens  auteurs  , 
Ahnoin  ,  l.  q^g  Iq  j-ç,^  j^  SoifTons  perdit  cjuelque 

portion  de  fes  Etats.  Les  mouvements 
""  du    prince    Aufbrailen  à   l'occalion  de 

A.sN.  554.  pij-j-^pi-JQj^  ^Q  Warroc  fur   le   pays  de 

,  Pvennes  &  de  Nantes ,  la  promptitude 

avec  laquelle  il  marcha  contre  ce  vaf- 
fal  rebelle  ,  la  fanglante  bataille  qui 


Clotaîre  II.  15Ï 
fe  donna  entre  les  Bretons  &c  les  Fr.ii-  ^'''^^T''^ 
cois  du  royaume  de  Metz  ,  l'achar-  ânn.  5^4, 
nemenc  des  combattants  qui  fut  (1 
grand,  qu'il  ne  reda  prefqae  perfon- 
ne  de  part  ni  d'autre  ;  tout  prouve 
que  cette  partie  du  domaine  de  Chii- 
péric  avoir  été  réunie  à  ia  couronne 
d'Auftrafie  ,  &z  que  l'amour  de  la  gloire 
étoit  puilTamment  excité  par  un  motif 

mterer. 

L'auteur  du  livre  intitulé  ,  les  faits  u  âefrx]^ 
des  rois  de  France  ^  rapporte  la  défaite  bStaHle  ''<ié* 
de  Wincrion  avec  des  circonftances  DioUV:  ,  lé- 
/îngulieres.  Frédeponde  ,  dit -il  ,  q^^t^^^, 
îa  grandeur  du  péril  n'erfraya  jamais  5  i'.-uieiir  des 
n'eut  pas  plutôt  appris  l'invadon  des  ^•'''^^,'•^''5^'''^ 
Aulrrafiens  ,  qu'elle  donna  les  ordres  ^;^ 
pour  raiTenibler  promptement  fon  c  î^. 
armée.  Le  rendez  -  vous  général  des 
troupes  étoic  à  Eraine.  Elle  en  fit  elle- 
même  la  revue  ,  courut  de  rang  en 
rang ,  tenant  fon  fds  entre  fes  bras  , 
leur  montra  ce  précieux  ,  mais  unique 
refie  de  la  famille  de  Chilpéric ,  leur 
rappella  le  ferm.ent  qui  les  obblgeoit 
à  le  dékndïQ ,  fe  mit  à  leur  tète  ,  cv 
les  mena  droit  à  l'ennemi  ,  ciu'elle 
joignit  au  village  de  DroifTi  ,  à  cinq 
lieues  de  Soifîons.  Un  ftrataf;iéme  , 
qui   fiippoie   qu'en    ce  temps  -  là   on 

G  4 


e<l-  J-rdiic, 


152.    Histoire  de  France. 
connoiiroit  peu  l'utilité    des  efpions  , 
Ann.  5P4.  lui   procura  tout   l'honneur   de    cette 
célèbre  journée.  C'étoit   la  coutume  ," 
en  paix ,  comme  en  guerre ,  de  laiifer 
îes  chevaux    paître   en    liberté  ,  après 
les  avoir  munis  d'une  clochette   pour 
les  retrouver  plus  facilement.  La  reine 
fçut  tirer  avantage  de  cette  pratique. 
Elle    ordonne  à    chaque   cavalier    de 
fufpendre  une  fonnette  au  cou  de  fon 
cheval  ,    leur  fait  prendre  de  groffes 
branches    d'îîrbres    verts    :    dans     cet 
équipage  Se   à  la  faveur  des  ténèbres 
de  la  nuit ,  elle  s'avance  à  grands  pas 
vers  le  camp  de  Childebert.  Les  Auf- 
trafiens    prirent   cette    cavalerie    pour 
les    chevaux    du   pays    qui    paiiToient 
dans  la  plaine.    La   nailTance  du  jour 
les    jetta   dans   une    nouvelle    erreur. 
Ils    crurent   que  c'étoit  une   véritable 
foret  5    (Se  ne  reconnurent  la  vérité  , 
que  lorfque  Landri  qui  commandoic 
fous  les  ordres  de  Frédegonde  ,  fut  u 
près  d'eux  ,  qu'ils  n'eurent  plus  le  loi- 
fir  de  fe  ranger  en  bataille.  La  déroute 
fut  entière  ,    le   carnage  horrible ,  la 
vidtoire    complette.    Quand-  on    fait 
réflexion  que  cet  enfant  qu'on    porte 
de  rang  en  rang  ,  avoir  alors  neuf  à 
dix   ans  j  qu'aucun  auteur  contempo- 


Clotaire  il  153 
raîn  ne  rapporte  ces  particularités  d'ail- 
.eiirs  fi  remarquables ,  &  que  celui  Ann.  5»? 4. 
^ui  les  tranfmet  à  la  poftérité  ,  n'efl 
/enu  que  plus  de  cent  vingt  ans  après, 
)n  a  tout  lieu  de  craindre  que  ce  ne 
!bit  un  conte  apocriphe  ,  imaginé  par 
'amour  de  la  llngularité  ,  adopté  par 
egoût  du  merveilleux. 

La  vidoire   de  Droiili  ne  rafTuroit  z.^.^, 
5oint  Frédegonde.   La  iiipcriorité  de    chiidcberc 
Jkiidebert ,  maître  des  deux  tiers  de  extermine 
a  France,  lui  caufoit   de  vives   alar- ^g^^py^f/"^^' 
nés.  Elle  ne  s'occupa  que  du  foin  de  Germanie. 
.ui  fufciter  des  ennemis  de  toute  part. 
La  révolte  de  Waroc,  dont  on   vient 
ie  parler,  ctoit  un  coup  de  la  politi- 
-]ue  de  cette  princeife  :  elle  fçut  en- 
:ore  ménagex   une    autre    diverlion  à 
'autre  extrémité  du  royaume  d'Auf- 
cra(ie.  Elle  engagea  le  roi  des  JV'arnes  . 
i  prendre  les  armes  contre   le  perfé-   " 
cuteur  de  fon  fils.  Les  Varnes  étoient 
une  nation  Germanique  ,   établie  fur 
les  bords  de  l'Océan  ,  à  rembouchure 
de   cette  partie  du  Rhin,  qui  portoit 
autrefois  fes  eaux  jufque  dans  la  mer , 
mais  qui  après  avoir    baigné  Leyde, 
fe   perd  aujourd'hui   dans  les  fibles , 
au   bourg  de  Catwick.  Les  intrigues  FnLc.i!^. 
de  Frédegonde  furent  la  caufe  de  la 


15 4-*  Histoire  de  France» 
perte  de  c^  peuple  jufqu'alors  très" 
Ann.  ;5);.  paifible.  Cliildeberc  les  défît,  les  fub- 
JLigua ,  ôc  les  extermina  de  façon  y 
que  le  nom  même  en  fat  éteint  pour 
toujours. 

Ce    jeune    prince  ne  furvécut  pas 

ArJN.  5  9^'  long-temps  a  cette  vidoire.  Il  mourut 

Mort  de   quelque    mois  après  ,    dans  la  vingt- 

cmquieme  année   de  Ion   âge  ,   6c   la 

Fredeg.  in  yinstieme  de  fon  règne  ;  regretté  plus 

chron."  c.  17.  1         1      >i  ri  >'1     J 

Ge;î.  Fra«c.  po^i-*  l^s  belles  elperances  quil  don- 
i-  37»  jioit  5    que   pour   les    grandes   chofes 

qu'il  eut  exécutées  :  il  avoit  prefque 
toujours  été  fous  la  tutelle  de  fa  mère. 
La  reine  Faileube  le  fuivit  de  près. 
11  en  avoit  eu  deux  enfants  qui  lui 
fuccéderent  fous  la  conduite  de  Bru- 
nehaut  leur  aïeule.  Théodebert  l'aî- 
né 5  fut  couronné  roi  d'Auftrafie  \ 
Thierri  le  cadet  eut  pour  fon  partage 
le  royaume  de  Bourgogne,  auquel  on 
ajouta  l'Alface ,  le  Sundgaw  ,  le  Tur- 
gow ,  &  une  partie  de  la  Champagne. 
Childebert  l'a  voit  ainfi  ordonné.  Le 
motif  de  cette  difpofition  ,  fur-rouî 
pour  l'Alface  ,  étoit  le  vœu  unanim^ 
des  habirans  de  cette  province.  C 
jeune  prince  avoit  été  élevé  parm 
eux  dans  une  maifon  de  plaifanc« 
nommée  Marlem,  '^ 


Clotaire     IÎ.     155 

Ce  feroit  une  erreur  dlmaginer  que  ^^^^^ 

les  maifons  de  plaifance  de   nos   an-  Ann.  5^5, 

ciens  rois  étoient  comme  aujourd'hui   ce  que  c'é- 

des  habitations  deilinées  au  feul  agré-  î^^îr,"^"^  \^^ 

.  .  -  -'^ .       rmnons    de 

ment.    C'etoient     moms    des    palais,  phifance 
que  de  riches  métairies.  Un  bois ,  des  ^"^"^  ^^  ^^'^' 

/  ,  .  -  '    .       miere  race. 

étangs,  des  haras,  des  troupeaux,  des 
efclaves  occupés  à  faire  valoir  fous  les 
ordres  d'un  domefiique  ou  intendant  ; 
tout  annonçoit  l'utile  plus  que  l'agréa.- 
ble.  On  en  comptoit  plus  de  cent  foi^ 
xante  dans  l'étendue  du  royaume.  Nos 
premiers  monarques  paiToient  leur  vie 
à  voyager  de  l'une  à  l'autre.  Les  vil- 
lages ,  les  abbayes  ,  les  châteaux  qui 
fe  trouvoient  fur  leur  route ,  étoient 
obligés  de  leur  fournir  ,  ceux-là  des 
voitures  pour  leurs  équipages ,  ceux-ci 
le  logement  &  l'entretien.  On  les  dé- 
frayoit  magnifiquement  :  ce  n'eft  point 
aiïez  j  on  ne  manquoit  pas ,  à  leur  clé- 
part  ,  de  leur  faire  quelque  préfp;it  en 
argenterie.  Ce  qui  n'étoit  d'abord 
qu'un  don  de  l'amour  du  vafl^d,  de- 
vint par  la  fuite  un  tribut  de  fon  obéif- 
fance.  Les  rois  s'ennuyèrent  enfin  de 
mener  une  vie  errante  \  mais  ils  ne 
voulurent  rien  perdre  de  leurs  préro-  Dvcan^e  , 
gatives.  Ils  exigèrent  un  droit  de  gifl^^^^,J^ 

G  '6 


1^6    Histoire  de  France.        ' 
des  prélats  6c  des  feigneurs  chez  qaî 
Ann.  $96,  ils  ne  logeoient  plus. 

Bataille  de  La  mort  de  Childebert  ralluma  la 
^-^"g^^p^f"""  guerre  entre  les  deux  cours  d'Auftrafief 
4:ioîaire.  &  de  Soi(ïons.  Frédegonde  fe  préva- 
Frcd.ihîdA^^  de  la  conjondure  >  leva  une  ar- 
mée 5  s'empara  de  Paris  &  de  plufieurs 
autres  places  fur  les  bords  de  la  Seine. 
Un  auteur  contemporain  remarfjue 
que  cette  irruption  fe  fit  à  la  manière, 
des  barbares  ,  fans  déclarer  la  guerre. 
Cela  fuppofe  néceflfairement  qu'il  y 
avoit  eu  un  traité  de  paix  entre  les 
deux  couronnes  depuis  la  bataille  de 
Droilîi.  Quoiqu'il  en  fjit ,  Brunehaut 
rafTembla  promptemenc  les  troupes 
des  deux  royaumes  de  fes  petits-fils 
&  les  fit  marcher  à  grandes  journées 
au  fecours  des  provinces  défolées.  On 
fe  joignit  à  Leucofao  dans  les  envi- 
rons de  Laon  ,  ou  de  Toul  ,  ou  de 
Moret  en  Gâtinois.  Car  les  auteurs 
font  partagés  fur  la  fituation  de  ce 
lieu  inconnu  aujourd'hui.  Le  combat 
fut  un  des  plus  fanglans  qui  fe  foient 
donnes  entre  les  prmces  dun  même 
peuple.  Les  hiftoriens  n'en  rapportent 
point  les  circonftances  :  ils  nous  ap- 
prennent feulement  que  les  trois  roisj 
dont  1^  plus  âgé  navoit  que   douze 


Clotaire  II.  157 
ans,  étoient  a  la  tête  de  leurs  armées , 
ôc  que  l'avantage  demeura  à  Clotaire.  Ann.  597. 

Frédegonde  étoit  au  plus  haut  point  Mort  de 
de  la  prolpcrlté.  Une  couronne  obtenue  rr^^'^iegonde» 
par  l'éclat  de  fes  charmes ,  confervée 
par  la  force  de  fon  génie  5  un  mari 
rétabli  par  fon  moyen  fur  un  trône 
que  fes  perfidies  lui  avoient  fait  perdre , 
une  minorité  conduite  avec  tout  l'art 
de  la  politique  la  plus  confommée  , 
une  régence  illuftrée  par  deux  célèbres 
vi6toires  ,  un  nouveau  royaume  con- 
quis &  ajTuré  au  roi  fon  fils ,  tout 
publioit  la  gloire  de  cette  habile  prin- 
celTe.  On  oublioit  prefque  que  cette 
femme  ambitieufe,  vindicative,  cruel- 
le ,  avoir  immolé  à  fa  grandeur  ou  à  fa 
fureté  un  grand  roi  ,  deux  vertueufes 
reines  ,  deux  fils  de  roi  de  une  iniînité 
de  gens  de  condition.  Ce  fut  ce  mo- 
ment de  triomphe  que  le  ciel  choifit 
pour  l'enlever  de  ce  monde  ôc  termi- 
ner fa  carrière  :  comme  s'il  eût  appré- 
hendé que  le  brillant  éclat  de  tant  de 
fuccès  ne  diminuât  la  vive  horreur 
qu'on  devoir  à  tant  de  forfaits.  Elle  fut 
enterrée  auprès  de  Chilpéric  dans  l'é- 
glife  de  faint  Vincent ,  aujourd'hui  Cejl.  Fnn:} 
faint  Germain  des  Près ,  où  l'on  voit  ^'  37» 
(encore  fon  tombeau. 


158     Histoire  d^.  France. 

La   mort  d'une  rivale  il  redoutable 

Ann.  597.  donna  le   temps  à  la  reine  Brunehaut 

Brtinchauc  d'affermir  la  paix  de   tous  côtés.  Elle 

contribue   à  s'accommoda  avec  les  Huns  ou  Abares , 

laconveriion         .  ^       -  1       >-,i  «i  1    1 

du  royaume  qui  ,   aprcs   la  mort    de  Childebert , 
béri.^*"^°^'  s'^^oient  jetés  fur  les  terres  des  Auftra- 
fiens  :  elle  renouvela  les  anciens  trai- 
tés avec  le   roi    des   Lombards  :  elle 
engagea  le  pape  à  fe  charger  de  termi- 
ner les  différends  qui  pouvoient  s'éle- 
ver à  l'occafion  du  Val  d'AoPte  Se  du 
pays  de  Suze  ,  que  le  feu  roi  Contran 
avoir  conquis  fur   l'empire.  Mais  les 
affaires  de   l'Etat    ne  lui  firent  point 
oublier  celle  de  la  religion.  La  pieufe 
reine  Berthe ,  fille  de  Caribert  roi  de 
Paris  5  époufe  d'Ethelbert  roi  de  Kent , 
avoit  difpofé  les  Anglois  à  recevoir  la 
lumière  de  l'évangile.  Le  fouverain  pon- 
tife fur  cette  nouvelle  leur  envoya  des 
Beda  A.  i ,  miflîonnaires.  La  régence  de  Bourgogne 
c^^h  ^^^,^7.  ^  a'Auftrafie  leur  donna  paffage  par  (qs 
Eiats  5  &  les  fit  accompagner  par   des 
prêtres  François  qui  fçavoient  l'anglois 
ôc  le  latin  ,  leur  procura  toutes  les  faci- 
lités pour  paffer  fùreraent  à  Doroverne  5 
aujourd'hui  Cantorbéri  ^  enfin  les  pro- 
tégea de  façon  ,  qu'après  Dieu  ,  ^dit  faine 
Grégoire  ^  l'Angleterre  lui  eft  redevable 
de  fa  converjicn  au  chrifùiani/me^ 


C    L    O    T    A    î    R    E       IL       159 

Cependant  la  guerre  fe  ralluma  plus 
/ivement    que   jamais  entre  les    mo- Ann.  59*?, 
larques  François.  On  ignore  Ci  l'envie   Bataille  de 
le    recouvrer  Paris  arma  Théodebert  ?,"/î^f  jl  ' 
le  Thierri ,  ou  11  Clotaire  ,  enivre  de  ciotaire. 
'es  premiers  fuccès   entreprit  de  por- 
:er  plus  loin  fes  conquêtes.  Ce  qu'il  y  /redeg.  în 
i  de  certain ,  c'efl:  que  ce  prmce   etoit  p.  ^4*3/  " 
:^ntré    fur    les    terres  de    BourTO^ne  ,  Gefi.  Franc, 
ivant  que  les  deux  frères  eufTent   pu  ^'  ^l'- 
Oindre  leurs  armées.  La  rencontre  le  L  3. 
k   auprès    d'un'  village    nommé   par 
rrédegaire    Doromellus  fuper   Aroan- 
mm  y  aujourd'hui    Dormeil-fur-Quef- 
le  près  de  Sens.  Le   combat  fut  des 
Ans    meurtriers   de   part   ôc   d'autre, 
Dn  raconte  qu'on  vit  un  ange  l'èpée  à 
a  main  :  on  ne  dit  point  pour  qui  il 
rombattoit  ;  mais  la  vidoire  demeura 
lux   deux  rois.    Ciotaire  ,    obligé   de 
^rendre    la  fuite  ,  fe  retira  d'abord  à 
Melun  5  enfuite  à  Paris  j  enfin  à  Aré- 
aune  ,  aujourd'hui  la  foret  Bretonne. 
Foutes  les  places  dont  il  s'étoit   em- 
paré après    la  bataille   de  Leucofao  , 
Furent  reprifes  &c  faccagées.  Contraint 
de  demander  la  paix  ,  il   ne   l'obtint 
qu'à  des  conditions  très  dures  :  il  céda 
au  roi  de  Boursogne  toutes  les  villes 
qu'il  polfédoit  entre  la  Loire  >  la  Seine  ^ 


1^0   Histoire  de  FranceÎ 
rOcéaii  &  les  frontières  de  Bretagne. 

Ann.  5î)p  II    abandonna    au    prince    Auftrafien 

tout  le    duché    de    Dentélenus  ,    qui 

comprenoit  ,    félon    l'opinion  la  plus 

probable  ,     cette    étendue     de    pays 

poulainv.  qui  eft  entre  l'Aifne,  TOife,  la  Sei- 

<:.  i,p.  219.  î^^  ^  1  Océan  ,  ce  qui  rait  a  -  peu- 
près  rifle  de  France  dans  fa  fituation 
préfente.  Le  mrdheureux  Clotaire  ne 
eonferva  que  douze  territoires  entre 
l'Océan  ,  rOife  &  la  Seine;  c'eft-à- 
dire  ,  qu'on  ne  le  confidéra  plus  que 
comme  un  prince  dépouillé  &  ré- 
duit à  un  limpîe  appanage  pour  fa 
fubfiilance.  Ainfî  finit  en  France  le 
fixieme  liecle.  Le  commencement 
du  feptieme  fut  fignalé  par  la  défaite 
des  Gafcons. 

Cette  nation ,  chez   qui  l'efprit  & 

^,^*,,°^*la    bravoure    femblent    héréditaires. 

Theodebert     , ,      •  •  /     1  r        i 

&  Thierri    n  etoit  point  encore  établie  dans  cette 
fubjuguent    province   de    France  ,  qui    porte    au- 

les  Gafcon?.  4         i,,     •    ^  ni     l   l-      •       1 

r    ,      .  lourd  nul  Ion  nom.    Llie  habitoit  alors 

Fredeg.  in{  •  1       1        •    -it 

chron,c,  16,12.  JNavarre  ;  une  partie  de  la  vieille 
Caftille  &  de  l'Aragon.  Pampelune 
de  Calahorre  étoient  fes  principales 
villes.  Ce  fut  donc  au-delà  des  Pyré- 
nées cpe  Theodebert  de  Thierri  por- 
tèrent leurs  armes.  La  viétbire  fuivit 
conftamment  leurs  étendarts.  Les  Gafj; 


Clotairi-     II.     i<^r 
ms    furent   défaits    &c   demeurèrent  " 


ibutaires.  Ce  n'eft  pas  la  première  Ann.  601, 
>is  que  cette  ancienne  Gafcogne  fut  idem, €> ai 
ibjuguée  par  les  armes  de  la  France, 
n  de  nos  anciens  auteurs  remarque 
,i'elle  avoir  eu  autrefois  un  duc  Fran- 
)is ,  qui  chaque  année  faifoit  porter 
i  tréfor  de  nos  rois  le  tribut  que^  ces 
niples  &  les  Cantabres  leurs  voifms 
oient  obligés  de  p^'^yer.  * 

Lorfque  ^les  rois  de   Bourgogne  Se  Ann.  605, 
Auftrafie  étoient  occupés  contre  les 
afcons  ,    Clotaire    qui    ne    penfoit  cictaircfait 

,  '  1      r  €    r  '       uneurupiion 

laux  moyens  de  le  venger,  nt  taire  ^u^  les  serres 
;bitementune  irruption  fur  les  terres  deBourgog. 
entre  la  Seine  &  la  Loire.  Mérovée     Fredeg.  in 
ni  fils ,  jeune  enfant  de  cinq  à  fix  ans,  ^^*''^«-  '*  ^^' 
)mmandoit  fon  armée    fous  la  con- 
fite du    duc   Landri.      Ce   général, 
3rès  s'être  emparé  de  plufieurs  places , 
,int  inveftir   Orlçans  ,  où  Eertoalde  , 
laire  du  palais  de  Bourgogne  s'étoit 
lis   en  fureté.  Therri  fur    cette  nou- 
elle  rafiTembla  promptement  une  ar- 
lée  ,  &  vola  au  fecours  de  cette  place, 
-andri  trop  foible  pour  tenir  la  cam-  Bataille  d'E- 
agne,  fe  retira  vers  Etampes  ^^efolu  ^^^^P^^^^^n- 
e  le  combattre  au  palTage  de  la  riviè-  ari. 
ï   qui  porte  ce    nom.  L'avant-garde 
coït  â  peine  paffée  ,  qu'il  la  fit  char- 


V 

i6i.    HistoiRE   DE  France. 

^^  ger  avec  toute  la  vigueur  imaginabl 

Akn.  èo},  Bercoalde  qui  la  commandoit  ^  fut  tm 

après  avoir  fait  des  prodiges  de  valea 

Mais  fa  réliftance  donna  le  temps  t 

refte  de   l'armée    de    pafTer   &  de  : 

ranger  en  bataille.  Les  forces  fe  troi 

verent  alors  trop  inégales.  Le  carna^ 

des  Neuftriens  fut  horrible.    La  pli 

grande  partie  demeura  fur  la  place 

l'autre  ne  fongea  plus  qu  a  prendre 

fuite  :  le  jeune  Mérovée  fut  fait  pi 

fonnier.    C'eft  tout  ce  qu'on  fçait  ( 

la   deftinée    de    ce  prince.    Lliiftoi 

Uecherchei  n'en  parle  plus.  On  foupconne  qu!< 

1  ,  -^j  :,  '  le  nt  mourir  en  prifon  .  mais  ce  n  ( 

p.  49».        quune  iimple  conjecture. 

Paix  entre  Thiodebert  de  fon  coté  étoit  ent 
ThéolSbe'rt  ^^"^  ^^  royaume  de  SoilTons  ,  &  s' 
le  Thierrî.  vançoît  vei's  Compîegne  où  Clotài 
avoit  ailîs  fon  camp.  Déjà  les  dei 
armées  fe  trouvoienr  en  préfence 
îorfqu'on  apprit  la  défaite  de  Land: 
Cette  nouvelle  obligea  le  prince  Nen 
trien  à  demander  la  paix.  Elle  lui  f 
accordée  à  des  conditions  raifonn 
blés.  Le  roi  d'Auftrafie  commence 
à  craindre  fon  frère  :  il  vouloir  fe  fî 
re  un  ami  contre  un  rival  fi  redour 
ble.  La  jaloufie  étouffa  en  lui  l'amo 
de  la  gloire  ,  6c  lui  arracha  des  mai 


Clotaîre  il  1^5 
le  vidoire  prefque  aflurée.  Ce  qu'il 
a  détonnant,  c'eft  que  le  viârorieux  Ann.  605, 
hierri  fit  auili  fon  accommodemenc 
rec  Clotaire  ,  fans  doute  pour  la  mt- 
e  raifon  ôc  par  le  même  principe, 
uoi  qu'il  en  foit ,  la  divifion  fe  mit 
entôt  entre  les  deux  frères. 
Protade  venoit  d'être  nommé  mai-  ^^1  wf tl 

du  palais  de  Bourgogne.  ^  etoit  le  ^e  au  roi . 
)urtifan  le  plus  délié,  l'homme  le 'i'A""^--'^-*- 
us  adroit  ,  le    cavalier  le  plus  brave 

le  plus  accompli  de  ùm  Ciecle,  Il 
oublia  rien  pour  aigrir  fon  maître 
între  Théodebert.  Raifons ,  prétcx- 
s  5  tout  fut  employé.  La  paix  de 
ompiegne  conclue  fans  la  participa- 
3n  &C  contre  les  int  rets  de  Thierri , 
Oit  un  jufte  fujet  de  mécontente- 
enc.  Le  rufé  miniftre  fçut  profiter 
i  cerre  circonilance  ,  &  ménagea  fi 
en  Tefprit  du  prince  ,  qu'enfin  la 
iCrre  fut  déclarée  au  roi  d'i^uftrafie. 
y  en  a  cependant  qui  prétendent  eue 
;Lte  rupture  eut  un  autre  motif,  îc 
iQ  ce  fut  Erunehaut  qui  fema  la  dii- 
)rde  entre  fes  petits-nls..  Cette  fem-  Fredeg.  m 
le  vindicative  n'avoir  point  oublié  ,  ^^'^^•'^'  ^'  '^* 
Lt-on  5  que  Théodebert  l'avoit  exilée 
t  fa  cour.  Le  reffentiment  d'un  fi 
lant  outrage   l'animoic    vivemeni: 


-^^g 


V 

1^4    Histoire  de  Frj^nce. 
■  à  la  perte  de  fon  auteur.  Elle  fit  ei-j 

Ann.  ^03.  tendre  à  Thierri  que  ce  prince ,  cjt 
jufqualors  avoir  pafTé  pour  fils 
Childebert ,  n'étoit  en  effet  que  le  fil 
d\in  jardinier.  Voilà  ,  fi  l'on  en  crof 
Frédegaire  &  fon  copifte  Aimoin  ,  'Il 
véritable  caufe  de  la  guerre  entre  1( 
deux  fireres. 

Mais  rien  de  plus  incertain  que  C(l 
exil  5  rien  de  plus  fufped  que  ceti 
hiftoriette.     L'année    même    où     To 
feint  que  cette    reine  fut   chafTée  d 
royaume    d'Auflrafie  ,    elle    engage  | 
]qs  deux  rois  à  joindre  leurs  armé' 
pour  marcher  contre  Clotaire  :  ceti 
confédération  afilirément  ne-  témoigr  | 
ni  haine  ,  ni  méfincelligence.  Si  cet 
princeiïe  eût  eiîuyé  un  fi  cruel   outr. 
ge  ,  faint  Grégoire ,  fous  le  pontifie 
duquel  on  place  cet  événement ,  n'eil 
pas  manqué  de  lui  écrire  ,  ou  pour 
confoler ,   ou  pour  lui  faire  envifag 
fa  difgrace  comme  un  juft:e  châtimeil 
du  ciel.   Ce   grand  pape  ,  le  premii 
qui  fe  foit  mêlé  des  affaires  de  France 
n'eût  pas  laiifé  échapper  une  fi   bel 
occafion  d'exercer  fon  zèle  pourl'hor 
neur  de  fon  fiQgQ  ôc  de  la  religion.  O 
fçait  qu'il  fe  fit   toujours  un    devo 
d'inflruire   les    tètes    couronnées.   Il 


C    L    O    I    T     A    î    R    E       I    I.      1^5 

.1  d'Auflrafie  n'eût  point  été  a  r^hri  ««««»—, 
i  fes  remontranc&s  îlir  l'indignité  &  Ann.  ^03, 
lorreur  d'un  pareil  procédé.  On  voie 
i  contraire  par  toutes  les  lettres 
.l'il  écrivit  au  temps  dont  nous  par- 
ns  5  que  l'aïeule  ôc  les  petits-fils  vi- 
cient dans  une  parfaite  union  ,  de 
le  les  deux  cours  fe  gouvernoienc 
;alement  par  les  confeils  de  Brune- 
aut.  On  pourroit  ajouter  avec  Paf-  Recherches i 
nier,  qu'il  e/l  grandement  croyable  l»  s  ^  c,i6^ 
.l'elle  ne  fit  aucun  féjour  auprès  de^"^'^^*^ 
héodebert  ,  mais  qu'immédiatement 
)rès  la  mort  de  Childebert,  elle  fui- 
t  Thierri  en  Bourgogne.  C'étoit  un 
)yaume  nouvellement  acquis  ^  par 
)nféquent  peu  afTuré.  L'aftermir  étoit 
i-delfus  de  la  capacité  d'un  enfant 
z  neuf  ans  :  la  préfence  de  cette  prin- 
îfTe  devenoit  donc  d'une  nécefiité  ab^ 
)lue.  Ce  qui  ne  paroit  d'abord  que 
Lûbabilité  devient  prefque  certitude, 
jrfque  Ton  confidere  le  grand  nom- 
re  de  fuperbes  édifices  qu'elle  fit 
lever  dans  les  Etats  du  jeune  prince 
ourguignon.  On  ne  voit  pas  ,  con- 
.nue  notre  favant  critique ,  que  cette 
ïine  à  qui  on  ne  peut  retufer  au-moins 
extérieur  de  la  dévotion ,  ait  fondé 
ucune  églife  en  Auftrafie.  On  trouve 


i66    Histoire  de  France. 
■f  au    contraire  mille  monuments  érij' 

Ann.  ^05.  dans  les  provinces  du  royaume  t' 
Bourgogne  ,  ou  pour  iatisfaire  fa  piéi 
té  5  ou  pour  fervir  à  la  commodité  c 
oublie.  Les  grands  chemins  &  les  1 
vées  qui  portent  encore  aujourd'hi 
fon  nom  ,  le  monaftere  d'Aulnay  pr' 
de  Lyon  ,  l'abbaye  de  faint  Vincei 
de  Laon  ,  celle  de  faint  Martin  d'Ai 
tun,  le  célèbre  hôpital  de  la  mêir 
ville  5  tant  d'autres  ouvrages  doi 
l'exécution  ne  pouvoit  être  que  c 
plufieurs  années ,  commencés  &  ach{ 
vés  ,  lorfque  faint  Grégoire  tenoit  . 
fiege  de  Rome  ,  tout  femble  concour 
à  démontrer  que  long- temps  aval 
fon  exil  prétendu ,  elle  avoit  fixé 
demeure  à  la  cour  du  jeune  Thierri. 

La  fuppoiition  de  Théodebert  n 
porte  pas  un  caraâ:ere  plus  décidé  ,  j 
ne  dis  pas  de  vérité  ,  mais  de  vrai 
femblance  &  de  probabilité.  Une  ven 
geance  différée  fept  ans  par  une  ferr 
me  irritée ,  par  une  reine  qui  peu 
tout,  par  un  monftre  de  méchancet 
8c  de  cruauté  ]  car  c'eft  l'idée  fous  la 
quelle  on  nous  repréfente  Brunehaut 
Chap.  17 ,  Cela,  eji  bon ,  dit  Pafquier  ,  pour  perjua 

t»y»p«47î''  ^çj^  ^  ^^j.  moines  auxquels  la  patienc 
eJi  enjointe  par  le  vœu  de  leur  obéijjance 


Clotaïrî  il  16-/ 
dis  non  à  des  gens  qui  vivent  à  la 
^ur  j3  encore  moins  aux  rois  ,  lo^fquils  Ann.  ^03, 

croient  virement  offenfés.  Un  autre 
■oblcme  auffi  difficile  à  refoudre  , 
eft  que  le  roi  de  Bourgogne  fe  foit 
liîc  perfuader  que  Theodeberc  n'é- 
)ir  pas  réellement  fils  de  Childebert  ; 
^riuahon  ii  vive ,  nous  dit-on  ,  qu'il 
it  les  armes  pour  le  renverfer  du 
one.  Cependant  la  guerre  eft  à  peine 
éclarce ,  que  ce  Prince  fi  intimement 
)n vaincu  de  la  fuppofition  ,  fe  ré- 
)ncilie  tout-à-coup  avec  ce  prétendu 
[s  de  jardinier.  C'eft  trop  peu  dire  : 
on- feulement  il  conclut  la  paix ,  mais 

l'obferve  très  -  religieufement  fous 
,'s  yeux  Se  par  le  confeil  de  celle 
u'on  fuppofe  lui  avoir  révélé  cet 
orrib/c  fecret.  Ce  font-lâ  de  ces  con- 
:adi6tions  qui  choquent  tellement  la 
lifon  &  le  bon  fens  ,  qu'elles  ne 
méritent  pas  même  d'être  réfutées. 

La  guerre  ne  fut  pas  plutôt   réfo- 


Lie,  que  les  deux  frères  fe  mirent  en  Ann.  60 ç. 
ampagne.  Déjà  les  armées  étoient  Potade  eft 
n  préfence  ,  lorfque  les   troupes    de  ^^^^'"édans 

^  13.   tente    QS 

Bourgogne  fe  fouleverent  contre  Pro>  xhierri. 
ade  ,    qu'elles    regardoient     comme 
'auteur   des  troubles  qui  divifoient  la 
-imille    royale.  Les   principaux   chefs  - 


i(j8    Histoire  de  France» 
^  de  la  fédition    étoient  Uncelenus  < 

Ann,  ^oy.  Wulfe  ,  tous  deux  patrices,  tous  dei 
Freieg.  iii  jaloux  de  1  elévatioii  du  favori.  L'ii 

chon.  c.  ts  trigue  fut  tramée  fi  fecrétement ,  qu 
vaut  qu'il  en  eût  rien  tranfpiré ,  tou 
l'armée  avoir  invefti  la  tente  du  ro 
où  le  miniflre  jouoit  avec  le  premi 
médecin  aux  tables ,  c'eft-à-dire ,  ai 
dames  ,  à  la  marelle ,  ou  même  ai 
échecs  :  car  ce  dernier  jeu  ,  inven 
dans  les  Indes  au  commencement  c 
cinquième  liecle ,  pouvoit  bien  en  i 
cent  cinq  ou  iîx  ,  être  connu  en  Frai 
ce ,  où  l'on  avoir  depuis  long  -  tenij 
un  commerce  établi  avec  Confiant 
nople  qui  étoit  en  grande  relatio 
avec  les  indiens.  *  L'air  retentit  tou 
à-coup  des  cris  tumultueux  des  fo 
dats  &  des  généraux  ,  qui  de  conce: 
demandoient  qu'on  leur  livrât  le  bot 
tefeu  qui  avoir  allumé  la  guerre.  L 
monarque  furpris  de  cette  infolence 
fe  mit  en  devoir  de  forrir  pour  la  r< 
primer^  mais  fa  garde  ,  foit  zèle  pou 
la  perfonne ,  foit  intelligence  avec  U 
rebelles  ,  ne  voulut  pas  permettre 
ou  feignit  de  vouloir  empêcher  qu'i 
s'exposât.  Il  chargea  donc  Uncelenu 

*  Voyei  les    mémoires   de  l'académie   des   belles 
lettres  t  t9ms  Kt  page  içi. 

d'aile 


Clotaire     il     j6f 
daller  porter  fes  ordres  aux  mutins, 
c  de  les  faire  retirer  chacun  fous  fes  Ann.  6oj, 
rapeaux.  Le  patrice ,  au-lieu  d'obéir  , 
2ur  déclara  que  le  roi  leur  abandon- 
oit  le  maire  du  palais.  A  ces  mots  , 
s  forcent  la  tente  du  prince  ,  fe  jet- 
ant fur  Protade  ,  &  le    mettent  en 
ieces.    Cet   événement   fit    réfoudre 
i  paix  5  de  les  deux  armées  fe  féparé- 
2nt  fans  combattre.  La  politique  de- 
landoit   que  l'attentat  des  feigneurs 
onjurés    ne    demeurât   pas    impuni. 
Incélénus   qui    avoit  changé    l'ordre 
u  fouverain ,  eut  un  pied  coupé.  La 
lutilation  étoit  fort  ufitée   dans    ces 
remiers  fiecles  de  la  monarchie.  Wul- 
î  qui  avoit  fait  foule  ver  l'armée  ,  fut 
Dudamné  à  mort.  On  donna  la  place 
e  Protade    à    un   feigneur  Gaulois  , 
ommé  Claude  ,  homme  d'une  gran- 
e  réputation  d'efprit  de  de  valeur. 
Ce  fut  quelque  temps  avant  la  guer-    Mort  «îe  ?. 
i  des  deux  frères ,  que  mourut  faint  S'^^^^^^f  i* 

,    ,       .  ^  ^/     1        /-         j     T      Grand  &  fes 

jtegoire  ,  lurnomme  le  Grand.  La  liaîfons  avec 
linteté  de  fa  vie  ,  fa  capacité ,  fes  ^*  f  f»»'--^» 
.  uvrages ,  où  cependant  l'on  trouve 
lus  de  piété  que  d'éloquence  ,  ont 
mdu  fa  mémoire  célèbre  ôc  immor- 
^Ue.  C'eft  le  premier  des  papes  qui 
it  eu  des  liaifons  particulières  avec 
Tome  L  'H 


lyo    Histoire  de  France. 

Ï1!LJ. nos  rois.  On  voit  dans  une  des  lettres 

Ann.  <îoî.  qu'il  écrivit  à  Childebert  11 ,  un  éloge 
s.Greg.l.  bien  glorieux  à  la  France.  Votre  royui^ 
ite^ijLô.    ^^^  i^j^  ^-^^  ^  ^  ^z/rj/zr  au- de  [fus  a 

ceux  des  autres  nations  ,  que  les  rois  fon^ 
au'dejjus  des  autres  hommes.  Mais  cef- 
te  grande  famïliarïté  j  quoique  mp- 
Ktch.  de  la  mentanée ,  penfa  ,  dit  Pafquier  ,  coâ 
çAX,v.i9s\^^^  ^^^^^^^  chofe  aux  anciennes  liberté 
de  notre  églije  Gallicane,  L'ambitioi 
de  quelques  eccléiiafliques  y  donn 
occafion.  C'étoit  un  ufage  introdu 
depuis  quelques  années  à  la  cour  à 
Rome  5  d'envoyer  le  pallium  à  ceu 
des  prélats  qu'elle  vouloir  diftingue 
On  appelloit  pallium  une  efpece  d 
manteau  impérial  ,  dont  les  empe 
reurs  chrétiens  avoient  décoré 
évêques ,  pour  marquer  l'autorité  fp 
rituelle  qu'ils  avoient  dans  leurs  égl 
fes.  Les  patriarches  d'Orient  le  pre 
noient  fur  l'autel  dans  la  cérémoni 
de  leur  confécration  ,  &  l'envoyoier 
aux  métropolitains  5  qui  le  donnoier 
aux  évêques  de  leur  provmce.  On  h 
le  connut  en  Occident  ,  qu'au  coij 
mencement  du  fixieme  fîecle.  Céfai 
d'Arles  eft  le  premier  de  l'églife  c 
France  qui  l'ait  porté.  Ce  ne  tut  op^ 
vers   i'au    huit  cent  ,  que  les    pa^i 


Clotaire  II.  lyi 
'enToyerent  à  tous  les  métropoli- 
ains.  Ann.  ^05» 

La    vanité    porta    les   évèques    de     ^^g  ^^^^ . 
Bourgogne  &  ae  Provence  à  briguer  p.  i9<î. 
':et    honneur.     Vigile    d'Arles  fut   le 
)reinier  qui  le  follicita ,  de  l'aveu  Se 

la  recommandation  du  roi  Childe- 
>ert.  Le  pape  qui  acquéroit  plus  qu'il 
le  donnoit,  accorda  de  même  plus 
[u'on  ne  demandoit.  Nous  vous  com^ 
lettons  5  dit  faint  Grégoire  à  Vigile  , 
'Dur  nous  reprefenter  dans  toute  Ueten" 
\uc  du  royaume  de  Chïldelert  notre  fils, 
Vi  quelque  éve que  eft  obligé  de  voyager 
u  de  s^ahfenter  pour  long-temps  ,  il  ne 
z  pourra  qu  avec  votre  perm'ijfion.  S'il 
urvient  quelque  chofe  de  conjéquence  ^ 
u  quelque  quefiion  de  foi  j  vous  ajfem^ 
lere-^  dou^e  évêques  pour  la  juger.  Si 
'ous  y  trouve^  trop  de  difficultés  _,  vous 
lous  enverrez  le  jugement.  Nous  vous 
nvoyons  le  pallium  ]  mais  vous  ne 
>ous  en  fervlre-^  que  dans  Véglij'e.  C'e- 
:oit  vifiblement  entreprendre  fur  le 
Iroit  des  métropolitains  auxquels  on 
donnoit  un  cher  ,  chofe  jufqu'alors 
nouîe.  C'eft  trop  peu  dire.  Cétoii: 
fapet  par  le  fondement ,  détruire  ôc 
ménntir  la  plus  précKufe  des  libertés 
ians  l'églife  gallicane  ,  qui  jufque-là 

Hz 


■■mpwwaawjU'  ■■ 


172.    Histoire  de  France. 
avoit  JLigc  dans  fes  conciles ,   en  der-f| 

Ann,  60;.  nier  reiforc  Ôc  fans  appel,  tous  leS| 
différends  qui  s*écoient  élevés  dans 
retendue  de  fa  jurifdidion.  Mais  heu- 
reufenient  ce  ne  fut  qu'un  vain  titre 
qui  n'eut  aucun  effet.  On  ne  voit  pas| 
que  Vigile ,  ni  levèque  Syagrius ,  qui 
avoit  aufîi  obtenu  le  pallium  j  aient 
eu  aucune  préféance  dans  les  fynodes 
qui  fe  font  tenus  de  ce  temps-là , 
ni  qu'ils  aient  ufé  d'un  droit  que  les 
fouverains  pontifes  pouyoient  plus 
aifément  accorder  ,  qu'affurer, 
Le  mîrm ,      Ce  ne  fut  pas  feulement  rambition 

^'  ^^^'  qui  ofa  enfreindre  nos  anciennes  prér 
rogatives ,  mais  quelquefois  l'hérélie  . 
plus  fouvent  le  crime.  Il  eft  parlé  dans 
notre  hiiloire  d'un  Maxime  évêquç 
Gaulois ,  qui  fe  retira  vers  Bonifacô 
premier  ,  pour-  fe  fouftraire  au  juge- 
ment d'un  concile  devant  lequel 
étoit  accufé  de  Manichéifme.  Ce  fag( 
pontife  refpedant  nos  droits  &:  noî' 
privilèges  ,  ne  voulut  point  prendre 
connoifïance  de  cette  affaire  :  il  écri- 
vit feulement  aux  évêques  des  Gau^ 
les  ,  pour  les  prier  d'accorder  quelque 
délai  au  prélat  fugitif.  Ce  fut  là  toui 
ce  qu'il  obtint.  On  ne  voit  pas  qu( 
fainç  Çrice  accufé  d'adiilrerç  ;  ait  trpi;- 

I 


Clot-Aire  il  1^3 
vé  plus  de  protection  à  Rome  ,  où  il 
fit  un  féjour  de  fept  ans.  H  en  partit  Ann.  cq$, 
enfin  fur  la  nouvelle  de  la  mort  de 
Icelui  qui  avoit  été  fubftitué  à  fa  place, 
&  fut  rétabli  dans  fon  fiege  ,  comme 
il  en  avoit  été  chaffé  ,  fans  connoif- 
fance  de  caufe.  Les  évèques  d'Embrun 
5c  de  Gap ,  Salone  &  Sagittaire  ,  cgs 
deux-  frères ,  la  honte  Se  l'opprobre  de 
l'épifcopat  5  femblent  avoir  porté  un 
plus  flmefte  coup  à  nos  libertés.  Dé-» 
3ofés  dans  un  concile  tenu  à  Lyon , 
ils  obtinrent  de  Contran  la  permiflion 
d'en  appeller  au  pape,  qui  les  rétablit 
dans  leurs  églifes.  Mais  il  eft  à  re- 
Tiarquer  que  l'appel  ne  fut  interjeté 
que  du  confentement  exprès  du  mo- 
aarque  François.  Ce  fut  lui  qui  cpn- 
duiiit  toute  l'affaire  ^  qui  réconcilia,  les 
deux  prélats  avec  Viâor  leur  accufa- 
teur  5  de  qui  fit  exécuter  la  fentence 
du  fouverain  pontife.  La  tolérance 
des  évèques  dans  une  occafion  fî  dé- 
licate 5  eft  moins  un  acquiefcement  au 
jugement  de  la  cour  de  Rome ,  qu'un 
ad:e  d'obéilTance  aux  volontés  du- 
prince.  S'ils  témoignèrent  leur  pro- 
fond refpe6t  pour  le  roi ,  en  ména- 
geant deux  coupables  qu'il  protégeoit  ; 
ils  firent  en  même-temps  éclater  leur 

H3 


174    Histoire  de  France. 

r—^ —■  fermeté  ,    en  excommuniant   Vi6Vor  \, 

AiNN.  6of.  qui  avoit  eu  la  bafTefTe  de  fe  défifteii 
de  fon  accufation  ,  Se  de  recevoki 
deux  fcélcrats  à  fa  communion.  i 

p.'^U?'^^^'  Cet  exemple  ,  quoique  vifiblementi 
contraire  au  droit  commun  ,  pouvoil; 
être  d'une  dangereufe  confcquencei 
pour  l'avenir.  11  ne  paroît  pas  cepen-| 
dant  5  qu'il  ait  eu  aucune  fuite.  Ur- 
ficin  avoit  été  dépofé  dans  le  fécond i 
concile  de  Mâcon  :  il  eut  recours  ai 
faint  Grégoire  après  la  mort  de  Con- 
tran. Ce  pontife  ,  qui  porta  fi  haut  la 
puifTance  de  Tcglife  romaine  ,  n'of* 
néanmoins  entreprendre  de  connoîtn 
de  cette  caufe.  11  fe  réduifit  a  la  fimph 
iinçrceliion.  La  fimonie  régnoit  er 
France  avec  fcandale.  Les  gémiffe- 
mensj  les  prières  ,  les  fupplicatiou: 
les  plus  humbles  furent  les  feules  ar- 
mes qu'il  employa  contre  ce  monftrc 
fouvent  foudroyé  ,  jamais  exterminé 
Ce  n'étoit  pas  ainfi  qu'il  agiffoit  dari; 
la  Sicile  ,  la  Dalmatie,  la  Sardaigne,  & 
une  bonne  partie  de  l'Afrique.  Gi\ 
n'étoit  plus  alors  le  ferviteur  des  fervi-l 
teurs  5  mais  un  fouverain  abfolu  ,  qu". 
de  fa  pleine  autorité  réunilToit  ou  di;- 
vifoit  les  évechés ,  nommoit ,  dépo- 
foit  3    ou    rétabliffoit    les   titulaires": 


'  Clotaire     IÏ.     175 

ommandant  à   celui  -  ci   de   venir  à  — '""  '      'J 
^ome    pour  faire    pénitence   de    fes  Ann.  6a; . 
erreurs  ,   ordonnant  à  celui-là   de    re- 
nettre    fes    prétentions    à   l'arbitrage 
lu   faint   iiege  ,  menaçant   cet    autre 
le   le   punir   fuivant   toute  la  févérité 
les  canons ,   s'il  prenoit  de    l'argent 
)our  les  ordinations  :  tant  étoit  vive? 
a  perfuafion   d'alors ,  que  les  évèques 
le  France  ,  quoique  dévoués  au  faint 
iége  5    comme  au  centre  de  l'unité , 
l'étoient  cependant  fujets  à    la  jurif- 
iiétion  de  Rome  ,  ni  pour  le  fait  de     te  mzmt , 
t  difciphne  de  leurs  églifes ,  ni  pour  les^'  ^°^' 

aufes  eccléJl^jliqueF,  

Ce    fat    immédiatement    après    le^j^j^^^o^, 
raité  de  paix  entre  les  deux  couron- 
les  de  Bourgogne  &  d'Auftrafie  5  que 
fhierri ,  fi   l'on  en  croit  Fréde^aire  ,  ^  9f  ^^'f^'^ 
poiifi  Ermemberge  fille    de  Bettoric  d'un  mariage 
'U    Vitteric  ,    roi   d'Efpa^ne.    Brune- '^^  '^ï'^'r\ 
laut ,  qui  ne  cnerchoit ,  dit  -  li  ,  qu  a  du  roi  d'£f- 
orrompre  les  mœurs  de  fon  petit  -  fils  P'''£'^^' 
•our  le    gouverner  avec  plus    d'auto- 
ité  ,  empêcha  la    confommation   de 
e   mariage  par  des   moyens  détefta- 
)les.  Ce  qui  rendit  la  nouvelle  reine 
1    odieufe    au    prince    Bourguignon  , 
[u'il  la  renvoya  au  roi  fon  père ,  fans 
lïème  lui  reftituer  fa  dot.   Mais  quel 

H4 


«y''    Histoire  de  France; 
*  fond  peut-on  faire  fur  un  fait ,  qui 


Ann.  <>o7.  befoin  de  fortilege  pour  être  étayé 
Quelle  foi  mérite  un  hiftorien  ,  qu 
ne   trouve   dans   les  auteurs   contem- 
porains aucun  garant  de  ce  qu'il  avan 
ce  ?  Si  l'Efpagne  eût  reçu  un  (i  fa» 
glant  outrage  dans  la  perfonne  d'un< 
de  fes  princeflfes ,  elle  en  eût  fans  doUi 
te  pris  vengeance  ,  ou  du  -  moins  ft 
fut  mife  en  devoir  de  la  prendre.  Oi 
n'en    voit    cependant    aucun    veftig* 
dans  l'hiftoire   de  cette  nation  ,   tou 
jours  fenfible  à  l'honneur.  Commen 
le  moine  Jonas  ,  que  la  crédulité  ch 
Tâdulation  arma    contre    Brunehaut 
a-t-ii  oublié  une  circonftance  ii  fié 
trifTante    pour    la    mémoire   de  cett 
reine  ?  Il  écrivoit  avant  Frédegaire  ô 
dans  le  même  efprit  ^  il  veut  comra< 
lui    nous    perfuader   qu'elle   empêch,; 
toujours  le  roi  de  Bourgogne  de  con 
trader  une  alliance  légitime  j  il  gatd 
néanmoins  un  profond  (ilence  fur  c( 
prétendu  mariage.  Il  doit  donc  paflei 
pour  fabuleux. 
Ce  que  dît      Le  nom  du  moine  Jonas  nous  rap 
n^r  de""  bIu"  P^^^^  d'autres  invedives  auflî  fanglan- 
nehaut  &  de  res   contre  la  mémoire  de  Brunehaui| 
Thiern.   ^    ^  jg  ^^j^  petît-iils.  Ce  foUtaire  ,  ou 

Jonas  invita  /il  i  -n      • 

S.  Colomb,  trop   crédule  pour    un  hiftonen,  ou 

C.     IS). 


Clotaire     II.      Î77 
rop  palTionné  pour  un  religi,eux ,  ra-  ^^^^^^'^ 
onte  que  Thierri  eut  quatre  enfants,  Ann.  607. 
lont   aucun   n'étoit  né  d'un    mariage 
égitime.  L'abbé  de  Luxeuil,  Colom- 
)an  5  l'exhorta  fouvent ,  mais  inutile- 
nent ,  à  fe  marier.  Un  jour  que  ce 
lint  homme  étoit  allé  vilîter  la  reine , 
lie  lui  préfenta  les  quatre  fils  de  ce 
rince  ,   le  priant  de  leur   donner  fa 
énédiétion.  Ne  penfe  pas  ^  lui  dit  le 
loine  5  que  ces  enfants  qui  font  nés  dans 
Infamie  _,   portent  jamais    le  fceptre, 
!ette  brutalité  fit  retrancher  les  vivres 
a'on  avoir  coutume  de  porter  au  mo- 
iftère.  Le  zélé  réformateur  vint  trou- 
er Thierri    pour  s'en   plaindre.   Ce 
ince  lui  fit  lervir  les  viandes  les  plus 
^licates  6c  les  vins  les  plus  exquis, 
olomban  renverfa  tout.  Dieu ,  s'é- 
ia-t-il  dans  l'ardeur  de  fon   zèle , 
prouve  les  préfents  des  impies.  Ce 
int  emportement  effraya   tellement 
ïeule  &  le  petit-fils ,  qu'ils  promi- 
nt   folennellement   de    fe   corriger, 
[ais   bientôt   le    monarque  retomba 
ms  fes  premiers  défordres.  Colom- 
n  lui  écrivit  fi  durement ,  que  Bru- 
;haut  le   fit   enfin  exiler.  Le  pieux 
:'bé  revint  à  fon  couvent,  malgré  les  Mem,  ihii, 
fenfes  du  roi,  &  n^n  fortit  qu'au:^^*  *^* 


■iiKj.nMi.J-Mium 


178    Histoire  de  France. 
inftantes  prières  de  ceux  que  ce  pr'inc( 
Ann.  ^07.  avoir  envoyés  pour  exécuter  fes    or 
dres. 

On  ne  voir  dans  tout  ce  récit  qu< 
mauvaife  foi  ,  qu'abfurdité  ,  qu  indé 
cence.  11  eft  vrai  que  les  fils  du  ro 
de  Bourgogne  étoient  nés   d'un  con 
cubniage  \  mais  cette  forte  de  mariag 
étoit  alors  autorifée  par   les   loix  d 
leglife  &  de  TEtat.  Le   devoir  d'u 
hiftorien  fidèle  ne  permettoit  pas  d 
Trîid^  \n  ^éguifer   cette  circonftance.  Frcdegai 
chron.  c^z2  »  TQ  ,  que  la  force  de  la  vérité  emport 
^^*  quelquefois ,  remarque  que  ces  prir 

ces  furent  tenus  fur  les  fonts  de  ba{ 
terne  par  tout  ce  qu'il  y  avoit  de  pli 
faint  parmi  les  prélats  du  royaume  c 
Thierri.  Eft  -  il  croyable  que  tant  c 
pieux  perfonnages ,  obligés  par  état 
réprimer  le  fcandale  ,  ayent  gardé  : 
iilence ,  lorfqu'un  fimple  moine  éi» 
voir  il  haut  fa  voix  ?  Quelle  appâter 
ce  que  faint  Grégoire ,  qui  ne  pouvo 
ignorer  ni  les  dérèglements  du  peti 
fils  5  ni  la  tolérance  de  l'aïeule ,  fe  fo 
tu  dans  une  occafion  où  la  religic 
étoit  fî  fort  intéreifée  ?  Le  zèle  de 
maifon  de  Dieu  avoit -il  tellemei 
abandonné  le  pape  &  les  évêque: 
qu'il  ne  brûlât  plus  que  dans  le  coei 


Clotaire     IÏ.     179 
lu  bon  abbé  de  Luxeuil  ?  C'eft  ici  ^ 


^ur-tout  que  l'amour  du  faint  emporte  Ann.  ^07. 

e   panégyrifte    au  -  delà    des  bornes. 

Cette  bénédiction    grofïièrement    re- 

îifée  à  des  enfants  que  leur  naifTance , 

nême  illégitime,  n'excluoit  point  de 

a  régénération  en  Jéfus  -  Chrift  ,   ces 

nets    puérilement  foulés   aux  pieds, 

:es   mépris  infolemment   affe6tés  des 

n'dres   du  fouverain  ,   font  moins  la 

natiere  d'un  éloge  que  d'un  jufte  blâ- 

ne.  On  ne  craint  point  de  le  dire; 

ai  lanecdoce  du  zèle,  de  l'exil  &  du 

etour  de  Colomban  eft  un  conte  apo- 

ryphe  ;  ou   ce   bon  folitaire   n'avoit 

>as    les    vertus    qui    font    l'ame  du 

hriftianifme,  la  douceur  ,  l'humilité, 

'obéiirance.  Le  fatirique  auteur  fans 

loute    ne    s'^eft:  point   apperçu    qu'en 

'oulant    peindre    Brunehaut    fous  les 

raits  d'une  cruelle  fiirie ,  il  f\ifoit  le 

)Ius  brillant  éloge  de  fa  modération. 

-.a  défobéiffance  du  moine  éroit  un 

:rime   d'Etat ,   par  conféquent   cligne 

ie  mort.  Il  y  a  bien  de  la  clémence  à 

le  le  punir  que  de  l'exil. 

Théodebert  cependant  fouffroit  im-  "         ~ 
,  ^      A      w         1/1    An>î.  6 10. 
patiemment  quon  eut  démembre  de     r^-gé  ea) 


Tes    Etats  l'Alface  ,  le   Sundgaw ,   le  entre  Théo- 

debsrt   C 
Thieni, 


Furgaw ,  &  une  partie  de  la  Champa-  ^^^''^  ^ 


U6 


i8o    Histoire  de  France. 
gne.  Il  y  avoit  long-temps ,  qu'il  avoit 

Ann.  610.  formé  le  defTein  de  les  réunir  à  fa  cou- 
ronne. Brunehaut  ,  toujours  attentive 
Fredeg.  în^\.i^  intérêts  de' fes  petits -fils,  n'ou- 

duon.c.ij,  blioit  rien  pour  terminer  un  différem 
qui  pouvoir  avoir  des  fuites  très  fu- 
neftes.  Bilichilde ,  autrefois  efclave  cî( 
cette  princelTe  ,  actuellement  reint 
d'Auftrafie  ,  femme  aufli  vertueuf 
que  belle  ,  avoit  un  grand  crédit  fu 
l'efprit  du  roi  fon  époux  i  elle  lui  fi 
demander  une  conférence  ,  qui  d'à 
bord  fut  accordée  ,  enfuite  rompui 
par  les  intrigues  des  courtifans  qu 
ne  refpiroient  que  la  guerre.  Il  paru 
alors  à  la  cour  d'Auftrafie  une  fill 
d'une  rare  beauté ,  nommée  Theudi 
childe.  Le  monarque  en  devint  éper 
duement  amoureux  ,  3c  réfolut  d 
l'époufer.  Bilichilde  étoit  un  obftacl 
à  cette  alliance  fi  ardemment  défirée 
ce  barbare  la  traita  comme  une  efdaV' 
fur  laquelle  il  avoit  droit  de  vie  &  d< 
mort,  ôc  la  poignarda  de  fa  propD 
main.  Les  feigneurs  Auftrafîens,  de 
venus  par  cette  mort  tout  -  puifTant 
dans  le  confeil  du  roi  leiu:  maître,  1< 
déterminèrent  enfin  à  rompre  ave( 
fon  frère.  Il  entra  dans  l'Alface ,  qu'i 
réduific  fous  fa  puifTance ,  avant  qu^ 


!  C   L    O    T    A    I    R    E      1  I.        iSl 

:|x  cour  de  Bourgogne  put  être  infor-  ^"' * 

née  qu'il  avoir  pris  les  armes.  Il  écri-  Ann.  610. 
it  enfuite  à  Thierri  pour  lui  propo- 
er  de  faire  décider  leur  querelle  dans 
me  affemblée  des  feigneurs  de  la  na- 
ion.  On  choifit  pour  le  lieu  de  la 
ronférence  un  château  nommé  alors 
;aloi(ïa  ,  aujourd'hui  Seltz ,  entre  Sa- 
^eme  de  Strasbourg.  Les  deux  rois 
)romirent  de  s*y  trouver  avec  un  cer- 
ain  nombre  d'hommes  :  il  fut  con- 
tenu qu'il  n  excéderoit  pas  dix  mille.  ^ 

Le  roi  de  Bourgogne  ,   fur  la  foi  Supercherie 
lonnée,  s'y  rendit  avec  peu  de  fuite.  ^:,J^t'j; 
rhéodebert  y  vint  le  dernier  ,  ^ufli  entre  les 
nal  accompagné  en  .apparence   Mais  ^^^,^^^ 
es  troupes  qu'il  avoir  tait  denier  de  de  ciotaîie. 
ous  cotés  5  le  réunirent  tout-à-coup, 
nveftirent  Thierri ,  ôc  le  ferrèrent  de 
î  près  5  que  pour  échapper  au  danger 
]ui  le  menaçoit ,  il  fe  vit  contraint  de 
igner  tout  ce  qu'on  voulut.  Ainfi  le 
prince  Auftrafien  demeura  maître  de 
:out  le  pays  qui  étoit  le   fujet  de  la 
:onteftation.  

La  néceiîîté  avoir  fait  conclure  ce  j^^^^  ^^^^ 
traité  :  le  defîr  de  la  vengeance  le  fit 
rompre.   Le    monarque   Bourguignon    Fred>ibii^ 
ne  fe  fut  pas  plutôt  tiré  des  mains  de 
ton  frère  ,  qu'il  entreprit  de  recou- 


} 


1^1    Histoire  de  France. 
l  vrer  par  les  armes  ce  qu'on  lui  avoî 

Ann*  ^11.  enlevé  par  trahifon.  Cependant  pou 
s'afTurer  du  roi  de  Soiffans ,  il  lui  pro 
mie  de  lui  faire  refticuer  tout  ce  qu 
les  Auftrafiens  avoient  ufurpé  fur  lu 
entre  FOife  &  la  Seine.  Clotaire 
ces  conditions  accepta  de  garda  fcru 
puleufement  la  neutralité. 
i  La  faifon  permettoit  à  peine  de  f 

Ann.  6 1 1.  mettre  en   campagne  ,    que  Thierri 
Théodebert  après  avoir  fait  la  revue  de  fes  trou 
défait  près  Je  p^g      s'avança  vers  Andelau.  Déjà  i 

Toul  «&  a      i,,     '.  ^'    j      -NT  U'  ' 

Tolbiac.       S  ctoit  empare  de  Nas,  château  quo] 
Freieg.  in  croit   être   le  petit  Nancy  ,   Nancey 

cèron,  c.  38.  Qy  Nançois,  lorfque  Théodebert  vin 
à  fa  rencontre.  La  bataille  fe  donn 
dans  les  plaines  voifines  de  Toul.  Le 
Auftrafiens,  après  un  combat  opiniâ 
tre  ,  furent  mis  en  déroute.  Le  roi 
©bligé  de  prendre  la  fuite ,  fe  retir 
d'abord  à  Metz,  enfuite  à  Cologne 
où  il  reçut  un  renfort  confidérable  di 
troupes  compofées  de  Saxons  ,  di 
Thuringiens ,  6c  des  autres  nations  d< 
la  France  Germanique.  C'étoit  unt 
efpece  de  corps  de  réferve ,  dont  oî 
ne  fe  fervoit  que  dans  les  prefTante 
nécelîités  de  l'Etat.  Le  monarque  {< 
mit  à  leur  tète  ,  revint  fur  fes  pas  &< 
marcha  droit  à  Tolbiac  ,  où  Thierr 


ClotaireIÎ.  iS$ 
v^oit  afTis  fon  camp.  Ce  lieu  fi  célèbre 
ar  la  vidoire  de  Cloyis  fur  les  Aile-  a^n.  6ii, 
lands  ,  devint  le  théâtre  de  l'adion 
i  plus  vive  Ôc  la  plus  meurtrière  en- 
re  deux  petits  fils  de  cet  illuftre  con- 
luérant.  >»  Le  carnage  fut  fi  horrible,  liem.ibiài 
.  qu'en  plufieurs  endroits ,  des  batail- i'-^?  ^^^;  ^  ^^ 
.  Ions  entiers  de  corps  m.orts ,  ferrés 
.  les  uns  contre  les  autres ,  demeure- 
)  rent  debout  ,  comme  s'ils  eufient 
)  été  encore  en  vie.  «  Ce  font  les 
)ropres  termes  de  Frédegaire  :  un  lec- 
eur  judicieux  fçaura  les  réduire  à  leur 
ufte  valeur.  Les  Auftrafiens  ,  vaincus 
3our  la  féconde  fois  ,  ne  fongerent 
)lus  qu'à  gagner  un  lieu  de  retraite. 
Mais  il  en  périt  autant  dans  la  fuite 
que  fur  le  champ  de  bataille.  Les  cam- 
pagnes depuis  Tolbiac  jufqu'à  Colo- 
gne étoient  jonchées  de  cadavres ,  de 
blefies  ,  &  de  mourants.  L'hiftoire 
fournit  peu  d'exemples  d'un  pareil 
acharnement. 

Le  roi  d'Auftrafie  fe  fauva  au-delà   incertîtu<3é 
du  Rhin ,  où  il  fut  pris,  &  amené  au  î^h'éodebert! 
prince  fon  frère ,  qui  le  fit  dépouiller 
de  tous  les  ornements  de  la   dignité  ^ 
royale  ,  lui  ôta  jufqu'à   fon  baudrier  , 
&    dans    cet   état  humiliant  l'envoya     Freieg.  în 
fous  bonne  garde  à  Chàlons-fur-Sône.  ^^'•''"-  ^-^S' 


1S4    Histoire  de  France. 
C'efl  tout  ce  que  Frédegaire  nous  apj 
Ann.  éii.  prend  de  la  deftinée  de  Tliéodeber 
Jonas  in  vita  Le  nioine  Jonas  ajoute  que  la  lein  ; 
•^•^''^"^^^"^•Brunehaut  lui  fit  couper  les  cheveux, 
,  &   le    força  d'embrafTer    l'état  ecclé; 
fiaftique.  Tant  de  précautions ,  dit-il 
ne  ralfuroient  point  encore  cette  mé 
chante    femme  :    l'appréhenfion    qu  i 
ne  s'échapât ,  la  détermina  enfin  à  l 
faire  maflacrerc  Mais  il  eft  le  feul  di 
nos  anciens  hiftoriens  qui  rapporte  ci 
^  fait  :  les  écrivains  qui  fe  font  le  plu 

déchaînés  contre  cette  princefTe ,  n'er 
font  aucune  mention.  Un  autre  moi- 
ne 5  &  lauteur  du  livre  intitulé  ,  le. 
Aimoin  ,   Paits  des  rois   de  France  ^  difent  ai 
'(^eji.  Franc  Contraire    que  Théodebert  ,   après  fa 
c.  38,  défaite  s'enferma   dans  Cologne,  où 

le  roi  de  Bourgogne  l'affiégea.  Les 
habitants ,  pour  avoir  meilleure  com- 
pofition ,  conjurèrent  contre  la  vie  du 
monarque  Auftrafîen  ,  lui  coupèrent 
la  tête ,  ôc  la  jètterent  par-deffus  leurs 
murailles.  Ce  ne  fut  qu'à  ces  condi- 
tions 5  aufii  honteufes  pour  celui  qui 
les  exigea ,  que  pour  ceux  qui  s'y  fou- 
rnirent ,  qu'ils  obtinrent  la  paix  du 
vainqueur. 
Autres  in-  Ces  deux  derniers  auteurs  donnent 
iJ  le"  nom- plufieurs    enfants  à   Théodebert.  Ils 


Clotaire    ÎÏ.     1S5  ^^^^ 
content    que    Brunehaut    qui   étoit  '■"■'■'■■■?;! 
lée  au-devant    de    Thîerri  jufqu a  Ann.  6ii, 
letz,  les  fit  tous  égorger ,  à  la  réfer-  bre^^des^  en- 
5  dune  princene   dune  rare    beau- pjince,  &  fur 
•.  Thierri  conçut  pour   elle  l'amour  |^'J"|^^['^^* 
•  plus  violent /&  forma  le  deiïein  de  ^""^  ^  °' 
époufer.  La  régente    craignant   que , 
evenue    reine  ,    elle    n'entreprît    de 
snger  la  mort  de  fon  père  ,  lui^  re- 
réfenta  vivement  qu'il  ne  lui   étoit 
is  permis  de  contrader  mariage  avec 
.  fille  de  fon  frère.  Ne  rn  as-tu  pas    Aimoîn  , 
\t,  méchante  femme  •,  s'écria  ie  pnnce 'ç'^^'/^^^^^;^ 
1  fureur  ,  quil  n  étoit  pas  mon  frère  ?  c,  39. 
u  pi  as  donc  fait  commettre  un  parri- 
de    dans  fa  perfonne  ?    En  meme- 
imps  il  tira  fon  épée^  &  fe^  mk  en 
evoir  de  la  poignarder.  Mais  il  en 
it  empêché  par  les  feigneurs  qui  fe 
ouverent    préfents.    Brunehaut ,    qui 
DunoilToit  le  xaradère  de  fon   petit- 
Isjle  prévint  en  lui  donnant  du  poi- 
)n   dont  il   mourut.    Cependant ,  fi 
on  en  croit  Frédegaire ,  auteur  plus    Fredeg.  m 
oifin  du  temps  dont   nous  parlons ,  ^^^°^'  *^'  ^''' 
î  roi  d' Auftrafie  n'eut  qu'un  fils ,  nom- 
lé  Mérovée.  Cet   enfant ,  pris  avec 
m  père  5  fut  amené  à  Cologne  ,  où 
3n   oncle   &    fon  vainqueur    lui  fit 
crafer  la  tète.  Ce  récit ,  où  la  me-. 


iS(j  Histoire  de  France.' 
moire  de  Brunehaut  eft  fi  fcrupule 
Ann.  612.  fement  refpedtée  ,  doit  être  d'aiita 
moins  fufped ,  qu'il  part  d'une  plun 
qui  femble  n'avoir  écrit  que  pour  fl 
trir  la  réputation  de  cette  princelTe.  C 
va  voir  par  le  témoignage  du  mcn 
hiftorien,  que  c'eft  aufli  injufteme 
qu'on  lui  attribue  la  mort  du  mona 
que  Bourguignon.  Voici  comme  il  ra 
porte  cet  événement. 
■"  Clotàire ,  fur  la  nouvelle  de  la  d 

Ann.  613.  faite  &  de  la  prife  de  Théodeber 
TMemi."^'  s'étoit  jette  fut  le  duché  de  Dentel 
nus ,  qui  lui  avoir  été  engagé  po 
prix  de  la  neutralité.  Le  roi  de  Bou 
gogiie,  peu  fcrupuleux  fur  la  foi  d 
traîtés  5  le  Rt  fommer  d'en  retirer  f 
trcupês.  Les  ambalfadevirs  avoiei 
ordre ,  en  cas  de  refas ,  de  lui  clécL 
rer  la  guerre.  Le  prince  Neuftrié 
foutint  Tes  droits  avec  une  noble  fei 
meté.  On  prit  auffi-tot  les  arme 
Thierri  ,  à  la  tète  d'une  nombreui 
armée,  fe  préparoit  à  fondre  fur  1 
royaume  de  Soiifons ,  locfqu'il  fut  ai 
^  Idem  Fnd.  taqué  d'ime  dylTenterie ,  qui  l'enlev 
ibii,  gj^  très-peu  de  jours»  11   étoit  dans  ) 

vingt  -  iixième  année  de  fon  âge  ,  i 
dans  la  dix-feptième  de  fon  règne... 
n'eut  3  aiiifi   que  fon  frère,  rien  d 


Clotaire     II.     187 
^commandable  que  la  bravoure ,  tou- 
jars    héréditaire   dans  la  famille   de  Ann.  61$. 
(lovis.  Les  Goths  d'Efpagne  l'éprou- 
rent  ,    lorfque    Gondeniar    régnoit 
r  eux.  Ce  monarque ,  fi  l'on  en  croit 
^ariana,  fut  tributaire  des  rois  Fran- ,./^'î,7^"^  » 
.is.  Cela  le  prouve,   dit -il,  par  leg^c.  i, 
moignage  de  Bulgaran ,  gouverneur 
î  la  Gaule  Gothique ,  dont  on  con- 
;jrve   encore   aujourd'hui    les    lettres 
jins  les  archives  d'Alcala  &  d'Ovié-    . 
j).  Or  ce  roi  Gondemar,  dont  le  re- 
lie commence  en  fix  cent  dix,  &  finit 
i  fîx  cent  treize,  n'a  pu  être  aflujetti 
1  tribut  que  par  ces  deux  jeunes  prin- 
s ,  qui  tenoient  alors  les   rênes   de 
;mpire  François. 

L'niitoire   lournit  pclî    aé)têinpicî  Le^Xufïra- 
une  révolution  auiîi  funefte  que  celle  ^^P^-'"'^^^"' 
w  luivit  la  mort  ae  1  hierri.  Ce  prin-  taire  pour 
î  laifToit  quatre  fils ,  Sigebert ,  Chil-  ^'^"'^ 
îbert  5  Corbus ,  &  Mérovée.  Le  plus 
;é  n'avoir  que  dix  à  onze  ans.  Bru- 
ahaut  prenoit  des  mefures  pour   lui 
Turer  la  double  couronne  du  roi  fon 
2re  ;  mais  elle  fut  trahie  de  tous  cô- 
:s.  Les  feigneurs  Auflrafiens  ,  foUi- 
tés  par  Arnoul  &  Pépin  ,  les   plus 
^nfidérables  d'entre    eux  fe  déclaré- 
;nt  ouvertement  pour  le  roi  de  Soif- 


roi. 


îSS  Histoire  de  Framce. 
^**'**'^  fons.  Clotaire ,  afTuré  de  leurs  fufFiri 
-Ann.  «îij.ges,  entra  dans  l'Auftrafie,  fut  rei 
i^rei.  tf.  40,  dans  plufîeurs  villes,  s'avança  jufqil 
Andernac,  place  forte   fur  le  Rhii, 
&  l'emporta  d'affaut.  Ce  fut  dans  c- 
te  ville  qu'il  donna  audience  aux  a  - 
baffadeurs  qui  lui  portèrent  les  plai. 
tes    de    Brunehaut  fur  fon  irruptii 
dans  un  royaume  qui  appartenoit  a  : 
enfants  de  Thierri*  Le  monarque    • 
fedlant    au  -  dehors    une    modérati  i 
qu'il  n'avoir  pas  dans  le  cœur ,  répc  • 
dit  aux  envoyés  ,  qu'il  confentoit 
remettre  la  décifîon  de  cette  affaire 
une  affemblée  des  feigneurs  de  la  r 
tion* 
tci  Bour-      La   reine    n'attendoit    pas  une  1 
f m^u?ent     P^"^''^  d'une  auite  nature.  Ceft  ce  c 
coaitre  les   î'avoit  déterminée  à  faire  partir  Si^ 

Thteni  ^^  ^^^^  P^^^^  ^^  Thuringe.  Elle  efpérc 
que  la  préfence  du  jeune  monarq 
engageroit  plus  efficacement  ces  pi 
vinces  à  fe  déclarer  pour  lui.  M; 
Idmi  îhid.  le  maire  du  palais  de  Bourgogn 
Garnier ,  qui  conduifoit  ce  princ 
étoit  d'intelligence  avec  le  roi 
Soiiîons.  Le  perfide  obtint  de 
peuples  5  que  non  -  feulement  ils  : 
feroient  aucun  mouvenient ,  mais  m 
me    qu'ils   rappelleroient  les  troup 


Clotaire     il     1S9 
e  quelques-uns  d'eux   avoient  dcja  ^^ 


koyées.  Ainfi  afTuré  des  nations  Ann.  éi  j* 
lîrmaniques ,  il  ramena  Sigebert  à 
lorms  où  étoit  la  princelfe.  Il  lui 
lifeilla  de  retourner  en  Bourgogne, 
I  elle  trouveroic  ,  difoit-il  ,  plus  de 
limiiîîon  à  fes  ordres  ,  ôc  plus  de  fi- 

ité  pour  fes  enfants.  Le  motif  étoit 
•ci^ux    :   elle    s*y   laifTa   conduire  ; 

is  elle  y  fut  aulîî  mal  fervie  qu'en 
Irmanie.  Garnier  employa  tout  le 
î  dit  que  lui  donnoit  fa  charge  ,  pour 
l^âger  les  feigneurs  Bourguignons 
Ireconnoître  Clotaire.  On  convint 
[  faire  périr  la  bifaïeule  Se  les  petits- 
I .  La  trame  fut  conduite  fi  fecrcte- 
I  int ,  que  Brunehaut  n'en  eut  pas  le 
lis  léger  foupçon« 

C'eft  ici  une  de  ces  trahifons ,  dont  Latrahîfdw? 
Iti  ne  peut  effacer  la  noirceur.   Les  J^^  ^"^"^"'^^ 
(iltrauens  pouvoient  couvrir  leur  de- gnons  eft  ia- 
Ition  du  prétexte  de  venger  la  ijiQT^i^^c-afMt. 
I  Tkéodebert  leur  roi.  Mais  la  dé- 
IHon   des  Bourguignons  ne  fouffre      ( 
t:une  palliation.  Dire  avec  quelques 
(îdernes,  que  les  enfants  de  Thierri 
itoient  pas  légitimes  ,   c'eft  ignorer 
I     premiers    principes    de    l'ancien 
t'oit  François.    On  l'a  déjà  dit  :  la 
Biitume  de  ces  premiers  temps  ad-; 


1 


190    Histoire  de  France. 
metcoit  aux  fucceffions  non-feulemer 

Ann.  613.  ks  bâtards  &  les  fils  de  concubin, 

mais  même  les  enfants  nés  dans  l'adi- 

tere  ou  dans  l'incefte  :  témoin  The- 

Greg.  Tur.  balde  qu'on  a  vu  fuccéder  à  Théoc  - 

jj  j'^j,^*^^^;  bert  5    quoique   né   de    Deuterie    c! 

a»»  avoit  fon  mari  :  témoin  encore  Ch 

péric  ,  qui  partagea  avec  fes  frère, 
quoique  fils  d'Aregonde  ,  fœur  d'  - 
gonde  ,  toutes  deux  en  même-ten  : 
Femmes  de  Clotaire  premier. 

L'hiftorien  Frédegaire  n'eft  pas  p 
heureux    dans   le    choix   des   moy  > 
qu'il  emploie  pour  juftifier  la  condu  i 
de  Garnier.  Brunehaut,  dit -il,  foi  ^ 
çonnant    la   fidélité    de   cet    officit 
écrivit    à  un  feignent  de  la  cour  < 
accompagnoit  Sigebert  en  Thurinc 
de  fe  défaire  au  plutôt  d'un  traître  < 
favorifoit  fecrètement  le  parti  de  C 
taire.  Alboin ,  c'étoit  le  nom  du  cp 
tifan  5  déchira   cette    lettre.   Un   c 
meftique  de  Garnier  en  raffembla 
morceaux    de  façon  que  fon    mai 
put  lire  tout  ce  qu'elle  contenoit.  I 
ce  moment  il  réfolut   la  perte  de 
reine  &  de  {qs  enfants.    Mais  on 
perfiiadera  pas  facilement  qu'un  ho 
me  chargé  a  un  pareil  ordre  ,  ait  Vï^ 
prudence   de  le  déchirer  de  manié 


i 


Clotaib.  E  IL  I^I 
'on  en  puiiT'e  aifémenc  rapprocher 
jtes  les  pièces.  Si  Garnier  eût  éteANN.  Ci^m 
huit  de  tout  ce  qu'on  machinoic 
litre  lui ,  éft  -  il  croyable  qu'il  fe  fiic 
ffenté  a  la  cour  d'une  princelTe  qui 
ait  ordonné  fa  mort  ?  Si  Erunehaut 
c  eu  des  doutes  fur  la  fidélité  du 
lire  du  palais  ,  lui  auroit-elle  con- 

non-feulement  l'adminiftration  des 
aires ,  mais  la  perfonnne  de  fes  pe- 
;-fils  5  &  le  commandement  de  l'ar- 
•e  qu'elle  envoyoit  contre  l'ennemi 

fa  famille  ? 

Quoi  qu'il  en  foit ,  Clotaire  ,  dont  Gamîer  n- 
affaires  profpéroient   de   jour  en  Y""^  ^^?  ^"* 

,  ^         ^  1  r   fants    de 

ir  ,  s  avança   avec   une    nombreule  Thieni  au 
née  jufque  dans  les  plaines  de  Cha-  j;^^  '^^  Soifr 
is- fur- Marne.    Les  Bourguienons 
lient  campés   dans  le  voifinage  de 
te  ville  ,  à  quelque  diftance  de  la 
iere    d'Aifne.    Déjà   ils    fe    prépa- 
ent  à  combattre,  lorfque  les  géné- 
IX  de  Sigebert  firent  fonner  la  re- 
ite.  Toute  l'armée  prit  aulli-tôt  la 
te.  Le   roi  de  Soirfbns  la  pourfui-    idefn.Frgm 
\  ,  mais  fans  la  prefier  :  c'etoit  un  ^^'  ^  *  • 
|s  articles  convenus.  Elle  marcha  de 
H:te    forte  ,    toujours    en    défordre , 

Inais  attaquée ,   jufqu'à  la  rivière  de 
ne.  Ce  fut  là  que  Garnier  £t  éclater 


1 

I92.    Histoire  de  France. 
-.  !  fes  noirs  delTeins  ,  &  que  parut  à  d^ 

Ann.  6fij.  couvert  fa  perfidie.  Le  traître  oublia ;( 
les  loix  de  la  religion,  de  la  probit,! 
de  l'honneur  &  de  l'humanité .,  1 
faifit  de  Sigebert ,  de  Corbus  ,  de  M-- 
rovée ,  6c  les  livra  au  plus  mortel  tnxÀ 
mi  de  leur  maifon.  Childebert  eut  : 
bonheur  d'échapper  j  mais  on  ignc: 
ce  qu'il  devint. 
Brunehaut  Brunehaut  fur  la  nouvelle  de  ce  : 
cû  arrêtée,  fatale  cataftrophe,  fe  fauva  au  châtei 
d'Orbe  près  du  lac  de  Neufchâte  ; 
mais  bientôt  on  découvrit  fa  retrai . 
Elle  fut  arrêtée  &  conduite  avec  Th< 
delane  ,  fœur  de  Thierri  ,  jufq  i 
Ryonne  ,  village  fitué  fur  la  Vingei  , 
où  Clotaire  avoir  afïîs  fon  camp.  1 1 
ancien  auteur  ^flure  que  cette  pr  • 
CQ^Q.  fit  elle-même  égorger  fes  qua  \ 
petits-fils  5  &  qu'elle  fe  préfenta  <  - 
vant  l'ufurpateur  avec  tous  les  ato  s 
d'une  jeune  perfonne ,  qui  afpiroii  \ 
lui  plaire,  èc  qui  efpéroit  de  l'ép- 
fer.  Mais  cet  hiftorien  n'écrivit  c  i 
cent  ans  après ,  &  fous  le  règne  >  s 
petits  -  enfants  de  l'exterminateur  e 
cette  malheureufe  famille.  11  et  c 
'  alors  de  mode  de  regarder  Clotc  e 
comme  un  autre  Jéhu  :  Bruneht 
ctoit  une  féconde  Jéfabel.  Il  ne  fàll  \ 


Clôt  AIRE  IL.  155^ 
•as  que  rien  manquât  au  portrait.  La 
■aflion  ou  l'adulation  fit  oublier  juf-  Ann.  615^ 
u  a  la  vraifemblance  :  car  enfin  quelle 
pparence  qu'une  reine ,  bifaïeule  de 
uatre  enfants ,  dont  l'aîné  avoit  au- 
loins  douze  ans  ,  ait  pu  fe  flatter 
.e  devenir  la  femme  d'un  jeune  roi 
éja  marié  ,  3c  le  plus  mortel  de  fes 
nnemis. 

Un  autre  écrivain  moins  proche  du  ciotaîrefak 
amps  de  cette  princefTe  ,  mais  éga-  égorger  les 
nnent  pallionne  contre  la  mémoire  ,  xhiciri.  ^ 
i  juftifie  néanmoins  très-parfaitement 
u  mafTacre    des    enfants   de  Thierri. 
.a  reine ,  dit-il ,  ne  fut  pas  plutôt  au 
ouvoir   de  Clotaire ,    qu'il  fit    égor-     Fredeg.  m 
er   Sigebert  ^   &    Corbus    fon  frere*^^^^'^"*^*'*^* 
.e  jeune  Mérovée  lui  fit  compaflion  : 
L  l'avoir  tenu  fur  les  fonts  de  baptè- 
le  j   cette  confidération  lui  afTura  la 
ie.  On  le  donna  en  garde  au  comte 
ngobode  ,    qui    l'éleva     fecrètement 
lans  la  Neuftrie ,  où  il  vécut  plufieurs 
nnées.   Mais  il   eft  bien   difficile   de 
roire  que  la  pitié  ait  épargné  un  en- 
mt   que   la  politique  condamnoit.  U 
voit  en  effet  le  même  droit  que  fes 
reres  a  la  double  couronne   que  Tu- 
îirpateur  vouloir   réunir  à    la  fienne. 
^ulîi  Frédegaire  eft-il  le  feul  de  nos 


\ 


194    Histoire  de  France. 
5???:??!!?^  hifloriens  qui  attefte  ce  fait  :  Fréde 
Ann.  613.  gâire  ,  dis- je  ,   qui  n'eft  pas  contem- 
porain ,  8c  qui  n  a  écrit  ion  hiftoire 
que  par  ordre,  de  Cliildebrand,  oncl 
du  roi  Pépin  ,  c'eft-à-dire ,  plus    d'ui 
Hècle    après    ce    tragique    évènemeni 
Cet  écrivain    d'ailleurs    fe    contredi 
manifeftement    lui  -  mcme  ,   lorfque 
cinq  lignes  plus  bas  ,   il  raconte    qu 
Clotaire  reprocha   à  la   reine  Brune 
haut  le  meurtre  des  trois  Ji/s  de  Thierrï 
qui  venoient,  d'être  égorgés. 
Mort  de  la,      Cette  cruelle  exécution  n^'étoit  qu 
hayr.  '        ^^   prélude    dune    autre    encore   pli 
barbare.   Brunehaut  reftoit  ^    Childc 
bert  vivoit  ;  la  vengeance  de  Clotaii 
n-étoit  point  pleinement  aflbuvie  ,  i 
fes  inquiétudes  entièrement  diffipée 
Il  fe  fit  amener  cette  princeiTe  à  la  têi 
de  fon  armée  ,  lui    fit    des  reprocha 
auiîi  indécents  que    mal    fondés  ,  li 
imputa   des  crimes   qui  étoient   poi 
la  plupart  ou  ceux  de  fa  mère ,  ou  L 
liens.    La    foldatefque  s'écria   tumu 
tueiifement  qu  elle   méritoit   la  moi 
"  On  la  tourmenta  durant  trois  jours 
on   la  promena  par-tout  le  camp  A 
un  chameau  ^  on  lui  fit  mille  inîulti 
ôc  mille  indignités ,  on  l'attacha  enb 
à  la    queue  d'un   cheval   indompté' 


Clotaire  il  195 
Il ,  la  traînant  fur  les  cailloux  ,  ^  à  !!^ 
avers  les  rences  &c  les  épines,  l'eut  Ann.  613, 
.entôt  mife  en  pièces.  Les  reiles  de 
»n  corps  furent  livrés  aux  flammes  , 
réduits  en  cendres.  L'horreur  qu'in- 
ire  un  traitement  ii  barbare  jaugmen- 

èncore  ,  lorfqu'on   voit  Frédegaire     ibîdi 
rminer  ce  récit  par  l'éloge  de  l'iiu- 
anité   de  Clotaire.  C'étoit  ,  dit -il, 
i  prince  craignant  Dieu ,  débonnai- 

5  Ôc  d'une  douceur  incroyable  en- 
:rs  tout  le  monde.  Cette  louan(î;e  , 
i  n  ell  qu'une  fanglante  ironie  ,  ou 
mne  une  étrange  idée  des  mœurs 
I  ce  temps-lâ. 

Ainfi  périt ,  du  genre   de   mort   le  Son  éloge. 
as  affreux  ,   i'époufe   du  plus  grand    Fortunir. 
onarque  c|ui  eut  encore  règne  lur  la 
ance  :  la  tille  ôc  la  mère  de  tant  de 
is  j  cette  reine   que   l'évéque  Fortu- 
t  nous  dépeint  fous  l'image  même 
:s  grâces  de  de  la  beauté  j  que  Gré-    Cr^g.Tan 
ire  de  Tours  nous  propofe  comme  ^"  *^'  ^'  ^7» 
i  modèle  de  décence  ,  de  vertu ,  de 
^effe  &:  de  douceur  \  que  faint  Gré-    s.  Orc^. 
•ire   pape    nous    représente    occupée  '^j^fio» 
tout  ce  que  la  religion   exige  d'une 
eufe  reine,  d'une  vertueufe  ré^en- 
,  &  d'une  mère  véritablement  chré- 
mne.  L'hifloire  de  fon  règne ,  à  tra- 

1  1 


ic)6    Histoire  de  France. 

T^Z2-  ~"^  vers  les  horreurs  dont  on  s'eft  efToïc 

Ann.  613.  de  le  noircir,  nous  laide  appercevo 

toutes    les    qualités    qui  forment  ur 

héroïne  ;  de  i'efprit ,  elle  pofTcda  ém 

nemment  le  grand  art  de  gouverner 

Idem,  Grcg.  de  la  grandeur  dame  ,  elle  accorc 

Tur.  i.  4  ^généreufement  la  vie  au  perfide  Ol 

rie  ,  que  Frédegonde  avoir  envoyé  poi 

rafTaiTmer  ^  de  la  fermeté  ,  fa  conftai 

ce   dans   le^  derniers    momens   de 

vie  fat  admirée  ,  ôc  ne  fut  point  la 

«.  fée  ;   de  la  bonté  ,   elle  prit  toujoii 

plaifir    à   faire    du   bien    à    ceux  q 

avoient  du  mérite^  de  la  magnificenci 

^y^lmoîn  ,  OU  voyoit  encore  du  temps  d'Aimo 

lm{%an      ^^^^^    ^  châteaux ,  d'églifes  ,  de  m( 

nafteres ,   d'hôpitaux  ,  de  grands   ch 

mins  ,  ôc  autres  fuperbes  monumeii 

élevés  par  cette  princeife ,  qu'on  ave 

peine  à  croire  ,   dit   ce  moine  ,    qi 

ce    pût    être    l'ouvrage    d'une    feu 

reine  ,  qui  n'avoir  régné  que  fur  ui 

petite  partie  de  la  France. 

Rien  n'eft  fi  fufpeâ:  que  ce  qui 
été  écrit  contre  la  mémoire  de  cet 
princefie.  11  falloit  quelques  prête: 
tes  pour  couvrir  l'horreur  &c  l'infam 
4u  lupplice  auquel  on  n'eut  pas  hon 
de  la  condamner.  Il  ne  fut  pas  dift 
cile  à  un   roi ,  qui   venoic  d'ufurpi 


C    L    O    T    A    I    R    E       II.       Î97 

îux  royaumes ,  &  à  tant  de  feigneurs  ^îi^r±-:^ 
li  avoient  favorifé    rufurpation  ,    cIcann.  6i5> 
rprendre  la  crédulité    des    peuples  ^ 
i  répandant    mille    bruits   injurieux. 
3S  eccléfiaftiques  &  les  moines,  dit     R'-ch-a^l^ 
ilqiuer,    etoient  alors    les  leuls  qui  c.  14, p.  451. 
lilent  la  plume.  On  fçait  qu'ils  vi-^ 
)ient  de  la  libéralité    de  nos  fouve-^ 
ins,  &  Aqs  grands  de  leur  cour.  Là 
)litique ,  ou  la  reconnoiffance  ,  pouf-* 
e  au-delà   des-  bornes  ,    leur  a    fait 
[opter ,  fans  difcernement ,   tout   ce 
li  pouvoit  fervir    a    la    juRii-ication 
î  leurs   bienfaiteurs.  De-là  ,  tunt  de 
blés    inférées    dans    leurs    ouvraees. 
e-là,    tant  de   contradidlions  ,    l'un 
mr    l'ordinaire    juftilianc    Bronetiaut 
1  crime  que  l'auire  lui  impute.  Mais 
:s  réHexîons   font  trop  générales  •   il 
i  fint  de  plus  particulières  :  exami- 
ms  le  détail  des  accufations. 
On  lit  dans  Aimoin ,  que   Brune-  C'eft  fhuiTû. 

SI  \     c  '  I   '     rnent    qu'on 

^  ^     ^     igebert   a   faire    périr  i^^^^^^c^  ^^ 

ogon  ,   cet  illuilcre  maire  du  palais  ,.  ciusoté  «se 

.11  avoir  été  la  demander  en  Efpag-ne.    ^^^""* 

.ependanc   Grégoire   de    1  ours  ,  au-  z.  9 ,  c.  4, 

!ur  contemporain  ,  garde  un  profond 

'lence    fur    cette    anecdote.     Quelle 

'3parence  qu'il  ait  ignoré  ce  fait ,  lui 

uii  a  eu  tant  de  part  aux  affaires  ?  ou 

13 


Jc)S    Histoire  de  France. 
*  que    la  politique  le  lui  ait  fait  tain. 

Ank.  (îij.  lui  qui  a  toujours  parlé  le  langage  < 
la  vérité  ,  fans  acception   de  perfo  ■ 
l-em,  îbid,  nés?  La  cruelle  Jéfabelle ,  dit  aillei; 
ce  palîîonné  foliraire  ,  pour  avoir  1 
biens    de    Wintrion ,    l'accufa   davc 
trahi    l'Etat  à   la  journée   de   Droi . 
Mais  Frédegâire  ,   plus   voifin  de    : 
temps  5  ne  lui   donne  point  un  fei' 
blable  motif.    Il  dit  limplement  q 
ce  duc  fut  mis  a  mort ,  a  la  pourfu 
Predeg.  în  de  Brunchaut.    On  ne  voit  rien  da  ; 

c.'iroa.  c.is.  £ç^^^  récit  qui  dépofe  contre  l'avc.ri: 
de  cette  princefTe,  ni  qui  attefte  Ti- 
jnocence  de  ce  feieneur ,  trop  lié  av  : 
un  homme  convaincu  de  crimes  d'  • 
tat  *  5  pour  n'être  pas  lui-même  co  • 
pable. 

C'eft  encore  avec  aufïi  peu  de  \ 
rite  que  de  viaifemblance  ,   qu'on  i . 
attribue  la  mort  de  Bertoalde ,  ma:  i 
du  palais  de  Bourgogne.  On  en  va  jus  • 
par  l'expofé  même  de  Thiftorien  qui .  : 

liem,  Ulâ.  impute  ce  crime.  Ce  feigneur  march, 

^.' ^^'  accomnagné    de  trois  cents  homme, 

pour    lever    le    tribut    que    dévoie: 
les  provinces  nouvellement  conquiu 

♦Gilles,  évèque  de  Rheîms  ,  dont  la  faftion  I 
avoir  procuré  le  duché  ou  gouvernement  de  Ch?  ; 
pagne,  lorf^ue  Loup  fut  obligé  de  l'abandoîmer. 


i 


C    L    O    T    A    I    R    E       ï    L       199 

ai"    (>Iotaire.      La     commifîion     fut 

Mentot  exécutée^  mais  Tamour  de  la  Ann.  613* 

.:ha(re  l'arrêta  clans  un  lieu  qu'on  ap- 

)elioit  Arekune.  Il  y  fut  furpris ,  Se 

l'eut  que  le  temps  de  fe  fauver  à  Or- 

cans.  Landri  le  défia  au  combat.  Tous 

ileux  jurèrent  qu'à  la  première  adion 

iîntre  les  troupes  des  deux  couronnes , 

,Is    fe  trouveroient    chacun   à  4a   tête 

le  fon  armée.  Bertoalde,  à  la  bataille 

l'Etampes ,  emporte  par  la  gloire  ou 

a  haine ,  fe  précipita  à  travers  les  ba- 

aillons  ennemis ,  pour  aller  chercher 

.andri  qui  ne  paroidoit  point  j  mais  *" 

.ccablé  par  le  nombre ,  il  expira  percé 

|Ie  mille  coups.  Ce  récit  ,  qui  eft  tout 

hntier  de  Frédegaire  ,  porte   avec  lui 

a  pleine  juftihcation  de  Branehaut  , 

,]ui  alTurément  n'avoit  point  ordonné 

|iu   maire  Bourguignon    de   fe   battre 

i:ontre  le  général  Neuftrien. 

L'hiftoire  de  fon  procès  eft  en  me-    Phîftoîre 
ne  temps  celle  de  fon  innocence,  5^^^^°"  i"g^- 

,         .    -L  ,.,..'         ment  elt  cel- 

iu  vioiement  de  tout  droit  divm  &  le  de  fon  in- 

uimain.    Quelle  eft  celle  qui  eft  ju- 

^ée  ?  Une  reine  ,  une  princelTe  fouve- 

ûiine  ,   qui,  en  cette  qualité,  n'étoit 

ufticiable    de   perfonne.    Quels    font 

ies  chefs  d'accufations  ?   La   mort   de 

dix  rois  :  celle  de  Sigebert  fon  mari , 

14 


nocence. 


100    Histoire  i>e  Franc?. 
celle  de  Mérovce  fils    de  Chilpcric 

JVnn.  6i^.  qui  tous    deux  ,    félon    Grégoire    d 
Greg.  Tur.  Touis ,  périrent  fous  le  glaive  de  Fri 

i,  \  \  c  iV.  '  <iegoi^àe  :  celle  des  enfants  de  Thierri 
Fre'ug.  m  que  Frédegaite  fait  maffacrer   par  1( 

^  ^'^^*  ^•'*"' ordres  même  de  Clotaire  :  celle  d 
Chilpéric  ,  dont  aucun  auteur  coi 
temporain  ne  l'accufe ,  dont  plufieu 
chargent  la  mémoire  de  Frédegonde 

Gefî.  Franc,  celle  de  Mérovée ,  fils  de  l'ufurpateur 

^'  '^*  qui  fut  pris    à  la  bataille  d'Etampes 

dont  l'hiftoire  nous    lailTe  ignorer 
deftinée  :  celle  de  Théodebert  ,   fi 

jfdem  Frei.  laquelle  Ftédegaire  ^arde  un  profon 
..    .       iilence  ,   quAimoin  ce  ihilrorien  dt 

/.  3,c.  87,  jaits  des  rois  de  rrance  ^  attribuent 
la,  perfidie  des  habitants  de  Cologne 
qu'on    pourroit    même    imputer  à 
cruelle    politique    de   Thierri    :   cell 

Fni,  c.  3  p.  d'un  autre  Mérovée  ,  fils  de  ce  mêm 
Théodebert  ,  à  qui  le  vainqueur  d 
Tolbi^  fit  écrafer  la  tête ,  avant  qu 
Brunehaut  put  être  informée  de:  1 
vidoire  :  celle  enfin  de  Thierri  ,  qi 
mourut  félon  Frédegaire  ,  d'une  dy: 

Jonasinvhâ^ontenQ   :  felon  Jonas ,  d'un  coup  d 

/inr2iCok/7z-fomii-e.  Quel  .eft  celui  qui  fe  port 
partie  ?  Le  deftrudeur  de  cette  mal 
:heureufe  famille.  Quel  eft  fon  juge 
Le  plus  mortel  de  fes  ennemis»  Qu^ 


Clotaire  11.  201 
fc  fon  fupplice  ?  Le  plus  infâme  ,  le 
us  barbare,  le  plus  déteftable  dont  il  Ann,  613^ 
lit  parlé  dans  l'hidoire  d'aucune  na- 
jn.  Une  reine  qui  avoir  près  de  qua- 
le-vingt  ans  ;  âge  qui,  indépendam- 
ent  de  k  dignité ,  infpire  le  refpeâ: 

la  compaiîion  ;  une  princeiTe  ,  fille  , 
mme  ,  mère  ,  aïeule  &  bifaïeule  de 
,nt  de  rois  ,  expofée  aux  infultes 
une  foldatefque  eiïrénée  ,  traînée  par 
1  cheval  furieux  ,  déchirée  en  piè- 
s. .  .  .  La  plume  fe  refufe  a  de  pa- 
illes horreurs.  C'eft  fans  doute  ce 
li  a  fait  croire  â  quelques  hiftoriens  , 
ïe  fa  mort  eft  auiîi  fabuleufe  que  les 
uautés  qu'on  lui  impute. 

On  accufe  Brunehaut  du  libertine    p^  l^'ie  î'e- 

1  î         r        J    1  A /f    •       N  1  vécue  Adon 

;    le   plus   icanciaieux.   Mais   a   quel  dit  des  prof- 
;e  ?    Dans    une   extrême    vieillelfe  ,  zieutions  de 

\    1         r  11  j  Brunehaut , 

mps  OU  les  remmes  les  plus  perdues  ^^^  dépourvu 

î  débauches  ,  cefTent  de  fe  livrer  audetoutevrar* 

ime.    Les    deux    iamts    Gregoires , 

iteurs    contemporains  ,   font    l'éloge 

i  fa  pudiciîé  J   de  fa  relig,on  ,  de  fa 

irtu.  Adon,  évêaue  de  Vienne,  qui  -^ff^^'J!^^'^"' 

,  /     .    •  '      1      -^    1  .  ^      ta  Jancii  De- 

:  écrivit  que  plus   de   cent  cinquante  j^jerfi  epifco- 
is   après  ,    nous  alTure  que  dès  quep^  Vi^^f^- 
^hildebert  fut  mort ,  elle  leva  effron- 
:ment  le  mafque ,  fe  profiituant  fans 

■  Lidcur  à  tous  les  jeunes  gens  de  fa 


■  Wf-HHg 


loi  Histoire  de  France. 
cour.  Didier  fut  le  feul  des  cvêqi 
Ann.  6ii.  ^^.  f^i'^^'^ce  ,  qui  ofa  s'élever  coinî 
ces  excès  honteux  :  l'exil  fut  la  récoi- 
penfe  de  (on  zèle.  Cependant  vainc 3 
par  les  prières  des  prélats  aiTemblt, 
elle  le  rendit  aux  vœux  de  fes  dioi- 
fains.  Les  amants  de  la  princeil, 
alarmés  de  la  préfence  de  cet  infle- 
ble  cenfeur ,  lui  drefTerent  mille  e  - 
bûches,  l'attirèrent  à  la  cour,  lui  <- 
mandèrent  s'il  étoit  permis  a  une  fe  - 
me  d'avoir  pluiieurs  maris  ?  Le  fs  t 
homme  répondit  ,  avec  le  Dc6t  r 
dts  nations ,  que  cette  polygamie  et  t 
contre  toutes  les  îoix  divines  &  j- 
miines.  Cette  généreufe  réponfe  1 
iît  un  martyr  :  il  fut  lapide. 

On  rougit  de  voir  un  prélat  ,  d  -t 
le  minillère  eft  eiTentiellement  et  i 
de  la  charité  &  de  la  vérité ,  je  ne  s 
pas  adopter  ,  mais  imaginer  des  f  ^ 
û  injurieux  &  fi  calomnieux.  C'eft 
eftet  le  feul  qui  rapporte  ce  tragi<e 
événement.  Jonas  ,  qui  vivoit. 
temps  de  Brunehaut  ,  ne  lui  imp 
ni  i'exil  ni  la  mort  de  l'évêque  e 
Vienne  :  cet  écrivain  ,  l'un  des  f  s 
pafiîonnés  contre  la  mémoire  de  ces 
princefTe ,  ne  parle  ni  de  fes  amou  , 
111  de  fes   proftitutions.    Oii  ne  b 


I 


Clotaire  II.  205 
Kvoît  donc  pas  encore  accufée  de  fon 
remps.  C'efl:  peut-être  ici  l'endroit  de  Ann,  61 5, 
■îotre  hiftoire  -le  plus  propre  à  nous 
précautionner  contre  les  anecdotes 
,jue  débitent  des  auteurs ,  qui  ne  font 
)as  contemporains ,  ou  que  la  pafîion 
emporte. 

Didier  étoit  un  faint  ^   mais  il   vi^ 
'oit  dans  un  fiècle  où  la  piété  s'alar- 
noit  aifément ,  &  fe  rafiTuroic  difîici- 
enient.  On  fçait  que  les  auteurs  pro- 
ânes    rappellent    continuellement    le 
fOuvejiir  Se   le   culte  des  faux    dieux, 
pctoir    par    conféquent    un^    ledlure 
iangereufe  dans  un  royaume  où  l'ido- 
atne  n'étoit   pas  entièrement  éteinte. 
Z'e(\:  ce  qui  fit  que  l'étude  des  belles- 
ettres    paifoit   alors   pour   un    crime, 
Ilependant  levèque  de  Vienne  les  ai- 
noit  :    faint   Grégoire    lui     reproche 
nême  de  les  avoir  enfeignées.  Quelle  s.  Crcg.  /  ?, 
horreur  y  dit  ce  pontife,  de  voir  fonir  ^^^^''^*'^^* 
i'une  même  bouche  les  louanges  de  Jéfus- 
Chriji  &  de  Jupiter!  Le  pieux  Aridius    ■ 
fe  rendit  dénonciateur  du  prélat  gram- 
mairien :  les  pères  du  concile  de  Châ- 
lons  le  condamnèrent  à  Texil.  S'il  fut     Freùg.  m 
rétabli  <lans   fon  fiege  ,    c'eft  :qu'il  re-  ^^''^"-  ^'  ^■^• 
connut  fa  faute  *,  ce  c|ui  fait  voir  que 
Brunehaut    n'eut     d'autre    intérêt    en 

\6 


104    HiSTOiitE  DE  Franc*. 
cette  affaire  ,  que  celui   de  fatisfaire  ; 
Ann.  6i},£on    devoir,  de   aux   inftantes  prière 
'         d'un  grand  pape. 

On  efpere  que  le  ledteur  équitabl 
pardonnera  cette  efpèce  de  difTerta 
tion.  La  fidélité  de  l'hiftoire  devoi 
une  apologie  à  la  mémoire  d'une  gran 
de  reine ,  dont  le  malheur  a  fait  tou 
le  crime.  Ce  n'eft  point  ici  un  de  ce 
fyftêmes  iinguliers  ,  qui  n'ont  pou 
fondement  que  l'amour  de  la  nou 
veauté  ,  ou  l'égarement  de  la  témé 
rire.  Si  les  ennemis  de  Brunehaur 
peu  contents  d'avoir  ufurpé  fon  trc 
ne,  ont  ofé  attenter  jufque  fur  fa  ré 
putation  ,  il  s'eft  trouvé  d'illuftrÊ 
écrivains ,  aifez  généreux  pour  s'élève 
contre  la  calomnie ,  aûez  éclairés  poi 
la  confondre.  L'Efpagne  où  cert 
princeffe  a  pris  naiffance ,  la  France  o 
elle  a  régné ,  ritalie  où  elle  a  fait  pafTe 
fes  bienfaits  ,  lui  ont  procuré  des  de 
fenfeurs.  C'eft  dans  Mariana,  du  Ti. 
let,  Papire-MalTon  ,  Paul-Emile,  Bo 
cace  ,  Pafquier  &  Cordemoi  ,  qu'on 
pris  les  armes  dont  on  s'eft  fervi  pou 
venger  fa  gloire.  * 

*  Mariana ,  hift.  Hîfpan.  Z.  ç ,  c  ro;  Joan.  TiVih 
inchron.  Papir.  Maffoii  in  Annal,  l.  z.  Paul,  ^rm 
de  relus  Gallicis ,  l.  i  ;  Eoccac.  de  claris  mulieribus 
t.  104,*  Pafquier j  Recherches  de  la  France,  i.  4 
*•  î  3  »  P«  47»  i  Çgrdemoi ,  loiae  i ,  Hiil,  Fraific, 


C    L    O    T    A    I    R    E       î    I.      105 

La  mémoire  de  Bmiiehaut  fe  con- 
lerve  dans  pliifieurs  ouvrages  plublics  Ann.  tfij, 
[Lie  le  temps  a  refpeôtés.  Car  fans  par-     Tombeau 
erdes  ég;lifes,  des  monafteres  Se  (^Q^tJXltl''^ 
iiopitaiix  qii  elle  a  rondes  ,  dont  quel- 
[iies-uns  fubfiftent  de  nos  jours  ,  il  y  Aimom.^ra' 

un  ancien  château  dans  le  Querci  /p^'^^^^  ^^^' 
le  vieilles  ruines   près   de   Tournay ,    Maihramk 
le  fuperbes  chaulTées  dans  la  Flandre  <^^  Morinis , 
'<:  la  Picardie ,  de  grandes  levées  en  '    '  '*     * 
Bourgogne  ,    qui   portent   encore  au- 
c^urd'hui  le  nom   de  Brunehaut.    Un 
utre   monument    qui    nous   refte   dQ 
être  princeffè ,  eft  le  tombeau  qu'on 
oit    dans    l'éslife   de    faint    Martin 
ITAutun.  C'eft  une  forte  de  coffre  de    Voyage- Ht^ 
aarbre  veiné  de    blanc  &    de  noir  ,  ^/i"'^^^  ^^  ^* 

I  lin-  n         -11/  r  i     ^^^ru^ie» 

lont  le  delius  elt  taille  en  rorme  de 
»rifme.  Il  a  Ux  pieds  deux  pouces  de 
ongueur  fur  un  pied  dix  uouces  de 
argeur  :  il  eft  pofé  fur  une  table  de 
nerre  commune,  foutenue  par  quatre 
)iliers ,  hauts  d'un  pied ,  larges  d'en- 
âron  fix  pouces.  Ces  piliers  qui  font 
l'un  marbre  tirant  fur  le  verd  ,  ont 
:hacun  leur  chapiteau  Ôc  leur  bafe  de 
îierre  ordinaire  aflTez  grolTiérement 
:ravaillée.  L'arcade  fous  laquelle  il  elt 
^lacé  ,  forme  une  efpece  d'arc  de 
;riomphe  de  a:eize  pieds  quatre  poiit 


20(j    Histoire  de  France. 
ces    de  hauteur   fur   fept  pieds  déu' 

Ann.  (ji 5. pouces  de  largeur.  C'eft  l'ouvrage  d 
cardinal  Rollin  .  premier  abbé  corn 
mendataire  de  cette  abbaye  ,  de  mèm 
que  l'épitaphe  qu'on  lit  fur  la  mn 
raille  au-deîîus  du  maufolée  *.  Il  pr 
roît,  fuivajit  l'ancienne  légende  latm 
de  l'abbaye  ,  que  le  corps  de  ce  et 
princelTe  fut  •  d'abord  inhume  fous  1 
grand  autel ,  à  l'entrée  d'une  chapell 
fouterraine ,  dédiée  à  la  fainte  Viei 
ge  **,  Mais  l'églife  ayant  été  ruiné 
par  les  Normands  ,  enfuire  rétablie 
il  fut  tranfporté  au  haut  de  l'aile  d 
côté  de  l'épître. 

..iD.uverture      Qn  ouvrit  ce  tombeau  en  nvllie  fî 

ae   ce   tom-  i  r\  ' 

Uau.  cent  trente-deux.    Un  ny  trouva  qu 

cendres,  poudres  &  oiïements  ,  ave 
une  molette  d'éperon  &c  quelque 
morceaux  de  charbons.  La  coutum 
d'alors  n'éroit  point  de  brûler  les  corf 
morts.  Ces  cendres  ne  peuvent  don 

*  Brunecheul  fut  jadis  royne  de  France  . 
Fondatereiïe  du  faint  lieu  de  céans  , 
Cy  inhumée  en  flx  cens  quatcrre  ans  , 
En  atcend.mt  de  Dieu  vraie  indulgence*,. 

*  *  Qu.e  (  reglna  Brunichildls  )  lîcèt  plum  alici  rricl 
naflerii  funiaverit ,  in  hoc  timen  facro  ccenohiô  (fui 
magno  altari ,  b"  in  ingrejfu  capellie  gloriojljjim'x  vhl 
ginis  Mariœ  ghlam  fui  corporis  in  îumulo  jnarmortl 
reponi  voluit. 


I 


GlOTAIRE       II.       207 

ctre  que  le  refte  de  celui  de    Brune-  — — -; 

haut  5  qui  ,  fuivant  le  témoignage  Ann.  <$t3. 
d'un  auteur  contemporain  ,  fut  jeté  ^ppendîx 
au  feu.  La  circonftance  de  la  molette  l^,,f  ^"'^'^ 
devient  une  nouvelle  preuve  de  la 
vérité  de  ce  monument.  Il  étoit  d'u- 
jfage  5  lorsqu'un  malheureux  étoit  con- 
damné a  être  uaîné  a  la  queue  d'un 
cheval  indompté  ,  d'ajouter  des  épe- 
rons aux  flancs  du  courfier  fougueux. 
La  rapidité  de  la  courfe  redoubloit 
les  coups  de  ce  fer  meurtrier  ,  ren- 
doit  la  piquure  plus  vive  ,  l'animal 
plus  furieux.  Cette  mollette  vraifem- 
blablement  fera  tombée  dans  les  ha- 
ibits  de  la  princelfe  ,  ou  fe  fera  en- 
I  foncée  dans  fa  chair.  On  a  tout  livré 
ïaux  flammes  :  on  aura  tout  recueilli, 
tout  renfermé  dans  le  tombeau. 

Il    y  eut  quelques  fei^neurs  enve-  .  R^i^^anc 

,       ,     ',  1  -^         •*  11  ^1  V  ûcte  de  tous 

lopes  dans   les  malheurs  de  ce  règne,  fes    biens 
Romulphe  ,    un    des   plus   puiiïants  ,  ^abbaye    de 
fut  de  ce  nombre.   Romaric  fon  fils ,  niont. 
fe  retira  dans  la  folitude  de  Luxeuil , 
&  dota  de  tous  fes   biens  la  célèbre 
abbaye  de  Remiremont  *.  11  eft  peu 
de  fiècles  5  où  le  zèle  des  fondations 
ait    plus     éclaté    que    dans   celui  -  ci. 

*  Elle  eft  appellée  en  latjn  du  nom  de  fon  fonda- 
teur- Romarici-Monst 


loS  Histoire  de  France." 
Quelques  pieux  folitaires  ,  vers  Tan 
Ann.  éij.qi^^tre  cents,  éroienc  venus  d'Italie 
s'établir  dans  les  ides  défertes  d€ 
Provence  &  dans  les  montagnes  in- 
cultes des  provinces  Viennoifes.  L'é- 
clat de  leur  fainteté  leur  attira  ur 
grand  nombre  de  difciples.  On  leui 
bârit  des  monafteres  ,  où  ils  vivoien» 
dii  travail  de  leurs  mains ,  fous  L 
Premiers    conduite  des  évêques   diocéfains.    L« 

3ron?.fïeres  •         o      i         i         r  a.         1 

en    France,  pî^smier  dc   le  plus  ranieux  eit   ceiu 
Lespluscon-de  Lérins  ,  fondé  par  faint  Honorât 

iidérables  du  11     r  ^  ^       ^  1' '      1      J . 

cinquième  &  ^^   ^'^^^  pendant  long-temps  1  école  a«! 

du  fîxierae  la  vie  mona{lique5&  le  féminaire  de: 
eveques.  Le  cinquième  liecle  vit  fleu- 
rir entr'autres  celui  de  faint  Maurice 
en  Chablais,  que  le  faint  abbé  Severii' 
iliuftra  par  fes  miracles  &  par  fe; 
vertus.  Le  fixieme  en  vit  élever  u? 
nombre  prodigieux  :  faint  Mefiiiii: 
autrefois  Mici ,  près  d'Orléans ,  pa"i 
Clovis  le  grand  :  faint  Thierri  pai 
faint  Rémi ,  près  de  Reims  :  faim 
Cloud  5  autrefois  Nogent ,  par  Clo^ 
doalde  ,.  refte  infortuné  de  la  familh 
de  Clodomir  :  fainte  Croix  de  faim 
Vincent  5  aujourd'hui  faint  Germair 
des  Prés  ,  par  Childebert  I  :  faim 
Pierre  Ôc  faint  Paul  de  PvOuen  ,  pai 
Clotaire  1  :  faint  Médard  de  Sailfoi^ 


C    L    O    T    A    I    R    E      î   î.      109 

Dmmeiicé  par  ce  même  prince  aclie- 
2  par  Sigeberr  fon  fils  :  Glannefeuille  Ann.  Ci  j, 
1  Anjou,  par  faint  Maur  ,  difciple 
e  faint  Benoît  :  faint  Pierre-le-vif 
tes  de  Sens ,  par  Theudichilde  fille 
e  Thierri  1 ,  roi  d'Auftrafie  ;  Mouf- 
er-faint-Jean ,  faint  Seine  ,  tous  deux 
1  Bourgogne  :  faint  Marcoul  ,  faint 
vroul  jl'un  dans  le  Cotentin ,  l'autre 
ans  le  diocèfe  de  Lifieux  ;  tous  qua- 
e  ainfi  appelles  du  nom  de  leurs 
)ndateurs.  Nous  ne  rapportons  que 
;s  plus  confidérables. 
Mais  le  feptiem^  fiècle  eft    diftin-  Le  reptleme 

I     r  ^  1  •  '^  Ui;rr^    iiecle  f.it  fur- 

ae  fur-tout  par  les  pieux  etabiiiie- ro^j^ej^j^^^ 
lents  qu'on  vit  fe  former.  Luxeuil  •,  fondations. 
ftival  5  moyen-Mouftier  ,  faint  Die, 
enone  ,  Bon-Moufcier  ,  dans  le  feul 
uché  de  Lorraine  ,  faint  Gai  dans 
îs  montagnes  des  SuifTes  ,  faint  Van- 
rille  au  diocèfe  de  Rouen  ,  faine 
l^allery  fur  les  cotes  de  Picardie  ,  un 
utre  au  même  endroit  fondé  par  faint 
oiïe  ,  frère  de  Judicaël  prince  àç.s 
Iretons ,  faint  GuiHain  dans  le  Hay- 
aut ,  faint  Tron  au  pays  de  Liège  5 
lint  Godard  ,  Fefcamp  ,  Jumieges  , 
^oir-Mouftier  font  autant  de  monu- 
nents  de  cette  édifiante  profufion.  U 
é^noit  alors  une  relideufe  émulation 


210    HistoiredeFrance. 
;  a  qui  fonderoit  un  plus  grand  nomb» 

'^NN#  ^13,  de    ces    faintes   retraites.    Celles  c 
font  le  plus  éclater  la  généreufe  pié 
de  ce  temps,  font  faint  Marcel  da 
la  foret  de  Breffe  par  le  roi  Gontrai 
faint  Martin  d'Autun  dont  la  fond 
tion  étoit  pour  trois  cents  religieu 
par  la   reine   Brunehaut,  faint  Dei: 
en  France ,  auiîi  célèbre  par  la  riche 
de  fes   revenus  ,  que  par  la  magni 
cence  de  fes  bâtiments  ,  ouvrage    ; 
Dagobert  î  j  Corbie  par  la  reine  fair 
Bathilde  5  Stàvelo  dans  les  Ardennc , 
Malmédy  au  diocèfe  de  Liège  j  fai  ; 
Martin -aux -Champs    près    de    Mi. 
par  le  roi  Sigebert  ^  faint  Waft  d'Ar! 
par   Thierry   lll  ;  Surgub ,   Kalefi 
Konisbruck  êc   faint  Sigifmond  do  1 
l'Alfice  par  Dagobert  II. 
célèbres  ab-      Les  reines ,  les  princeffes ,  les  fei 
leY'dat  ^/e'i^^s  &  les  filles  de  qualité  ne  témc 
feptiemefîe-gnerent    pas    moins  de    zèle  pour 
^  ^'  vie  monaftique.  On  voyoit ,  au  tem 

dont  nous  parlons  ,  quantité  de  céi 
bres  abbayes  ,  où  les  filles  de  conc 
tion  trouvoient  un  afyle  pour  le 
vertu  5  les  veuves  un  lieu  de  refu 
dans  leurs  malheurs  ,  les  reines  uj 
paifible  retraite  contre  les  embari 
tumultueux    de    la  grandeur.    Sain 


Clotaire     IÎ.      211 
_^roix  de  Poitiers  doit  fou  établifTe- 
nent  a  la  pieufe    reine    Radegonde  ^  Ann.  6i^i 
lie  y  prit  le  voil^ ,  y  vécu|  ,  y  mourut 
n  odeur  de  lainteté  *.  Sainte  Bathil- 
le  fonda  le  f:aneax  monaftere  de  No- 
re-Dame  de  Chelles  :  elle  y  fixa  fa 
lemeure  après  avoir  achevé  l'éduca- 
lon  du  roi  fon  fils.  Ce  faint  lieu  fuc 
e  témoin  des  vertus  de  cette  grande 
-rmcefTe  ^    il  eft  aujourd'hui  le  théâ- 
re  de  fa  gloire.  Sainte  Irmine  fille  de 
)agobert  11 ,  fut  première  abbeife  de 
ondatricede  celui  d'Oeren  **.  Notre- 
i)ame  de  Soilfonsdont  plufieurs  prin- 
!  effes  ont  été  abbefTes ,  doit  fon  érec- 
Lon   à   la   pieufe  Leutrude  ,   femme 
.'Ebroïn     maire     du     palais    du^  roi 
i'rhierri  111.   GlodeCmàQ   on  Glofme  , 
,ille  de  Wintrion  duc  de  Champagne, 
iiftitua  celui  de  Metz ,  qui  porte  en- 
cre aujourd'hui  fon  nom.  Fare-Mouf- 
ier  dans  la  Brie  rapporte  fon  origine 
,  l'illudre  Fare,  fœur  de  faint  Faron 
.vêque    de    Meaux.     Begge  ,    veuve 
jl'Anchife    fils  de  faint   Arnoul,  fille 
|le  faint  Pépin,   dit  le  Vieux ,  fonda 
I  elui  d'Andene  ,  qui  eft   aujourd'hui 

I   ■•'  Elle  étok  femme  de  Clocaire  I ,  qui  l'aimoit  ten- 
llreiT.snt.  Elle   U  quitta  pour  prendre  le  voile.  On 
gnore  quels  furent  les  ijioyens  dont  elle  fe  fetvU 
l)Our  fe  réparer. 
**  Horreum. 


211    Histoire  de  Fraï^ce. 

un  collège  de  demoifelles  féculiere' 

Ann.  ^i^.^^^^^^  ^^  Maubeuge  eut  pour  fonda 
trices  deux  /aintes  foeurs  ,  Aldegond 
ôc  Vaultrude.  Le  détail  en  feroit  in 
fini.  Il  fuffit  de  dire  que  le  fexe  1 
plus  foible  n'eut  pas  moins  de  fore 
que  n'en  av oient  les  hommes  poi 
cette  vie  auftere  &  pcnirente. 
chfl-SS  I].  y  avoir- anciennement  plufieu 
litâires.  clafTes  de  moines  ,  ou  folitaires.  Le 
uns  vivaient  en  communauté  fous  ] 
conduite  d'un  fupérieur  :  c'étoient  1( 
Cénobites.  Les  autres  ,  touchés  d 
délir  d'une  plus  grande  perfedion  ,  1 
retiroient  dans  les  folitudes  les  pli 
affreufés  :  c  etoit  les  hermites  ou  an^ 
coretes.  Quelques-uns  voyageoiei 
de  province  en  province ,  pour  vifït< 
les  lieux  faints  ,  ou  pour  s'inftruii 
auprès  dQS  perfonnages  les  plus  cél< 
bres  par  leur  fainteté  :  on  les  non 
moit  pèlerins.  Quelques-autres  fe  b; 
tifToienr  des  cellules  au  milieu  d« 
villes  5  ou  s'enfermoient  étroitem^ 
dans  les  cavernes  &  les  antres  les  pli 
déferts  ,  on  les  appelloit  reclus.  O 
voyoit  auiîî  des  fociétés  de  trois  c 
quatre  perfonnes  qui  vivoient  enfen 
ble  dans  l'exercice  de  toutes  les  ve 
tus,  fans  chef,  fans  règle ,  fans  y  ce  u 


Clôt  AIRE     îl.    213 
ous    s'occupoient   à   quelque   travail  -—— — » 
île    &  pénible.     Là    plupart   diftri- ann.  ^ijr 
.loient  leurs    biens  aux  pauvres.    Ils 
étoient    cependant    pas    obligés   d'y 
•noncer.    Les   loix  même  ne  les  en 
ccluoient  pas  lorfqu'ils   retournoient 
i  monde.    Mais"  ce  retour  étoit   re- 
irdé  comme  une  vraie  déferdon. 
La  pieufe  profufion  de  nos  ancêtres     Privilège^ 
î  brille  pas  feulement  dans  la  fonda-  ?  exemp- 

,        ^  -,  .        ,  I       tions  accor- 

3n  des  monalteres  ,  mais  dans  les  dés  aux  mo* 
éfents  dont  ils  ne  ceflfoient  de  les  ac-  naftere». 
bler ,  &  dans  les  exemptions  fans 
)mbre  qu'ils  leur  accordoient.  Cha- 
le  abbaye  avoit  fon  tréfor  ,  que  les 
is  ôc  les  grands  feigneurs  s'efFor- 
ient  à  Tenvi  d'enrichir  de  mille  ef- 
ts  d'un  grand  prix.  C'étoient  pouc 
'  )rdinaire  de  riches  ceintures ,  de 
agnifiques  baudriers ,  des  vafes  pré- 
eux  ,  des  habits  couverts  d'or  &  de 
eureries ,  des  meubles  enfin  plus  re- 
larquables  par  leur  rareté  que  par 
uu  utilité.  Les  moines  fe  faifoient 
1  devoir  de  les  garder  autant  pour 
gloire  du  couvent ,  que  pour  celle 
3S  bienfaiteurs.  Ce  qu'ils  confer- 
3ienc  plus  foigneufement  encore  ,  ce 
a  ils  ont  eu  quelquefois  la  témérité 
amplifier  ^  c'étoient  ces  chartjres  cpi 


AI4   Histoire  DE  France. 
■'  "   ■         ■  contiennent  le  dénombrement  de  lelu 
A^îN.  ^13.  privilèges.    Nos   rois   les  exemptoier 
de    contributions   pour  leurs    terres 
d'impofitions  pour  leurs  denrées  ,  d 
logements  ,   d'étrennes  &  de  frais  6 
juftice.  C'étoient  certains  droits  que 
payoit   aux    juges  dans  tous    les    er 
droits  où  ils  alloient  tenir  leur  féance 
Tant  de  précautions  ne  leur  affuroiei 
point    encore    une   pleine   pofTelîio 
Les  évèques  pouvoient  mettre  la  ma; 
fur  tous   ces   biens     Les   anciens   c 
nous  leur  donnoient  la  difpofition  cl 
toutes    les   offrandes  qui   fe  faifoie]| 
aux   églifes  de  leur  diocèfe.   On  lei 
devoit  tant    pour  la  bénédiction   c 
faint  chrême,  tant  pour  la  confécr:| 
tion  des  autels  ^  tant  pour  leurs  vil 
tes  5  quelquefois  même  pour  les  ord 
nations.  Nos  religieux  monarques  1 
engaeerent  à  renoncer  à  tous  ces  droi 
en  Éveur  des   monafteres  qu'ils  foi 
doient  :  les  prélats  s'obligèrent  mên 
de  n'y  entrer  que  dans  les  circonftanC' 
où  l'abbé  n'auroit  pas  allez  de  crédi 
pour  fe  faire  obéir. 

C'étoit  toujours  l'évêque  diocéfair 
aflîfté  des  autres  prélats  de  la  provii 
ce  5  qui  accordoit  cette  forte  d'exen 
ption.  La  première  de  la  plus  anciertf 


Clotaire     il     215 
:  celle  qui  fut  donnée  à  Tabbaye  de  *f 

inte-Croix  &c  de  faint  Vincent  par  Ann.  ^134 
nt   Germain ,    dont   elle  porte  au- 
ard'hui  le  nom  *.    C'eft  fur  un  pa- 
il  exemple  que   faint   Denis,  Cor- 
2  ,  Lérins ,  Luxeuil ,  faint  Maurice 
Chablais ,  &  faint  Vandrille  furent 
iftraits    à  la  jurifdi6tion    de  l'ordi- 
ire  :  la  hiérarchie  prêtant  elk-même 
1  autorité  pour  fe  détruire.  Le  pape 
îodat  reconnoît  que  ces  immunités 
it  des  vrais  abus  :  cependant   dans 
même  bulle  où  il  dit  qu'elles  font 
îitraires  aux  faints  canons  ,.  il  con- 
ne  tous  les  privilèges  de  faint  Mar- 
de    Tours  :  (i  toutefois   on   peut 
seller  privilège  ce  qui    donne  une 
irtelle    atteinte  à  la    perfection   de 
at  monaftique  ,  qui  eft  eirentielle-? 
li:nt  l'obéilTance  ôc  l'humilité. 
■\  Quoi  qu'il  en    foit ,   le  gouverne-    Avantages 
int   retira  de    grands  avantages  de  cri^rSîés 
.t   de   pieux  établilTements.  Ils  ont  de  ces  éta- 
mé  des  faints  à  la  religion ,  c'étoient  ^^i^emenûs». 
>  écoles  de  vertus  j  des  hiltoriens  à 

.  On  ne  doit  pas  difTimuler  que  cette  exemption 
fi  yîvement  attaquée  j  de  même  que  celle  de  faine 
Mard  de  Soifîbns  ,  de  faint  Corneille  de  Cora- 
f  ;ne  Se  de  beaucoup  d'autres,  mai^  il  n'en  eft 
P  moins  vrai  qu'on  a  prodigue  de  femblablea 
£  iléges  à  différents  monafteres. 


2i(>    Histoire  t>e  France. 
la  poftérité ,  ce  font  eux  qui  nous  oi 
A>iN.  éi3,confervé   les  faftes  de  la  nation^   d( 
citoyens   utiles  à  l'Etat  ,  c'eft    à  lei 
induftne  que  la  France  doit  une  gra: 
de  partie  de  fa  fécondité.   Elle  étc 
défolée   par  les  fréquentes  incurfio 
àes  barbares.  On  ne  voyoit  par-to 
que    campagnes    arides  ,    que     vaft 
forêts  ,  que  bruyères ,  que  marécag- 
On    crut  donner  très -peu  en  céda 
aux   moines    des  biens   qui  n'étoie. 
d'aucun    rappart.  On  leur  abandon, 
autant   de  terres  qu'ils  en  pouvoir 
cultiver»    Ces   faints  pénitents  ne  .^ 
toient  point  confacrés   à   Dieu    pc 
vivr^  dans  l'oifiveté  :    ils    elTartoier , 
défrichoienr ,  defféchoient ,  femoiei , 
plan  toient ,  bâtiffoient  :  le   ciel  bé:  : 
un  travail  fi  pur.  L'intérêt    n'y  av  : 
aucune  part  :  c'étoit  la  frugalité  mer . 
•  La  plus  grande  partie  de  ce  qu'ils  • 

'  cueilloient ,  étoit  employée  au  {ou  - 

gement  des  pauvres.  Bientôt  ces  fc  - 
tudes  incultes  &  déferres  devinn: 
des  lieux  agréables  Se  fertiles.  Il  / 
avoit  des  abbayes  fi  riches ,  qu'eli 
pouvoient  mettre  une  petite  arir 
fur  pied.  C'eft  ce  qui  fit  que  par| 
fliite  les  abbés  furent  invités  aux 
femblées  du  champ  de  Mars, 


Clotaire     Iî.     iij 
On   date   communément  du    fiècle 
le  Brunehaut  &  du  Pontificat  de  faint  Ann.  6^..x, 
jtégoire  le  Grand,  l'ufage  fi  familier  Origine  des 
.ujourd'hui   de  faire   des  fouhaits  en  ^^^^'^^'^'  "^ 
aveur  de  ceux  qui  éternuent.  On  pré- ceux  qui  éter- 
end  que  du  temps  de  ce  faint  prélat  ,  ^"'^'^'^• 
l  régna   dans    lair  une   malignité    fi  ^oiyd.virg. 
ontagieufe  ,  que  ceux  qui  avoient  le  "^'^"'"'"'• 
iialheur    deternuer  ,  expiroient    fur- 
2-champ  :  ce  qui  donna   occafion  au 
sligieux    pontife    d'ordonner   aux   û- 
èles  certaines  prières    accompagnées 
e  vœux,^  pour   détourner  de   deifas 
ux  les  effets  dangereux  de  la  corrup- 
on  de   lair.  C'eft  une  fable   imagi-  Mô.oîresde 
ce    contre    toutes    les    règles    de   la^''^-'^^.  des 
raifemblance  ,   puifqu'il  eft   confiant  ^'^^ '*^^'' 
Lie  cette  coutume  fubfiftoit  de  toute 
îtiquité  dans    toutes  les    parties   du 
londe  connu. 

On  lit  dans  la  mythologie  ,  que  le  ^F^m.flradi 
:emier  fîgne  de  vie  que  donna  l'hom-  "'pot-^^-^^^ 
e  de  Prométhée,  fut  un  éternument. 
e  prétendu  créateur  déroba ,  dit-on  , 
le  portion  des  rayons  du  foleil ,  & 
1  remplit  une  fiole  faite  exprès  ,  qu'il 
ella  hermétiquement.  AufTi  -  tôt  il 
vole  à  fon  ouvrage  favori  ,  &  lui 
efente  fon  flacon  ouvert.  Les  rayons 
laires  n  avoient  rien  perdu  de  leur 
Tome  L  K. 


21 8    Histoire   de   France. 
adivité  ^  ils  s'iniîiiuent  dans  les  pon 

Ann.  613.  de  la  ftatue,  &  la  font  éternuer.  Prc 
méthée  charmé  du  fuccès  de   fa  mr 
chine ,  fe   mit  en  prière  ,  &  fit  dt 
vœux  pour  la  confervation  de  cet  et 
il  fingulier.  Son  élève   l'entendit  ^ 
s'en  fouvint  ,  &c  eut  grand  foin  da; 
les  occafions  femblables  de  faire  l'a 
plication  de  ces  fouhaits  à  fes  defce 
dants  5  qui  de  père  en  fils  les  ont  pc 
pctiiés    de    génération   en    générati( 
jufqu  à  ce  jour  dans  toutes  leurs  c 
lonies. 

Les  rabbins ,  en  parlant  de  cet  u 
ge  ,  ne  lui  donnent  pas  tout-à-fait 
même  ancienneté.  Us  difent  quap 
la  création,  Dieu  fit  une  loi  génér 
qui  portoit ,  que  tout  homme  yivî 
n'éternueroit  jamais  qu'une  fois 
que  dans  le  même  inftant  il  rendr 
fon  ame  au  Seigneur  fans  aucune 
difpofition  préliminaire,  Jacob  c 
rîrkeR'E-  cette  manière  brufque    de   fortir 

iie^fr,  c. 52.  j-j-jQj^jg  n'accommodoit  nullement, 

qui  defiroit  pouvoir  donner  ordre  î 
affaires  de   fa  confcience  8ç  de  fa 
mille ,  s'humilia  devant  le  Seigne 
lutta  encore  une  fois  avec  lui ,  ôc 
demanda  inftamment   la   grâce  dN 
excepté  de  la  règle.  11  fut  exaucé 


Glotaire     I  I.     219 
ernua ,  ôc  ne  mourut  point.  Tous  les 
-inces  de  la  terre  informés  du  fait ,  Ann.  613. 
donnèrent    tout    d'une  voix  ,    qu  a 
iVenir  les  éternuments   feroient   ac- 
>mpagnés  d'adions  de  grâces  êc  de 
EUX  pour  la  confervation  &  pour  la 
olongation  de  la  vie. 
On  reconnoît  jufque  dans  œs  fîc- 
)ns  la  trace  de   la  tradition  &    de 
liftoire  ,    qui    placent    long -temps 
ant  letahliiTement  du  chriftianifmè* 
poque   de   cette  politeffe ,  qui    efl 
fin  devenue  un  des   devoirs  de  la 
5  civile.  Elle  écoit  regardée  comme  ^ 
;s-ancienne  dès  le  temps  d'Ariftote, 
i  en  ignoroit  l'origine,  &  ^n  a  cher-  j 
i  la  raifon  dans  fes  problêmes.  Il     A-if^ot.  m 
ittnd  que  les  premiers  hommes  pré-  '^''°^^* 
lus  des  plus  hautes  idées  en  faveur 
la  tète  qui  eft  le  fiége  principal  de 
ne,  cette  fubftance  intelligente  qui 
uverne   ôc  anime   route  la  malTe , 
t  étendu  leur  refpeâ:  jufque  fur  l'é- 
nument ,  qui  eft  une  de  fes  opéra- 
is les  plus  manifeftes  ôc  les  plus 
ilîb;les.  De-là  ces  différentes  formu- 
le compliments  ufités  en  pareilles 
;à(ions  chez  les  Grecs  &  les  Ro- 

Iins;  Vivç\:  Portez-vous  bien:  Que 
Wr  vous  çon/ervc. 


■       1  - 

lio    Histoire' DE  France. 


wwvnammm 


"Anfi.  Ci^, 


C   L   O   T   A  I   R   E     II.: 
Seul  Roi  des  François,    j 

Cloraire  eft  V>i  L  O  T  A  I  R  E  eft   le  fecoild  du  llOr , 

la  premiere.5^  p^f  ^j-ie  deftinée  fin^uUere ,  le  ; 

caufe    de  la  ^^  .      -,        ^    '  rr  •       •  1 

décadence     cond   TOI  de    Rallions    qui   ait   rei 
de  fa  famille.  fQpm-Q  1^  moiiarchie  Françoife  5    te 
jours  divifée  depuis  la  mort  de  Clo 
le  Grand.  Mais    fon   pouvoir  ne 
pondit  pas  à  l'étendue,  de  fa  domi 
tiôii.  Un  trône  élevé  fur  tant  de  ( 
■mes  pouvoit-il  fu'bfîfter  long-temi 
Et  la  Providence  toujours  fage  ,  t( 
jours  jufte  ,  ne   devoit  -  elle  pas   \ 
éclatante  vengeance   a  tant  de  cru 
tés  ?  Aufîî  permit  -  elle  que   celui  \ 
•qui  fembloit  avoir  commencé  la  gr 
deur  dé  fa   mai  fon  j,  fût  la  premie 
caufe  dé  fon  abailTement ,  de  fa  dt  - 
Frtiig,  m  lation ,  de  fa  ruine  entière.  Garni'  , 
chron.  c.4i>  j^-j^jj.g    du  palàis   de   Bourgogne  5  e 

ç;e/î.  Franc,  s'étoit  déclaré  contre  Brunehaut ,  <  e 
«•41.  fur  la  promeflTe  qu'il  feroit  confii  é 

dans  fon  emploi  pour  le  refte  d( 
vie.  Radon  5  maire  du  palais  d'A 
trafîe ,  ne  s'étoit  donné  à  Clotaire  ' 
fous  la  même  condition.  Tous  d 


C    L    O    T    A    I    R    E       II.         221 

>uvernerent  dans  leur  département 
us  en  rois  qu'en  miniftres.  Gonde- Ann.  ^13. 
tid  ,  maire  du  palais  de  Neuftrie , 
oit  rendu  de  grands  fervices  :  la 
compenfe  fut  la  même ,  &  le  pou- 
)ir  prefque  aufli  abfoki.  Le  foible 
onarque  confentit  de  donner  à  vie 
s  grandes  charges  ,  qui  n'ctoient 
iginairement  que  pour  un  temps. 
5S  maires  infenfibiement  abuferent 
î  leur  autorité.  File  s'accrut  de  jour 
i  jour.  Celle  des  defcendants  de 
lotaire  alla  toujours  en  diminuant , 
fqu  à  ce  qu'enfin  ils  furent  détroncs 
.r  la  poilérité  de  ces  mêmes  hom- 
es qui  avoient  favorifé  leur  ufurpa- 
)n  fur  la  famille  de  Thierri.  C'eft 
que  Pafquier  appelle  une,  ven- 
ance  véritablement  divine.  Dieu  j 
t  ce  célèbre  auteur ,  en  fie  une  puni- 
m  à  la  royale. 

Les  maires  du  palais  n  étoient  pas  . 

/.    ,  ,       ^  i:  •    Ann.  614» 

s   leuls  que  le  monarque    rrançois 

it  à  ménager.  Les  Seigneurs  Auftra-    ^.,.  .' 

„  o         .  D        .  ^  Sédition  en 

îris  OC  Bourguignons  avoient  égale-  Bourgogne. 
ent  favorifé  l'invaiion.  Ils  s'imagi- 
)ient  que  la  moindre  récompenfe 
ion  devoir  à  leurs  fervices  ,  étoit 
mpunité  de  leurs  concuflions.  Le 
•j,  a  voit  nommé  le   duc    Herpin  au 

K  3 


212    Histoire  de  France. 
gouvernement  de  la  Bourgogne  Tran- 
Ann.  ^i4j  j^îi'ane.  Cetce  place  5   l'une  des   pîi 
61  j,       confîdcrables    de    l'empire    François 
venoit  d'être  occupée  par  une  femme 
Fred.  c.  40.  cho{e    inotiie   jufqu'aïors    en  Franc 
Mais  cette  femme  étoit  Theudeiar 
fœur  du  roi  Thierri  :  ainfî  il  n'eft  p; 
étonnant  qu'il  ait  pafTé  par  delTus 
coutume  en  fa  faveur.  Cette  princef 
fut  enveloppée  dans  les  malheurs  c 
fa  famille ,  arrêtée  avec  la  reine  Br 
nehaut5&  amenée  au- victorieux  CI 
taire.  C'eft  tout  ce  que  l'hiftoire  no 
apprend  de   fa   deftinée.  Elle   rems 
que  feulement  que  le  duc  Herpin  f 
choili    pour    lui    fuccéder.  C'eft   d 
moins    ce  qu'on  peut  conjecturer  ( 
récit  de  Frédegaire.  Après  avoir    c 
que  Theudelane  fut  amenée  de  la  Bol 
gogne  Transjurane ,  où  Brunehaut  s' 
toit  retirée  ,  fans  doute  parce  qu'e 
imaginoit  qu'un  pays  où  fa  fille  coi 
mandoit ,  feroit   pour  elle  l'afyle 
plus  fur  5  il  ajoute  que  le  duc  Herj. 
fut  fubjlïtué  à  Theudelane  dans  le  gt 
vernement  de  cette  même  province,  < 
n'eft  cependant  qu'une  (impie  conj(  ■ 
ture  hiftorique  ,   qu'on  peut  admet!  : 
avec  le  père  Daniel  ,  dans  la  fupp- 
iîtion  qu'il  n'y   ait   point   faute  daî 


ClOTAIRE       II.       11} 

;  texte  ,  ou   rejetcer    avec   quelques 
Lvaiits,    qui  lifent  Endei-ine  au -lieu  Ann.  .<i4, 
e  Theudelane.  Herpin  étoit  un  hom-      6 15» 
le  févère,   qui  aimoit  Tordre    &    la 
iftice.    II    entreprit   de    réprimer    la 
cence  des  feigneurs  ,  qui  défoloient 
2tte    province    par    leurs    exactions» 
'être  conduite  les  irrita  :  ils  fe  foule- 
erent  :  le   duc  fut  mafTacré  dans   la 
édition.  • 
Le  roi  étoit  alors  avec  toute  fa  cour    Le  psnire 
Matlem  ,  maifon   de   pkifance    en  f^^^^^'- ""'''■' 
dlace.   11  envoya  des  troupes  contre  cictaue, 
)S  rebelles.  On   lui  amena   les    plus 
•ditieux  ,  qui  tous  expirèrent  au  mi- 
eu  des  fupplices.  Le  patrice  Alethce, 
ui  avoir  conduit  toute  la  trame ,  ne 
it    pas    même    foupçonné.    L*adroic 
Durtifan  fit  ii  bien  par  fes  intrigues , 
u*il  obtint   le  gouvernement  vacant 
ar  la   mort  du  malheureux   Herpin. 
le  pofte  important  réveilla  toute  fou 
iiibition.  11  avoit  de  l'efprit,  du  cou- 
ige ,  de  la  naiiTance  :  il  fe  difoit  déf- 
endu des  anciens  rois  Bourguignons  : 
ola  porter  fes  vues  jufque  fur  le 
:ône.   Le  projet   étoit  infenfé^  mais     Idem^^^. 

fçut  perfuader  à  Leudemonde  , 
vèque  de  Sion  ,  que  le  fucccs  croit 
ifaillible.   Le  prélat    fe    chargea    de 

K  4 


1Z4  Histoire  de  France. 
frr:!!!^!^  faire   à  la  reine  Bertmde  la  propofî- 
Ann.  614,  tion  la  plus  infolente  qu'un  fujec  puiiS|| 
615.       faire  à  fa  fouveraine.  Il  fe  rend  au- 
près de  cette  princeife  ,  lui  fait  con- 
fidence   d'une    révélation    qui    alTun 
que    le   roi  fon    époux    mourra   dan' 
l'année  ^  lui  confeiHe  de   mettre  tou^ 
fes  tréfors  en  lieu  de  fureté ,  lui  ofFr< 
^  fa  ville  épifcopale ,  la  main  de  l'au- 
dacieux   patrice  ,    de    la    couronne 
qu'une  folle  préfomption  lui  fait  re 
garder  comme  due  à  fon  mérite  de 
fa  naiilance. 
!îeftarrê;c      Eertrude    étolt  naturellement   fiin 
&  condamne  p[g^  "^jj-^g  prophétie  (i  bien  circonftar 
ciee  alarma  la  tendreile  pour  (.lotam 
La  douleur  l'empêcha  de   s'explique 
fur  la  témérité  du  patrice  \  elle  fe  te 
tira  dans  fon  appartement  pour  s  abar 
donner  aux  larmes.  Le   prélat  décon 
cèrté    fentit    dans    le   moment    tout 
l'imprudence    de  fon    entreprife  ,  t 
crut    fa  perte  inévitable.  Il  fe   fauv 
d'abord  a  Sion.  La  crainte  ne  lui  pei 
mit  pas  d'y   relier  :  il  en  fortit  poi 
aller  fe  jetter  entre  les  bras  d'Euftafe 
abbé  de  Luxeuil ,  qui  dans  la  fuite 
ménagea  fon    pardon.    Le    monarqu 
cependant ,  inllruit  pat  la  reine  qu  ^ 
iethée    avoir   confpiré   contre   fa  vie 


Clotaire     II.      125 
nvoya  promptemenc  ordre  de  l'arrê-  "f 


er.  Il  fut  jugé  dans  une  aflemblce  des  Ann.  ^14, 
eigneurs  à  MalTokc  ,   maifon   royale      6j<. 
n  Bourgogne.  Le  crime  écoit  de  ceux   Uem,  iUd. 
uon    pardonne   rarement  :  il    eut  la 
ète  tranchée. 

]    Clotaire  tenoit  fouvent  de  ces  ^^-  Ai^yi,  éie' 
îmblées.  On    les   nommoit   placlta  :      ^' 
eft  de  -  là  qu'eft  venu  le  mot  de  plaids. 
yétoient  des  efpeces    de    parlements     clotaire 
'  inbulatoires ,  compofés  des  évcques ,  •"'^^i^bie  un 

j         rr   •  1       1  ^  parlement  à 

es  grands  oihciers  de  la  couronne  ,  Bonneuii. 

es  ducs ,  des  comtes ,  &:  des  flirons , 

u'on  a  depuis  appelles  Barons.  Celui 

ue   le   monarque    François    alfembla 

ïtte  même  année  à  Bonneuil  fur  la 

ilarne  ,  fut  un   des   plus  nombreux 

|uon  eût  encore  vus.  Tous   les  pré-    Uem,ïbli, 

xs    Se    feignetH?s    Bourguignons    sy 

;  cuvèrent.    Le    prince    ne    comptoit 

:  ue    foiblement   fur    leur  fidélité  :  il 

.  îur  accorda    tout   ce    qu'ils    deman- 

:  erent ,  leur  en  fit  même  expédier  des 

lettres.  Le  lieu  ordinaire  de  ces  alfem- 

lées    étoit    quelque    maifon    royale. 

es  rois ,  prédéceiTeurs    de  Clotaire , 

e  les  convoquoient  cp'une  fois  l'an , 

a  mois  de  Mars  :  les  maires  du  palais 

.^s  abolirent  :  Pépin  le  Gros  les  réta- 

K5 


tum. 


116  Histoire  DE  France.  ' 
^^—' — —  blit^  elles  ne  fe  tinrent  pendant  long- 
Ann.  616 ,  temps  que  deux  fois  Tannée. 

éi7.  Il  ne  faut  pas  croire  cependant  qu- 

Admînîftra-  Tadniiniftrarion  de  la  juftice   fût  né 

Tiondeiajuf- oligrée.  Chaque  état ,  chaque  profef 

ïaire  &  les  "^n   avoit  lou   triDunal  5  comme   le 

roîEdeiapre-  loix  &  ks  coutumes.  L'eccléfiaftiqu 

imiere  race,     /      •      .       /  1        «         /      »  •!•     ■ 

etoit  juge  par  le  ci-erge  ,  le  milirair 
par  des  gens  de   guerre  ,  les    noblt 
Dïicange,  pat  des  gentilshommes ,  le  peuple  p; 
Giofj'aire.aux  jgj  centeiiiets  dans  les  bourgs  6c  1< 
y/ïVfia,  piacî- viiiages  5  pat  des  comtes  dans  les  vi 
les  5  par  des  ducs  dans  les  métropol 
ou  capitales.  Il  ny   avoir  aucun    d 
gré   de  jurifdidion   parmi  ces  tribi 
naux  :  on  n'appelloit  de  leurs  fente 
ces  qu'au  roi.  Si  l'appel   étoit  fond( 
le    juge     devenoit    refponfable    d 
dommages  3c  intérêts  ^  fi  l'appella 
avoit  été  bien  jugé  ,  on  le  condamne 
à  un€  amende  pécuniaire  ,  s'il'    étc 
noble  y  au   fouet  ,  s'il   étoit  roturi^ 
On  ne  connoiiïoit  prefque  point  aie 
d'autres  peines  que  les  taxes  pécunii 
res.  Il  n'y  avoit  gueres  que  le   crini 
d'Etat  qui  fût  puni  de  mort  :  les  autt 
ie  rachetoient  à  prix  d'argent.  La  1 
Salique  prefcrit  ce  qu'on  doit  au  r 
•pour  l'amende,  a  la  partie  pour  rép 
îation  i  on  mettoit  la  vie  d'Un  évêqi 


C,   LOTAIRE       îî.       117 

i  neuf  cents  fous  d'or  *  ,  celle   d'un 
prêtre  a  fix  cents,  celle  d'un  iVïque  à  Ann.  616 , 
(Ljuelque  chofe  de   moins,    fuivant  fa      6 17» 
qualité.    Le    centenier    n'avoit    point    Bduie  01- 

pouvoir  de  mort  :  le  comte  ne  l'avoitP^f-  c,  i ,  p. 

j  •  -a  1    587.  . 

que    dans   certam-es  circoiiltances  :  le 

duc  n'en  ufoit  qu'avec  de  grandes 
précautions.  La  cour  envoyoit  de 
temps  à  autres  des  commifTaires  dans 
[es  provinces,  jamais  moins  de  deux^ 
:oujours  un  évèque ,  un  duc  ,  ou  un 
:omte.  Leur  emploi  étoit  d'écouter 
les  plaintes ,  6c  d'en  faire  le  rapport 
lu  monarque. 

On    ne  connoinfoit   point   fous    la 
I  première  race  ce  que  c'étôit  que  gens 
jde  robe.  Les  juges  ,  nous  ne   parlons 
îque  des  laïques,  rendoient  la  juflice, 
umés  de  leur  épée  ,  de  leur  hache, 
k  de  leur  bouclier.  Leur  commilTion , 
qui  n'étoit  que  pour  un  temps,  leur  in- 
.erdifoit  toute  acquifition  dans  l'éten- 
due   de    leur    jurifdidion.    Elle    de- 
anandoit  une  grande  connoilTance  des 
jloix  nationales    ôc  des  coutumes   lo- 

I  *  Le  fou  J'or  valoir  environ  quinze  francs  de  notre; 
inonnoie  On  payou  deux  cents  fous  d'or  pour  un 
vaïque  'ne;énu  ,  cenr  pour  un  gaulcis  pofTeflcur ,  qua- 
jfante-cinq  pour  un  gaaioTs  tributaire.  On  appcÛoic 

Gaulois  pcflelTeur  celui  qui  avoir  des  terres  en  propre  j 
*&  tributaire  ,.  celui  ^ui  dévoie  certaines  redevaoceà 

su  roi. 


228    Histoire  de  France. 

cales.  Le  François  devoit  être  jugé  fui- 

Ann.  ^UjVant    la   loi  Salique  ;   le   Gaulois  au- 

61  y.       delà  de  la  Loire  fuivant  le  droit  Ro- 

Fecherches  maiiî ,  ccluî  dcs  pays  feptencrionaux  , 

fur  hdroitf^^-^y^^^^  [^  droit  coutumier.  Ils  tenoieni 

Jet}.  n//c.  leurs  afiifes  tous  les  huit  ou  quinze 
»>p  7i.  jours,  félon  la  multitude  des  affaires, 
toujours  dans  un  lieu  public,  où  cha- 
cun pût  avoir  un  libre  accès.  Chaque 
particulier  pkidoit  lui-même  fa  caufe 
Celles  des  veuves  &  des  pauvres 
etoient  privilégiées  :  ils  étoient  fous  L 
prote  \ion  de  l'églife  :  il  n'écoit  pa; 
permis  de  rien  déterminer  contre  eux 
qu'on  n'en  eût  donné  avis  à  l'évcque 
Les  prélats  jouiiToient  alors  d'une  1 
grande  confidérarion  ,  que  non  -  feu 
lement  leur  intercelïion  fauvoit  la  vit. 
âux  criminels  ,  mais  qu'on  pouvoi 
porter  devant  eux  une  affaire  com- 
mencée devant  un  tribunal  féculier 
CoL  Thec^  Li  loi  de  Conilantin  l'ordonnoit  ainfi 
pe^'y.  p.  ir-  Charlemngne  la  renouvela  ;  Louis  h 
mundi.  Débonnaire  la  coni.rma..  L'évêquc 
connoiffoit  par  lui-même ,  ou  par  for 
officiai  ,  de  tout  ce  qui  pouvoit  être 
la  matière  d'un  péché ,  des  marchés 
faits  avec  ferment  >  des  mariages . 
des  teilamens  ,  des  facrileges  ,  de.; 
parjures  ,   de   l'adultère.  Ce   pouvoiii 


Cl-otaïre     il     229 

•norme  étoit  fondé  fur  la  dignité  de  "• 

eiir  caradere  ,  fur  la  fainteté  de  leur  Ann.  616 , 
'ie,  fur  l'étendue  de  leur  capacité.  La  éiy. 
)lupart  des  feigneurs  ne  favoient  ni 
ire  ni  écrire.  Ennuyés  d'être  fournis 
omnie  le  peuple  à  la  correction  des 
)rêtres ,  ils  fe  mirent  enfin  à  étudier 
es  loix. 

Quelquefois  le  monarque  rendoit 
ui-mème  la  juftice.  L'audience  fe  te- 
10 it  toujours  à  la  porte  de  fon  pa- 
ais.  Quand  il  ne  pouvoit  pas  s'y  trou- 
ver en  perfonne ,  il  commettoit  deux 
)fliciers  pour  recevoir  les  placets  ,  &c 
épondre  fur-le- champ  à  ceux  qui  ne 

lemandoient   pas  une  longue  difcuf- 

1-11  -^  ^    '^         j 

ion.  U  y  avoir,  outre  ces  maîtres  de 

equêtes  ,  un  comte  juge.  Il  avoit  pour   Creg.  Tur, 

:onfeillers ,  des   eens  d'épée   comme  M' ^' If  ' 

ui  5  qu  on  appelioit  echevins   du  pa- 

ais.  Ce  tribunal  jugeoit   de  tout    ce 

■]ui  regardoit  l'Eifat ,  le  prince  &  le 
oublie.  Lorfcpe  le  roi  y  préfidoit, 
liîifté  d'évêques ,  d'abbés  &  de  ducs , 
l  fe  faifoit  rapporter  l'affaire  par  le 
■o-nte-juge  ;  recueilloit  les  voix  ,  en- 
liite  prononçoit.  On  voit  une  formule  Cha^.  z5» 
ie  ce  prononcé  dans  le  feconkl  livre 
de  Marculphe. 

\     Quelque  temps  avant  le  parlement    Vt^tsàtt 


1^0    Histoire  de  France. 

de  Bonneuil  * ,  il  s'étoit  tenu  à  Pari 

Ann.  ^léjUïi    concile  compofé  de  foixante-dix 

^17,        neuf  évêques  ,  de    quantité    de    fei 

concile  corn- gneurs  5    &   d'un    grand   nombre    d' 

^ues  à'^^dë  ^^^'^^'^  ^^  prince  ,  qu'on  appelloi 
fdgneurs.  Icudcs  OU  fidèles.  C'eft  le  premier  d 
Tom.  I.  cette  efpece  :  on  en  aflfembla  fouven 
%0Rc.  Cdl.  jg  pareils  fous  Charîemagne  &  fes  fuc 
ceifeurs.  Ce  fut  là  que  l'on  fit  ces  oi 
donnances  fi  célèbres  ,  qui  porteren 
le  nom  de  capltulaires  _,  parce  qu'elle 
avoienr  été  faites  dans  une  alfemblée 
ou  y  comme  on  parloir  dans  ces  an 
ciens  temps,  dans  un  chapitre  génère 
de  la  nation.  Ce  concile  ,  le  qua 
trieme  de  Paris  depuis  l'établtiTemcii 
de  la  monarchie  dans  les  Gaules ,  dé 
clare  nulles  toutes  les  éleétions  ,  o 
^moniaques  ,  ou  faites  fans  le  con 
fentement  du  métropolitain  y  du  cler 
gé  &  du  peule.  Le  troifieme  canoi 
défend  aux  eccléfiaftiques  ,  quelqU' 
rang  qu'ils  tiennent,  de  fe  prévaloi 
contre  leur  évêque  du  crédit  de 
grands  ,  ou  même  de  l'autorité  di 
monarque.  On  régla  par  le  quatrième 
que  les  Juges  féculiers  ne  pourroien 
ni  condamner  ,  ni  faire  punir  an  cleri 
à  l'infçu  de   fon  prélau  On  excora- 

*  Eu  ôij,. 


Clotaire     II.     231 

nunia  les  religieufes  qui  auroient  qui-  ^' 
é  leur  habit.  Ennn  on  renoaveîla  UAnn.  éitfj 
léfenfe  des  mariages  inceftueux.  Le  roi     ^J?» 
ir  publier  une   ordonnance,  où  ,  en 
onfirmant  les   ftatuts  du  concile  ,   il 
jouta  ce    qu'il  crut   devoir  aux  pré- 
lOgatives  inviolables  de  la  couronne. 
Le  monarque  déclare  par  Ton  édir,    il  confirme 

1  'I         M  1  •  r    le    concile 

]ue  le  prélat  élu  en  la  manière  prel-  ^^^^  ^uef- 
rite   par   les    pères    du  concile  ,   ne  q^es  modi&. 

A  /«       /         .,  15  cations. 

)oura  être  làcre  qu  en  vertu  a  un  or- 

Ire  du  fouverain  :  que  tout  clerc  qui     J'^  Vecmo 

•^  1   -^      reg.     Clôt. 

.ura  recours  au  prmce  pour   quelque  j^^,.  çomiu 

aufe  que  ce  foit ,  fera  reçu  en  grâce  5  GalU 

'il  fe  préfente    à    l'évêque  avec   des 

etrres  de  la  cour  :  que  l'eccléliaftique 

■nfin  ne  poura  être  jugé  par  le  laïque, 

jue  lorfqu'il  s'agira   de   quelque  cri- 

ne^  &  qu'en  ce  cas  les  prélats  &  les 

uges   féculiers    en   connoîtront    con- 

ointement.   Clotaire ,  par    la    même 

)rdonnance5  décerne  la  peine  de  mort 

."ontre  ceux  qui  auront  enlevé  de  force 

es  veuves  ou  les  vierges  confacrées  à 

Dieu  3  foit   qu'elles    demeurent   chez 

îlles ,  foir  qu'elles  vivent  dans  un  mo^ 

laftere.  11  finit  par  l'abolition  de  tous 

es  impôts  nouveaux  ,   ordonnant   de 

i'en  tenir  à  ce  qui  éroit  en  ufage  ibus 

es  rois  Contran  y  Chiipéric  &   Sige- 


i^z    Histoire  de  France. 

*"  berc.  C'eft  de  tous    les  anciens  édit 

Ann.  6i6,qLii  font  parvenus   jufqu'a  nous  ,  ce 

617.       lui  où    toutes   les    formalités   font  1 

plus  exactement  obfervées.  On  y  voit 

avec  la  foufcriptiqn  du  roi ,  celle  d 

chancelier  ou  référendaire.  i. , 

11  tente  înu-      C'ctoit  ainfi  que  par  d'utiles  régie 

dépXr  Ga?- ^^^^s  ,    Clotaire    s'efforçoit    de    coi 

nier.  vrir  l'injultice  de  fon  ufurpation.  Ma: 

fî  la  diminution  des  impots  lui  mérit 

les  applaudilTements  des  peuples  Au 

trafiens  de  Bourguignons,  cette  grand 

réformation  ne  fut  nullement  du  go{ 

des  grands ,  qui  n'avoient  trahi   la  fr 

mille  de  leurs  maîtres  ,  que  pour  vivi 

dans    l'indépendance.  On  ne   fçait 

Garnier  étoit  réellement  coupable  c 

quelque  crime  d'Etat  ,  ou  fi  la  feu 

crainte  d'un  fi  méchant  homme  avo 

Uermann.  déterminé  ce  prince  à  prendre  des  m< 

fures  pour  le  priver  de  fa  charge.  U 

auteur  affure  qu'il  n'afietnbla  le  park 

ment  de  Bonneuil ,  que  pour  engage 

les  feigneurs  de  Bourgogne  à  confer 

tir  à  cette  dépofition.  Le  fuccès  ne  r< 

pondit  point  à  fon   attente.  Tous   1 

prièrent  de  recevoir  le  miniftre  en  gn 

ce,  ^  de  le  confirmer  dans  fon  eni 

ploi  :  il  n'ofa  les  refufer,  tant  il  fento 

la  domination  mal  affermie  j  ôc  ce  qi 


Clotaire     il     235 
riva  l'année   fuivante  ,   prouve  bien 
lie  le  crédit  du  maire  l'emportoit  fur  Ann.  616  , 
^lui  du  monarque.  617. 

On  fçait  que  les  Lombards  ,  pour 

larque   de   leur    fujétion  ,    payoient  Ann.  618. 
)us  les  ans  aux  François  douze  mille    ]}  ^^^'^^^  ^^ 

i>  A   1    1       1  1      1  •  tribut  aux 

)us  Cl  or.  Aclaloalae  leur  roi  ,  envoya  Lombards. 
QC  célèbre  ambadàde  à  Clotaire  , 
Dur  le  prier  5  non -feulement  de  lui 
rmettre  ce  tribut  ,  mais  de  lui  refti- 
ler  Aoufhe  de  Sufe.  C'étoient  deux  Fredeg,  in 
laces  importantes  que  Contran  avoir  ^'^''^^*  ^* '^^* 
jnquifes.  Elles  ouvroient  à  nos  trou- 
es un  libre  pafTàge  en  Italie  ,  ôc  fai- 
)ient  de  ce  côté-lâ  toute  la  fureté  du 
)yaume  de  Bourgogne.  La  propofi- 
on  ne  méritoit  par  conféquenc  que 
indignation ,  le  mépris  de  le  refus 
'an  prince  auffi  puiilant.  Elle  ne  pa- 
Lit  pas  telle  à  fon  confeil.  Garnier  5c 
.eux  autres  feigneurs  Bourguignons 
voient  touché  de  grotTes  fommes 
'our  faire  réuiîîr  cette  affaire  :  ils  s'in- 
riguèrent  tellement  ,  que  le  foible 
iionarque  confentit  à  tout  ,  moyen- 
lant  trente -cinq  mille  fous  d'or  une 
bis  payés.  Cette  lâcheté ,  fi  deshono- 
ante  pour  le  fouverain  8c  pour  la  na- 
ion  ,  fut  le  terme  des  conquêtes  de 
1  pollérité  de  Clovis  ,  de  ferma  pour 


1^4   Histoire  de  France. 

long-temps   le  chemin  de  la  vidtoîm 
Ann.  ^ig.aux  François.  *  Il   en  coûta  beaucooj 

de  iang,   pour  le  rouvrir  fous  la  fé 

conde  race. 

Inquiétude  Les  inquiétudes  Se  les  chagrins  ai 
au  fujct  deii^gentle  trône  comme  1  humble  chau 
Chiidebert.^  miète.  11  fe  répandit  alors  un  bruit  qu 
rovéefonfiis^bildebert  5  fils  de  Thierri  ,  étoi 
&deiaieinecaché  à  Arles  dans  un  couvent  de  reli 

iSertrude.    fa    •       /•        -  ce        '    C  /T, 

femme.        gieuies.  Le  monarque  errraye  nt  auili 
Flor.  Praf,  ^^^  arrêter  l'abbelTe  ,    nommée  Rufti 
In  vira.  S,  cule.  Elle  parut  devant  le  roi ,  &  jui 
564.  quelle  navoit   pas   même  eu  la  pen 

fée  de  donneir  retraite  à  celui  que 
chercUoit.  C'écoit  une  fainte  fille  :  tou 
te  la  cour  fe  laifTa  perfuader.  Clotaii 
plus  incrédule  ,  parce  qu'il  ctoit  pk 
intérelTé,  fut  le  feul  qui  la  foupçonr 
de  fourberie  de  de  dilTimulation. 
la  retenoit  toujours  prifonniere.  I 
maladie  fubite  de  Merovée  ,  l'un  d 
fes  enfants  ,  lui  fit  croire  que  le  cit 
prenoit  en  main  la  caufe  de  cette  fair 
te  religieufe  :  il  lui  rendit  la  liberti 
Cependant  le  jeune  prince  mouru'^ 
La  reine  Bertrude   le  fuivit  de   prè 


*  Pafquier,  Recherches  de  la  France,  1  5  »  c  15 
pag.  ^ço.  Car  en  lui,  dit  cet  auteur  dans  fon  vîei 
langage  ,  commenccrent  de  fe  boucLei'  les  grand 
incioires    av^aravanc  tant  familières    d  fes  dîva> 


I 


C    L    O    T    A    I    R    E       IL       25^ 

^e  roi  fut  très-fenfible  à  cette  double 

•)erte.  Ann.  6ïS, 

Il  lui  refloit  deux  fils,  Dagobert  &  " 

Aribert.  Le  premier^,  quoique  l'aîné  ,  ^^^'  ^^'' 
:toit  encore  fort  jeune*  On   le  croit  ^^  ^^^^^f^f 
ic  cl  iiaidetruQe  ,  première  remme  de  la  royaiuc. 
Dlotaire.  Le  monarque  ,   foit   amour 
lu  repos  5  foit  politique  ^  foit  tendref- 
e  ,  lui  céda  l'Auftrafie  avec  le  titre  de     Fredeg.  in 
ci.    C'eft    le   premier    exemple     que  ^'^''^"*  '■"  "^7* 
'hiltoire   nous  fournilTe   de    l'airocia- 
ion  d'an  fils  de  France  à  la  royauté. 
1  lui  donna  pour  miniflres  deux  hom- 
nes  d'une   grande  réputation    de  fa-  • 

^eiie  &  de  vertu  ;  Arnoul  évêque  de 
vîetz,  6c  Pépin  dit  le  Vieux  ,  ou  de 
-.anden,    La   prudence   ne  permetroit 
)as  qu'il  fe  dépouillât  de    toute   (on 
lutorité.  Ce   fut  dans  cette  vue  qu'il 
,  e  réfetva  une  efpèce  de  fouveraineté 
|.ur    le    royaume    qu'il    abandonnoit. 
uMais  outre  cela  il  retint  les  Ardennes , 
es  Vôges  ,    l'Auvergne  ,    toutes    les 
/illes   enhn   que    les    rois  Auilrafiens 
ivoient  poiïedées  au -deçà  &c  au-delà 
de  la  Loire.  Ce  démembrement  man- 
qua par  la  fuite  de  brouiller  le  père  ôc 
le  fifs. 

Dagobert ,  accompagné  de  tous  les  ^^^^  ^,^^ 
feigneurs  de  fa  cour ,  s'ctoit  rendu  à     Diffcreaé 


z^6    Histoire  de  France. 
à  -        .-  Clichi ,  maifon  de  plaifance  auprès  de 
Ann.  (ii6.  Paris,  pour  époufer  Gomacrude  ,  fœur 
entre   les     Je  la  reiiie  Sichilde ,  aduellemenc  rc- 

ceux  rois.  _  .  ^  n  n      i 

gnante.   Le   mariage  rut  célèbre  avec 

Zifm,c.î  3.  toute   la  magnificence   pofTible.   Mais 

la   cérémonie   etoit   a  peine  achevée . 

que  le  jeune  roi  demanda  hautement 

la  reftitucion  de  tout  ce  qui  avoit  été 

détaché  du  royaume  d'Auftrafie.  Clo- 

taire  fut  vivement  irrité  d*une  pareilk 

demande  :    cependant  il  diflimula.  Se 

timide  politique  Uii  repréfentoit   fan; 

celfe  des  confpirations  prêtes  à  éclater 

Il  fe  perfuada  que  fou  fils  n'eût  pas  ofi 

lui  faire  une  femblable  propofition 

s'il  n'y  eût  été  excité  par  les  grands  d( 

fon  royaume.    On  convint   de  choifi 

douze  feigneurs  pour  terminer  le  dif 

férend.  Les  arbitres  ménagèrent  fi  biei 

l'efprit  du  roi  ,  qu'il  céda  les  Arden- 

iiQs  y  les  Vôges ,  Rheims  ,   Châlons 

Laon  ôc  Cambray.  Cette   condefcen 

dance  rétablit  une  parfaite  tranquillio 

dans  l'empire  François  ;  mais  elle  m 

fut  pas  d'une  longue  durée. 

Révolte  des      Bientôt  elle  fut  troublée  par  la  ré- 

Gafrons  Se  volte  des  Gafcons.  Cette  guerre  n'eu 

à^s  Saxons,    ^ucune  fuite.  Celle  des  Saxons  fut  plu: 

Ged.  Franc,  férieufe.  Cette  fiere  nation  ,  méprifan 

c.  41.  la  grande  jeunefle  du  fils  <3c  l'humeui 


Clotaire  ÎÏ.  137 
pacifique  du  père  ,  crut  qui  la  circonf-  -  - 
:aiice  étoit  favorable  pour  recouvrer  Ann.  616. 
"on  ancienne  liberté.  Bertoalde  leur 
lue,  après  s'être  alTuré  du  fecours  de 
)lufieurs  peuples  barbares  ,  envoya 
Icclarer  au  roi  qu'il  ne  payeroit  plus 
e  tribut.  Dagobert  paffa  promptemenr 
e  Rhin  pour  aller  châtier  les  rebelles, 
w  orgueilleux  duc  vint  fondre  fur  lui , 
ivant  qu'il  pût  être  joint  par  l'armée 
le  Clotaire.  Le  combat  fut  opiniâtre  ; 
nais  enfin  le  jeune  prince  François , 
i)leiré  d'un  coup  de  fabre  qui  lui  fen- 
lit  le  cafquï  5  &  lui  coupa  quelques 
heveux  ,  fe  vit  obligé  d'abandonner  le 
!  hamp  de  bataille.  Il  dépêcha  au(îî-tôt 
.  m  de  fes  écuyers  vers  fon  père  ,  pour 
'  ui  porter  les  morceaux  du  cafque  avec 
a  dépouille  de  fes  cheveux.  C'étoient 
ie  glorieufes  preuves  qu'il  avoit  fait 
;  on  devoir ,  6c  des  marques  non  équi- 
j  roques  du  danger  qu'il  avoit  couru, 
i  Le  roi  auHi-tôc  fe  met  en  campagne ,  Les  Saxons 
<lc  vole  au  fecours  de  fon  fils  avec  tout  ^°^^  ^J^}fi^' 

,.,  rr        ^  Ti  niencdefaitst 

:e  quii  peut  ramalier  de  troupes.  11 
Touva  les  deux  armées  en  préfence  : 
îlles  n'étoient  féparées  que  par  le  Vé- 
ser.  Bertoalde  ,  pour  encourager  les 
taxons  5  avoit  irait  répandre  dans  Ion 
^:amp  le  bruit  que  Clotaire  étoit  mort; 


238    Histoire  de  France. 
!?  Le  monarque  s'avança  à  la  vue  de  Tin- 


Ann.  616.  fidèle  vafTal ,  ota  fo»  cafque  ,  &  lui  fit 
voir  fa  longue  chevelure  erife.  Le  duel 
s'emporta    jufquà    rinfulter.    Le   roi 
vivement  ofFenfé,  pique  fon  cheval. 
'  pafTe  la  rivière  à  la  nage  &  fuivi  d*ur 

grand  nombre  de  François ,  court  droit 
aux  Saxons.  Bertoalde  épouvanté ,  tâcht 
de  s'échapper  par  la  fuite.  Clotaire  h 
jjourfuit,  l'atteint,  &  d'un  coup  d'é 
pée  lui  abat  la  tête ,  qu'il  fait  mettn 
au  bout  d'une  lance.  Ce  ne  fut  plu 
alors  qu'une  horrible  boucherie.  L'ar 
mée  fut  taillée  en  pièces ,  ôc  la  natioi 
prefque   entièrement  exterminée.  Ôi 
dit  que  le  cruel  vainqueur  ordonna  d 
mafTacrer  tous  ceux  de  ce  peuple  fé 
ditieux  ,  qui  excéderoient  la  hauteu 
de  fon  épée.    L'ordre  ne  fut  que  tro] 
fidèlement  exécuté, 
"  C'efl  le  dernier  exploit  mémorabl 

Ann.  ^2.8.  J^  f^gj^Q^Q  Clotaire,  fi  toutefois  01 
Ciorïïre/^  peut  le  compter  au  nombre  des  adion 
de  ce  prince  ;  car  la  fidélité  de  l'hif 
toire  ne  permet  pas  de  diflimuler  qu» 
les  auteurs  les  plus  graves  lerévoquen 
en  doute.  Il  n'efi:  rapporté  que  par  l'âu 
teur  dQS  Faits  des  rois  de  France.  Fré 
degaire  n'en  fait  aucune  mention 
Quoi  qu'il  en  fbit  ce  monarque  mou 


Cf.    OT    A    IRE       IL       139 

it  a-peu-près  vers  ce  même  temps , 
c  flic  enterré  à  Paris  dans  lëglife  cIcann.  ^18; 
lint  Germain-des-Prés.  Il  étoit  âge  de 
uarante  -  cinq   ans.  11  avoit  eu    pour 
animes  Haldetrude  ,  >Bertrude  &:   Si- 
bilde.  Il  laifFa  deux  enfants.  Dagoberc 
:  Aribert.   Il  paroît   confiant  que  ce 
ernier  étoit  fils  de  la  reine  Bertrud^. 
C'efl   envain  que  les  hilloriens  de    soncarao^ 
m  temps,  ou  trop  efclaves  ,  ou  tropfé^oçç!"^^^ 
>mblés  de  fes  bienfaits ,  repréfentenc 
î  monarque  comme  un  prince  jufte 
:  débonnaire  :  fes  actions  nous  le  pei- 
nent fous  d'autres  couleurs.  Uufur- 
ition  du  trône  de  Thierri ,  le  malfacre 
es  petits-fils  de  Brunehaut ,   la  mort 
:uelle  de  cette  reine  ,  celle  de  Bofon, 
die  de  Godin ,  fils  de  Garnier  ,,  tout 
rouve  qu'il  n'avoit  i>i  cette  inflexible 
quité,  ni    cette   incroyable    douceur 
i  lie    lui  donnent  fes  panégyriftes.  Bo- 
nn étoit  un  jeune  courtifan  de  la  fi- 
jure  la  plus  aimable..   Le  roi  le  foup-    Frf%.  \n 
onna    d'ua    commerce   de  galanterie  *^^''^"*  ^' 5^' 
vec  la  reine  Sichilde  :  il  le  fit  affalÏÏ- 
er.  Godin  avoit  époufé  la  veuve  de 
on  père  :  l'incefte  ,  fuivant   les  nou- 
eaux  édits  ,  étoit  un  crime  de  mort  : 
21otaire    envoya    quelques  perfonnes   Uem.îbid, 
.aidées  pour  le  tuer.  Le  jeune  feigneur 


240    Histoire  de  France. 
■wnji^iuM  Ç21  fat  averti ,  &  fe  retira  dans  les  Eta 
Ann.  ^z8.  cleDagobert,qui  obtint  fa  grâce  ;  ma 
ce  fut  a  condition  qu'il  ne  retournero 
plus  avec  fa  belle-mere.  Berte ,  c'étc 
le  nom  de  cette  méchante  femme,] 
ritée  de  ce  que  fon  amant  étoit  trop  ï 
dèle  à  fa  promefTe  ,  l'accufa  d'une  co 
fpiration  contre  la  vie  du  roi.  Ce  pri; 
ce  5  fur  ce  rapport  didé  par  le  dépi 
feignit  de  vouloir  s'affurer  de  la  fid 
lire   de  Godin.   C'étoit  en  apparen 
tout  l'objet  de  la  commiflion  de  dei 
feigneurs   qu'il  lui   envoya.    Mais  I 
ordres  fecrets  portoient  de  le  poignr 
der,  lorfquils  en  trouveroient  l'occ 
fion.    Le    malheureux    courtifan    s' 
douta  5    &:  fe    fit  accompagner    d'i  ' 
grand  nombre  de  gens  armés.  On 
promena  d'églifes  en  églifes ,  de  So; 
Ions   à  faint  Denis ,  où  il  jura  fur 
corps  de  ce  faint ,  ce  qu'il  avoit  juré  1 
celui  de  faint  Médard ,  qu'il  feroit  to 
jours  fidèle  a  Clotaire.  On  lui  prop 
fa  de  réitérer  le  même  ferment  à  fai 
Agnan  d'Orléans  :  il  y  confentit.  Ji 
que-là  il   s'étoit  tenu  fur  fes  gard(- 
Mais  enfin   furpris  auprès    de    Ch; 
très ,  il  fut  percé  de   plufieurs  cou 
dont  il  expira  ,  vidime  de  la  diffim 
lation  ,  du  parjure  ,  &  de  la  barbar' 

d'i 


Clotaire     11.     141 

un  prince  qui  devoir  un  grand  royau-  — 


le  aux  intrigues  de  fon  père.  Ce  font  Ann.  6z8* 
es  taches  fi  contraires  à  l'efprit  d'é- 
iité  ,  aux  loix  de  l'honneur ,  aux 
laximes  du  chriftianifme  ,  qu'il  ed 
npollible  de  les  excufer.  Il  eft  hon- 
ux  pour  l'humanité ,  que  le  fiècle 
î  Clotaire  n'y  ait  vu  ni  injuftice ,  ni 
uautc. 

Au  refte ,  on  ne  peut  difconvenir  Ses  belk^s 
I  il  n'ait  été  un  prince  vaillant  &  ^"^^J^^- 
ave  5  habile  dans  l'art  de  go u ver- 
îr  ,  populaire  ,  affable  ,  charitable 
)ur  les  pauvres  ,  libéral  envers  les 
;lifes  ,  zélé  pour  l'obfervation  des 
ints  canons ,  ami  ôc  protecteur  ar- 
mt  de  tous  les  ferviteurs  de  Dieu. 

avoir  exilé  faint  Loup  ,  évèque  de 
jns,  qui  fidèle  à  la  famille  de  Thier- 

,  s'étoit  oppofé  autant  qu'il  avoir 
i  à  rinvafion  de  la  Bourgogne  :  il  le 
ppella  au  bruit  des  merveilles  qu'il 
îéroit  5  l'invita  a  fa  cour  ,  lui  de- 
anda  pardon  ,  le  fit  manger  à  fa  ta- 
e ,  &  le  combla  de  préfents.  Il  ré- 
biit  les  loix  en  leur  ancienne  vi- 
leur  ,  ôc  mérita ,  par  les  règlements 
l'il  fit  ,  une  glorieufe  place  parmi 
s  légiflateurs,  C'eft  à  lui  que  nous 
îvons  le  code  des  loix  Allemandes, 

Tome  /,  L 


\ 

141    Histoire  de  France. 
Elles    fiirenc   rédigées    3c   mifes    p: 

A.NN.  61Î.  écrit  dans  un  parlement  de  trent( 
trois  évêques  de  de  trente-quatre  duc 
aiïemblés  fous  fes  ordres.  Il  avo 
l'efprit  orné  ,  aimoit  les  belles  lettre; 
fe  piquoit  de  politeiïe  &  de  galanu 
rie.  Sa  complaifance  pour  le  beau  fe> 
alla  jufqu'à  l'excès.  On  lui  reprocl 
encore  qu'il  aimoit  trop  la  chaUe. 
x'exercice      Ce  noble  amufement ,  que  Plate 

'^e  la  chaiïe  ^ppgHg  un  exetcice  divin  &  l'école  d- 

aum    ancien    ii  -r     •  •  /    /        î 

que  la  mo-  vertus  militaires ,  a  toujours  été  cel 
narchie.       ^q  j^qj  ^q{^  ^^^  [^  naifTaiice  de  la  m< 

rffjr  ^^  '^^'  P^^c^i^»  Le  maître  veneur  ,  qui , 
HUcmar.  de  l'on  en  croit  Hincmar ,  étoit  un  d 
ord.  paiûtii ,  grands  officiers  domeftiques  fous  1 
Cl  ^i4'  pj-inces  Mérovingiens;  le  forefti 
qu'ils  établirent  pour  la  garde  du  ^ 
bier  de  des  forets  de  leurs  domaine 
les  parties  de  chalfes  enfin  où  tous  1 
feigneurs  de  la  cour  étoient  folenm 
lement  invités  en  certaines  faifon 
forment  autant  de  preuves  incontefl 
blés  de  cette  vérité.  On  leur  voit, 
leur  entrée  dans  la  Gaule  ,  un  éqi 
page  réglé,  beaucoup  de  chevaux,  d 
meutes  de  chiens  ,  une  fauconner 
Forcer  un  cerf  ou  un  fanglier  ,  cd  : 
alors  un  divertiflèment  auïîi  comm  i 
que  de  nos  jours  j  mais  il  nctoit  pc^ 


CtOTAlRE      ÏI.       141 

\s  qu*aux  princes ,  ou  tout  au  plus  à 
lelques     feigneurs     privilégiés.    On  Ànn.  6i8. 
iiairoit  aufll  avec  les  armes  :  cécoienc 
dinairement  l'épieu  ,  le  dard  ,  l'arc  , 
i  larbalète.  Il   y   avoir   encore    une 
pece  de  chafle  fort  ufitce  dans  ces 
iciens  teinps.  Elle  confiftoit  à  créa- 
r  des   folTés   que   l'on  couvroit   de 
uillages  ,•  ou  à  tendre  des  lacs ,  des 
ets ,  ou  des  pièges  avec  des    apats.  Ordcnnance 
i  crainte    qu'on  ne  détruisît    indif- '^t^^^'"*^^' 
laement  toute  lorte  de   gibiçr  ,  n  (^  de  lovis 
:  eniîn  défendre  fous  les  peines  les^^»  ^'''^^• 


us  rigoureufes. 


H  patoît  par  tout  ce  que  nos  hifloi- 
s   nous  apprennent  ,   que  la    chafïè 
oit  alors  un  exercice  libre  ;  mais  fur 
s  terres  feulement ,  jamais  fur  l' lié- 
cage  d'autrui  .qu'avec  fa  permiiîion. 
'eft   la    reftri6tion    qu'y  apporte    le  .  -t.  5  »  ^uoi 
Toit  Romain.  Nos  monarques  adop- J.^f  jf '  rXm 
rent  cette  loi ,  &  la  firent  obferver  domanio, 
ms  toute  fa  rigueur.  Le  roi  Gontraii 
)ndamna  à  mort  un  de  fes  chambei-    Greg.  Tur. 
ns  pour  avoir  tué  un  bufïle  dans  la^*^°*  ^'^ 
)rèt  royale  de  -Vadac  ou  Vangenne, 
)n  trouve  dans  la  loi  Salique  de  beaux  Le^.  Saïkie» 
rglements  fur  ce  divertiffement ,  tou-*^-  ^^' 
mrs  honnête   par   lui-  même  ,  mais 
uelquefois     infiniment     dangereux. 


o. 


144    Histoire  de  France, 
Elle  défend  de  voler  ou  tuer  un  œ 
Ann.  éiS.privé,    qui    aura    été    drefTé  pour  (|| 
chaife ,  aind  que  cela  s'obfervoit  alo: 
Elle    décerne  aulîi   des  peines  cont 
celui    qui  tuera  un  cerf  qu'un  aut; 
pourfuit  5    ou   qui   dérobera  le  gibi 
d'un  chaiïeur ,  les  chiens ,  ou  les  oifeai 
Vâgolert ,  Gu'il  a  élevés.  Ges  fages   difpofitiQ 

L    6SO.  à  11  '  • 

turent   renouvellees  par   nos  rois 
^g'"''^- '*^'^^*  différents  temps   &:    dans   les  mên:; 
termes. 

On  a  prétendu  que    nos  premi(| 

monarques  avoient  manqué  de  poli  • 

que  5  en  adoptant  une  loi ,  qui  ne  n  • 

Trm  de  la  ^^Z^  P*^^  afTez  les  droits  de  la  fou^  - 

poi  tom.  z ,  raineté.  Quoi   qu'il  en  foit ,  c'eft  :  * 

^;,|'j'^qJJ  '  jourd'hui   une    jurifprudence   univ  • 

Tellement  reçue  en  France ,  en  Efi  - 

gne  ,  en  Allemagne ,  que  le  fouver;  i 

ïeul  a  le  droit  primitif  de  chaife ,  : 

que  la  nobleffe  le  tient  de  lui ,  ou  j  : 

inféodation ,  ou  par  çoncefGon ,  ou  ]  c 

privilège. 


2^45- 


DAGOBERT    I.        ^''^*  ^'^• 

jA  nouvelle  de  la  mort  de  Clotaire  Dagcbertfe 
î  fut  pas  plutôt  parvenue  à  la  cour  ^^^î^j.e^7euî 
Auftrafie  5  que   Dagobert  .  fit  jouer  roi  de  Fran- 
us  les  reiForts  de  la  politique  pour  ^^* 

faire  reconnoître  feul  roi  à  l'exclu- 
3n  d'Aribert  fon   frère.   Il   envoya,     i^r  n^" 
ns  tarder,  en  iiourgogne  &  en  Neuf-  c.  i^.. 
le  ceux  de  fes  miniftres ,  qu'il  con- 
nfToit  les  plus  capables  de  ménager 
s  efprits ,  &c  d'emporter  en  fa  faveur 

fuftrage  des  grands  &  des  peuples 
î  ces  deux  royaumes.  La  force  vint 
L  fecours  de  la  rufe.  Le  premier  foin 

1  monarque  ambitieux ,  fut  de  lever 
le  puiifante  armée ,  à  la  tête  de  la- 
lelle  il  s'avança  jufqu'à  Rheims.  îl 
trouva  tous  les  évêques  &  tous  les 
igneurs  Bourguignons  >  qui  s'étoienc 
ndus  dans  cette  ville  pour  lui  prêter 
•rment  de  fidélité.  La  Neuftrie  imita 
ientôt  cet  exemple.  Brunulfe  ,  frère 

2  la  reine,  mère  d'Aribert,  s'oppofa 
lutilement  à  cette  réfolution  :  il  falut 
."der  au  temps  :  il  vint  lui-même  avec 
■  prince  fon  neveu  au-devant  du  nou- 
iau  roi  pour  lui  faire  hommage. 

L3 


1^6    Histoire  de  France. 
C'ttoit  violer  ouvertement  les  loijj 
Ann.  ^i8  qui  jufcju'alors  avoient  admis  tous  f(( 
Aiiberrob^  ciif;  iits   dc:.    monirqu^s    brançois   ai 

tîedl"Aou5  P^^^^S^  du  royaume.  Miis  le  parti 
taine  à  titjc  pi  US  jufte  n'ell  pas  toujours  le  pli 
de  royaume,  heureux.  Cependant  les  grandes  qu 
un.  c.  16.  litcs  du  jeune  Anbert  forcèrent  enfin 
cour  à  lui  rendre  juflice.  Son  méri 
attira  fur  lui  tous  les  regards  :  les  U 
gneurs  parurent  touchés  de  fon  foi 
Les  plus  iâges  du  confeil  craignire! 
que  cette  compalîîon  ne  devînt  f  une( 
â  Da^obert  :  ils  l'engagèrent  à  céd 
a  Ion  rrere  quelques  provnices  a  tit 
de  royaume.  On  lui  donna  le  Toi 
loufain  ,  le  Querci ,  TAgénois ,  le  P 
rigord ,  la  Saintonge  ,  &  tout  ce  q 
eft  entre  la  Garonne  de  les  Pyrénéc 
Mais  on  lobligea  de  renoncer  à  toi 
tes  fes  prétentions  fur  le  refte  de 
monarchie  Françoife.  Le  roi  dVAqu 
raine ,  c'eft  le  nom  qu'il  prit  ,  part 
aulîî-tôt  pour  {qs  nouveaux  Etats ,  doi 
Touloufe  devint  la  capitale.  11  y  véci 
avec  éclat ,  fubjugua  les  Gafcons  qi 
s'étoient  révoltés ,  &  foutint  avec  gloi; 
l'honneur  de  la  royauté. 
D.igcfcert       Le    commencement   du    règne   c 

rend    juftice  r>         i  •  •  «^ 

aux  peuples  L>agoDert    annouçoit  un   prnice  pa 
opprimés,    fait.  La  Bourgogne  étoit  défolée  f 


Dagobert     I.     247 

s  vexations  des  feigneurs ,  qui  àbu-  "* ""J^ 

nt  de  la  timide  indulgence  de  Clo- Aun.  6iZ. 
ire  5  étoient  devenus  autant  de  ty- 
ns.  Le  nouveau  monarque  s'y  ren- 
t  avec  tout  l'appareil  de  la  majefté, 
r  il  aimoit  l'éclat.  îl  fe  fit  voir  d'à- 
)rd  à  Langres ,  enfuite  a  Dijon  ,  à 
int  Jean  de  Lône  ,  a  Châlons- fur- 
Mie,  à  Autun ,  à  Auxerre  ,  écoutant  ^<^^^'  ^*^i^» 
s  plaintes  de  la  veuve,  de  l'orphelin, 
)  toutes  les  perfonnes  enfin  que  leur 
ibleire  avoit  le  plus  expofces ,  à  L'op- 
elîioh.  11  fit  par -tout  une  exafte 
ftice  5  &  chacjue  crime  fut  puni 
ec  une  inflexible  févérité ,  fans  dif- 
idion  de  riches,  ni  de  pauvres.  On 

combloit  de  bénédidlions  :  on  don- 
)it  mille  louanges  aux  miniftres  qui 

confeilloient  :  on  ne  pouvoit  fur- 
ut  fe  laiTer  d'admirer  un  jeune  roi  fî 
cupé  du  gouvernement  de  fon  Etat , 
l'il  fe  donnoit  à  peine  le  temps  de 
endre  fes  repas. 

Mais  ce  même  voyage  fut  déshono-     il  répudia 
par  une  adion  ou  l'on  voit  moins   J^j'^' ^"ouf» 
î  juftice  que  de  politique.  Brunulfe,  Nauùide. 
icle  d'Aribert ,  pour  ne  point  faire 
nbrage ,,    avoit    fuivi    Dagobert  en 
Durgogne.  Ce  prince  le  fit  arrêter  à 
int  Jean  de  Lône.  La  crainte   qu'il 

L4 


248    Histoire  de  France. 

'■  ne    brouillât ,  plus  que  la  convidlioi, 

Ann.  618.  ^'aucune  intrigue  nouvelle,  dida  lo: 
dre  de  le  tuer  :  ce  qui  fut  exécuté  p: 
trois    des    principaux  feigneurs  de 
cour.    Le  monarque  revint  enfuite 
Paris  5  dont  il  fit  fa  capitale.  Bienc( 
il  répudia  Gomatrude  ,  fous   prérext 

Jd.FredegdQ  flérilité.  Nantilde ,   fille  d'honnei 
Ge/î  Da-  ^^   cctze  reine  ,  eut  le  bonheur  de  li 

gob.  c*\u    plaire  :  il  l'époufa  à  Rumilîy ,  maifc 
de  plaifance  proche  de  Paris.    Ce  f( 
cond   engagement  ne  put   fixer  i'hi 
meur  volage  de  ce  prince.  Il  n'éto 
plus  retenu  par  les  fages  confeils  d' A: 
noul.  Le  faint   prélat ,   après   des  ir 
fiances  mille  fois  réitérées  ,  avoir  enh 
obtenu  la  permifïion  de  fe  retirer., 
vivoit  alors  dans  la  folitude  ,  occut 
de  la  feule  affaire  de  fon  falut.  Lac 
fence  de  ce  grand  homme  eft  Tépc 
c]ue   des   défordres  du  roi  fon  'élèv 
Le    voluptueux   Dagobert  ,   empoft 
par  la  fougue  de  la  jeuneffe ,  ne  mé 
nagea  plus  rien  ,  &  s'abandonna  fan 
pudeur  à  tout  ce  que  la  pallion   a  d 
plus  effréné. 
%et  défor-      La  vanité ,  plus  que  le  défir  de  ren 
dre  la  jufiice  aux  peuples  ,  avoir  fai 
réfoudre  un  voyage  en  Auftrafie.  Il  " 
parut  dans  toute  la  pompe  du  trône 


àïti. 


Dagosért     L      249 
vèal  de  fes  habits  royaux  ,  accom- 
gné  de  tous  les  grands  feigneurs  deANN.  <îi8. 
euftrie  Se  de  Bourgogne.   Son  cœur 
fut   féduit  par  l'amour  :  il  ne,  put 
fifter  aux  charmes  d'une  jeune  Auf-   ^^^^FraUg, 
liîenne  ,  nommée  Ra^netrude  :  il  en 
it  un  fils  fi  connu  depuis  fous  le  nom 
;  faint  Sigebert.  Ce  n'étoit  là ,  pour 
nfl  dire  ,  cjue   le  prélude  de  fes  dé- 
)rdements   :  ils  allèrent  toujours  en 
oilTant.    On  lui  vit  en  même-temps 
Dis  femmes  5  qui  toutes  étoient  ho - 
|)rées  du  titre  de  reines,  &  prenoienc 
qualité  d'époufes  légitimes.  On  ne 
.rie  point    de  {^es    maitrefîes  :  elles 
Dient  fans  nombre  ,  ôc  fes  excès  en 
genre  furent  portés  fi  loin  ,  que   les 
ftoriens  ont  eu  honte  de  les  rappor- 
r.   Toujours  un   défordre   en  attire 
1   autre.    Les    tréfors  du   monarque 
Féminé  ne    fuffifoient  point   à  l'avi- 
té  il  ordinaire  dans  les  femmes  de 
îtte   efpèce  :  il  fe  vit  bientôt  obligé 
accabler  fes  fujets  de  nouvea'ux  im- 
3ts.   Ce  n'étoit  par-tour  qu'horribles 
2xations  :  il  ne  refpeda   pas    même 
:s  biens  de  l'églife. 
On    ne  fcauroit  imaginer  jufqu'où  Magnîfîcea- 

1-1  ■*    •£  r  1        ^       ^  j^  ce  de  la  COUT 

loit  la  magniticence  lous  le  l'egne  de  ^^  ^^    j^^^^^ 
î  prince.  L'or  6c  les  oierres  précieufe$  • 

L5 


1 

2,50   Histoire  de  France. 

^-'^'"'" ".'■'"  brilloient    par-tour.    Sainr   Eloy  ,  qi  j 

Ann,  ^18.  ne  vint  a  la  cour  qu'avec  la  qualiré  ci  i 
rita  S.  Eli-  limple    orfèvre  ,  portoit  des  ceinrurt 

^Z'^^'"'^"^"' enrichies  de  pierreries.  On  aflure  ciu 

rit  pour  Clotaire  un  rauteuil  d  or  maiii 

Gejî.  Di  ^ais   le  comble  du  fafte  eft  ce  trôn 

gob.  c.  40.  entier  du  même  métal  ,  fur  lequel  Dn 
gobert  parut  a(ïîs  dans  une  auemblé 
générale  des  feigneurs  de  fon  royai 
nie.  Les  François  dévoient  ces  grande 
richeiTes ,  tant  à  leur  commerce  ave 
l'empire  d^Orient ,  qu'à  leurs  conqiu 
tes  d'Italie.  Le  peuple  cependant  g( 
miiroi.t  fous  l'oppreflion.  Les  miniftre 
devinrent  refponfables  des  exadion 
du  prince.  Lé  vertueux  Pépin  fut  1 
pemier  objet  de  la  haine  publique 
Frel.  e.  62.  C'étoit  un  févère  cenfeur  plutôt  qu'u 
lâche  adulateur  des  vices  du  monar 
que.  On  n'oublia  rien  pour  le  perdre 
mais  fa  fageife ,  fa  piété  ,  fa  verr. 
rendirent  inutiles  les  pernicieux  def 
feins  de  fes  ennemis. 

Aribert,  bien  différent  de  fon  frère 

Ann.  6jo.j^Q  s'occupoit  que  du  bonheur  de  fe 
Mort  d'A-  fujets.  Il  en  étoit  adoré.  La  fageffe  ,  h 

Ton^filsf  ^  bonté  y  h  douceur  de  fon  gouverne 
ment  firent  repentir  les  François  d( 
l'injuftice  qu'ils  lui  avoient  faite.  Mai; 
une    prompte    mort   l'enleva    de  c( 


Dagobert  I.  251 
nonde  ,  Se  remplit  fon  royaume  de 
leuil  de  de  trifteffe.  Le  jeune  prince  Ann,  ^50. 
^hilpcricfon  fils  le  fuivit  de  près,  laif-  Idem,  c.  si. 
ant  à  fon  oncle  de  grands  tréfors  &  un  Gefl.  Dd» 
Zcat  florifTant.  On  lit  néanmoins  dans  la^  ^'  ^'^* 
louvelle  hiftoire  du  Languedoc,  qu'A- 
ibert  eut  deux  autres  enfants  qui  lui 
urvécurent  ,  Boggïs  &  Bertrand.  On 
prétend  que  le  premier  eft  la  tige  de 
^'illuftre  famille  qui  fut  éteinte  dans  la 
pei'fonne  de  Louis  d'Armagnac  ,  duc 
de  Nemours  ,  tué  à  la  bataille  de  Ce- 
rignoles.  Ce  font  là  de  ces  fyftèmes  gé- 
néalogiques 5  toujours  plus  aifés  à  ima- 
giner qu'à  établir  folidement.  Quoi 
qu'il  en  foit ,  la  mort  précipitée  du  père 
6c  du  fils  donna  occanon  à  mille  bruits 
injurieux.  On  crut  avoir  fujet  de  foup- 
çonner  que  Dagobert ,  foit  ambition  , 
loit  jaloufîe  ,  avoit  abrégé  les  jours 
d'un  frère  trop  digne  de  régner  fur  toute 
la  France.  Mais  la  fidélité  de  l'hilloire 
ne  permet  pas  de  donner  pour  vrai  ce 
qui  n'eft  qu'une  pure  conjedure. 

La  France  jouifloit  depuis  long-temps      f  "^'^1^3 
d'une  paix  profonde.  Elle  fut  troublée  EfcUvons 
tout-à-coup  par  un  marchand ,  né  fu-  Vinides. 
jet  de  nos  rois ,  mais  devenu  lui-même 
roi    d  une    nation    puiiTante.   Samon , 
cétoit  le  nom  de   l'aventurier    Fran- 

h  6 


] 

îji    Histoire   de  Franc b. 
^  çois  ,  éroic  parti  de  cîiez  lui  *  ,  accom-  j 


Ann.  ^31. pagne  de  plufieurs  négociants,  poiu 
aller  traiiquer  chez  les  Efclavons.  C'ell 

Fred.  c,  48.  ainfi  qu'on  appeloit  les  peuples  qui 
occupoient  non  -  feulement  ce  qu'on 
nomme  aujourd'hui  l'Efclavonie,  mais 
la  Bofnie  ,  la  Dalmatie  ,  la  Croatie 
de  une  partie  de  la  Bohême.  Les  Vi- 
nides  étoient  une  de  leurs  colonies. 
Ce  font  eux  qui  ont  donne  leur  nom 
au  golfe  Vénadique  *  '''5  où  ils  ha- 
bitoient  anciennement.  Ils  s'étoient 
'  'avancés  jufqu'au  Danube  ,  Ôc  avoient 
été  fubjugués  par  les  Abares.  Les  mau- 
vais traitem.ens'  qu'ils  eiTuyoient  de  la 
part  de  leurs  vainqueurs  ,  les  forcèrent 
enfin  de  prendre  les  armes  pour  fecouer 
un  joug  fi  rude.  Les  marchands  Fran- 
çois à  leur  arrivée  dans  cette  malheu- 
reufe  contrée  ,  trouvèrent  la  guerre 
cruellement  allumée.  On  étoit  près 
d*en  venir  aux  mains.  Samon  s'offrit 
généreufemenr  à  eux  ,  &  fit  tant  de 
prodiges  de  valeur,  qu'ils  l'élurent 
pour  leur  roi.  C'étoit  un  homme  né 
pour  les  grandes  entreprifes.  Il  fe  con- 
duifît  avec   tant  de   prudence  de    de 

*  Les  uns  veulent  qa'il  foit  narîf  du  terrkoire  de 
Sens,  d'autres,  du  "Brabanr ,  ou  de  Sennegau. 

♦'■♦'  Ceft  ain(i  qu'on  appelloir  anciennement  l'em» 
lioucbure  de  la  Viilule. 


Dagobert     Î.      155 

c  irage  ,  qu'il  eut  le  bonheur  de  déli-  •—  i 

v?r  tes  nouveaux  fujets  de  la  tyrannie  Ann.  651, 

Me  l'opprelTion.  Mais  oubliant  qu'il 

ciit  chrétien  ,  il  vécut  parmi  eux  dans 

t  ite  la  licence  du  paganifme.  Il  épou- 

{ jufqu'à  douze  femmes  ,  dont  il  eut 

sigc-deux  fils  de  quinze  filles. 

Ce  fut  cet  homme,  auiïl  fameux  par 

[  grandes  qualités  que  par  fes  aven- 

:  es  &  fes  excès  ,  qui  troubla  la  tran- 

:  ilité  de  la  France  fa  patrie.  Le  fujec 

:   la  querelle  fut  une  infulte  faite  à 

:  slques     marchands    François  ,    qui   idem.  e.  <r«. 

ienr  venus  chez  les  Efclavons  pour     Geji.  Da- 

rrafiquer    félon  leur   coutume.  Ces^°'^'^^' 

:bares ,  au  mépris  du  droit  des  gens  , 

jetèrent   fur  eux  ,  leur   enlevèrent 

1rs   marchandifes  ,  &  tuèrent   ceux 

i  voulurent  fe  défendre.  Ce  fut  inu- 

imenz    que   Dagobert    envoya   de- 

mder  fatisfaéVion  :  Samon  refufa  au- 

;nce  à  fes  ambalTadeurs.  L'un  d'eux , 

mmé  Sichaire  5  trouva  cependant  le 

)yen  de  parvenir  jufqu'à  lui  à  la  fa- 

Lir  d'un  habillement  Efclavon.  Mais 

lui  parla  avec  tant  de  brutalité  qu'il 

fit  chafier  honteufement,  La  guerre 

:  auffi-tôt  déclarée.  Le  roi  des  Vini- 

s  la  foutint  avec  gloire.  On  fit  mar- 

sr  contre  lui  trois  armées  ^  qui  l'at- 


1 

154    Histoire  de  France. 

■  caqiierent  par  trois  différents  endrolti 


Ann.  6}i,  ce  qui  l'obligea  de  partager  fes  troupg 
en  trois  corps.   Le  premier  fut:  déraj 
par  les   Allemands   fous  la   conduis 
de    Clodobert  leur   duc.    Les   Lan, 
bards ,  autrefois  t-ributaires ,  aduell 
ment  alliés  des  François  .  battirent 
fécond  ,  ôc  firent  un  grand  butin.  Mî 
le  troifieme  ,  où  probablement  Sam< 
fe  trouvoit  en   perfonne  ,  repouffa 
vigoureufement  les  Auftrafîens ,  qu: 
fe  virent  contraints  de   fè  retirer 
défordre.    Cet    échec    entraîna  la 
fedion  des  Urbiens  ou  Sorabiens ,  pe 
pies  voifins  de  la  Thuringe.  Dervai 
leur  duc  ,  faifit   cette    occafion  de 
fouftraire  à  l'obéiffance  de  Dagobet 
pour  fe  donner  à  Samon,  Les  Vinide 
devenus  plus  fiers  par  cette  réunioi 
firent  des  courfes  jufque  dans  la  Gn 
■    manie    Françoife  ,    qu  ils    défolere 
pendant  quelques  années. 

MafTacredes      |j  ^j-j-^y^  y^j-g  ^e  même  temps  un  év 

nement  qui  y  quoiqu  étranger  ,  mer: 
d'avoir  place  dans  notre  hiftoire ,  p 
l'intérêt  que  les  François  furent  Jorc  : 
d'y  prendre.  Les  Bulgares  &  les  At  • 
res  n'avoient  fait  pendant  long-tein: 
Trei.  c.  71 .  qu'un  même  peuple  :  la  mort  de  k  : 
ïoi  les  divifa  ;  chacun    voulut  éle^  ! 


Dagobert     L      155 

ir  le  trône  un  pânce  de  fa  nation.  La  -''  -'-'**"  ' .  :!: 
lerre  s'alluma  li  vivement,  qu'elle  Ann.  6^1, 
i  finit  que  par  la  ruine  prefque  en- 
ere  des  premiers.  Neuf  mille  ,  écha- 
zs  à  la  fureur  des  vainqueurs ,  vinrent 
lercher  un  afyle  dans  la  Bavière ,  d'où 
s  envoyèrent  prier  le  roi  de  vouloir 
len  les  recevoir  au  nombre  de  fes  fû- 
ts.  11  leur   permit  d'y  paffer  l'hiver 
ulement.  Mais  il  leur  prometroit  en 
lême  temps  de  faire  examiner   leur 
;qucte  dans  fon  confeil.  Le  réfultat  fut 
li'iI  étoit  contraire  au  bien  de  l'Etat 
'accorder  un  refuge  à  des  gens  fans 
)i  &  fans  loi.  On  envoya  en  confé- 
Lience  des  ordres  fecrets  aux  Bavarois 
e  les  égorger  une  certaine  nuit  qu'on 
:ur  marqua.  Il  ne  s'en  fi^uva  que  fepc 
îns,  qui  fe  retirèrent  chez  les  Efcla- 
ons  Vinides.  On  chercheroit  envain 
excufer  une  aâ:ion  de  cette  natu^re. 
'empire   François  n'avoir  rien  à  ré- 
curer d'une  poignée  de  foldats  ,  de 
îmmes    &    d'enfants.     On    pouvoir 
rendre    des   mefures   pour    les   faire 
jrtirde  France  ,  fans  expo  fer  les  pro- 
inces  au  pillage.  Ce  malTacre  eft  un 
pprobre  &  une  tache  a  la  mémoire  de 
)agobert. 
On  ne  voit  pas  qu'il  ait  ménagé  da-    Dagobert 


1 

1^6   Histoire  DE  France. 
r—" — :  vanraee  fa  gloire  dans  le  double  a^  ; 
Ann,  (Î31.  commodément   quil   tic    cette    merr^i 
aide  Si fen and  année  ,  l'un  avec   Sifenand  ,  roi  d( 
di^G^'thsTn  Vifigoths ,  l'autre  avec  !es  Saxons ,  tr 
Efpagne.      butaîres  de  la  France.  Il  avoir  aidé  1 
JFrei.  C.73.  premier  à  monter  fur  le  trône  d'Efp 
Oefi.  Da-  gne  ,  au  préjudice  de  Suintlk  qui  goi 
^oh.  c,  30.   vernoit  cette  nation  depuis  dix  ans.  U 
des  articles  du  traité  porroit ,  qu'on  li 
donneroit  un  grand  bain  a  d'or,  doi 
Ae'tius  avoit  fait  préfent  à  Torifmonc 
Il  étoit  enrichi  de  pierreries  &  pefo 
cinq  cents  livres.  Sifenand  ,  proclam 
roi,  n'ofa  le  refufer  aux  ambalTadeu 
François  ,  qui  étoienc  venus  le  demai 
der  de  la  part  de  leur  maître.  Mais 
apofta  des  gens  ,  qui  le  leur  enleverer 
à  leur  retour  en  France.  Dagobert  i 
plaignit  vivement  de  cette  violence 
&:  menaça  beaucoup.  On  mit  l'afFair 
en  négociation.  Le  foible  monarque  f 
*  contenta  en  dédommagement ,  de  deir 
cent  mille  fous  d'or ,  qui  font  à-peu-ptè 
trois  millions  de  notre  monnoie. 
îl  ccnfie  la      L'accord  fait  avec  les  Saxons ,  quoi' 

âéfenfedela  ^  j'  >    nr         :^. 

Thurînge      ^^  ^  ^^^  autre   nature  ,  n  orrre  riei 
îiux  Saxons,   de  plus  glorieux  ,  ni  d^  plus  avanta- 
geux. Dagobert  avoit   levé  une  puif 
faute   armée  ,   pour   aller   châtier  le 
Vinides ,  qui  défoloient  la  Thuring( 


Dagobert    I.     257    ^ 

p-  leurs  fréquentes  incurlions.   Ueja . 

i  s'étoic  avancé  Jufqua  Mayence  ,  &  Ann.  6^1, 
{préparait  à  pafïer  le   Rhin  ,  lorfque    u,  Fredeg, 
Ij    envoyés  du  duc  de  Saxe  vinrent '^^  '/4. 
'faire  une  propofition  qui  ne  pou-     po'?-  Da- 
it  que  ioffenfer  ,  s  il  neut  amie  le'' 
)os  plus  que  la  gloire.  Us  fe  char- 
oient   de    défendre   avec  les  feules 
mpes  du  pays  toute  la  frontière  de 
Germanie  Françoife  ,  à  condition 
on  leur  remettroit  le  tribut  de  cinq 
nts  bœufs ,  qu  ils  étoient  obligés  de 
arnir  tous  les   ans  à  la  maifon    du 
i.    U  accepta    l'offre  ,  leur    accorda 
xemption  qu'ils  demandoient ,  leur 
nfia  la  défenfe  de  la  Thuringe  ,^Sc 
•ngedia  cette  belle  armée  ,  à  la  tète 
J  laquelle  il  étoit  en  état  de  donner 
loi  à  tous   les  peuples  voifms   de 
^uftrafie. 

On  ne  reconnoît  dans  ces  deux  évè- 
îtnents ,  ni  cette  noble  fierté,  ni  cette 
deur  martiale ,  qui  rendirent  les  def- 
mdants  de  Clovis  fi  redoutables  , 
ue  même  l'empire  Romain  rechercha 
lus  d'une  fois  leur  alliance.  Ces 
raves  fondateurs  de  la  monarchie 
'auroient  lailTé  impuni ,  ni  cette  lâche 
ifradion  de  traités  ,  ni  ces  infultes 
ûtes  à  leurs  ambaffadeurs.  Loin  d'af- 


15^    Histoire  de  France. 

y franchir  du  joug  des  peuples  vaincu  j* 

Ann.  6  3 1 .  ils  auroient  profité  de  l'occafion  d 
tendre  leurs  conquêtes.  On,  ne  les  \ 
jamais  préférer  une  honteufe  oi(ive 
à  la  gloire  de  fubjuguer  une  nation 
perfide  ou  infolente*  Cette  foiblei 
du  gouvernement  de  Dagobert  ai 
nonce  le  règne  des  fainéants  ,  & 
chute  prochaine  de  fa  maifon. 

* Les  Saxons  cependant  ne  fe  trouv 

Ann.  ^^?.î;ent    pas  aifez    forts  pour  arrêter  1 

fa:?^fbn  ^fiîs  ^xcurfions   dcs    Viuides.    Bientôt    i 

sigebert  roi  quittèrent  leur  entreprife ,  &  la  Thi 

.dAuftrafie.    ^[^-^^q  demeura  de  nouveau  expofée 

6*  8^5.  ^'  ^^  ^^  fureur  6c  à  l'avidité  de  ces  peupl 
"Jefi.  Da-  barbares.  Ces   mauvais    fuccès  attri 

^°  '  ^*  ^^*  toient  le  monarque  ,  &:  ne  le  tiroieij 
point  de  fa  nonchalance.  Il  fe  détei, 
mina  ennn  à  faire  couronner  Sigebe: 
roi  d'Auftrahe.  Ce  jeune  prince  n's 
voit  pas  encore  trois  ans  accompli 
11  lui  affigna  des  revenus  fuffifant 
pour  foutenir  la  majefté  du  trône  ,  5 
mit  auprès  de  lui  deux  hommes  célè 
bres  par  leur  fagelTe  ,  leur  prudence 
ôc  leurs  vertus.  C'étoient  Cuniber 
évèque  de  Cologne  ,  3c  Adalgife  du< 
du  palais  d'Auftrade  *.  Cette  démar 

■*•  Il  paroît  que  la  qualité  de  duc  du  palais  efr  î< 
dirtinguée  de  celle  de  maire,  que  Pépin  avoit  a< 
tueileuient  &  ^u'ii  eut  encore   depuis. 


Dagobert  I.  1551 
€3  eut  tout  l'effet  qu'il  en  attencîoit. 
Is  Auftrafiens  crurent  avoir  recou- Ann.  635; 
\.'  leur  liberté  ,  p.irce  qu'As  avoient 
roi  5  &  firent  h  guerre  avec  plus 
vigueur.  Les  efclavons ,  ou  n'osè- 
lit  plus  paroître  ,  ou  furent  vive- 
mt  repouiïcs. 

La    fitisfadion  des  peuples  d'Auf- 
lifîe  fut  un  peu  altérée  par  une   au-  ^^'  ^^"^^ 

d  ' r     r  '  2  •      Ti  *  •        1^  déclare 

ilpolition  du  roi.   11  avoir  repris  c  ovîs  fon 

Tintilde  par  les  confeis  de  S.  Amand  Second  fds 
,11  avoit  rappelle  de  Ion  exii.  il  en  f.uj  ^ans  fes 
t  un    fils  5  qui  fut   nommé  Clovii.  ^t^rs    de 

.  •  5  /    Bourgogne 

L  crainte  que   ce  jeune  prince   n  e-  ^  ^^  l^^^f. 
cuvât    le  trifte   fort  d'Aribert ,   lui  ^re- 
prendre toutes  les  précautions  que 
prudence  peut   infpirer  ,  pour  lui 
ftirer   une    couronne  après  fa  mort, 
e  fut  dans  cette  vue  qu'il  affembla  a 
iris  les   feigneurs    des   trois    royau-   Fred.c.  7/7, 
es.  Il  leur  déclara  que  fon  intention 
oit  que   l'enfant  qui  lui  venoit    de 
litre  ,    lui    fuccédât    dans   tous    fes 
rats  de  Bour^oî^ne  &   de  Neuftrie  : 
confirmoit  à  Sigebert  pour  le  pré-    Vita  Sige- 
mt  tout  ce   qu'il  pofifédoit  ,  de  pour  ^^'"^-  '7^ 
avenir  ce  qui  avoit  toujours  été  in-^ot/c.  îi. 
onteftablement    du    royaume   d'Auf- 
rafie  ,  une   partie  de  la  Champagne, 
;s  Ardennes  5  les  Vôges,  toutes  les 


] 

1 

2<?o    Histoire  de  France. 

r-  places     Qn^n    que    fes     prédéceffeù'; 

Ann.  ^34.  avoient    pofTcdées   dans    rAquitaim^ 

dans  la   Provence,  &  dans  les  autr* 

parties  de  la  France.  Il  n'en  excepte 

que   le    duché    de  Dantélénus,   qui 

réunifloit  à  la  Neuftrie  ,  dont  il  ave* 

été  détaché  par  Théodebert  II.  Ce  i' 

fut  qu'avec  peine  que    les    feignen 

Auftrafiens  confentirent  à  ce  traité  1 

partage;  mais    ils    virent    bien    qu 

étoit  inutile  de  s'y  oppofer.  Le  roi 

vouloir  :  les  grands    des   deux  autr 

royaumes   le    demandoient  :  il  fall 

céder  aux  temps,  Se  iigner  la  renôi 

ciation  de  Sicrebert  à  la  Bourgogne 

a  la  JNeuitrie. 

"^  L'affaire    de    la  fucceflîon    étoit 

&  JjL^^  peine  terminée  ,  que  Dagobert  fe  \ 
obligé   d'envoyer   une  nombreufe  a 

les^cîfc'onî^^^^^  ^^^^^^?  les  Gafcons.  Cette  nation 

révoltés.      toujours   incjuiète  ,  toujours   ennem 

de  toute  domination ,  s'ctoit  jetée  fi 

Fred.  c.j'-Ao.  Novempopuknie  "^  ,  où  elle  fit  c 

Gejl.  Dd'  grands  ravages.   On  porta  le  fer  &C  . 

goh.  c.  i6  ,fg^  jufques  dans  leurs  retraites  les  pli 

inacceffibles.  Attaqués  de  tous  coté; 

battus   dans  leurs  vallées ,  forcés  dai 

les'  montagnes  ,  ils  envoyèrent  demai 

■^  C'étok  ainfi  qu*on  appelloit  anciennement  cet 
parde  de  la  France,  i^u'on  nomme  aujourd'hui  G; 
cogne. 


D    A    G    O    B    E    H.    T       I.         2,(^1 

r  quartier.   Ils  robtinrent ,   mais  à  -^^ — ^'^^ 
idition   qu'ils   viendroienc  fe  jeter Ann.    6}$ 
i  pieds   du  roi    pour   implorer   fa  6c  6}^, 
mence  ,  &  fe  foumetrre  à  tout  ce 
'il    exgeroit   d'eux.    Ils  tinrent  pa- 
e.  i£ghinan  leur  duc  ,  accompagné 
tout  ce  qu'il  y  avoit  de  grands  fei- 
eurs  dans  le  pays ,  fe  rendit  à  faint 
mis.   Mais  il  n'ofa   paroître  à  Cli- 
i,   où  Dagobert  tenoit  fa  cour.  La 
inte  du   jufte  châtiment  que  méri- 
-t  fa  rébellion  ,  ne  lui  permit  pas  de 
:tir  de  ce  refpedable  afyle.  H  dépè- 
i  quelqu'un  pour   faire   fes  foumif- 
ns.   Le  monarque  leur  fit  grâce  en 
onneur  du  faint.  Tous  jurèrent  fur 
tombeau  de  l'apôtre  de  la  France, 
'ils  lui  feroient   inviolablement  fi- 
les ,   6c  aux  rois  fes  fuccelTeurs. 
L'exemple   des   Gafcons  avoit  fait  Les  Bretons 
volter  les    Bretons  :  la   crainte    du  i5 '■^*^°^"*^^^- 
eme  châtiment  les  ht  rentrer  dans  leur  sei- 
devoir.   Judicael  leur  duc  ,  au  mé-  gi^eur. 
is  des  concordats  entre  les   monar-  ^^^'^  '      * 
les  François  ôc  les  comtes  de  Breta- 
le  5  avoit  repris  le  nom  de  roi  ,  de 
vageoit  les   frontières  de  la  France, 
agobert  lui  envoya  demander  fatif- 
dion  5  avec  ordre  de  lui  déclarer  la 
aerre  ,  s'il  ne  venoit   promptement 


i(ji    Histoire  de  France. 
lui  rendre  les  hommages  qu'il  lui  (j 

A.NN.  ^5j  voit.  Ce  fut  faine  Eloi  qu*il  charg 
&  6}  6,  d'une  commiiîîon  fi  délicate.  C*ét( 
un  perfonnage  que  fa  vertu  faifj 
aimer  de  tout  le  monde  ,  de  que  (j 
génie  rendoit  capable  de  tout.  Il  ay^ 
appris  le  métier  d'orfèvre  ,  ôc  y  çxc| 
loit.  Il  a  fait  pludeurs  chaires,  celj 
de  faint  Germain  de  Paris  ,  de  fa 
Se  vérin ,  de  fainn  Quentin  ,  de  fa 
Duch,  u  i ,  hucien  y  Se  de  fainte  Geneviève. 

P'  ^i^'        yoi  fe   plaifoit  fouvent  à  le  voir  t 

vailler.    Il  l'honora  de  la  chargç 

s  monétain  ,  ou  furintendant  des  m< 

noies  de  France.    Nous  avons  enc( 

de    lui  quelques   petites  pièces  d'c 

Ducange  ,  qu'on  appelloip    t^-^nnijes  ,   monno 

w:Ës^  ^'^  ^^^^^  ^^  valeur  étoit  la  troifieme  par 
d'un  fou  d'or.  Sa  piété  augmenta  a^ 
fa  fortune;  il  devint  enfin  évèque 
Noyon.  Ce  vertueux  envoyé  fçut  t 
lement  profiter  de  la  circonftance 
la  défaite  des  Gafcons  :  il  ménagea 
adroitement  l'efprit  du  prince  Bretc 
qu'il  l'amena  à  Clichi ,  où  il  demar 
pardon  au  roi,  &  le  reconnut  pc 
Ion  feigneur.  Le  monarque  le  rçi 
avec  bonté  ,  l'invita  même  à  fa  tabl 
mais  Judicacl  s'en  défendit  avec  r 
pedj  le  conjurant  de  lui  permettre 


Dagobert  t.  i<?3 
lîr'  la  parole ^qu'il  avoir  donnée  de 
nger  chez  le  référendaire  Audocn  ,  Ann.  6^$ 
onnu  depuis  fous  le  nom  de  faint  ôc  6}^. 
len.  La  fainceté  de  ce  grand  hom- 
;  fut  {on  excufe  :  le  roi  ne  fe  tint 
int  ofFenfé  d'un  procédé  qui  révol- 
oit  de  nos  jours.  La  vertu  avoit 
rs  de  grands  privilèges.  Judicacl 
tit  enfin  comblé  des  bontés  ôc  des 
«faits  du  prince  ,  auquel  il  venoic 
jurer  une  inviolable  obéiirance.  . 

Dagobert  ne  jouit  pas  long- temps  Ann.  658. 
;  ■  douceurs  de  la  paix  qu'il  venoit    Mort  de 
procurer  à  la  France.  '1  fut  attaqué    ^S®''^"* 
lipinai ,  maifon  de  plaifance  fur  la 
ne ,  d'une  dylTenterie ,  dont  il  mou- 
à  faint    Denis ,  où  il  s  etoit  fait  FreiL  c*  79. 
nfporter.   Il  fut  enterré    dans    TE- 
fe  de  cette  abbaye ,  qa  il  avoit  rî- 
îment  fondée.    11  n'étoit  âgé    cpe 
nviron   trente -(îx  ans.  Il  eut  pour 
âmes   Gomatrude  ,  qu'il    répudia  , 
.ntilde  ,   Wlfégonde  &    Bertilde  , 
i  régnèrent  toutes  les  trois  en  mè- 
î-temp>.  il  ne  paroît  pas  que  Ragne- 
ide ,  mère  de  Sigebert ,  aie  jamais 
rté  le  nom   de  reine.   On  refpe6ta 
rès  fa  mort   le  partage   qu'il    avoit 
t  de  fou  vivant  entre  fes  deux  filse 
Aiiftrafîe  denaeura  à  Sigeberc  ;  Clo=î 


1^4    Histoire   de  France. 

vis  fut   couronné   roL|de  Neuftriep( 
Ann.  <î38.de  Bourgogne. 

Ses  bonnes      Les  moincs  quîl  avoir  accablés  .< 
&  n^auvaifes  j^-     £  •j.g     |>        comblé  des  olus  b . 

lancs  éloges.  On  loue  leur  reconnc, 
iance  ^  on  n'en  blâme  que  l'excès, 
commencements  de  fon  règne  le  fit  n 
en  quelque  forte  adorer  du  peuple  i 
le  délivra  de  l'oppreffion  des  grais 
Mais  bientôt  il  ceiTa  d'être  l'objet  ( 
fon  amour  :  il  le  furchargea  d'imjt 
pour  fatisfaire  Tinfatiable  avidicc 
{ts  maitrefTes.  Il  fçut  régner  avec  <i 
pire  fur  fes  fujets,  il  fe  fit  recherca 
de  £qs  voifins ,  mais  il  n'avoir  p  i 
cette  valeur  adive  ,  qui  jufqu'à  lui  (  î 
bloit  héréditaire  dans  la  famille  1 
Clovis.  11  fit  peu  la  guerre  par  i 
même  ,  beaucoup  par  fes  lieuten.'  ; 
11  étoit  magnifique  en  tout  ,  gi 
aumônier  ,  même  au  milieu  de  . 
défordres  •  libéral  enfin  jufqu'à 
profufion  envers  les  églifes  &  les 
nafteres.  Mais  ce  n'étoit  point  i 
faint  5  ainfi  que  le  prétende  le  nu  i 
c«j!.  Dû-  hiftorien  de  fon  règne.  La  qualité  ] 
^0  .  tf.^s*  fondateur  ne  donne  point  la  faint  ; 
il  faut  pour  cela  des  vertus  rée  : 
On  admire  la  générofité  de  Dagob  : 
on  gémit  fur  fes  dérèglements.  Or  4 

repro  i 


al 

1  ) 


1 

Dagobert     Î.       l^j 

proche   même  d'avoir  dépouillé  les  — -^z!^ 

us  belles  églifes  de  France  3  pour  en- Ann.  658. 

:hir  celle  de  faint  Denis.  On  afluLe 

•'il  y  fit  tranfporter  jufqu'aux    por- 

î  de  faint  Hilaire  de  Poitiers  ,  qui 

Dient  de  fonte-. 

Un  des   plus  beaux  monuments  de     iifaîttra- 

n  rè^ne  ,  eft  la  colledion  des  loix  "''^^'^T,-  ^  ^* 

,P^,    '  .  -  .^  ^  correction 

S    aitterentes     nations     loumiies     a  des  loix. 
mpire    François.     L'hiftoire    ne   dé- 
rmine  point  le  temps  précis  auquel 
y  fit  travailler.  Elle  nous  apprend    ^n  vr^efat> 
jlement  que  ce  fut  par  fes    ordres  ^^' 
elles  furent  rédigées  ,  corrigées ,  Se  -,  ^^''^'  ^^S» 
Iles  dans  Fetat  ou  nous  les  voyons 
ns    le   recueil   qui    nous    en    refte. 
îUes   des  François  y  font  comprifes 
.is  le    titre  de  loi  Salïque  ^   ou   loi  Cliron,  Moi/- 
puaire.   La  première  reeardoit  ceux^^,*  -, 
S  rrançois  qui  habitoient  le  pays  qui^/if. 
tend  entre  la  Meufe  ôc  la  Loire  : 
féconde  étoit  pour  ceux  qui  avoienc 
ir   demeure  entre   la   Meufe  de   le 
lin.    La  différence  étoit   peu  confi- 
rable.  On  voit  par  toutes  les  deux  , 
'il  y  avoit  alors  deux  fortes  de  per- 
mes  5  les  libres  ou  ingénus  ^  les  ef-  .  Ae*  ^^^tî* 
ives  ou  ferfs.    On  diltinguoit  deux^^'. '''*  ^'' 
liTes  de  libres ,  les  nobles  qu'on  ap~  lex  Ripuar^ 
lloit    les    grands  ,    oy    fimplemetic  "'^*  ^-' 
Tom^  I.  M 


i66    Histoire  de  France. 
perfonnes  majeures  j  fuivant  leur  qu 
'Ann.  û:8.  Htc  j   &    les   roturiers  ,   qu'on    nor 

^  moic    ver  forme  j    mineures*    L'antiqui 

feule  raifoic  les  nobles.  Il  n'étoit  poii 
encore  de  mode  de  demander  ni  i 
donner    des   lettres   de  noblelTe.  I| 
grandes  dignités  étoient  celles  de  \\ 
trice ,  de  duc,  de  comte  ,  &   de  di 
meftique  ou  gouverneur    de  maifcl 
royales.  Les  François  ne  payoient  t. 
cun  tribut  :  il  n'y  avoit  que  les  na 
rels  Gaulois ,  c]ui  y  fufiTent  afTujet 
On    ne   les   connoifToit    prefque  < 
fous   le  nom  de  Romains.   Rarem 
on  leur  conféroit   les  grands  empl 
Toutes  les  grâces  étoient  pour  k 
vainqueurs. 
La  loi  des      Jamais  loi   ne  fut  plus  exade 

François  pe  cgHe   des   Francois.  Tout   eft  pré' 

r,t«t.tgêrien  n'eft  lailTé' à  rarbinage  du  j. 

des  juges.     11  n'y  a  point  de  crimes  dont  elle 

Ux  Soi,  prefcrive  la  peine  \  point   de  larci 

*'^*  ^°'    dont  elle  ne  détermine  le  dédom 

gement  \  point  d'injures ,   d'indé( 

ces  5  ni  de  mauvais  traitements ,  c 

elle  n'apprécie  fcrupuleufement  la 

j^jj  J.J  j    paration.    Dépouiller   un   homme 

17,  27.*  'dormi,  ou  un  mort  ,  monter  fan: 
permilïion  du  maître  ,  fur  un  ch 
que  le  hazard  a  fait  rencontrer  , 


•Dagobert     I.       i6'y 
itanc  de  '  délits  qu'elle  punit  par  de 
•oires  amendes.  Quiconque  ofoit  fer- Ann.  658. 
r  la  main  d'une  femme  libre  ,  étoit  îbii,  tit.  n , 
mdamné  à  quinze  fous  d'or  ,    ainfî 
l'on  l'a  déjà  vu  j  au  double ,  s'il  lui 
enoit  le  bras  ^  au  quadruple ,  s'il  lui 
uchoit  le  fein.  On  ne  peut  qu'admi- 
r  &  louer  la  fageire  de  cette  difpo- 
ion.   Les  François  avoient  coutume 
î  mener  leurs  femmes  à  l'armée.   Il 
Dit  de  la  dernière  importance  de  les 
ertre  à  l'abri  de  toute  infulte. 
On  ne  trouvera  peut-être  ni  la  me-    Ce  qu'elle 
2  fa^elfe  ,  ni  la  même  équité   dans  f^^c"c  rcn- 

qu'elle  ordonne  touchant  ihomi-niicide. 
ie.  Elle  permet  alors  de  compofer  ;  Xit. 45,^4, 
ft  trop  peu  dire  :  elle  met  elle-'^î^  *?* 
ème  le  prix  à  la  vie  de  chaque  par- 
ulier.  Ce  font  les  circonftances  de 
ftion  5  la  condition  ou  la  qualité  de 
perfonne  ,  qui  décident  de  la  fom- 
î.  Elle  entre  là-deflTus  dans  un  détail 
fini.  Si  le  meurtrier  eft  infolvable  , 
e  oblige  fes  parents  jufqu'à  un  cer- 
n  degré ,  de  fatisfaire  pour  lui  :  s'ils 
fe  trouvent  pas  alfez  riches,  elle 
déclare  efclave  de  la  famille  du 
fiint.  Cette  jurifprudence  femble 
oins  punir  le  crime,  que  l'autorifer. 
n  y   découvre   cependant   certaines 


x6$    Histoire  pe  France. 
vues   du  bien   public.    Elle    confère 

Ann.  638.  un  homme  a  l'Etat  :  elle   aflTute  ai 
parents  du  mort  un  efclave  ,  ou  ui 
compodtlon    avantageufe  :    elle    m 
enfin  chaque  citoyen  dans  la  néceffi' 
de  veiller  fur  tous  ceux  qui  lui  font  z 
tachés  par  les  liens  du  fang  ,  en  le  re 
dant  en  quelque  forte  caution  de  le 
bonne  ou  de  kur  mauvaife  condui 
Tîc.  6$.   On  pouvoir  néanmoins  ye  tirer  de  j. 
rente  par  une   déclaration  juridiqu( 
mais  celui  qui  le  faifoit  ,  perdoit 
droit  d'en  hériter  \  &c  s'il  venoit  à  ê 
tué ,  fa  fuçceiÏÏon  ,  ou  du-moins  ce  c 
raifadin  étoic  obligé  de  payer  appar  • 
lioit  au  fifc. 
Ce  qu'sîie       On  trouve  encore  dans  cette  mêi  ; 

règle  fur  les  Jq^  ^q  beaux  règlements  fur  cq  qui   • 

mariages.  i       i»i  a        /      i  •  o 

garde  l  honnêteté  des  mariages  ex  î 
repos  des  familles.  Les  enfants  : 
pouvoient  fe  marier  fans  le  confen  ■ 

Tit.  SI,  ment  de  leurs  père  6c  mère.  Le  fu  i 
époux  devoir  offiir  une  fomme  î  £ 
parents  de  la  fille..  La  loi  ne  la  il 
point.  C  etoit  un  fou  .&  un  denier  i 
ion  en  croit  Frédegaire  &  Marcu  •, 

In  cvitam.  Si  l'époufe  futurc  étoit  une  veuve  , 


/?.  ig ,  form.  préfentoit  en  juftice  trois  fous  d'or  i 
^^*  un  denier  ,  que  les  juges  diftribuoi  J 

aux  parants  noa-héritieps  du  mari 


Dagobert     L      i6c) 
jtît.Mais  il  falloit  que  cette  offre  fe 
1    dans  une  audience  folemnelle ,  où  Ann.  6^z, 
.  n   eut  élevé  un  bouclier  ,  &  où  l'on 
t  jugé  au- moins  trois   caufes  :  fans 
\x  le  niaria^e   était   déclaré  illésjiti- 
e.  Cette  efpèce  d'achat  donnoit  un  Rw.ùu^y, 
grand  pouvoir  au  mari ,  que  s'il  ve- 
)ic  à  dilîiper  Li  dot  ou  les  fucceiïions 
hues  à  fa  femme ,  elle  n'étoit  point 
i  droit  de  lui  en  demander  la  redi- 
:ion.  On  fera  peut-être  furpris  c]ue 
loi  exigeât  plus  pour  une  veuve  que 
)ur  une  tille.  La  railon  ell  toute  fim- 
c.  Une  fille  en  fe  mariant  ,  ne  chan- 
oit  point   d'état  :  elle  palFoit  de   la 
celle    de  fcs  parents   fous  ^  celle   de 
n    mari.    Une    veuve    au    contraire 
Oit    recouvré   fa    liberté  :  cette    cir- 
)nitance  en  relevoit  le  prix.  Une  fille 
ù  fe  laiiToit  enlever ,  étoit  condam- 
ne à   l'efclavage.    Un   homme    libre 
ai   cpoufoit    une    efclave ,   devenoic 
li-mêmeefclave. 

L'ordre  des    fuccelnons  étoit  réglé    L'm-dre  de? 
/ec  la  même  exa6titude.  Les  enfants  ^^^^^^efTions. 
u  mort  héritoient  feuls  de  tous  fes 
iens  :  à  leur  défaut  fes  père  &  mère  : 
il  n'en    avoir  point,   fes    frères    & 
Eurs  :  après  eux  les  fœurs  du  père  &  Saïk.  tlt.  i  *. 
ûIqs  de  la  mère  :  cnEn  l'héritier  le  ^^^-  "'*•  ^^* 

Mi 


270    Histoire  de  FrA>ice. 

:^ "^^  plus   proche  du  côté  paternel.  L'adop 

AwN.  63  8.tioii  etoit  permife.  Elle  donnoit  ton 
les  droits  de  iils  légitime  :  de  fe  faifoi 
devant  le  roi,  qui  donnoit  fes  ordre 
pour  en  expédier  des  lettres.  On  dii 
tinguoit  trois  fortes  de  biens  :  les  prc 
près  y  dont  on  avoit  la  libre  difpofi 
tion  :  les  bénéfices  ,  qu'on  tenoit  d 
prince  ou  de  l'églife  fous  certaine 
redevances  :  les  terres  falïques  ,  qu  o 
pofTédoit  a  condition  du  fervice  miii 
taire.  Les  femmes  n'héritoient  qu 
des  propres  :  les  bénéfices  rentroier 
'^^N^  dans  la  main  du  roi  par  la  mort  d 
polTeiïeur  :  les  terres  faliques  ne 
partenoient  qu'aux  mâles.  Il  eft  à  n 
marquer  que  nos  rois,  à  leur  entré 
dans  la  Gaule  ,  laifferent  aux  Gaulo; 
\^^  deux  tiers  de  leurs  terres  ,  en  k 
afTujétiflant  au  tribut.  L'autre  fut  di: 
tribué  aux  troupes  victorieufes.  L 
portion  du  foldat  dépendoit  de  cell 
de  l'officier.  Celui  -  ci  ne  pofTédo: 
qu'avec  une  certaine  fubordination 
un  plus  grand,  qui  lui-même  ne  jouii 
foit  c]ue  fous  l'autorité  du  roi.  Ain, 
tout  relevoit  du  monarque. 


^71  

Ann.  638, 


C   L   O   V   1   S     II. 


^HISTOIRE  du  règne  des  enfants  sigebert  roi 
i  Dagobert  eft  celle  de  la  décadence 
i  la  maifon  royale.    L'énorme  auto- 
té  que  les  maires  du  palais  ufur pe- 
ut pendant  une  fi  longue   minorité  ^ 
Lir  fer  vit  enfin  de  degrés  pour  mon- 
r  fur  le  trône.  Le  caprice  ,  l'ambition 
:  l'intérêt  devinrent  les  feules  règles  de 
Lir  gouvernement  :  ils  élevèrent  ces 
:unes  princes  dans  une  honteufe  inac- 
on  ;  les  tenant  toujours  éloignés  des 
ïaires  ,  ne  leur  infpirant  aucuns  fen- 
ments  dignes  de  leur  rang  &  de  leur 
allfance  ;  étudiant    leur  foible ,  non 
our  le  réprimer  ,  mais  pour  le  forti- 
er  ;  abufant  même  de  leurs  pieufes 
iclinations,   pour  les  gouverner  plus 
bfolument.  C'eft  ce  qui  a  donné  com- 
nencement  à  la  fainéantife  des  rois. 
I    Ce  n'eft  pas  qu'on  puiife  rien  repro-   ^ga  maire 
|:her  à  la  mémoire  d'iEga  &  de  Pépin ,  ^,î;j;Ve^'e- 
ous   deux  maires  du  palais,  l'un  en  pin  en  Auf- 
>^euftrie  fous  Clovis  ,  l'autre  en  Auf-  '"^'^'* 
raiie  fous  Sigebert.    On  ne  voit  rien 
ians  leur  conduite  qui  marque  aucun     Fredeg.  c. 
âelTein  d'attenter  àlapuiffane  royale  ,*°»  *î"* 

M  4 


X-ji     Histoire  de  Frakce. 
ou  d'opprimer  les  peuples.  Le  promu 
/nn.  658.  croit  un  homme  d'une  rare  prudenc 
Geji.  Da-  &  d'une    fidclitc    reconnue.    Le  roi 
en  mounmc  lui  avoir  recommande  1 
reine   Nantilde  de  le  prince  fon  fils.  ] 
répondit  a  latrente  de  fon  maître.  L 
premier  ufage  qu'il  fit  de  fon  pouvoir 
fut  de  faire  rendre  à  différents  partici 
liers  ce  que  le  fifc  avoit  ufurpé  fur  eu: 
Pépin  j  plus    recommandable    encor 
par    fes  verais  que  par   fon   habilet 
dans   l'art  de  gouverner  ,  fçut    telle 
ment  faire  refpeder  l'autorité  de  fo 
pupille  5  que  tant  qu'il    vécut ,  ni  1 
iujet  ni  l'étranger  iji'oferent  rien  entre 
prendre.  Il  éroit  à  peine  rentré  dans  le 
fondrions  de  fa  cnarge  ,   tp'ii  envoy 

' demander  à  Clovis  le  partage  des  trt 

Ann.  639.  Tqj-s  f^Q  Dagobert.  L'ambalTade  eut  tou; 
le  fuccès  qu'il  en  attendoit.  Les  deu:' 
miniilres  fe  rendirent  à  Compiegnc! 
On  fit  trois  lots  de  tout  ce  qui  fe  trou 
va  d'or  ,  d'argent  ,  de  meubles  ,  d'ha- 
'bits  &  de  pierreries.  Le  premier  fu 
pour  Clovis  5  le  fécond  pour  Sigebert 
le    troifieme  pour   la   reine   Nantilde 

•  TituK  ?7,  Ainfi  l'ordonne  la  loi  des  François  Ri- 
puaires  ,  qui  accorde  a  la  remme  1( 
tiers  des  acquifitions  de  fon  mari. 

Erchinoalde      Pépin  ne  lurvécut  pas  long-temps  i 


C     L     O      V     I     s        ï     î.        175^ 

t:te  adion  d'équité  Se  de  zèle  pour  ^ 
1  intérêts  de  fon  maître  :  il  mourut  Ann.  6ao, 
Innée  fuivante.  La  douceur  de  fon  &  Grimo.iid 
juvernement  le  fit  regretter  de  tous  j"!'^''^^''^"  ^*'' 
J;    François  Auftrafîens  :   fes   vertus  Neuîr 


ne 
en 


ln«t  fait  mettre  au  nombre  des  faints.  ^'^^jf""^^^  ^ 

jga  le  fuîvit  de  près.  Ce  fut  une  dou- 

1."  perte   pour  la  famille  royale.  Les 

izcelfeurs   de  ces   deux  grands  hom- 

^2S  n'eurent  ni  la  m'ême  fidélité  ,  ni  la 

ihiie  modération.  Erchinoalde  deve- 

1  maire  du  palais  de  Neuftrie  ,  gou- 

una  plus  en  fouverain  qu'en  miniftre.  p^^^  c. g,  - 

l.woit  au  nombre  de  fes  domeftiques  84. 

I  e  fille  d'une  rare  beauté  ,  nommée 

.  tilde,  il  la  fit  époufer  au  jeune  mo-  ^^^*  ^^^' 
\  rque.  C'étoit   une  femme  très-ver- 
aufe   ôt    d'un    grand    courage.   Elle 
)it  née  en  Angleterre  d'une  famille 
xone    Elle  en  avoit  été  enlevée  en- 
re  enfant ,  &  vendue  en  France  par 
>   ravifTeurs.    L'auteur   de  fa  vie  lui 
>nne  une    naiffance     illuftre.    Mais  Flm  s,  5j- 
lovis  étoit  roi  >  Batilde  étoit  efclave:  '''^*  *-  ** 
vertu  feule  ne  rapproche  point  les  • 

nditi'ons. 

Grimoalde  ^  fils  de  Pépin ,  eut  aiïez 
ambition  pour  afpirer  à  la  place  de 
n  père  ,  de  aifez  de  crédit  pour  l'ob-- 
uir.   Il  ctoic  appuyé  par  l'évêque  à^ 

Mj 


274     HfSTOIRE    DE    FrAKCE. 

Cologne  qui  l'aimoit  j  mais  il  avo. 
Ann.  ^46.  un    redoutable   concurrent.  C'étoit   i 

jeune  Othon  ,  fils  d'un  feigneur  Auji 

trafien  ,  qui  avoit  été  gouverneur  d 

Llem  Frei'  ^o\,  La  cour  fut  long-temps   partage 

c.  82.  entre  ces  deux  rivaux.  Le  premier  l'en 

porta  par  un  crime.  La   mort  de   fc 

adverfaire  ,  qui  fut  alTaffiné  par  Le 

thaire  duc  des   Allemands  ,    le  laii. 

paifible  poiTeffeur  de  cette  grande  c\\?. 

ge.  Ce  fut  la  première  fois  qu'elle  pa  . 

du  père  au  fils.  On  la  verra  deforni: 

héréditaire. 
Révolte       Les  cabales  &  les   brigues    de  c 
âeRaduife,^         jcunes  ambitieux  divifoient  e 

duc  de  ihu-  f  M  K     n      r  i       r      5   i 

linge,  core  la   cour  d'Auitrane  ,   lorlqu  e; 

apprit  que  Radulfe ,  duc  de  Thuring 
avoir  levé  l'étendard  de  la  rebellic 
C'étoit  un  grand  homme  de  guer 
Vainqueur  des  Efclavons  dans  pi 
/leurs  rencontres  ,  il  avoit  rétabli 
tranquillité  dans  cette  province  , 
Bid.  c.  S 7.  long-temps  défolée»  Ses  fuccès  lui  e 
fièrent  le  coeur  :  il  affeda  Tindépe 
dance  fous  Sigebert ,  &  prit  des  m 
fûtes  pour'fe  maintenir  dans  fon  go 
vernement.  Il  y  a  toute  apparen 
qu'on  parloic  alors  de  le  rappeller.  T 
cherchant  qu'un  prétexte  pour  fe  d 
clarer  j.^il  faifit  cette  occaiion  ^  & 


C    L    o   V   I    s      IL      275  ^^^^ 

répara  ouvertement  A  la  guerre  con-  'rr^*'-:^ 
:e  fon  fouverain.  il  s'étoit  ligué  avec  Ann.  646, 
il  Bavarois  nommé  Fare ,  homme  de 
Lialité  &  de  rilluftre  famille  des  Agi- 
)llînCTiens  ,   ducs   héréditaires  de  Ba- 
lere.  Ce  jeune  ieigneur  ,  riche ,  vail- 
mt ,  puiiTant  en  amis ,  étoit  excité  par 
ï  refTentiment  de  la  mort  de  Crodoal- 
e  fon  père  ,  que  Dagobert  avoir  fait 
ler  pour  fes  crimes.  Le   défîr   de  la 
engeance  lui  ht  trouver  des  refifour- 
es  pour  lever  une  armée  confidérable  , 
d'il  conduifit  au  fecours  de  Radulfe. 
Un    pareil   exemple  pouvoir  avoir 
les    fuites    fâcheufes.    On   ralfembla 
«rompre ment   toutes    les    troupes    du 
oyaume.  Le  roi  les   mena  lui-même 
entre  les  rebelles.  La  vidoire  fembla. 
l'abord   fe  ranger  fous  fes  étendards, 
^e  jeune  Fare  étoit  pofté  au  -  delà  de  la 
orêt  Buconie  fur  les  frontières  de  la 
rhuringe  ;  il  fut  défiit  &  tué.  Mais  la 
in  ne  répondit  point  à  de  fi  glorieux 
:ommencemens.  On  marcha  aulîi  -  tôt 
:ontre  Radulfe  ,  qui  s'etoit  retranché 
ivec  un  aiïez  grand  nombre  de  trou- 
pes fur  une  colline  au  bord  de  la  ri- 
vière  d'Unftrut.  11  y  fut  invefti.  On 
tint  un  confeil ,  où  les  fentimens  fu- 
rent partagés    Les    uns  étoient  d'avis 


^^^^  17^    Histoire  de  Franck. 

-—  " '  qu  on  donner  l'alTaut  fur-le-champ  :  le  . 

Ann.  64^.  autres  vouloient  qu'on  laiffât  repofe 
les  troupes  jufqu'au  lendemain.  Le 
premiers  l'emportèrent.  Les  autres  qi: 
prévoyoient  une  déroute  ,  demeuré  • 
rent  auprès  du  roi  ,  réfolus  de  le  fau 
ver  5  ou  de  périr  à  fes  pieds.  L  evènc 
ment  ne  jufHfia  que  trop  leurs  fage  , 
cox^jeûures.  Le  duc  de  Thuringe  fon 
dit  fur  ceux  qui  montoient  à  l'attaque 
les  repoUiTa ,  les  rompit ,  les  accabk 
Le  carnage  fut  Ci  horrible ,  que  Sige 
bert  voyant  toute  la  montagne  cou 
verte  de  morts  8c  de  mourans ,  ne  pu 
retenir  fes  larmes. 

Cet  horrible  échec  mit  la  confterna 
non  dans  l'armée  Auftrafienne.  O 
commença  à  craindre  pour  la  perfon 
xie  du  roi.  On  entra  en  négociation 
avec  îe  fujet  vainqueur.  Radulfe  re 
connut  qu'il  ne  tenoit  la  Thuringe  qu 
fous,  l'autorité  de  Sigebert.  Mais  ei 
même  temps  il  le  fupplioit  de  le  con 
firmer  dans  un  emploi  qu'il  avoit  mé 
rite  par  tant  de  viàoires  fur  les  Efcla- 
vons.  La  cour  voulut  bien  fe  conten 
ter  de  cette  efpece  de  foumifïîon.  Oi 
ie  rétablit  dans  fon  gouvernement ,  01 
depuis  il  vécut  plus  en  roi  qu'en  itijet. 
Caraacre      Q'ç£^  |ç  fç^^  (^Ycnement  mcirijjrabl^i 


C   L   o   V  I   s    IL      277  ^ 

Il  règne  de  Sigebert.  Ce  fut  un  bon  T=zz:zd!^ 
rince,  mats  peu  adif:  plus  occupé  de  Ann.   64^» 
)ndations   que    d'affaires   militaires  : 
n  roi   plein  de  religion  ,    mais  très- 
lauvais  politique  :  né  pour  obéir  plus 
ue  pour  commander.  On  compte  juf- 
u  a  douze    monafteres  qu'il  bâtit  ÔC 
ota  très -richement.  On  a  cependant 
e  lui  une  lettre ,  où  l'on  voit  qu'il  fçut 
lain tenir  fon  autorité  contre  les  en- 
eprifes    des    eccléiiaftiques.    Elle  eft 
dreifée  à  Didier ,  évêque  de  Cahors  : 
lie  contient  des  vives  réprimandes  au 
ijet   d'un   fynode  convoqué    fans   fa 
articipation  :  elle  fait  très  -  expreffes 
éfenfes  aux  prélats  de  s'aiTembler  en 
iicun  lieu  ,  fans  en  avoir  obtenu  la 
ermiiîion.  On  prétend  que,  quoique 
rès- jeune    Se  marié  depuis  peu  ,  il 
doptâ   le  fils  de  Grimoald.  Quelque    Vha  Si^e- 
emps  après  ,  la  reine  Imnichilde  eut  q^jI^cluc* 
m    fils    qui    fut    nommé    Dagobert.c.  4j. 
^'adoption  fiic  auflî-tôt  révoquée. 

La  naiffance  de  ce  prince  redoubla  Sa  aiort. 
a  dévotion  du  monarque  &  le  crédit 
lu  maire  du  palais.  Sigebert  ne  s'occu- 
)oit  que  d'œuvres  pieufes  :  Grimoald 
aifoit  toutes  les  affaires  du  royaume  i 
:  etoit  le  canal  à^s  grâces  :  il  difpo- 
foit  de  tout,  La  confiance  du  roi  eu  ce, 


lyS  Histoire  de  France. 
miniftre  ambirieux  ,  étoit  fi  aveuele 
Ann.  ^;4, qu'ctant  tombé  malade,  il  lai  recom 
manda  fon  fils ,  Se  le  laiifa  en  fa  gard 
Il  mourut  à  Metz ,  ôc  fut  enterré  dai 
la  magnifique  églife  qu'il  venoit  d 
faire  bâtir  fous  l'invocation  de  faii 
Martin.  Dagobert  lui  fuccéda  fans  ai 
cune  contradidion.  Mais  il  étoit 
peine  fur  le  trône  ,  qu'il  en  fut  rer 
verfé  par  la  trahifon  la  plus  lâche.  O 
ii'ofa  porter  le  crime  jufqu'à  attente 
à  fa  vie  :  on  fe  contenta  de  le  faire  ei 
lever ,  après  lui  avoir  fait  couper  1( 
cheveux.  Didon  ,  évèque  de  Poitiers 
quoique  du  fang  royal  de  Clovis 
n'eut  pas  honte  de  fe  charger  de  ceti 
Vira  fané  in&mQ  commifiion.  Ce  fut  lui  qui  1 
Vuifriiu  conduifit  en  EcofTe ,  où  il  vécut  lon^ 
temps  ignoré. 

• On  fit  au(îi-tôt  répandre   le  bru] 

y\NN.  ^5  5,  que  le  jeune  Dagobert  étoit  mort.  O 

^5^'       affeda  même  de  lui  faire  de  magnifi 

Chiidebert  ^^^^^  funérailles.  L'hiftoire  de  la  pré 

fils  de  Gri  tendue  adoption  fut  renouvellée  ;  o 

proclamé  roi  ^o'^'^li^  ^'^^^  po^r  en  conltater  la  ve 

d'Auftrafie.   rite.  Grimoald  avoir  tout  crédit ,  Chil 

Vita  S.  Si'  debert  fon  fils  fut  proclamé  roi.  Mai 

i'^^j^ji  reg-   igs  François  Auftrahens  eurent  horreu 

ào^^  de  cet  attentat.  Ils  prirent  les  armes 

détrônèrent  ce  nouveau  monarque  ^  f 


aiaMW.rakiimiag 


C    L    O    V    I    S        1    î.  279 

ifirenc  du  Maire  du  palais ,  de  le  con- 
.liiirent  au  roi  de  Bourgogne  ôc    deANN  65  j, 
euftrie.    On  ne  fçait  ni  quel  fut  le     ^5^- 
latiment  de  fa  perftdie  ,  ni   ce  que  ^'ft  ^'•^'^^• 
evint  le  jeune  ufurpateur  \  nos  An-  ' 
des  nen  parlent  plus.  Dagobert ,  foit 
Li'on  le  crût  mort  ,  foit  qu'on  ignorât 
,'  lieu  de  fa  retraite,  ne  fut  point  rap-i 
elle.  L'Auftrafie  fe  fournit  à  Clovis  , 
ui  réunit  pour  la  quatrième  fois  rou- 
ies les  parties  de  la  monarchie  fran-        .     > 

Le  rèp-ne  de   ce  prince  n'eut:  rien.,  ^^\^^?^ 
le  plus  brillant  que  celui  de  bigebert 
on  frère.  Il  eft  peu  de  rois ,  dont  on 
,k   dit  plus  de  mal  &  plus  de  bien. 

ke  morir  de  l'éloge  &  du  blâme  tait  ^ 

roir  quel  étoit  le  juo;ement  de  l'efprit 
les  écrivains   de  ce  temps-la.    il  lur- 
ent   une   grande    famine    en  France. 
31ovis   pour  nourrir  les  pauvres  ,  fit 
enlever  les  lames  d'or  &  d'argent  qui 
:ouvroient  les  tombeaux  de  faint  De- 
nis 6c  de  fes  compagnons.  C'étoir  une 
adion  charitable    &c    àïmQ    d'un    roi 
chrétien  ^  mais  en  même  temps  c'etoit 
toucher  au  tréfor  des  moines.  Ce  fut , 
dit    le    continuateur    de    Frédegaire  ,r,,-^T'^^ 
un  prince  abandonne  a  toutes  Jones  de  c,  1. 
yïces  ^  débauché  3  yvrogne  ,  brutal  de 


iSo    Histoire  de  France. 
— — _ —  fans  cœur.  Quelque  temps  après ,  il  ob-  j 
Ann.  ^57.  tint  5  en  dédommagement  pour  cetctJ 
même  abbaye ,  une  exemption  de  toute" 
jurifdidion.  Landry ,  évèque  de  Paris 
y  confentit.   L'ade  en  fut  dreffé  dan; 
une  afTemblée  générale  des  prélats  ik 
des  feigneurs   de  la  nation.  Alors  1; 
fcene  changea.  Ce  ne  fut  plus  ce  mo- 
narque ,  qui  pendant  toute  fa  vie  navoï 
pas  fait  une  feule   action  d'homme   dt 
i#î/73o.'n  ,  hien  :  ce  fut  un  grand  roi,  dit  Aimoin. 
fage ,  vaillant ,  brave ,  équitable ,  pleit 
de  religion,  très  agréable  à.  Dieu. 
^  Les  moines  lui  ont  encore  fait  un 


'  crime  d  avoir  détaché  un  bras  de  faint 
Sa  mort.  Denis  pour  le  mettre  dans  fon  ora- 
toire. Ce  n'étoit  tout  au  plus  qu'une 
piété  indifcrète.  Elle  ne  parut  point 
telle  à  des  g^ns  qui  cBaignoient  de  voir 
diminuer  le  concours  de  la  dévotion  au 
tombeau  de  l'apôtre  de  la  France.  Ce 
.  fut  un  attentat  que  le  ciel  prit  foin  de 
venger  :  Clovis  perdit  l'efprit.  C'eft  à 
cette  démarche  impie  ,  ii  Ion  en  croit 
ces  bons  folitat-ires ,  qu'il  faut  attribuer 
tous  les  maux  qui  défolerent  la  France 
fous  les  fucceiTeurs  de  ce  prince^  Il 
mourut  âgé  de  vingt-un  ans  :  U  en  avoit 
régné  quinze  ou  feize.  11  fut  enterré  à 
^        (àint  Denis. 


Ann.  66^, 
C  L  O  T  A  1  R  E    1  1  I. 

'i  L  O'  V  I  S    laiiroit    crois    fils  ,    Clotll--      Sageffe  du 

,  Childéric  ,  &  Thierri.   L'aîné  fut  |;;";^'^"/^a. 
:  il   couronné    roi ,  fous  la  conduite  ûide. 
la  reine  Batilde  de  d'Ebroïn  maire 
[    palais    en    Neuftrie,    C'était    un 
imme  adroit,  vaillant  ,  capable  des 
as  hautes  entreprifes  ,    mais  ambi- 
iux  &c  cruel.  Il  feue  cacher  fes  vices, 
r  la  crainte  de  déplaire  à  la  pieufe 
^ente  ,    &   répondit  parfaitement  à 
s  fages  dedeins.    On  peut  dire   que 
gouvernement  de  cette  princefTe  fut  rha  BaùiL 
lui  de  la  douceur  ,  de  la  prudence  ,  <^-  »^7. 
î  la  juilice  &  de  la  vertu.  Les  Gau- 
is,  fms  diftindtion  dage  ,  ni  de  fexe  , 
lyoient  une  forte  capitation;  ce  qui 
s  empèchoit   de  fe  marier  ,   ou    les 
3ligeoit  d'expofer ,  ou  même  de  ven- 
te leurs  enfants.    Ils  portèrent    leurs 
laintes   aux   pieds   du   trône.   Batilde 
ii  fut  touchée  ,  leur  remit  cet  onéreux 
ibut  ,  &  racheta  tous  ceux  que  cette 
ure  exadlion  avoit  faits  efclaves.  L'in- 
jrèc  de  l'églife  ne  lui  fut  pas  moins 
lier.  Elle   fit  travailler  à  la  réforma- 
.on  des  moeurs  :  les  brigues  pour  l'épif- 


i8i    Histoire  de  France. 
^"T— *  copat  furent  réprimées ,  &  la  lîmoi  t 
Ann.  660.  exterminée. 

Chiidéi-iceft      Les    Auftrafiens    cependant    foi- 
S'AiXafie?^  froient    impatiemment    le    joug 

Neuftriens  :  ils  demandèrent  un   r(j 
La  reine  leur  donna  fon  fécond  fi 
Wlfoalde  fut  créé  maire  du  palais 
déclaré    tuteur    de    ce    jeune    prin< 
Imnichilde  obtint  la  permidion  de- 
fuivre.  On  voit  dans  cette  condefce 
dance  de  Batilde  plus   de  bonté  q 
de  politique.  Imnichilde  étoit  aimé 
Kid.  c.  z}.  Dagobert  vivoit  :  le  féjour   de  ce- 
princeiTe  dans  un  royaume  qui  app: 
tenoit   à  fon  fils  ,   pouvoit  avoir 
fuites    fâcheufes.    La  vertu ,  toujoi 
occupée  du  bien ,  fçait  rarement  fou 
çonner  le   mal.   Childéric  fut  reçu 
couronné  avec  de  grandes  démonidi 
lions   de  joie.   Tout   parut   tranqui 
dans  les  trois  ^  royaumes. 
— - — —       Tous  les  foins  de   la  vertueufe  r 
Ann.  ^^y.gente  étoient  pour  la  religion  ,  l'Eta 
La  reine  fe  ^  l'éducation  de  fon  fils.  On  ne  voyc| 

retire   dans  '     ' 

l'abbaye  de  à  fa  cout  que  des  perfonnages  recon| 
Cheiles.  mandables  par  leur  fagefle  Ôc  leur  pi  ' 
té.  Mais  elle  y  donna  trop  d'accès  an 
évèques.  L'églife  en  fouffrit  :  fa  prci 
pre  réputation  en  fut  décriée.  Elle 
avoit  appelle  ent'autres  deux  homm 


C    L    O    T    A    I    R    E       I   l  î.      283 

'sbres    par   leurs    grandes   qualités , 
Dilque    d'un    mérite    très- différent.  An n.  6 rît . 
■m  fage ,  pieux  ,  favant ,  d'une  dou-  Vita  s  Uo- 
fir  qui   captivoit  les    coeurs,  d'une  "'^'  ^' ^' 
vtu  qui  lui  attiroit  tous  les  refpeds, 
i'it  l'illuftre  Léger,  allié  à  la  famille 
J'aie.  La  reine  le  fit  nommer  à  l'évê- 
Ml  d'Autun:  la  fainteté  de  fa  vie  juf- 
;|a  un  fi  beau  choix.  L'autre  étoit  Si-  Vite.  fân6la 
|)rand  évêque  de  Paris,  prélat  d'une  ^'"^^' ^' ^• 
iduite  jufque  là  irréprochable  ,•  mais 
me  vanité  qui  le  perdit.  L'orgueil- 
IX  favori  ,  pour  fe  donner  plus  de 
ifidération  ,   laiffa    mal    interpréter 
bonté  que  Batilde  avoit   pour   lui. 
s   feigneurs    jaloux  de  fon   crédit, 
mmencerent  à  murmurer  :  la  haine 
a  jufqu'â  l'aiïaifmat  :  Sigebrand  fut 
é.  Les   alfaiîîns    coururent   auffi-tôt 
ez  la  reine  pour  lui  confeiller  de  fe 
nfermer    dans    un    monaftere.   Elle  /^ii.c.7,So 
piroit    depuis  long -temps   après   la 
litude  :  elle  entra  fans  peine    dans 
ur  delfein,  &  fe  retira  dans  l'abbaye 
i  Chelles  qu'elle  avoit  fondée.  Elle 
vécut  &  mourut  dans  l'exercice  de 
lUtes  les  vertus.  L'églife   l'a    recon- 
ae  pour  fainte.  * 

La  retraite  de  Batilde  laiffa  le  royau-  ^^^'  ^\  * 

V  \  rr  ce  I        Mort    de 

;-e  en  proie  a  toutes  les  pallions  ertre-  cioiaUe. 


184    Histoire  de  France, 

—  nées  du  maire  du  palais.  Ebroïti ,  d 

Am,  668. venu  maître  de  tout,  parut  ce  qu 

étQÎt  5  un  monftre  d*avarice ,  de  cruai! 

té ,  de  perfidie ,  d  orgueil.  On  ne  v 

pendant  fon  adminiftration  qu'injuft 

ce  5  que   tyrannie  y  que   vexa  tion  < 

Vîta  s. leO'OppreiVion,    il    fufEfoit    d'être   rich( 

eg,  e.  X,     p|ji(f^i-jf  ^  Q^j  a^^-jj  ^Q  \^  vertu  5  pour 

voir  expofé  a  périr  vidime  de  fon  av 
dite  5  de  fon  ambition ,  de  fa  mécha 
ceté.  Détefté  de  tous  les  gens  de  biei 
il  éloigna  de  la  cour  tous  les  feigneur 
&  leur  fit  défenfe  d'y  paroître  fans 
être  mandés.  Les  chofes  étoient  da 
ce  trifte  état,  lorfque  Llotaire  mour 
âgé  de  dix-neuf  ans ,  dont  il  en  ave 
régné  quatorze.  Il  ne  laifTa  aucun  e; 
faut.  On  ignore  s'il  a  été  marié.  L 
Ibil  diplom.  uns  veulent  c|u'il  ait  été  enterré  da; 
f  •  -^'7.        l'égiife  ae  l'abbaye  de  Chelles  ,  d'ai 
rres  à  faint  Denis. 
Thiern  eft      L'ambitieiLx   Ebroïn  ,  haï   de    toi 
de  Ncuftrie  ^^  monde,  n  eiperoit  pas  être  conler^ 
&  di  Rour-  dans  fa  place,  fi  on  obfervoit  la  forn 
gogne.         ufitce  dans  1  élection  du  maire  du  p; 
lais.  C'eft  ce  qui  fit  que  ,  fans  appetl 
les  grands  du  royaume  à  la  délibéra 
tion ,  il  éleva  Thierri  fur  le  trône  ,  t 
le  proclama  roi  de  Bourgogne  &  d 
Xbîi.  Neuftrie.  Ce   coup  d'autorité  étomi 


Clotaire     II  I.  1S5 

I;  feigneurs ,  fans  cependant  leur  in- 
irei*    aucun     éloignement    pour     le  ann.  66^» 
luveau   monarque.  Déjà   même    ils 
toient  mis   en  chemin ,  pour  venir 
i  rendre  leurs  hommages ,  lorfqu  on 
nr  renouvella  la  défenfe  de  paroître 
la  cour  fans  ordre.  Ce  procédé  les 
ira  :  ils  s  aflemblerenc  &  prirent  les 
mes    de    tous    côtés.    La    couronne  Geji.Frami 
une    voix    unanime    fut    déférée   à  ^'  P'  .  „^, 
nilderic  5  qui  vmt  aulli-tot  les  jom- frcd.  ^.^4. 
:e  à  la   tète  d'une  puilTante  armée. 
1  confpiration  fut  fi  générale ,  il  fu- 
té ,   qu  Ebroïn  ,  abandonné  de  tout 

monde ,  n'eut  que  le  temps  de  fe 
fugier  dans  une  églife.  Une  com- 
liTion  qu'il  ne  méritoit  pas ,  lui  fau- 
i  la  vie  5  mais  tous  fes  biens  furent 
mfifqués.  On  le  fit  rafer  ,  &  on  le 
Dntraignit  de  fe  faire  moine  dans  le 
Duvent  de  LuxeuiL 

Thierri  reçut  a-peu- près  le  même 
raitement.  On  lui  fit  couper  les  che- 
eux  5  mais  fans  aucun  ordre  de  la 
art  de  Chilpéric ,  qui  en  eut  pitié..  Il 
ai  témxoigna  même  qu'il  étoit  prêt  à 
ui  accorder  tout  ce  qu'il  pou  voit  dé- 
irer.  Je  ne  demande  rien  _,  répondit  ce  rîtaS.to^» 
»rince  ,  on  ni  a  détrôné  injujiement  : 
\Jpere  que  le  ciel  prendra  foin  de  ma 


1Î6    HiSTOiRî  DE  France. 
vengeance.  Il   fe   retira  à  l'abbaye 
Ann.  ô^^.fainr  Denis  ,  non  pour  y  prendre  1' 
bit  de  moine  ,  mais  pour  laifTer  croi 
fes  cheveux.  Il  avoir  régné  près  d'un  ;i 


CHILDERIC     II. 


léger  évê-  L  E  S  commencements  de  ce  nouve 
tu^neft^dédâ  ^^g^^^  furent  confacrés  à  la  reconno 
ré  principal  fance  &   au  maintien  des  loix.  Ch 
miniftre.      (J^nc  fe  fit  un  devoir  de  récompen: 
ceux  des  feigneurs  qui  l'avoient 
pelle  à  une  double  couronne.  Légc 
évèque  d'Autun ,  avoit  le  plus  com 
bué  à  cette  grande  révolution  :  il 
le  premier  objet  des  bienfaits  du  pr 
ce.  11   lui   confia   TadminiUration 
toutes  les  affaires  ,  de  le  déclara  £ 
r^MS.Lco- principal  miniftre.  Le  grand  crédit 
a*^.  c.^.      pr^^lat   a    fait    croire   à  quelques -u 
qu'il  le  créa  maire  du  palais  de  Nei 
trie  Ôc  de    Bourgogne.  Ils   n'ont  j 
fait  réflexion  fans  doute  qu'une  char 
qui   emporte  le   commandement   d 
armées   avec    le   pouvoir  de  juger 
mort ,  eft  incompatible  avec  la  qu 
lité  de  prêtre  &c  d'évêque.  Quoi  qu 
en  foit  5   ce  fut  par  les  fages  conieJ 
de  ce  grand  homme  ,  qu  on  réforn 


C    H    I    L    D    E    R    I    C       II.     187 

É.antité  d'abus  qui  s'étoient  gliffés  dans  --! 

i  gouvernement:  de  l'Etat.  On  régla  Ann.  66^., 
ce   les   juges    fuivroient    dans    leurs 
céments  les  anciennes  loix  ôc  les  an- 
înnes  coutumes  de  chaque  province.  ___^___ 
n  fit  fur-tout  une  loi ,   qui  pouvoit  ^^^^  ^-q 
'er  les  rois  de  fervitude  ,  s'ils    euf- 
nt  eu  afTez  de  fermeté  pour  la  main- 
tiir  :  elle   défendoit  que  les    enfants 
ccédaffent    à    leurs    pères    dans   les 
ands  emplois. 

Mais  bientôr  on  vit  évanouir  tant    chiidérîc 
;  belles  efpérances    d'un  règne  fage  s'abandonne 

T  r  '  •      .        à  toutes  for- 

vertueux.  Les  leigneurs  ,  qui  ju-  ^^,  ^-e^^ès. 
:oient  que  cette  réformation  alloit 
abattre  leur  puilTance ,  n'épargnèrent 
m  pour  corrompre  les  mœurs  du 
une  monarque.  Devenus  maîtres  de  /j/^. 
•n  efprit ,  ils  le  plongèrent  dans  rou- 
is fortes  d'excès.  Il  palTa  de  la  dé- 
iuche  à  la  fainéantife  ,  &  de  la  mo- 
:ire  à  des  cruautés  inouïes.  11  laifîa 
ifreindre  impunément  les  ordon- 
ances  qu'il  avoir  fi  fagement  renou- 
elées  :  il  autorifa  lui-même  le  mé- 
tis des  loix  par  un  mariage  incef- 
aeux.  Le  fage  miniftre  n'oublioit  rien 
our  le  ramener  à  la  vertu.  Il  lui  re- 
»téfenta  ,  avec  une  fainte  hardieffe , 
[ue  l'obfervation  des  loix  étoit  l'appui 


2.S8    Histoire  de  France^ 
du  trône ,  &  leur  violement  ia  peri 

Ann.  670. àes  rois  :  il  lui  peignit,  fous  les  pli 
vives  couleurs  ,  Thorreur  du  fcanaai 
qu'il  donnoit  à  tous  fes  fujets  par  d 
alliance  avec  fa  coufine  germaine  : 
ofa  même  le  menacer  de  la  colère  < 
ciel  ,  s'il  ne  mettoit  un  frein  à  i 
paffions.  La  vertu  a  toujours  fes  droi 
iiir  le  cœur  humain.  Childéric  par 
touché  ;  mais  il  étoit  obfédé  par  d 
efprits  brouillons  ,  qui  s'efForçoie 
par  toutes  fortes  de  moyens  de  d 
truire  ces  pieufes  impreflions.  La  i 
vérité  du  cenfeur  commença  enfin 
devenir  infuportable.  On  ne  chercl 
plus  qu'un  prétexte  pour  le  perdre  :  ( 
,  ne  fut  pas  long-temps  faiis  le  trouva 

.    -  Les  evèques  dans  ces  anciens  tem 

Ann.  57 1. ^voient  coutume  d'inviter  ks  rois 
Léger  eft  venir  célébrer  les  fêtes  de  pâque  da 

dîfgracîé  5r  leurs  égUfes^  Léger  pria  Childéric  c 

confine  dans  1    •    r  •  1  t 

an  monafte-*iii  ^aire  cet  honneur.  Le  monarque 
'^»  par  un  refte  de  confîdération ,  n'ofa 

refufer  ;  il  fe  rendit  i  Autun.  Il 
trouva  Hedor,  patrice  ou  gouvernai 
xle  Marfeille  qui  avoir  quelque  gra« 
à  demander.  Ce  feigneur  dont  le  m 
rite  égaloic  la  haute  naifTance ,  éro 
grand  ami  du  miniftre  :  il  connoillo 
ïh'C,5f  6 Son  crédit  ;  il  eut  avec  li^i  de  fréquei 


Childéric  il  285 
'S  conféretices  fur  Tafîaire  qui  l'avoit  «^^^^^^^ 
■nené.  On  ht  entendre  au  roi  qu'il  y  Ann.  6ji, 
roiz  du  myftere  dans  cette  entrevue  , 
:  que  ces  deux  hommes  prenoient 
3S  mefures  pour  brouiller  l'Etat.  La 
éiiance  l'empêcha  de  fe  trouve-r  à  la 
ithédrale  pour  la  nuit  de  pâque ,  que 
s  chrétiens  de  ce  temps- là  pailoient 
ms  la  prière.  14  alla  célébrer  cette 
inte  veille  dans  l'églife  de  faint 
anphorien  ,  où  il  communia  de  la 
ain  de  i'évèque  Préjeclus.  Le  ma- 
1 ,  après  un  grand  repas  d'où  il  for- 

à  demi-yvre ,  il  courut  à  la  cathé- 
aie,  fuivi  de  toute  fa  cour,  jurant  , 
ifphémant,  appeîlant  le  faint  prélat 
me  voix  menaçante.  De-là  il  pallà 
:'évèché  ,  où  Léger  vint  le  joindre , 
rès  avoir  achevé  l'office.  Childéric 
ccabla  de  reproches  &  d'injures, 
ger  fe  défendit  avec  cette  noble 
erté  ,  c]ui  iied  fi  bien  à  l'innocence  : 
lis  il  comprit  que  fa  perte  étoit  iné- 
able,s'il  demeuroit  plus  long-temps 
ns  Aiitun.  Il  fit  partir  fon  ami ,  Se 

retira  lui-même ,  tant  pour  confer- 
:  fa  vie,  que  pour  épargner  un  cri- 
î  à  Childéric.  On  fit  courir  fur  eux  : 
'âor  fut  fué  ,  après  une  vieoureufe 
^nle  :  Léger  rut  pris  de  amené  an 

Tome  L  N 


190    Histoire  de  France,  ] 

ritmm^«ji^.  j-Q^  ^  q^i  ]g  coniiiia  dans  le  monafterei 
Ann.  571.  ^^  Luxeuil.  Le  faint  pontife  y  trouvJ 
l'.broïii  qui    lui  demanda  fon  amidé 
C'étoit    la    colombe    &    le   vautour  i 
mais  un   vautour  dompté  par  la  dif 
grâce. 

_  Childéric  privé  des   confeils  de  le 

AîJN.  672.     ;,  i>  A  r     V  V  1 

,..,,,.    vcque   dAutun,   le  livra  a  toutes  le 

eft  airaflTiné.  horreurs  du  Vice  5  ëc  tomba  dans  1 

G'.},  frinc.  H'iépris.  Un  feigneur  ,  nommé  Bodil 

€.  4î.         Ion  5    ofa    lui    repréfenter    le    dangc 

Cominvdt.  d'une  impofition  cxcellive  qu'il  médi 

fred.c.9s-  j-Q^ç  d'établir.    Le    monarque   furieu 

ordonna  de  l'attacher  à  un  poteau,, £ 

le  fit  batti'e  de  verges.  Les  grands,  iij 

dignes  d'un  tel  outrage  ,  confpirerei 

contre  lui.  Il  croit  alors  avec  toute 

famille   royale    dans  une   maifon    c 

plailance  ,  lltuée  dans  la  forêt  de  Li 

conie ,  que  l'on  croit  être  la  forêt  c 

Livri   près   de  Chelles.    Les   conjuri 

forcèrent   fon  palais  ,   de  leur  furei 

alla  jufqu'à  le  mafifacrer,  lui,  la  reir 

Bilichilde  qui  étoit  enceinte,  &  Dag( 

bert  leur  fils ,  qui  étoit  encore  enfan 

Il  en  reftoit  un  autre,  nommé  Daniel 

qui  eut  le  bonheur  d'échaper  au  cai 

nage.  On  le  verra  régner  fous  le  no; 

de  Chilpéric  IlL  Ce  prince  étoit  daj 

la  vingt-trçifieme  année  de  fon   agi 


Childéric     II.    291 
On  n'eft  point  d'accord  fur  la   dnrce 
de  fon  règne.   L'opinion   la  plus  pro- Ann.  (.-jx. 
babie  e(l  qu'il  fut  d'environ  dix-neuf  ^.  >4/i/e/,'rr , 

:    Ainli  périt  ÇKilderic  II ,  pnnce  fans  r.  i .  p.  10. 
:ouragre  &  fans  conduite,  qui  n'eut  ni ,  ^^"  ^^"^: 

,«-      <^,       .         .  ^  beau   tiouve 

liiez  de  lumières   pour  gouverner  un  en  i^jô. 
Trand  royaume ,  ni  afTez  6f&  difcerne- 
nent  pour  diftinguer  &  fiiivre  les  fa- 
res   confeils  d'un  miniftre  prudent  & 
vertueux.  Il  fut  enterré  ,  non  à  faine 
?ierre  de  Rouen  ,  comme  l'afFure  l'au- 
eur  de  la  vie  de  fainr  Ouen  ,  mais  à  ipred.  în  vha. 
'abbaye  de  faint  Vincent,  aujourd'hui  ^- ^^"'^''^'^* 
aint  Germain  des  Prés.  Il  y  a  quel- 
ques années  qu'en  travaillant  aux  ré- 
parations   de   cette  églife ,   on  trouva 
leux  tombeaux ,  l'un  d'homme ,  l'autre 
le   femme.   L'infcription   qui   portoit 
e  nom  de  Childéric  ^  quelques  orne- 
■ftents  royaux  ,  un  diadème  d'or  ,  un 
)etit  coffre  qui  enfermoit  le  corps  d'un 
infant ,  ne  laifsèrent  aucun  doute  que 
;e  ne  fût  la  fépukure  de  ce  monarque , 
ïe  la  reine  Bilichilde  fon  époufe,  &c 
lu  prince  Dagobert  leur  fils. 
On.  lit  dans  quelques  auteurs,  que  D.igobert  eft 
hildéric  vaincu  par  les  prières  d'im-  rappelle d'F- 
iichiide  pour  laquelle  il  eut  toujours  ^li  furie trô- 
fl'eaucoup  de  confidération,  lui  permit  i^eti'-^"^^"^» 

Nz 


292.    Histoire  de  France. 
de  rappeller  Dagobert  ,  &  lui  abaii- 
Ann.  ^73.  donna  une  partie  de  l'Auftrafie.  Quel-  ; 
ques  autres  au  contraire  affurent  que  i 
cetre  habile  princefTe  profita  de  la  cir-  j 
confiance  de  l'interrègne  qui  fuivit  la  | 
mort  de  ce  monarque ,  pour  gagner  les 
Auftrafiens  dont  elle  étoit  tendrement 
aimée.  Elle*fçut  tellement  ménager  les 
efprits  5  que  fon  fils  fut  proclamé  roi 
d'un    ccnfentement    unanime.     Quoi 
qu'il  en  foit ,  il  eft  confiant  par  quan- 
tité de  monuments  non  équivoques, 
que  ce  jeune  prince  remonta   fur  le| 
trône  d'où  il  avoit,  été  renverfé  ,  ôc, 
qu'il  régna  plufieurs  années. 
Jjenfchenrus     L'alfaifiiiat   de    Childéric  fut   fuivi 
lib.  de  tribus  d'une  cfpece  d'anarchie  ,  qui    mit  le 
lyjgohertïs.  trouble  &  la  confufion  dans  tout  l'em- 
pire François  :  il  devint  le  théâtre  de 
mille   brigandages.  Le  roi ,  quelques 
jours   avant    fa    mort  ,    avoit  envoya 
deux  feigneurs  pour  arracher  l'évèquÊ 
Léger  du  monaftere    de  Luxeuil ,  Si 
l'immoler  à  la  fureur  de  fes  ennemis 
La  douceur  de  ce  faint  prélat,  relevée 
par  l'éclat  de  tant  d'autres  vertus ,  dc- 
larma  leur  férocité.  Ils  lui  demandè- 
rent pardon ,  fe  déclarèrent  {qs  protec- 
teurs ,  le  conduifirent  à  Autun ,  où  le 
peuple  ^  les  grands  jurèrent  unani«i 


CniLDéRic  II.  29^ 
iiement  de  prendre  fa  défenfe ,  fi  Von 
Dfoin  attenter  à  fa  vie.  Ebroïn  ,  qui  ann.  575. 
.  avoir  accompagné  jufqtie  dans  fa  ville 
^pifcopale ,  lui  lit  aulli  mille  protefta-  ^ 
ions  de  zèle  ;  mais  toutes  ces  démonf- 
rations  d'amitié  n'étoient  que  difÏÏ- 
nulation.  Ce  feigneur ,  avec  riiahic 
eculier  ,  avoir  repris  toutes  fes  idées 
l'ambition  :  exemple  trop  fenfibie  que 
'adverfité  peut  humilier  l'homme  fans 
:orriger  fon  cœur.  La  crainte  d'un  con- 
:urrent  tel  que  Léger,  lui  fit  concevoir 
e  noir  projet  de  raiFaiîiner.  Il  i'auroic 
;xécuté  fur  la  route ,  s'il  n'en  eut  été 
:mpêché  par  Genèfe  évêque  de  Lyon  , 
[ui  étoit  de  fa  confidence.  L'extérieur 
ependant  annonçoit  une  parfaite  in- 
elligence.  Ils  partirent  de  concert  pour 
e  rendre  auprès  de  Thierri.  Ebroïn 
.yant  appris  en  chemin  que  ce  prince 
.voit  été  proclamé  roi ,  quitta  la  com- 
)agnie  ,  de  fe  retira  chez  lui ,  fuivi 
l'une  foule  de  mécontents. 


Nj 


J'reLe.9  6, 


194    Histoire  de  France. 

a  mil  nwmaaemtm 

Ann.  <î73. 

T  H  I  E  R  R  I    III. 

révolte  ccn- ^^    COUR    de   I hieiTi  reçiuLeget 

tieTliierii.  comme  LUI  aiige  tutclaire.  Le  premier 

foin  du  prélat  tiir  de  faire  élire  un  mai- 

Fra^cJl^'.  ^^  4^  palais.  Le  choix  tomba,  fur  Leu- 

•  defie  5  nls  d'Ercliinoalde.  La  nouvelle 

Continuât.  i\^   cecte   élcdion  déconcerta  Ebroïn  ; 

il  fe   redra  en  AuHrafie  ,  où  il  avoii 

beaucoup  d'amis.  Wlfoalde,  qui  goa- 

vernoic  ce  royaume  fous  Dagobert  II .: 

lui    accorda    c]aeiques    trouoes  :    une 

hanie  commune    les    animoit    conm 

l'iivêcjae  crAutun.  Ebroïn ,  à  la  tête  de 

cette   petite   armée  ,   s'avança   jufqu'à 

Nogent-ies- Vierges  ,  proche    de   Ver- 

neuil ,  où  le  monarque  tenoit  alors  fa 

coar.  L'alarme    fut  fi   vive  ,  que  tout 

I)rit  la  fuite.  Le  roi ,  le  maire  du  pa- 
ais,  &  tous  lei;  feigneurs  de  leur  fuite 
fe  fauverent  d'abord  à  Baiiieu,  entre 
Amiens  &  Corbie  ,  enfuite  à  Crécie 
dans  le  Ponthieu.  Le  tréfor  royal  fut 
pillé,  les  églifes  dépouillées  ,  le  pays 
ravagé  :  tout  fut  mis  à' feu  &  à  fang. 
Le  vainqueur  cependant  défefpéroit 
de  pouvoir  réulïîr  par  la  force  :  il  eut 
recours  a  la  rufe,  U  fit  propofer  une 


'  Thierri     II  î.      2.95  _«„«^ 

iirrevue ,  le  crédule  Leudefie  laccep-  '^"°"^"^- 
i  :  il  fut  rifrailiné.  ^    Ann.  675 , 

Un  aiiiîi  horrible  attentat  ne  fervit      ^76. 
u  à  ralumer   plus  vivemei>t^^  la  liaîne  ^^^iji^Y^''^^! 
e  Thierri   contre  Ebroïn  :   il  conçut  tau e  m,  c'< 
mt  le  danger    de    biffer    rei>rendre  >^^  r- 
autorité  à  un  homme  capable  de  tant 
e   noirceurs.    Le   téméraire  fujet   vit 
ien  que  la  circonftance  n'étoit  point   r^hnS  Uo- 
worable  :  il  fe  retira  de  nouveau  en  ^'i-  '■  *^- 
iuflrafie ,   mais    fans   renoncer   à    fes 
leileins  ambitieux.  11  eut  l'audace  de 
uppofer  un  fils  à  Clotaire  III ,  &  le 
redit   de    le  faire  couronner   roi   de 
rance  fous  le  nom  de  Clovis  III.  Il 
ut  appuyé  dans   ce    projet   par  deux 
célérâts   que    Téglife   Gallicane-  aVôIt    ^ 
lépofés   pour  leurs  crimes  :  c'ctoient 
Didier  évcqae  de  Châlons-fur-Sone  , 
k:  Bobon  évèque  de  Valence.  On  ra- 
^ageoit,  on  pllioit ,  on  faccageoit  tou- 
es  les  provinces  qiû  ne  vouloient  pas 
econnoirre   ce   phantôme   de    monar- 
que. Léger  fut  le  premier  objet  de  leur    îiu.  c»  5. 
rureur.  On  détacha  Vaymer  ,    duc  cie 
Champagne ,    pour   Tafliéger   dans    fa 
l'ille  épifcopale.  La   place    rdbic  ctre 
emportée  d'alTaut.   Le  faint   prélat   fit 
rompre  fa  vaillelle  d  arf^ent ,  la  didri- 
bua  aux  pauvres ,  de  pour  lauver  ion 

N4 


! 


i^é   Histoire  de  France. 
1!^  peuple,  fe   livra   géncreurement  a  i'i 


Ann.  ^75.  ennemis.    Didier    porta    rinhumanlt 

^7^'       jiirqii'à  lui  faire  crever  les  yeux.   Oi 

t,  10.   dit  que  cet  illuftre  martyr  ne  ceiTa  d 

chanter  des   pfeaumes    pendant   cett' 

cruelle  opération. 

"  La  cour,  en  perdant  Léo;er ,  perdi 

^    ^  Ion   plus   terme   appui.  Le  roi   le  vi 
679'  ^-        j  ^V  r        r  ' 

„  ft  contraint  de  compoler  avec  ion  luiet 

nii  îîiahe  du  libroin  lut  reconnu  maire  du  palais  ,  6 
p;)iais,  &fah  |p  pî;^tendu  fils  de  Clotaire  rentra  dan 

mourir  famt  .      i  ,  j'    n     -i    i^         •      r  •       r       •        t 

Léger.  le  néant  Ct  ou  11  iavoit  rait  lortir.   L 

/^fi. c.  iz,  nouveau    miniilre  fit  d'abord  publie 
'^'  une  amniftie  générale  fur  tout  ce  qu 

s'étoir  paifé.  Mais  aftectant  enfuite  1< 
plus  profond  refped:  pour  la  majefté 
il -ordonna   une   exaâe  recherche  fu 
la  conjuration   tramée  contre  Childé- 
rie.  Le  crime  étoit  abominable  &  di- 
gne des  plus  cruels   fupplix:es.  On  m 
blâme   que    la    principe    qui    fit    agi 
Ebroïn,  Ce  fut  pour  ce  méchant  hom- 
me une  raifon  fpécieufe  d'immoler  'i 
fa  hame  les  feigneurs  qu'il  n'avoit  ptm 
encore  pu  facrifier  à  fa  fureté..  Le  com- 
te Guérin  ,  frère  de  Léger  ,  quoique 
toujours  fidèle  au  feu  roi  ,  fut  lapidé. 
Le  faint  prélat  eut  la  langue  8c  les  lè- 
vres coupées  :  on  lui  déchira  la  plante 
dQS  pieds ,  on  l'expofa  prefque  nud  à 


n 


T  H  r  f.  R  R  I  I  ÏJf»  2,97 
vue  de  tout  le  monde  :  on  le  mit 
iFwi  far  un  méchant  cheval ,  qui  le  Ann.  ^78. 
)ndui(it  au  monaftere  de  Fécamp.  Le  <^'7^. 
ran  alfembla  quelques  années  après 
1  concile  d'efclaves  plutôt  que  d'é- 
;ques  5  où  la  robe  de  ce  refpeibable 
Dutife  fut  mife  en  pièces  :  c'ctoit  la 
)rme  de  la  'dégradation.  On  le  livra 
ifuite  à  Chrodobert  5  comte  du  pa- ^•M»i^jï7* 
is ,  qui  lui  fit  trancher  la  tête  dans 
forêt  fituée  dans  le  diocèfe  d'Arras 
ir  les  confins  de  celui  d'Amiens ,  oii 
n  lieu  qui  porte  le  nom  de  faint  Lé- 
^r  ,  conierve  le  fcuvenir  de  fa  fépul- 
ire.  Deux  ans  après ,  fon  corps  fut 
ansféré  dans  le  Poitou  ,  Se  dépofé 
onorablement  dans  l'églife  de  laint 
laixant. 

C'eft  vers  ce  même  temps  que  Da-  l         ~ 
obert  II ,  roi  d'Auftrafie  ,  fut  ailafiîné 
ans  une  ledition.  On  ignore  &  ie  lu- ed  afTaffiné. 
it  de  la  révolte  &  le  nom  de  fes  au-   Fred.  Aagi-^ 
îurs.  On  fcait  feulement  que  les  [Qi-[nviraj:inm: 

f       l  •  .  V      1    *  Vuufri<L  c» 

neurs  le  piaignoient  de  lui   eon^me  ^, 

.'un  tyran.  Il  ne  paroît  pas  cependant  EMmzr ,  m 

(ue  ce  prince  ait  mérité  ce  titre  odieux.  ^^'  Vuûfriir 

l  prenoit  fi  peu  de  part  aux  affaires , 

[ue   les  amialiiles  ne   l'ont  pas  même 

lommé.  Il    refte  encore    des  preuves 

le  fa  pièce  dans  quantité  de  religieux 


19^    Histoire  de  FRANC^g» 
écabliiTemens.   On   lui  donne    fepc,  ;; 

Ann.  680.  ^^^^^  ^^"^^  <^^  règne.  Il  fat  enterré  à  fain, 
Pierre  de  Rouen.  H  avoit  cpoufé  M^ 
thilde  ,  dont  il  eut  Sigebert  qui  mou, 
rut  avant  lui ,  de  quatre  filles ,  Irmiçi 
ôc  Ad  elle  ,  que  l'églife  a  reconnu| 
pour  faintes ,  Rotilde  8c  Ragnetru4e 
y^puJ  Su-  Il  y  a  toute  apparence  que  c'eft  de  f 

4ugujh  i^agobert  qu  on  célèbre  encore  au 
jourd'hui  la  fête  à  Stenay ,  fous  le  ti» 
de  Martyr.  C'étoit  la  coutume  alpi 
de  révirer  comme  tels  ,  ceux  qc 
etoient  tués  ,  après  avoir  mené  uni 
vie  chrétienne  de  exemplaire. 
Pépin  eft       La  mort  de  Dagobert  devoir  réuni 

£fciareduc,  ÇQ^,^^^  la  monarchie  fous  l'empire   d 

eu   gouv-r-  ■       .      .        .      r     ,     A  j       ^  ^ 

neur  d'Auf-  1  hierri  ;  mais  la  name  du  Gouverne 

xraiîe.  ment  d'Ebroïn   fit   que  l'AuHrafie  n 

voulut  point    reconnoirre  ce    monai 

que.  Martin  &   Pépin  furent  déclaré 

ducs  ou  gouverneurs  du  royaume.  O; 

Cefi  Franc,  prit  auffi-tôt  les  armes.  Les  de^ix  nou 

4  46.         veaux  princes ,  battus  près  de  la  fore 

de    Leucofao   fur    les    frontières    d 

Netidrie  ,  fe  retirèrent ,    le  premier 

^ecuni.con-  Laon   OU  il   périt  par  la    perfidie  di 

^.  ^7^  maire  au  palais ,  le  lecond  au  rond  d- 

TAullrafie,  où  il  employa  tout  ce  qu 

L^  nature   lui    avoit    donné   d'efprit 

d'habileté  ^<  de  courage  pour  décruir< 


Thierri     TIÎ.      299 

puilTaiice  royale,  il  aefcendoir  du 
ké  paternel,  de  faint  Arnoul  évêque  ânn.  680 
e  Metz  ,  de  du  côté  maternel ,  de  re- 
in dit  le  vieux ,  ou  de  Landen.  L'hif- 
)ire  l'appelle  tantôt  Pépin  le  Gros  , 
arce  qu'il  ctoit  fort  replet ,  tantôt  Pe- 
in  d'Hériftal  ,  du  nom  d'un  palais 
u'il  avoir  fur  le  bord  de  la  Meufe  un 
eu  au  -  deifiis  de  Licge  ,  quelquefois 
*epin  le  Jeune  ,  par  rapport  à  fon 
ïeul  ,  d'autres  Pépin  le  Vieux  ,  par 
apport  à  {on  petit  -  fils ,  qui  fut  roi 
ous  le  nom  de  Pépin  le  Bref. 


Le  maire  du  palais ,  Ebroïn ,  ne  jouit  Akn.  6S% 
•as  lone-temps  du  fruit  de  la  vidoire  J^li^omeft 
le   Leucoîao.    Un  leigneur  ,   nomme 
irmenfroi ,  l'attaqua  comme  il  alloit 
.l'églife,  lui  fendit  la  tête  d'un  coup 
l'épée  5  &  délivra  la  France  d'un  mont- 
re à  jamais  digne  de   fon  exécration» 
\infi  périt  'd'une    mort  violente  ,  le  Cejî.'Franc. 
:yran  de  fo;i  roi  &   de  fa  pattie.  Les^*  ^7' 
iiaires    qui   lui    fuccéderent    firent   à 
iiverfes    renrifes    la    guerre    au    duc  Ea'Jsmcon^ 
repm  ,  mais  ians  aucun  lucccs.  cer-^   ^g, 
taire  ,   le    dernier   de    tous  ,    homme 
dont    l'io-nobîe     figure    annoncoit    la 
balfeiTe  du  cœur,  avare ,  injufte,  fans 
efpritj  fanstalens,  préfomptueux  jui- 
qu'au   ridicule  ^  fut  le   témoin   6c  la 


500    Histoire  de  France. 
victime    de   l'clcvation   du  viciorieu:' 
Ann.  687.  Audrafien» 

Pépin  c^é-      "^^^  grand  nombre  de  fetgneurs ,  mc' 
fait  1  armée  coutens.  dii    gouvemcment   de  Neuf' 
tue,  setoienc  retires  dans  le  royaiuiK! 
d'Auflrafie.    Pépin  ,  autant  par  politi- 
que que   par  généro<itc  ,   les  appuya' 
H  dépura  mcme  au  roi ,  pour  le  prie 
de  recevoir  en  grâce  tawr  de  malheu- 
reux, que  la  violence  de  la  perfécu- 
tiG-n  avoit  forces  de  quitter  leur  patrie 
Cefi,  Franche  monarque    mal   eonfeillé  ,  affecbî 
**'^^*  une  hauteur  déplacée  :  ii  répondit  ave> 

fierté  ,  qu'il  pouvoir  fe  difpenrer  ai 
les  renvoyer  j  qu'il    iroit   lui  -  m*tm< 
les   chercher  à  la  tète  d'une  puiiT;iiit( 
Ea^em  con^  armée.    On  fe  prépara  aiiiTi  -  tôt  à  h 
iinuat.  Fred-  guerre.    Les  troupes  des  deux  royati- 
mes  le  |oignirent  a  1  eltn ,  viil:ige  luî 
îa  petite  rivière  de  Daumignon  entr^ 
faint  Quentin  &  Péronne.  Le  eombâi 
foc  opiniâtre  j  mais  enfin    la  vidtoirc 
demeura    aux     Auftrafiens.  Le    roi 
obligé  de  prendre  la   fuite,  fe  fauva 
avec  précipitation  dans  la  capitale  de 
fon  empire.  Bertaire  eur  auiîi  le  bon- 
heur d'échapper  à  la  fureur  des  viéio- 
jfieux  *   mais    il   ne   put   fe  fo uftraire 
à   î'épée    de  fes   propres   foldats    qui 
raiïaiiin-eieiiu  Le  vainqueur  s'empara 


Thierhï     ÎIL      joï 
î  tïéfor  royal ,  força  Paris  à  lui  ou-  -^*"'"*^'*' 
ir  iés  portes ,  fe  faiiiî:  de  la  perfonne  Anh.  6Sj, 
^Jine  de  Tliierri  ^  de   (q  Rt  déclarer 
i-ure    du  palais    de    Neuftrie   ôc   de 
OLirgogue.  Ainii    l'heureux   duc    eut 
ture  la  France  en- Ion  pouvoir  ou  fous 
nom  de  priiice,  ou  fous  celui  de 
laire. 
Pépin  ,  dans  ce  haut  deo;ré  d'éléva-  .^^  modéra- 

^/.  1    -r  I     r        'T      non  dans  ufti 

on,  le  conduilit  avec  tant  de  lageile  ,  a  hautdeeré 

2  douceur  &  de  modération  ,  qu'il  <ie  i^uiiTaace. 

itiira    i'ad;niration    des  cours   écran- 

;res  ,   qui   Thonorerent  de    plufxeurs. 

arques  de- leur  eftime  ^  le  refped  des 

itions  tribut-lires ,  qu'il  fcur  contenir 

1   f  lire  rentrer    dans   le  devoir  ^  les 

niédi:^ions  enHn  de  toute  la  France , 

i  il  Ht  celfer  la  tyrannie  .'^  l'oppref-  Idem,  ilïà^ 

m.  Il  ritibîit  les  évèques  dans  leurs 

igQs  &  dans  tous    leurs  biens  ;  les 

igneurs  ,  dans  leurs  dignités,  3c  dans 

urs   terres  ;    h  veuve  &:  l'orphelin' 

ms  leurs  droits  ;  les    loix   dans  leur 

Lciemie    vigueur  ;    l'ordre    dans    les 

lances  j  la  difcipline  parmi  lés  trou-* 

is'y  h  police  d.m^  le  gouvernement. 

ant  de  belle:»  chDfes,  e.itreprifes  & 

:écutées  en  (i  peu  de  te-nps  pour  la 

oire  &z  l'utilité  delà  nation,  ébloui- 

iit  tous  les  efpiics.  On  palTa.  de  l'ai- 


501    Histoire  de  France. 
!  '  !  miration   à   la  perfiiafion  cjue  l'ambi 

Ann.  687.  tieiix  duc  navoit  pris  les  armes  qmi 

pour    le    bien    commun   de    l'empi^rir 

François. 


— —      11   avoir   dompté  les  Bavarois  ,   le 

Ann.  689.  Saxons  &  les  Suéves  ,  lorfqu'il  n  étoi 
11  fubjugue  encore  que  duc  d'Auftrafie.  Il  propofii 

les  Frifons    j^j^5  ^^q  affemblée  de  feisneurs ,  d'ali 
Paul.  Diac.  1er  au  plutôt  foumettre  les  autres  re 

'  ^  '  ^*     belles  de  Germanie.  On  applaudit-  : 
ce    généreux  defTein.    Mais   avant  d« 
I  partir  pour  cette  expédition  ,   il  mi 

auprès  de  Thierri  un  homme  de  con 
fiance  ,  nommé  Norbert  ,  auquel  6 
donna  toute  autorité.  La  vidtoire  1 
fuivit  par -tout.  Radbode  ,  duc  de 
Frifons ,  ofa  lui  préfenter  la  bataille 
il  fut  défait  &  mis  en  fuit^.  Pépin  k 
enleva  une  partie  de  fes  États ,  &  ren 
dit  tributaire  celle  que  fa  clémenc 
lui  laiiToic.  11  revint  enfuite  en  Neuf 
trie  5  où  fon  premier  foin  fut  d'airena 
bler  un  concile.  On  y  fit  de  beau: 
règlements  pour  la  réformation  de 
mœurs ,  pour  la  défenfe  des  égîifes 
pour  le  foulagement  des  pauvres ,  pou 
la  protedtion  de  la  veuve  de  de  l'or 
phelin.  C'étoit  ainfi  que  cet  habile  po, 
li tique  ,  par  mille  actions  de  piété ,  d' 
juûice   de   de  valeur  ,  s'efFor^oit   d' 


7'  H  ï  E  R  n  r     I  I  L     505' 
bjuguei:  l'eftime  du  peuple  ,  qui  re- 


ir 


doit  coiTime    un  crime   de  recon-  Ann.  689. 

3Îcre  d'autres  maîtres  que  les  defcen- 

mrs  de  fes  anciens  rois. 

Tel  ctoit  l'état  de  la  France,  lorfque  .  ' 

1  •      •  1  ,  '         ^      Ann.  692., 

hierri    mourut   dans    la  trente -neu-    ,, 

,        j        -  ^  -.  .        Mort   de 

eme   année   de  Ion   règne,    il  avoit  xhicrri. 

loufc  Clorilde  ,  qu'on  nomme  aulli 

'oda  5  dont  il  eut  deux  fils-,  Clovis 

:   Childebert.  I]   fut  enterré   a  faint     c?ji,  Tr, 

J^Çi  a  Arras  ,  qui  le  reconnoit  pour  <^.  ^5. 

ni  fondateur.  On  découvre  à  travers 

Dbfcurité  affedlée  de  l'hiftoire  de  ces 

mips-la  ,  que  'ce  prince  avoir  de  gran- 

es  qualités.  La  confiance  dont  il  ho- 

ora  faint  Léger ,  prouve  qu'il  fçavoit 

3uter  ô^  fuivre  de  fages  confeils.  C'eft 

eaucoifj3  pour  fa  gloire  ,  que  les  au- 

;urs  contemporains  n'en  difent  aucun 

lal.  Toutes  les  plumes  d'alors  étoient 

endues  à  la  famille  de  Pépin.  C'eft  ce 

ui  a  fait  dire  à  quelques  fçavants ,  que    Le  psre  le 

0U3  n'avons  que  des  mémoires  fort^^^"^^- 

ïfidèîes  fur  les  derniers  rois  de  la  pre-    Monfie 

liere  race  ,  &  que  c'eft  très  -  injufte-  Obrecht. 

aent  qu'ils  font  appelles  fainéants.  *  - 

♦M.  Qbrecht  prétend  que  les  véritables  fcurces 
e  leur  hiftoire  fe  trouvent  d  ms  les  titres  des  anciens 
hapitres  ou  monafteres  J'Alface  ,  qui  prefque  toos 
sconnoiflent  ces  princes  pour  iems  fondateurs. 


IK 


I 

5^4    Histoire  de  France; 

■  Q'^îpi  qu'il  en  foie ,  malheiireiix  ,  fani 

Ann.  6^1.  avoir    mérité    de  l'être  ,   Thierri  fii 

tour-à-roLir  le  jouet  du  caprice  du  for 

&   de   l'ambition   des  grands  de  foi 

royaurne.  Exclus  dès  le  berceau  de  l 

fucceiîîon  du  roi  fon  père  ,  renveirf 

du  trône  par  un  frère  ambitieux  ,  il  n. 

rentre*  dans  fes  droits  que  pour  êtri 

l'efclave- de  ceux»  .dont  le  ciel  l'a  fai 

naître  fouverain.  La  vidoire  de  Tei 

tri   décida  enfin  de  l'empire  :  elle  n 

/     lui  laifTa  que  l'ombre  de  la  royauté.  S'i 

eut  des  gardes ,  ce  fut  moins  par  bon 

neur  que  pour  s  affurer  de  fa  perfonnc 

Renfermé  à  Maumaques  ,  maifon  d 

plaifance  for  l'Oife  ,  entre  Compiegnl 

àc  Noyon  ,  il   n'en   fortoit  que  pou 

fe   rendre  aux  affemblées  publiques 

monté  fur    un   chariot  traîné   par  de 

bœufs.  C'éroit  un  équipage  de  diftinc' 

tion  ,   deftiné   pour  les  reines  ,   mai  ! 

inconnu  jufqu'alors    aux   défendant 

du  grand  Clovis.  Ce  fera  déformais  l 

fort  de  ies  fuccelfeurs ,  jufqu  à  ce  qui 

le  petit -fils  de  Pépin  ,  plus  hardi  ci 

.  plus .  heureux  ,   ofe   franchir    l'efpac.i 

•  immenfe  qui  eft  encre  le  trône  ôç  l'é' 

tat  de  fujet*  ♦ 


505 


.  y^-aoeMaiMMiMiu  ■■«■'»! 


C    L   O   V  1   S     III. 


AnN.   6^z* 


(iLOVis,    raillé    des     enfants    de      ciovîs 
lieiTi,  fat  couronné  roi  de  Neudrie  ^^c  couronné 
/   de    Bourgogne.    UAuftrade  »   ton- '^'^^' 
iirs  détachée  de  la  couronne  ,  ne  re- 
cinoiiroit   d'autre  autorité  que   celle  secuni.con^ 
t  Pepiii,  qui  continua  de  régner  fous  tonnât.  Frei. 
1  nom  du  nouveau    monarque.    Ce 
r  ne ,  dont  la    durée  eil:  afîez  incer- 
r  le ,    n'offre  aucun   événement    re- 
r  rquable.  Il  nous  re(te  quelques  aéVes  Ceji.  Franc. 
prouvent  qu'il   fut   au  -  moins  de-*  ■^^»  î^» 
itre  ans.  L'un  de  ces  anciens  mo- 
nents  eft  une  relation  du  cérémo- 
l  obfervé    dans  une   alTemblée  des  Am.  Metenf. 
ts    du  royauiiTe     à    Valericienn^s* 
.'ft  une  pièce  précieufe ,  où  l'on  voie 
lom  Se  le  rang  des  prélats  &  des  fei- 

^urs   qui  compofoient  cette  diète. 

^lovis  y  préfidoit ,   revécu  de  l'ha- Ann.  69U 
royal.  G  etoit  un  manteau  en  for-    il  préfixe 
de  dalmatique,  quelquefois    tout  ^ ^''^^'^^^^1^ 
ne  5  quelquefois  mi-parcie  de  bleu ,  crennes. 
i-court  fur  les  côtés ,  long  jufqu'aux 
ds    par- devant,  traînant  beaucoup 
derrière.  On  ne  dit  point  s'il  étoit  FideficxU  ja 
s  fur  un  trône,  b  couronne- fur  la  ^^«•?^c'-v 


30^  Histoire  de  France. 
tcte  5  le  fceptre  à  la  main  :  mais  il  <: 
Ann.  6^3.  certain  par  quantité  de  moniimeis 
qui  nous  reftent  de  ces  tem.ps-  là  ,  q^ 
les  rois  de  la  première  race  ne  paro  - 
foient  point  autrement  dans  ces  gra- 
des aiïernblces  de  la  nation.  Leur  ti  - 
ne  ou  fiege  royal  étoit  une  efpèce  ^ 
tabouret  fans  bras  ni  dofïier,  comiî 
pour  avertir  le  monarque  qu'il  dcv  i 
fe  foutenir  par  lui-même  ,  &  ne  s: - 
puyer  fur  perfonne.  Leur  couronii , 
ou  plutôt  leur  diadème  ,  étoit  un  c  - 
de  d  or  ,  enrichi  de  deux  rangs  t 
pierreries  *,  leur  fceptre  ,  tantôt  i  e 
fimple  palme  ,  tantôt  une  verge  d'«  , 
de  la  hauteur  du  prince  ,  3c  couri 
i:omine  une  croife. 

Les  ades  de  raffemblce  de  Val( 
ciennes  ,  après  Clovis ,  nomment  cl  .- 
ze  évêques  ou  feigneurs  :  on  leur  c  . 
ne  le  titre  à^Lllufires  ,  comme  au  i  . 
qui  n'étoit  di{lino;ué  des  grands  de  -  ] 
royaume ,  que  par  les  qualihcf.iK  5 
de  très-gloneux  ,  très-pieux  _,  très  *  - 
ment  y  très-excelknt.  On  voit  enfijc 
huit  autres  feigneurs ,  qui  font  fim[:!- 
ment  appelles  comtes  ;  huit  grafioi  h 
cetoient  des  magiflrats  prépofés  p<n 
juger  les  affaires  du  tifc  ,  ou  de  Fin  • 
ce  j  quatre  domeiliques ,  ou  gouv  - 


Ctovrs  III.  307 
i:urs  des  maifons  royales  ;  quatre  ré- 
i:endaires ,  dont  la  fondion  étoit  Ann.  69J. 
(ippofer  le  fceau  du  roi  aux  ades 
iblics^  eniin  quatre  fénéchaux,  c'é- 
ient  alors  de  fîmples  ofïiciers ,  fub- 
donnés  aux  maires.  Us  n'avoient  que 
dminîftratioii  des  revenus  de .  la 
aifon  du  roi.  Ce  fut  par  la  fuite  la 
emiere  dignité  du  royaume.  Le 
mte  du  palais  n'eft  nommé  que  le 
?rnier.  Il  avoir  peut  -  être  une  place 
part  aux  pieds  du  roi  ;  ou  ce  qui  eft 
us  probable ,  étant  obligé  de  rendre 
mpte  de  fes  jugemens  ;  il  i^étoit 
tint  affis  parmi  les  juges,  h^arrà  de 
ffemblée  eil  foufcrit  par  un  chan- 
lier.  C'eft  ainfî  qu'on  appelloit  ceux 
ii  écrivoient  ou  iignoient  les  ades 
te  le  référendaire  devoit  fceller. 
eft  aujourd'hui  le  nom  du  premier 
:s  magiftrats. 

H  ne  paroît  pas  que  Pépin  ait  alîifté   î-es  armées 
ce  jugement:  les  ades  n'en  P'^i"lent  ^^'g""'!^' p'^. 

)int.    Il    étoit    fans     doute     occupé    à  miere  race. 

lelque  expédition  :  on  ne  le  vit  guère 
aiiquer  a  ces  cérémonies  cl  éclat.  Ce 
t  dans  une  de  ces  affemblées  fous 
hierri ,  qu'il  fit  ordonner  au  nom  du 
i,  qu'au  premier  ordre  du  maire  du 
.lais  5  chaque  duc  fe  tiendroit  prêt  à 


mm 


308     Histoire  de  Franci. 

■— '  marcher ,  &  qu'au  fécond  il  condi- 
Ann.  69^.^^^^  ^^^^^  aucun  retardement  les  hci 
mes  qu'il  devoit  fournir  en  temps  U 
guerre.  On  ne  connoijOToit  point  a!« 
ce  que  c'étoit  que  troupes  régi  s. 
Chac]ue  province  avoit  fa  milice,  tn 
m  commandoit      d'ordinaire    celle      li 

étoic  plus  voiline  des  lieux  où  T 
£aiv^ecâpïu-pïre  portoit   fes  armes.  Ceux  qui  : 
,^'j^'^;^^^^^' noient   des  bénéfices  du  prince  ou  ; 
i'églife  ,  ceux  qui  pofTédoient  des  ". 
res  Salïques  ^  tous   les   François  ei 
étoient    obligés    de  fervir    le   roi 
perfonne.    Les    évêques    même    r 
étoient  pas  exempts.  Ceux  d'entre 
cjui  avoient  l'humeur  guerrière  ,  st 
xnoient  de  toutes  pièces ,  &:  fe  prd 
pitoient  dans  la  mêlée.    Ceux  quil 
îaifoient  fcrupule  de  répandre  le  fa;f 
fe  contentoient  de  lever  les  mains  \ 
ciel  pour  l'heureux  fuccès  du  com'i^ 
Ceux  qui  étoient   plus  fages  &  \\ 
religieux,  fe  rachetoient  •  pour  de  1: 
gent    de  cette  fanguinaire  obligati^ 
Alors  ils  envoyoient  leurs  valfaux  f  j 
la    conduite    d'un    avoué  _  ou    vïda\ 
C'étoit    un    noble  ,    vaillant  ^  bra^ 
puiflfant  ^  que  les  églifes   choifilfoi 
pour    défendre  leur    patrimoine.   ' 
donuoic  des  lettres  de  difpenfe  à  et 


C    L    O    V    I    s     I  I  L      309 

;  l'âge  rendoic  incapables  de  fervi-  *^ 


On  condamnoit  à  de  grofTes  amen-ANN.  ^^3. 
,  ceux  qui  manquoient  au  rendez- 
is  général  de  l'armée. 

1  y  avoir  dans  les  provinces ,  par- 
ilieremenr  fur  les  Frontières,  des 
^afins  deftinés    pour  l'entrerien  de 

troupes.    Il  ne  paroît  pas  qu'elles 
'ent  d'autre  folde  que  le  butin.  La 
tume  étoit  de  l'apporter  en  com- 
n  5  &  de  le  partager  de  même.  Les 
'oilniers  devenoient  autant  d'efcla- 
»    Les  otages  *  fubilLoient  le  même 
:,    lorfque  ceux   qui    les     avoient 
inés  venoient  à  manquer  à  leur  en- 
ement.  Les  armées  rrançoifes  ,  fous 
règne  des  Mérovingiens ,  n'étoient 
apofées  que  d'infanterie.  S'il  y  avoit 
ilques    cavaliers  _^   c'étoit  pou*r    el- 
ter  le   général ,   &c  pour  porter  fes 
1res.  On  ne  connoirfoit  fous  la  pre- 
ere  race,  d'autre  bannière  de  France 

2  la  chape  de  faint  Martin.  C'éçoit 
voile    de    tafîetas  ,  qui    portoit 

fipreinte  du  faint,  &:  qu'on  alloit 
indre  en  grande  pompe  fur  fon 
nbeau.  On  la  gardoit  avec  refpedt 
is  une  tente.  On  la  promenoir  en 
Dmphe  autour  du  camp  ,  lorfqu'on 
>i;  près  de  donner  le  combat.  Nos 


310    Histoire  de  France. 
rois  avoient  tant  de  confiance  à  la  p^ 
Ann.  6^3.  tedtion  du  faint   prélat,    qu'avec 
étendard  ils  fe  croyoient  alfurés  de 
vidtoire. 

•L'afTemblée  de  Valenciennes  efte 


Ann.  6p4  ,  Jgj;niej-  événement  mémorable  du 
x4      j     sne  de  Clovis.  Il  mourut  dans  la  qi 

Mort  de    fc»       .  .       .  ,2 

Clovis.  torzieme  ou  quinzième  année  de  ii 
âge.  11  fut  enterré  à  Choif y-fur- Pi^"- 
ne  5  près  Compiegne.  Les  hiftcrii  > 
de  ce  temps-là,  trop  occupés  dePep  . 
ne  nous  apprennent  aucunes  particu  - 
rites  de  ce  jeune  prince.  On  igné 
ce  qu'on  en  pou  voit  efpérer.  On  « 
lui  donne  ni  vertus   ni  vices.         ' 


CHILDEBERT   111. 

Ann.  é9^.  V--*"^!' ITERER  r  fuccéda  aux  Etat5 
Chîidebert  ^   la  captivité  de  Clovis   fon  frère.  .1 

eft^  proclamé  n'avoit  qu'onze  ou  douze  ans ,  lorfq  il 
monta   fur  le  trône.  Le   pouvoir  k 
Pépin  j  à  la  faveur  de  la  minorit' 
Ceft.  rranc^Moiz  toujours  en  croifTant.  Il  avo': 

''  ^^'        fa  cour  tous  les  grands    officiers  ,u 
comte  du  palais  ,  le  grand  référendai 
ôc  rintendant  des  maifons  royales  1 
ne  laifïa  auprès  du  jeune  toi  ,  qu'f 

Seccnl  ton- pQiit  nombre    de   domeftiques ,  gi 


Childeuert    Ilî.     311 
Àés  5  6c  deftinés  moins  pour  fervir  •w»^'»*^ 
monarque ,  que  pour  examiner  (es  j^^^^  ^'77 
ions.  L  ambitieux  régenr  avoir  deux  ^inuat.  Fred, 
.,  Drogon  Se  Gjimoald.  11  fir  le  pre-  ^'  ^  ou 
er  duc   de  Bourgogne  ,  nomma  le  ^^"'^^^"•^  '^^^- 

j  •  1  1    •        1       -fcT       n    •      tenfes  ai  an- 

ond   maire   du  palais  de  Neuftae.  „u,72  7 1 1, 

.îné  ne  fur  vécut  pas  long-temps  à  fa 

ivelle  dignité.  Le  cadet  lui  fuccéda 

is  fa  principauté.  C'eil:  l'expreiiion 

l'auteur  des  Annales  de  Metz.  Ce 

fait  voir  que  ce  duché  étoit  moins 

gouvernement  qu'une  efpèce    de 

iveraineté. 


L'ambition    n'occupoit    point  tous  p^^^^   ^^ 
moments   de   Pépin  :  il  en  donna     707. 
îlques  -  uns   à  l'amour.    Il  y  a  des    Amoms  de 
eurs  qui    prétendent  qu'il    répudia  r^^'^"  î^^'^" 
ictrude  ,  pour  epouier  Alpaide  ,  dont  Chaaes  Mar. 
;ut  un  fils  5  fi  connu  depuis  fous  le  ^^^* 
m  de  Charles-Martel.  Il  nous  refre 
)endant  pluiieurs  a6bes  qui  prouvent 
s  la  première  n'a  jamais  été  féparée 
fon  mari.  Ainli  ou  la  féconde  n'a  uem,  contîn, 
que  le  titre  de  maitrelfe,  ou  le  duc<^*  ^'^''• 
iftrafien,  à  l'exemple  de   quelques- 
s  de  nos  premiers   rois  5  Ôc  fuivant 
iicienne    coutume    des   Germains  ,  jj,^^^  Meunf. 
i  deux  femmes  a  la  fois.  Ce  com-  . 
erce  ,  ou  (i  l'on  veut  ce  mariage  fcan- 
I  leux  excita  le  zèle  de  faiat  Lambert , 


e( 


312    Histoire  de'France. 
évcque  de  Liège.  Le  pieux  prélat  ci 
Ann.  706  5  s'élever  contre   cet  adultère    public 
707-       il  fut  aHafliné  par  Odon  ,  frère  d'i^- 
païde.   On  affure  que  Pépin   autorii 
ce  parricide.  La  vengeance  fut  prom- 
te  5  difent  les  hiftoriens.  Le  meurtri: 
fe  fentit  tout-à-coup  rongé  de  ver, 
&  déchiré  par  des  douleurs  il  vive, 
qu'il  en  devint  furieux  ,  &  fe   pré 
pita  dans 'la  Meufe.  Cette  maladie 
vers    étoit  alors   fort    commune  , 
^  comme  épidémique.- 
Expédition      Qq  rè^ne   eft  célèbre  par  quelqu 

militaire  ,  ,.   .  ^  i--  n  1 

fous  le  règne  expéditions  militaires.  U  y  eut  guer 

de  Chiide-  contre  Egica .  roi  des  Vifieoths.  L'h 
toire  ne  marque  point  quel  en  rut 
Cejl.  rpg.  fuccès.  Radbode  ,  duc  des  Frifons , 

e.  49 .  $0.  j.^^^|j.^  ^^Q  féconde  fois  :  il  fut  i 
nouveau  baxcu  &  alTujéti  au  tribi 
Les  Allemands ,  unis  aux  Sueve: 
avoient  fecoué  le  joug.  Pépin  marc) 
contre  Williare  leur, duc  ,  le  défit, 
le  foumit.  Mais  il  ne  put  le  dompte 

^nn.  Metenj.  Bientôt  le  fier  vafTal  reprit  les  arme: 
il  fut  encore  vaincu.  Ce  fécond  éch 
ne  lui  abattit  point  le  courage.  C 
fut  obligé  d'envoyer  contre  lui  uf 
froifiemç  armée.  Déjà  elle  étoit  ei 
trée  fur  les  terres  d'Allemagne  ,  prê 
â  y  porter  le  fer  &  le  feu  ,  lorfqua 

mo 


Ghildebert  ÎII.     313 
mort  de  Ghildebert    la  fit  rappeller. 

Ce   prince    mourut    âgé    d'environ  Ann.  70^, 
vin^t-huit  ans,  dont  il  en  avoit  ré^né     7'^7- 
leize   a  dix  -  lept.  Il  rut  enterre  avec  chiideberc. 
fon    frère  à   Choif/ -  fur  -  Aifne.    On 
ignore  le  nom  de  la  reine  fon  époufe. 
[1  laiifa  un  lils ,  qui  lai  fuccéda  fous  le 
lom  de  Dagobert   III.  Ses    bienfaits  Idem,  ihii, 
nivers  les  égiifes  ,  font  l'éloge   de  fa 
)iété  &  de  fa  géncrofité  :  l'exaéle  juf- 
ice  qu'il  rendit  à  fes  fujets  prouve  la 
blidité    de   fon  efprit&:  la   droiture 
le  fon  cœur.  11  nous  refte  quantité  de 
neuves  5  qu'il  exerça  par  lui- même 
ette  fondion  ,  la  première  ,  quoique 
eut -être    la   moins   brillante    de    la 
Dvauté.  C'eit   ce  qui  lui  a  méritjé   le 
lorieux  furnom  de  Jufte.  Il  y   en  a 
ui  lui  donnent  un  fécond  fils  ,  fur- 
ommé  Daniel.  C'eft  une  erreur.  Ce 
lince  dans  une  charte  que  nous  avons 
elui,  reconnoît  qu'il  eft  fils  de  Chil-  UP.LdUa 
éric  II ,  petit-fils  de  Batilde ,  &  neveu  A^"^-'^?^^"- 
e  Clôture  iii. 


PAGOBERT    II  L 


'agoeert,  en  montant  fur  le  trône  ^^^^^  ^^ 
i  fon  père ,  étoit  deftiné  à  y  faire  le  Dagobert 
lême  perfonnage.  On  le  montra  aux  eft  couionré 

Tome  I,  O 


314    Histoire  de  France. 
w»,— w—  peuples ,  dont  il  reçut  les  hommages 
Ann.  711.  <Sc  les  préfents.  On  le  renferma  enfuite 
dans  une    maifon  de  plaifance  ,  pour 
y  vivre  dans  une  indolence  indigne 
de  fon  rang  de  de  fa  naiffance.  Il  avoi) 
Second-  con-  tout  au  plus  douze  ans.  Pépin  gouver- 
t"'io4.^'^^'^'  ^^  toujours  avec  la  même  autorité.  1 
reprit  le  dellein  de  dompter  les  Aile 
mands  &  les  Sueves.  On  en  fit  un  i 
horrible  carnage ,  qu'on  les  mit  pou 
quelque  temps  hors  d'état  de  remue! 
■4nn.Metenf,  }^^[^  Radbode,  duc  des  Frifons  ,  con 
tinuoit  de  lui  caufer  de  vives  inquic 
Cejî.  reg.  tudes  :  il  rechercha  fon  amitié.  Ce  fi 
fr.  c  jo.    ^^^^  cette  vue  qu'il  lui  fit  demanda 
Theudelinde  fa  fille  ,  pour  Grimoal 
fon  fils.  Le  mariage  fut  conclu.  Le  di 
Auftrafien  cependant  n'en  retira  auci 
avantage. 

'  Quelciue  ^emps  après ,  Pépin  ton 

Grîmoaideft^^  dangeteufement  malade  a  Jupi 
affaffiné.  Son  Une  de  fes  maifons  de  campagne  1 
îlf  n'."?"  le  bord  de  la  Meufe,  vis-à-vis  de  C 

entant    lui  ^  utt/  'ni      /^  •  i  i     /• 

fuccèJe.       château   dHeriftal.  Grimoald  le  n 
aufïî-tôt  en  chemin  pour  fe   rend 
auprès  de  lui.  C^  jeune  feieneur  p;* 
faut  par  Liège,  entra  dans  léglife   t 
faint  Lambert.  Il  y  faifoit  des  vcef 
pour  la  fan  té  de  fon  père  ,  lorfqu'j 
icélérat  nommé  Rangaire  le  perça. 


Dagobert     II  t.      315 
plufîeurs  coups  ,  dont  il  expira  fur  le  1 

tombeau   de  celui  qu'il  invoquoit.  11  ann.   714^ 
lailfoit  un  lils  encore  enfant ,  appelle  yjnn.  Metenf. 
Theodâld  :  Pépin  le  fit  maire  du  pa-^^^'^^7'4» 
lais  de  Dagobert.  C'étoit  une  entreprife 
injurieufe  aux  feigneurs ,  qui  avoienc 
toujours  eu  le  droit  d'élire  ce  premier 
officier  de  la  couronne  ;  à  l'Etat ,  au- 
quel on  donnoit  un  enfant  pour  gou- 
verneur ;  &  au  roi ,  que  l'on  mettoit 
îbus  la  tutelle  d'un  enfant  au  berceau. 
Vlais  le  duc  avoir  toute  autorité  :  per- 
sonne ne  remua. 

Ce  fut  le  dernier  attentat  de  l'am-    Mort  âe 
)itieux  Pépin  :  fa  maladie  augmenta  :  J^^l  ^^* 

1  ^\     T       -1  N  ^-  grandes  ^m^ 

1  mourut  a  Jupil  ,  après  avoir  gou-lités. 
'erné  plus  en  fouverain  qu'en  minif- 
re  5  pendant  vingt  -  fept  ans  ôc  iix 
aois.  On  ne  peut  lui  refufer  les  gran- 
les  qualités  qui  forment  le  héros ,  un 
fprit  vafte  ,  mais  fage  ôc  réglé  ;  une 
.ardieiïe  au-delTus  des  obftacles ,  mais  j^i^ 
ui  ne  l'emporta  jamais  trop  loin  j  une 
itrépidité  fupérieure  à  tous  les  dan- 
ers  5  qu'il  fçut  toujours  prévoir  ôc 
armonter  j  un  talent  admirable  pour 
ouverner  les  efprits  les  plus  inquiets, 
erfonne  ne  polleda  plus  éminemment 
î  grand  art  de  les  ménager  ôc  de  les 
ccuper  à  propos.  Utile  à  la  France  ,. 

Oi 


^i6    Histoire  de  France; 
y '^' '  il  y  rétablit  l'ordre ,  la  piété  &  la  jufr- 

Ann.  yi^.tice  :  zélé  pour  la  religion,  il  la  fit 
prêcher  aux  peuples  enfcvelis  dans  lei 
ténèbres  du  paganifme^  mais  il  ne  pui 
éviter  le  blâme  inféparablement  attache 
à  toute  ufurpation»  Il  opprima  fes  lé- 
gitimes maîtres  :  c'eft  un  tyran  ,  non- 
toujours  odieux. 
Egîa.învîTi      11  avoit  eu  quatre  fils  ,  Dro2on  & 

Carol.  M  sn,  •->  •  i  j  •  i    • 

^  (anmoald,  qui  moururent  avant  un 
Charles  -  Martel  à  qui  ,  fuivant  Egi 
nard  ,  il  laifia  la  première  charge  di 
palais,  &  Childebrand  que  quelques 
uns  prétendent  être  la  tige  de  la  troi 
fieme  race.  Il  ne  paroît  pas  que  c 
dernier  ait  eu  aucun  partage.  On  ignc 
re  quel  ^u.t  celui  d'Arnoul  ,  fils  d 
Drogon.  Théodald  ayoit  fuccédé 
Grimoald  fon  père  dans  la  charge  d 
Ge^.  reg»  maire    du    palais   de   Neuftrie   de   d 

France,  ji.  Bourgogne  :  il  en  fit  les  fondions  foi 
la  tutelle  de  Pledrude  fon  aïeul 
Cette  femme  ambitieuf^,  pour  réuni 
toute  la  puiiïance  de  fon  mari  ,  fit  ai 
rêter  Charles  ,  &  le  fit  prifonuier 
Cologne  5  où  elle  faifoit  fon  féjoi 
ordinaire. 

"^    ^^— -       Mais  bientôt  les  fei^-neurs  de  NeuJ 
uaeobert  ^^^^    ^  ennuyèrent    du   gouvernemer 

prépaies  ar-jj'une  femme.  Ils  vinrent  trouver  D.' 

i^fiSf  gobert  qui  ayoit  alors  dix  -  fep:  aiv 


Dagobert     II  Î.      |i7 

êc  rexciterent  à  la  guerre.  Ce  jeune  -: 

prince  ,  animé  par  leurs  difcours ,  A.nn.  71  y. 
prend  la  conduite  des  affaires  ,  lève  ^^"^■ 
une  armée  5  s'avance  contre  les  Auf- 
trafiens ,  les  furprend  dans  la  forêt  de 
Guife  *  ,  &  les  taille  en  pièces*  Le 
carnage  fut  (i  grand ,  que  le  petit-fils 
de  Plénitude  eut  peine  à  fe  fauver* 
Le  foible  monarque  ne  fçut  point  pro- 
fiter de  fa  vidoire  :  il  laiffa  créer  un 
nouveau  maire  du  palais  ':  c'étoit  fe 
remettre  dans  les  fers.  Cette  charge  fut 
donnée  à  Rainfroi  l'un  des  plus  confi- 
dérables  &  des  plus  braves  feigneurs 
de  la  cour  de  Neuftrie.  11  porta  la 
guerre  jufque  dans  le  fein  de  TAuf- 
trafie  où  il  mit  tout  à  feu  &  à  fan^,  fe 
li^ua  avec  les  Frifons  &  les  Saxons 
pour  les  engager  à  reprendre  les  armes , 
&  tout-à-coup  ramena  Dagobert  dans 
ùs  Etats. 

Ce  fut  pendant  ces  troubles  ,  que 

Charles-Martel  échappa  de  fa  prifon.  Ann.  716: 
11  fut  reçu   en  Auftrafie    comme   un     More  ie 
ange  tutelaire.  Il  avoir  toutes  les  bril-  Dagcbert. 
lantes  qualités  de  Pépin,  Les  peuples 
crurent  voir, revivre  ce  grand  homme  : 
ils  le  reconnurent  pour  leur  duc  d'un 

*  In  Codd  fylva  :  c'efï  ce  qu'on  appelle  aujoui- 
^Jiui  U  forêt  de  Cçinpiegae, 

03 


^i8   Histoire  de  France. 
f— ""^^  confentement  unanime.  Tel  étoit  l'état 
Ann.  'j\6.  des  chofeSj  lorfque  Dagoberc  mourut 
C7e/î.  re^.  dans  la  dix-feptieme  année  de  fon  âge, 
^ranc.  c  jz.  ^  [^  Cinquième  de  £on  règne.  Il  fat 
enterré  au  monaftere  de  Choify-fur- 
Aifne.  Le  nom  de  fa  femme  eft  ignoré. 
11  laiiToit  un  fils  nommé  Thierri  :  Rain- 
froi  le  trouva  trop  jeune  pour  porter 
une  couronne.  Il  alla  chercher  Daniel, 
fils  de  Childéric  II  y  8c  le  tira  du  mo- 
naftere où  il  étoit  en  habit  de  clerc, 
pour  l'élever  fur  le  trône.  On  le  nom- 
ma Chilpéric. 


vKvmWiMeis^sMSBdisaBs 


CHILPÉRIC    III. 

Charles-  V-^  ^  nouveau  monarque  ne  doit  point 
Cartel  eft    être  confondu  parmi  les  rois  fainéants. 

défait  par  le  -n  •  •     ^ 

^c  de  Frife.  Ai  avoit  environ  quarante  -  cinq  ans  . 
lorfqu'il    monta  fur  le  trône  :  il  eut 
Ceji.  Frdn«.  prefque  toujours  les  armes  à  la  main^ 
*•  5»«         pour  en  foutenir  les  droits.  Rainfroy 
féconda  fes  grandes  vues.  Us  marchè- 
rent   en   Auftrafie   pour    s'oppofer    à 
Charles  -  Martel.   Radbode  ,    duc   de 
Secuni,  con-  Frife  ,  de  concert  avec  le  Roi ,  avoit 
cl'ZV''^' ?^^^  le  Rhin,  3c  s'étoit  avancé  juf- 
qu'aux  portes  de  Cologne.  Charles  ré- 
folut  de  commencer  par  cet  ennemi. 


Chilpéric  III.  319 
5c  de  l'attaquer  avant  qu'il  fe  fut  joint 
a  l'armce  royale.  Le  combat  fut  desANN,  716. 
plus  fanglants.  La  valeur  du  prince 
Auftrafien  ne  put  fixer  la  victoire  ;  il 
fe  vit  forcé  de  céder  au  nombre.  C'eft 
le  feul  échec  que  ce  grand  homme  ait 
jamais  reçu. 

Les  Lrifons ,  après  cette  victoire ,  fe    n  furprenl 
loif^nirent  aux  Neuftriens  ,  ravagèrent  ^Wl'réric  sc 
enlembie  tout  le  pays  depuis  les  Ar-  ,r,ée  eu  dé* 
demies  jufqu'au  Rhin,  3c  vinrent  met-  ^'^"^^* 
tre  le  fîége  devant  Cologne.  Ple6trud.e 
fçut  conjurer  l'orage  ,  en  leur  donnant 
une   groiTe   fo mm e  d'argent.   Chacun 
ne  fongea  plus  qu'à  fe  retirer  ,  Rad- 
bode  en  Frife ,  Chilpéric  en  Neuftrie. 
Charles   cependant    avoit  ramafié  les 
débris  de  fon  armée  :  il  fe  jetta  dans  la 
forêt  d'Ardenne  avec  cinq  cents  hoin-uem^c^^i 
mes  ,  en  attendant  quelque  occafion  '<^7»  . 
favorable  d'agir.  Elle  fe  préfenta  bien- 
tôt. Le  roi  avoit  aflis  fon  camp  à  Am-  ^tin»  Metsnfi. 
bief ,  maifon  royale  fur  la  petite  ri- 
vière de  ce  nom  ,  près  de  l'abbaye  de 
Stavelo.  Un  foldac  Auftrafien  fe  charge 
âe  mettre   cette   armée  en  défordre , 
il  on  lui  permet  de  l'attaquer  feul.  Il 
marche   droit    aux    Neuftriens  ,  qu'il 
trouve  fans   fentinelles  ,  fans  armes , 
ians    défiance  ,  fans   crainte.   Il    mec 

04 


MBeBaBE3BB9KS 


320    Histoire  de  France. 
auiTî-tôc  l'épée  à  la  main  ,  criant  d'une  \ 
Ann.  y  16.  voix  terrible  :  F^o'xl   Charles  avec  fis  j 
troupes  j    &    perce    tous    ceux    qu'il  i 
rencontre.     L'épouvante     fe     répand  1 
4ans  tous  les  cœurs.  Le  prince  d'Auf-i 
trahe  ,   témoin    de   la   confternation  ,<! 
fond    fur    ces    gens    effrayés  ,   &    le^ 
met    en   déroute,  ils  prirent  la  fuirc 
avec  tant  de  précipitation ,  que  Chil- 
■  péric  tk  Rainrroy  eurent  peine  à  s'é- 
chapper. 
■~      Cette  victoire  iUuftra  le  nom   de 


A>îN.  717  Cl^^rles ,  &   releva   les  efpérances  de 
vinchi ,  où  ^^^'^  parti.  Les  Auftrafiens  venoient  en 
Cmipénc  eit  foule  groilir  fon  armée.  Bientôt  il  fe 
vit  en  état  de  porter  la  guerre  chez  feî 
ennemis  ;  il  fe  mit  en  campagne ,  dèî 
que  la  faifon  le  permit^  paifa  la  forêt 
Charbonnière  ,  &  défola  tout  le  pays 
Uem»  ïbid,  jufqu'à  Cambray.,  où  Chilpéric  vint  à 
fa  rencontre.  Les   deux  armées  fe  joi- 
gnirent au  village  de  Vinchi.  La  ba- 
taille fut  des  plus  fan^lantes.  Charles 
quoique  intérieur  en  nombre ,  remporta 
une  vi61:oire  complette  ,  &  pourfuivit 
Mn.Mmn[.  le  monarque  jufqu'à  Paris.  Mais  voyant 
****  ^^'  ^-'''*    que  cette  capitale  fe  préparoit  a  une 
vigoureufe  défenfe ,  il  tourna   tout-à- 
coup  du  côté  de  Cologne,  qui  lui  ou?- 
jvrit  fes  portes.  Ple6lru4e  fut  forcée.. dj^ 


liaM.aJ^,^nJ||^^.■^aBW 


ChilpÉric  IîL  31Î 
ui  remettre  les  tréfors  de  Pépin  ,  de  ! 
le  lui  livrer  fes  petits-fils,  Thcodald,  kim.  71 
lugues  ,  &  ArnoLil  qu'il  retint  fous 
jonne  garde.  Ainfi  l'heureux  duc  fut 
naître  de  toute  cette  partie  de  l'em- 
ire  François  *  &  fe  fit  de  nouveau 
Toclamer  prince  d'Auftrafie. 
Charles,  malgré  tant  d'avantages ,  ne 


toyoit  pas   encore  fon  autorité  afifez  Ann.   718. 
ffermie*  Il  connoifToit  l'inclination  des    Charles  fait 
Luftrafiens   pour    le  fang  de  Clovis  :  aotah-eYv, 
n  interiègne  de  trente-fept-ans  com-  roi  d'Au&^ 
lencoit  à  les  ennuyer  :  il  leur  donna 
n  roi  de  la  famille  de  leurs  anciens 
laîtres,  11  fut  nomm.é  Clotaire   IV* 
)uelques-uns  le,  difent  fils  de  Thierri 
l  :  quelques  autres  lui  donnent  C lo- 
is II   pour  père.  Cette  démarche  du   GsJi.Fratïsi 
uc  effraya  Rainfroy  :  il  en  prévit  cou-  ^'  ^  ^'^ 
îs    les   conféquences.  Il    ne  poavoit 
lus  compter  fur  le  fecours  des   Fri- 
)ns  ,   que   le    voifinage    de   Charles 
bligeoit  de  vivre  en  paix  :  il  chercha 
lui   fufcirer    daucres    ennemis.  Les 
îafcons    fortis  de     leurs    montagnes 
)us   les   règnes  précédents  ,   s'étoient 
nparés  du  pays  qui  porte  aujourd'hui 
;ur  nom.  Ils  étoient  commandés   par 
CK  duc  5  nommé  Eude ,  ho  Aime  très^ 
abile ,  qui  f^ut  profiter  des  t roubles  ^ 


^11    Histoire  de  France. 

pour  étendre  fes  conquêtes.  Maître  de 

Ann.  yis.prefque    tout    le  pays  au-delà  de   la 

Loire ,  il  ne  vouloit  reconnoître  ni  le 

Secun'd.con-  voi,  ni  le  L'oyaume  de  France.  Ce  fi.it 

unuit  Fred. ^  ^^  rebelle  audacieux  que  la  cour  de 

NeuRrie  eut  lecours.  On  lui  conhrmî 

tous  les  droits  de  la  fouveraineré  qu  i. 

avoir  ufurpce  :  à    ces    conditions    f 

avant.: geufes  pour  lui ,  mais  il   hon- 

teufes  pour  TÊtat,  il  am^na  un  gram 

ferours. 

U  âé^^h       Chilpéric ,  avec  ce  renfort ,  march 

l'armée roy3- c(3^^j-fe  [^5  ^uftrafiens.  On  ne  parloi 

le  anpies  de  ^  ^  ,  .  1  o      J         * 

SoifToos.  a  la  ccur  que  de  triomphes  de  de  vie 
toires.  Mais  bientôt  toutes  ces  belle 
efpérances  s'évanouirent.  On  apprit  qu 
Charles  s'avançoit  vers  SoifTons.  Cett 
nouvelle  mit  la  confternation  dan 
Idem ,  ihîd,  l'armée  royale.  La  terreur  étoit  Ci  grar 
de  dans  tous  les  efprits  ,  que  paroîtt 
&;  vaincre  ,  ne  fut  qu'une  même  chef 
pour  le  duc  d'Auftrafie.  Eude  repr 
avec  précipitation  le  chemin  de  TAqu: 
taine  :  Chilpéric  le  fuivit  avec  ce  qu; 
put  emportter  de  fes  tréfors  :  Rain 
froy  fe  lauva  dans  Angers ,  où  forcé 
quatre  ans  après ,  de  capituler ,  il  pli 
fous  l'auroriré  de  Charles  ,  qui  pî 
grâce  lui  laifla  ce  comté  pour  le  reft 
de  fa  vie. 


Chilpéric    III.    52^ 

Le  vainqueur  pourfuivit  les  fuyards  '■"- '.'"!"'? 

jufqu'â  la  Seine, qu'il  pafTa  fans  oppo- Ann.  719. 
ficion  ,  fe  préfenta  devant  Paris   qui     Mort  de 
lui    ouvrit   fes   portes  ,    s'empara  de^^°^^"^ 
rOrléanois  Se  de  la  Touraine  ,  força 
les    feigneurs  de   proclamer  Clotaire 
roi  de  Neuftrie  de  de  Bourgogne  ,  3c 
fe  fit  reconnoître  maire  du  palais  de 
ces  deux  royaumes.  Mais  le  nouveau  idemjhîd» 
monarque  ne  jouit  pas  long-temps  de  . 

la  double  couronne  qu'on  venoit  de 
lui  conquérir.  Il  mourut  la  même  an- 
née ou  la  fuivante  ,  dans  la  quarante- 
neuvième  année  de  fon  âge  ,  fuivant 
,e  père  le  Cointe ,  qui  lui  donne  trois 
ms  ôc  demi  de  règne.  Le  plus  grand 
nombre  eft  de  ceux  qui  prétendent 
qu'il  ne  porta  la  couronne  que  dix-fept 
mois.  On  voit  fon  tombeau  à  Coucy 
5n  Vermandois.  Cette  mort  fut  fui  vie 
de  quelcjues  mois  d'interrègne.  C'é- 
toit  un  artifice  de  Charles ,  pour  fon- 
der les  efprits  de  la  nation.  Mais  bien- 
tôt il  s'apperçut  que  le  nom  de  roi 
étoit  toujours  cher  de  refpe6table  aux 
François.  Il  envoya  des  ambaffadeurs 
au  duc  d'Aquitaine  ,  pour  lui  rede- 
mander Chilpéric  :  Eude  le  lui  ren- 
voya avec  de  magnifiques  préfents. 
iGe  prince  fut  couronné  roi  de  toute 

06 


314     Histoire  de  France. 
la  monarchie ,  &c   le  duc  d'Auftrafie 

Ann.  715?.  reconnu    maire    du   palais    des    trois 
royaumes. 

Tout  étant  paifible  au- dedans  J 
^^'  '  Charles  marcha  contre  les  Saxons  ,1 
qui  perfccutoient  avec  une  violence 
extrême,  les  Bruâ:eres,  les  Attuariens , 
les^  Gattes ,.  &  les  Thuringiens ,  peu- 
ples toujours  fidèles  a  la  religion  chré- 
tienne éc  aux  François.  Il  les  attaqua , 
l-es  défit,  les  repouiTa  bien  avant  dans 
leurs  terres,  où  il  porta  le  fer  &c  le  feu. 
C'eft  tout  ce  qu'on  fçair  de  cette  expé- 
dition. Nos  anciens  auteurs  fe  con- 
tentent de  dire  qu'il  alla ,  qu'il  com- 
battit 5  qu'il  vainquit  ,  qu'il  revint 
triomphant.  C'eft  le  dernier  exploit 
Giï  règne  de  Chilpéric.  Ce  prince 
Mort  d«  tomba  malade  &  mourut  à  Noyon  , 

Chiipéiic.  _Qîj  ii  g(^  enterré,  il  ne  régna  que  cinq 
ldem,ibid.kfix  ans.  Il  eut  toutes  les  qualités  d'un 
grand  roi  ,  fageiTe  ,  bonté  ,  valeur  y 
adtivîté  ,  prudence.  S'il  fut  vaincu; 
dans  trois  batailles ,  où  il  fe  trouva  eit 
perfonne>  c'eft  un  malheur  qu'on  ner 
doit  pas  lui  imputer.  Le  mérite  fur 
toujours  indépendant  de  la  fortune.^ 
Il  ne  laifToit  point  d'enfants  :  Charles" 
éleva  fur  le  trône  Thierri  1 V,. fils  de' 
Dagobert  111 ,  qui   fut  furnommé  d^^ 


T   K    I    É    H   R   I      IV.         ^^2^ 

^tielles,  parce    qu'il  avoit  été    élevé 

m  ce  lieu.  Ann.  i^^-^ 


T  H  I  E  R  R  I      IV. 

1  HiERRi  é toit  âgé  de  fept  à  huit 


ns 


lorfqu'il    fut    couronné   roi  de  '^^^-  72-2.. 
"ïeuftrie  ,  de  Bour^gne  &  d'Auftra-    Thîeni  eft 

r^'   n.    1  1-    '  J         •  proclamé  roi 

le.  C  elt  la  qualité  que  prend  ce  jeune  ^e  toate  la 
nonarque  dans  deux  chartes  qui  nous  monarchie, 
eftent  de  lui,  toutes  deux  faites  en  ^f^^^^^* 
Uiftrafie,  l'une   à  Zulpic  ,    Se  l'autre  ^Jy^^p' 4,9. 
u    château  d'HériftaL  Charles  conti-     Gefl.  reg. 
lua  de  régner  fous  le  nom  de  ce  prince  ^''-  ^'  "^"^'^' 
nfanr.     Le    refte   de    la  vie    de    ce  Secnnd.  con* 
;rand    homme    n'eft  qu'un  enchaîne-  ^'""'^''  ^""^î' 
nent  de  guerres ,  de  batailles ,  de  vie-  los. 
Dires     &  de    triomphes.    Il  avoit    à 
eine  dompt-^  les  Saxons  ,  &   recon- 
(uis  tout  le  pays  jufqu'au  Véfer  ,  qu'il 
e  vit  obligé   de    marcher  contre  les 
Ulemands  ,  qui  s'étoient  révoltés    II  —..«.-««« 
is  déht  5  les  poufïa  jufqu'au -delà  du  Ann.  715» 
)anube  ,  &  revint  chargé  d'un  riche  - 

'utin.  Cette  féconde  guerre  flit  fui-  Ann.  'n^^ 
le   d'une   troiiieme  contre  les   Bava- 
•3is  5  qu'il  fubjugua.   Le  duc  d'Aqui- 
dne  ,  qui  rompit  lapaix  vers  ce  même 
gmps  3  fubÏE  aufli  le  même  fort.  Charles 


^i6    Histoire  de  France. 

le  Vainquit    dans  deux  batailles ,   dé 

Ann.  750.  fola  toutes  les  provinces  de  fon  gou 
vernement  ,  Ôc  le  força  de  recoutii 
à  fa  clémence.  Il  ne  fembloit  pas  pou- 
voir fuffire  à  tant  d'ennemis  toujour 
battus  5  mais  toujours  prêts  à  fe  révol 
ter,  lorfque  les  Sarafins  entrèrent  er 
France  avec  une  puiiTante  armée. 

^  ^^'.  ^"^''      Ces  peuples  ,  vainqueurs  de  l'Orien 

fins    dAfri-  ^     j       v\à'  '  '    '  11' 

que  font  la  ^  cle   1  Atrique ,  avoient  ete  appelle 
conquête  de  en  Efpagne  par  le  comte  Julien.   C» 
i'm^7it*    J^eigneur  brùloit  du  dédr  de  fe  venge 
de  Rcxlrigue ,  roi  des  Vifigoths  ,  qu 
avoir    déshonoré  fa  fille,  d'autres  di 
fent   fa  femme.  11   fit  demander  un 
entrevue  à  l'émir  Muza ,  lieutenant  d- 
Valid ,  calife  ou  prince  des  Sarrafins 
Hadtric.  i.  3,  &  lui  offrît  de  lui  livrer  fon  pays ,  s'i 
^*  *'*  vouloir  l'afTurer  d'un  prompt  fecour; 

Ces  barbares  ne  laifferent  point  écha 
per  un  fi  belle  occafion  d'étendr» 
leurs  conquêtes  :  ils  vinrent  fondre  fu 
les  Etats  de  Rodrigue  ,  où  ils  mires 
tout  à  feu  &  à  fang.  11  fe  donna  un 
fanglante  bataille  fur  les  bords  à\ 
fleuve  Guadalette  :  le  roi  fut  vainci 
&  périt  dans  la  fuite.  Cette  vidoir 
décida  de  l'empire.  Le  royaume  de 
Vifigoths  5  après  plus  de  trois  cent 
ans ,  fut  éteint ,  èc  la  nation  pref<]|i« 


Thiêrri     ÏV.       317 

îiîticrement  exterminée.  Une  partie 
lependant  fe  fauva  dans  les  monta-A>îN.  7îo» 
;nes  des  Afturies ,  de  la  Galice  &  de 
a  Bifcaye ,  où  ils  fondèrent  un  noii-^ 
'eau  royaume  ,  fous  la  conduite  de 
^élage  :  c'eft  de  lui  que  les  rois  de 
^aftille  font  defcendus.  Plu  (leurs  fe 
étirèrent  en  France  :  ceux  qui  fe  fou- 
nirent  aux  Maures ,  conferverent  leur 
eligion  ,  fous  le  nom  de  chrétiens 
Mozarabes, 

La  conquête  de  l'Efpagne  fut  fuivie    Leurs  pro. 
le  celle  du  Languedoc  &  des  autres  f^^  ^""^^  ^* 

1         \7"r        L  rr'  -i    •         Languedoc. 

erres  que  les  Viligoths  poliedoient 
ncore  en  France.  Les  Sarrafins  pri- 
ent d'abor4  Albi  ,  Rhodes ,  Caftres  , 
5c  alîîégerenr  Touloufe.  Ils  furent 
:ontraints  de  lever  le  fiege.  Mais  ils 
evinrent  quelques  années  après,  fous 
a  conduite  d'Abdérame  ,  entrèrent 
lans  l'Aquitaine  ,  palTerent  la  Garon-  nern,  îbii» 
le  5  prirent  Bordeaux  &  Poitiers , 
>riilerent  l'églife  de  faint  Hilaire  , 
nenaçant  de  traiter  de  même  celle  de 
aint  Martin  de  Tours ,  dont  le  tréfor 
îtoit  en  grande  réputation,  Eude  , 
épouvanté  de  ces  rapides  fuccès  ,  im- 
îlora  le  fecours  du  prince  des  Fran- 
;ois.  Charles  n'ignoroit  point  les  def- 
Hns  du   duc.  11  favoit  que ,  pour  fe 


3 2,-8     Histoire  de  Franc ï». 
"•    '    '""!^  rendre   indépendant ,  il  avoir  fait  al- 
ANiN.  730.  liance   avec  Munuza  ,  gouverneur  de 
Cerdagne  ,  de  lui  avoir  donné  fa  hlle 
11  facriiia  fon  relTentiinent   parriculiei 
au  bien    public ,    3c    marcha    contre 
ces   barbares    avec    toutes   les     force 
d'Auftrafie  ,    d«    Bourgogne    de     d( 
Neuftrie. 
-■■  La  bataille  fe  donna  entre  Tours  S 

NN.  7V~''^q[^[qj^2.  On  combattit  un  jour  entier 
faits  à  la  ba-  Mais  enfin  le  nombre  céda  à  la  valeur 
taille  de  Poi-  Abdérame  fut  tué ,.  dc  (on  camp  pillé 
On  y  trouva  des  richelTes  immenfes 
c'étoient  les  dépouilles   des  province 
qu'il    avoir  ravagées   :  Charles  les  fi 
diftribuer  à  fes  troupes.  On  ne  trouvi 
IKem,  ibid.  ^^i^s  les  auteurs  contemporains  aucu- 
nes particularités  de  cette  célèbre  jour- 
née :  ce  n'eft  que  dans  Paul  Diacre 
qui  écrivit  fous  Charlemagne ,  qu'oi 
voit    trois    cent    foixante    ôc   quinzi 
îjiille  Sarrafins  étendus   morts  fur   L 
champ  de  bataille.  Charles  ne  perdi 
que    quinze   cents    hommes.    On   di 
que  cette  vidoire  lui  mérita  le  "furnon 
de  Martel  ,  parce  qu'il   avoir,  com- 
me un  marteau  ,  écrafé  les  Sarrafins 
Ce  fut  le  terme  fatal  de  la  grandeu: 
des   Arabes,  l'affermiffement  de  l!au; 
rorité  du  duc   Auftrafien ,  la  confec- 


T    H    1    E    R    R    I       ï    V.         32,9 

îtion  de  la  France  ,  le  fa  fat  de  l'Eu-  2 

ype  &  de  toute  la  chrétienté.  Ann.  7; 2.. 

On   raconte   qu'après    cette  célèbre   Ordre  delà 
idoire  ,   Charles  inftitua  l'ordre   de 
levalerie  ,  fi  connu  fous  le  nom  de 
:  Genette.    Il  n'étoit  compofc  que  de     Théâtre 

,  ,.  .  *■        •     ^  d  nonnetir  ce 

îize   chevahers  ,    qui    portoient    un  ,je  chevaie- 
)liier  d'or  a  trois  chaînes   entrelacées  >:'«• 

rofes ,  au  bout  duquel  pendoit  une 
enette    auffi    d'or    maflif.    Favin    & 
ibbé   Juftinlani    affurent    qu'il   étoit    Juflînîanî, 
•rt   en    vogue  fous  la  féconde  race:  '^*  ^*  ^^* 
ne  paroit  pas  cependant  que  les  or- 
:es  militaires  aient  commencé  avant 

douzième  fiècle.  C'efi:  ce  qui  a 
)nné  lieu  au  père  Méneftrier  de  re- 
lier l'inditution  de  celui  de  la  Ce- 
tte jufqu'au  règne  de  Charles  VI.  Il 
t  que  le  collier  étoit  de  deux  gouifes 
i  Genêt ,  l'une  blanche ,  l'autre  verte  ,  Diaion.au% 

^^   ,y  mots  Oenec- 

ec  ce  mot  jamais.  C  elt  une  erreur  ,  ^g  &coflede 

l'on  en  croit  Moréri ,  qui  prétend  Geaette. 

lè  le   critique  a  pris  pour  la .  devife 

î  l'ordre  le  nom  de  James  roi  d'An- 

eterre ,  qu'il  a  trouvé    dans  la  def- 

iption    du    collier    deftiné  pour   ce 

ince. 

L'ordre  de  la  Genette  &c  celui  de  la  ,  ^'^'^   f 
cr    j     n        n  c  .,         ,       la   coje     de 

ye  de  Genejte  ne   rorment-ils  qu  un  cenefie, 

ul  de  même  ordre,  ou  font-ils  deux 


3  30    Histoire  de  France. 

}  ordres  réellement  dlftingués  ?  C'eft  ( 

Ann.  7Î1.  qni  n'efi:  nullement   décidé.   On   d 

que  ce  dernier  fut  inftitué  par  fai 

Louis  ,  qui  le  reçut  le   premier  de 

main  de  Gautier  archevêque  de  Sen 

la   veille  du    couronnement  de  Ma 

guérite  de  Provence  ,    fa  femme.  I 

devife  des    chevaliers    étoit  ce   mo 

exaltât  humïles  :  l'habit ,  une  cotte 

damas  blanc  avec  le  chaperon  viole 

le  collier  ,  un  compofé  de  coiTes 

genefle  émaillée  au  naturel ,  entre 

cées  de  fleurs  de  lis  d'or ,  renferme 

dans  des  lozanges  clcchées  ou  perc^ 

à  jour  5  au  bout  duquel  pendoit  u 

croix  fleurdelifée.  S'il  eft  vrai ,  coi 

me    quelques    favants  le  prétenden 

que  faint  Louis  n'inlHtua  aucun  orc 

militaire ,  il  en  faut  conclure  que  ce 

de  la  coQc  d&   Genejîc  eft  plus  anci 

que  ce  monarque. 

Dîverfesex-      La  Boureo^ne  n'avoir  point  encc 

Charles-       vouiu  reconnoitre  les  ordres  de  Ch 

Aiartei.        les  :  il  s'y  rendit  à  la  tète  de  fon  arn: 

vidorieufe  :  tout  plia  ,  tout  fe  foun 

"  De-là  il  marcha  contre    Popon  ,  d 

'^^^'de  Frife,  qui  s'étoit  fo uleve  :  fa  fei 

f  ecwn^?.  con- préfence  réduilit  ce  rebelle.  Une  n< 

'y"^^' ''^''^^' velle    révolte  fut  pour  lui  une  ne 

velle   moiflbn   de   lauriers,  U  ren 


Thierri  IV.  351 
ins  ce  malheureux  pays  ,  délit  les 
ifcrns  5  tua  leur  duc  ,  renverfa  leurs  Ann.  7h» 
oies,  abattit  leurs  temples,  fit  con-  Ann.  Metenf. 
iï  leurs  bois  facrés ,  brûla  leurs  villes 

leurs  villages ,  pafïa  au  fil  de  l'épée 
ut  ce  qui  lui  réîifta  ,  êc  réunit  à  la  . 

luronne  toute  la  Frife  ,  qui  défor-  ann.  75 f. 
ais  n'eut  plus  de  ducs  de  fa  nation, 
ramena  enfui  te  fon  armée  en  Neuf- 
ie.  Bientôt  il  fut  obligé  de  la  con- 
lire  contre  les  Aquitains.  Leur  duc 
ibliant  fes  fermons  ,  avoir  repris 
s  armes.  Mais  il  n'ofi  paroître  de- 
nt Charles  ,  qui  mit  tout  le  pays  à 
u  &  à  fang ,  éc  revint  chargé  de  ri-  _.^ 
.es  dépouilles.  Eudes  étant  mort  ,  ann.  75^* 
unauld  fon  fils  refufa  d'obéir  :  la 
ife  de  Bordeaux  de  de  Blaye  le  mit 
la  raifon.  Il  eut  fa  grâce  ,  on  lui  ren- 
t  fes  villes ,  &  il  prêta  ferment  de 
lélité  5  non  au  roi  Thierri  ,  mais  au 
ic  d'Auftrafie  &  à  fes  enfants.  On  a 
îine  à  fuivre  le  héros  François  dans 

cours  de  fes  victoires.  L'Aquitaine 
umife  5  il  pafTa  en  Bourgogne  où 
)n  commençoit  a  remuer  ,  fournit 
fon  ,  entra  dans  la  Provence ,  prit 
ries  &  Marfeille  ,  établit  par  -  tout  '"- 

îs  gouverneurs  fidèles  ,  &  difîipa  le  Awn.  7^7- 
vrti  des  rébelles.  De-U  ,  fans  pofer 


^3i    Histoire  he  France. 

T****^  les  armes ,  il  vole  en  Saxe  ,  dont  L 

Ann.  757.  peuples  s'étoient  de  nouveau  révolte 

Tout  rentre  dans  le  devoir  à  fon  aj 

proche  :  on  lui  otFre   des  otages  avt 

un  tribut  annuel* 

Il  marche      Dans  le  rhême  temps  les  Sarafinî 

Sarraf^ns  3c  P^^  la  ttahifon  de  Mauronte ,  gouve 

les  défait,     neur   de    Marfeille  ,  furprirent    Av 

gnon  5  ôc  défoferent  la  Provence  & 

Lyonnois.  Charles  y  marcha  avec  fc 

Idem,  îbid.  frère  Childebrand.  Les  barbares   n < 

ferent   tenir  la  campagne  devant  lu 

Avignon    fut   emporté   d'afïaut ,    to 

les  Maures  égorgés ,  &  une  partie 

la   ville    brûlée.    Le    vainqueur  fa 

perdre  de  temps ,  pafïa  le  Rhône ,  ti 

Tavi  Longo-  verfa  la    Septirnanie  ,    pillant  ,   ra\ 

géant  5  laccageant  tout  ce  qui  ola  j 

léfifter  5  6c  vint  mettre  le  (iege  devs 

Narbonne.   Les  Saraiins  d'Efpagne  -. 

coururent    au    fecours    de    la     pL 

Charles  vole  à  leur  rencontre ,  les  joi 

entre  la  petite  rivière  de  Berre  & 

val  de  Corbière ,  les  enfonce  ,  les  ir 

en    déroute  ,    ôc    les   pourfuit  jufqi 

leurs    vaiifeaux  ,    dont    il     s'empa: 

Tout  fut  pris  5  tué  ou  noyé.  Cet  éch 

n'abatit    point    le    courage    du  bra 

Athim  ,  gouverneur  de  la  ville  afli 

gée  ;  il  refufa  de  fs  rendre.  Le. duc  q 


hardi  c,  î  -f. 


T  H  I  î  R  a  I     IV,      53  3 

;  sopiniâtroit  jamais   à  une  entre-  ■— — ■ 
ife   où  il   trouvoit  trop  d'obftacles  ,  ^^^,  ^j^. 
liia  Ion  trere  pour  continuer  le  fié- 
■  5  de  alla  fe  faiiîr  de  Béziers ,  d'Ag- 
ios de  Maguelonne  ,  de  de  Nîmes , 
l'il    démantela.   C'étoit  la   politique 
I  ce  prince.  11  ne  fouffrit  jamais  au- 
ne   place    forte   dans  le    pays   qu'il 
oit    conquis  :  il  ne   vouloir  pas  que 
:n  fût  capable  de  l'arrêter.  Quelques 
teurs    couronnent    cette    expédition 
r  la  prife  de  Narbonne  ;  mais  notre 
cienne    hiftoire    garde    un    profond 
3nce  fur  le  fuccès  de  ce  fîege. 
Une    nouvelle    guerre    contre    les  -- 
içons  ,  qui'  furent  de  nouveau  afTu- Ann.   738. 
is  au  tribut  ,   termina  le  règne  de    ^o"  ^c 
lierri  IV.  Ce  prince  ,  que  la  jeunelTe  "^^'""^ 
lifie    pleinement    du   reproche    de 
néantife  ,   mourut    dans    la    vingt- 
ài^eme  année  de  ion  âge ,  Se  la  du^ 
)tieme  depuis   fon   avènement  à  la 
aronne.   On  croit   qu'il  fut  enterré 
(àint  Denis.  Charles  voyant  fon  au- 
rité  fi  bien  établie  par  tant  de  yic- 
res ,  ne    crut  pas  avoir   befoin  de 
mbre  d'un  roi  ,  8c  ne  fe  mit  poinf 
peine  de  remplir  le  trône  vacant, 
interrègne   fut   de    fix  à  fept  ans  , 
pH  l'opinion  commune  3  de  cinq  ,: 


^34    Histoire  DE  France. 
— *— ^  fuivaiic  la  chronique  de   l'abbé  Cor,; 
Ann.  738.  rad  j    de  quatre  ou  cinq,  fi  l'on  c^ 

croit  M.  de  Valois. 


L^  Interrègne. 

Charles  rè-  V^  h  A  R  L  E  S  ,  après   tant  de  fervic 

lom  de 'duc  i^endus  à  k  religion  &  à  l'Etat ,  croyc 

des  Franjois.  avoir  mérité  qu'on  lui   offrît  la  co 

ronne.   Il   dépendoit    de  lui    de  s*( 

emparer  :  il  avoir  en  main  toute  Ta 

Eaiem  coml-  torité.    Mais    il    connoilToit    l'amo 

nuat.  Fredeg.  naturel    des  François  pour  la  maif< 

^'  *^^'        royale  :  il  n'ofa  prendre  de  lui-mer 

AnruMetenf.i^n  titre,  qui  ne  pouvoir  manquer  • 

lui  faire  des  envieux  j  de  les  feignei 

qui  ne  l'auroient  vu  qu'à  regret  fur 

trône  du  grand  Clovis ,  n'eurent  poi 

affez  de  fermeté  pour  lui  demand 

un  roi  de  cette   augufte  famille.  Il 

en  a  cependant  qui  prétendent  qu 

refufa  le  diadème.  Quoi  qu'il  en  foi 

il  continua  de  gouverner  avec  un  po 

voir  abfolu  ,  fous  le  nom  de  duc  d 

François.   Le  pape  Grégoire  11  ,  da 

une  de  fes  lettres  ,  l'appelle  due 

maire  du  palais    de  France  ;  ce  q 

femble   donner   à  entendre  qu'il  s'( 

toujours  regardé   comme  officier  c- 


Interrègne.      535 
yaume  ôc  non  du  roi.  Grégoire  111 
i  donne   la  qualité  de  viceroi.  On  Ann.  758, 
;  voit  cependant  aucun  a6te  daté  des     Sirmond, 
nées  de  fa  principauté.  Toutes  Iqs  calL  p.  i^t^ 
.artres ,  durant  l'interrègne,  font  dif- 
iguées  par  les  années  d'après  la  mort 
;  Tliierri  IV.  ^^ 

Cette  mort  avoir  fufpendu  toutes  ^^^^  ^^^^ 
5  affaires.  Mauronte  ,  gouverneur  de  jj  -^^  ^^ 
[arfeille  ,  profita  de  cette  circonf-  paîx  du  fruic 
tice  pour  rappeller  les  Sarrafîns  en  "^^  ^"'^  ^*'^^' 
ovence.  Ces  barbares  s'étoient  em- 
.rés  d'Arles  :  Charles  n'eut  befoiii 
le  de  paroître ,  &c  tout  rentra  dans 

devoir.  Cet  exploit  rétablit  la  tran- 
lillité  dans  toute  la  monarchie.  L'eni- 
re  François  étoit  augmenté  de  pref- 
le  toute  la  Septimanie ,  les  Maures 
Efpagne  n'oferent  plus  rien  entre- 
endre  :  les  nations  tributaires  oih 
ierent  leur  indocilité  :  l'heureux  duc 
uit  en  paix  de  fa  gloire ,  honoré  au- 
îdans  5  redouté  au-dehors ,  adoré  des 
DUpes  ,  refpedé  des  grands,  recherché 
î  fes  voifins.  Les  troubles  d'Italie 
urniiTent  une  preuve  éclatante  de  la 
lute  confidération  où  le  bruit  de  fa 
ileur  l'avoit  mis  dans  toute  l'Eu- 
»pe. 

L  empereur  Léon  s'étoic  déclaré  con- 


'^^6    Histoire  DE  France. 
!ti:e   le    culte  des   images  par  un  édij 


AN'N.-740,qui  ordonnoit  de  les  enlever  de  toute| 
741-        les  églifes  ,  de  de   les  brifer  coinml 
les  troubles  ^^^   idoles.  Les    papes  l'excommunie 
d'Italie  par  rent  :  une  partie  de  l'Italie  fe  foulev: 
toricé"  ^  *"  ^^^  Lombards  ,   profitant   de  l'occî 
fîon,  s'emparèrent  de  Ravenne,  &  me 
nacoient   Rome.  Grégoire  111  ,  hoir 
me  ferme  &  inflexible  ,  tenoit  aie 
le  fiege  de   cette  capitale  du  monc 
chrétien,  C'eft  le  premier  des  fouv( 
]^ademcontî-ïû.ïns  pontifes ,  quî  fe  foit  mêlé  hai 
e!^'i  fo!^^^'  tement  des  intérêts  des  princes  :  exetr 
pie  pernicieux  ,  qui  eut  des  fuites  bîe 
funeftes  pour  le  facerdoce  &  l'empir 
11  écrivit  plufîeurs  lettres  touchantes  i 
duc  des   François  ,  pour  lui   demaî 
der   fa   protedion.  Charles  ,  foit  p 
confidération  pour  Luitprand  roi  a 
^rf/înMeren/:  Lombards  ,  foit  qu'il  voulût  amea 
&  an.  741.   |^^  Romains  à  des  offres  plus  avant 
geufes,  ne  fe  prefla  point  de  répond 
à  des  inftances  Ci  vives.  Cette  négl 
gence  affectée    ne  rebuta  point  Gii 
goire.   Il  lui  envoya  une  célèbre  ah 
baffade  *  ,  avec  les  clefs  du  tombes 
de    faint  Pierre  ,  ôç  quelques  parti 

*  Nos  anciens  auteurs  remarquent  que  cette  a 
^4ÏÏade  eft  la  première  que  les  papes  ayent  envçy 
à  la  Cour  de  France» 

ai 


I 


Interrègne.      537 

s  chaînes   du    bienheureux   Apôtre.  ^^ — •--■---^■----^ 

es  députés  avoient  ordre  de  lui  pro-  Ann.  740, 

)fer  le  confulat  de  Rome  ,  s'il  vou-     741, 

it  les  aifurer  d'un   puilfant   fecours. 

n  ne  dît  point  ce  que  Charles  pro- 

it  de  fon  côté  j  mais  il  eft  certain 

l'il  accorda   la  protection   qu'on  lui 

îmandoit.    Il  paroît  cependant   qu'il 

î   voulut   point    rompre   avec  Luit- 

and.  il  lui  fit  repréfenter  qu'un  prin- 

chrétien   ne  pouvoir    en  honneur , 

en  confcience  ,  tourmenter  1  eglife 

ufurper  fon  patrimoine.  Le  roi  des 

Dmbards  ,   fcit    crainte  ,  foit  retour 

r  lui-même  ,   recira  fes  troupes  ,   «5^: 

ndit  au  faint  iiege   toutes  les  terres 

)nt  il    s'étoit   emparé.  C'efl;  a  cette 

marche    hardie    de    Grégoire  ,    que 

Dme    doit  fa   grandeur   temporelle  , 

la  maifon   de  Charles ,   fon  éléva- 

Dn  à  l'empire. 

Ce  prince  ,  plus  accablé  de  Eitigues  il  pacage  la 
le  d'années,  étoit  attaqué  depuis îl"^-"°^*''^ 
lelque  temps  d'une  maladie  qui  con- 
moit  infenilblement  fes  forces  :  il 
ngea  à  établir  fa  famille,  il  avoir  eu 
î  fa  première  femm^e  Rotrude  trois 
ifants ,  Carloman ,  Pépin ,  &c  la  prin- 
ife  Hildetrucle.  Il  eut  d'un  fécond 
àriage  avec  Sonnichilde  ,  nièce  d'O- 
Tome  L  P  , 


55S    Histoire  de  France. 

dilon  duc  de  Bavière  ,  un  troifieme  fil 

Ann.  740,  nommé  Grippon,  ou  Grifon.  Il  affem 

y^i.     'bla  les  feigneurs  à  Verberie  ,  maifo 

de  pLiifance  près  de   Compiegne  ,  t 

de  leur  confentement  partagea  de  ceti 

forte  tout  le  royaume  de  France.  Ca 

loman  eut  l'Audrafie  ,  l'Allemagne  l 

la    Thuringe  :    Pépin  la  Neuftrie  ,  '. 

Eouro;osne    &    la    Provence  :   Giifc 

n'eut   qu'un  petit  nombre    de  place 

Il  eft  difficile    d'en  deviner  la  raifo 

Eî^inard  le  met  au  nombre  des  enfan 

légitimes  de  Charles ,  Se  la  qualité  ( 

fa  mère   ne  permet  pas   d'en   dout^ 

Ce    partage    caufa    quelques    troubl 

dans  la  Bourgogne  ^  mais  Pépin  de 

prince  Childebrand  fon  oncle  les  a 

paiferent  aulTi-tôt. 

_  Ces  arrangemens  ainfl  faits  ,  Chî 

Ann.  74 t.  les  ne  fongea  plus  qu'à  mourir.  Il  vi 

Sa  mort  &  à  Paris ,  ôc  alla  prier  fur  le  tombe 

fon  carabe- jg  f^int  ]3enis.  De-là  il  fe  fit  port 

''^*  à   Ouerfi  fur  Oife,  oii  il   mourut. 

Uemy  ibid.  étoit  âgé  de  cinquante  ans  ,  dont  il 

avoit   régné   vingt  -  cinq  fur   toute 

France.  Il    fut    enterré    avec    gran 

pompe    dans   l'églife   de   l'abbaye 

faint  Denis.  On  trouve  peu  de  héi 

qui    lui    foient    comparables.    Gra 

prince  3  grand  capitaine  ,  il  réunie  te 


SJ3ftB?!M.U  »i  HHt 


Interrègne,      539 
s  les  vertus  qui  forment  le  politique f?^^!! 
le  guerrier:  fagelle  dans  le  projet, Ann.  741» 
pén étroit    d'un   coup  -  d'oeil   toutes 
5   fuites    d'une   «ntreprife  ,  toujours 
et  a  prendre  le  parti  le  plus  conve- 
ble  aux  circonftances  :  célérité  dans 
â;ion  5  on  le  voyoit  d'un  moment 
'autre  traverfer  avec  une  armée  ,  la 
(le   étendue    de    la   monarchie  ,  Se 
roître  fur  les  rives  de  l'Elbe ,  lorf- 
'on  le  croyoit   encore  fur  les  bords 
Rhône  :  courage  dans  l'exécution  , 
'Ht  toujours  le  premier  à  combattre  , 
ijours  le  dernier  à  fortir  de  la  mè- 
,  toujours  frappant  dejt  rudes  coups  j 
il  mérita  le  furnoni   de  Martel: 
dération  dans  le  fuccès ,  il  parvint 
a  fouveraine  puiflance  fans  meur- 
,   fans  afTaflinats ,  fans  exils.   Son 
>rit ,  fa  valeur  ,  fon  adtivité  corn- 
ncerent    fa    fortune  :  fa  conduite , 
douceur ,  fon  habileté  la  fixèrent. 
Quelques    enfants    naturels  qui  lui    Ses  enfants 
vécurent   ,    prouvent     qu'avec    les  ^*^"'^^*' 
dites    du    héros ,  il    avoir  les  foi- 
:fres  de    l'homme.  Il  en  eut  trois  , 
my  évèque  de  Rouen  ,  Jérôme  père 
Fulrad ,  fondateur  &  abbé  de  faint 
lentin  ,  &  Bernard  qui  lailTa  trois 
,  Addard^  Vala  Se  Bernier,  tous 

P3. 


540    Histoire  de   France. 
■w'W'BiJi'^'»»  trois  religieux   au  monaftere  de  Co 

Ann.  -^41.  ^^^  '  ^  ^^^^  filles,  Gondrade, 
Théodrade.  La  première  prit  le  voii 
au  couvent  de  fainte  Croix  de  Pc: 
tiers  :  la  féconde ,  devenue  veuv  ] 
imita  l'exemple  de  fa  fœur  ,  ôc  \} 
abbeiTe  de  Notre-Dame  de  Soiflb^! 
Elle  avoir  une  fille  nommée  Imm, 
qui  lui  fuccéda  dans  fa  dignité. 

Le    pape    Grégoire  111 ,  dans  tî 
lettre   a   faint  Boniface  ,    attribue  i 
zèle  de  Charles  la  converfion  des  I  - 
fons,  des  Thuringiens,  de    de   divj 
peuples    de  la   Germanie.    La  Fra.s 
doit  a  la  journée  de  Poitiers  la  c  - 
fervation  ,    ou    du    moins    l'exer.  e 
libre  de  la  religion    chrétienne  :  i  s 
le  bras  de  ce  prince  ,  fans  cette  ni  > 
pide  adivité  qui   écrafa  les  Sarraii 
elle    fe    feroit  peut  -  être    vue    foi 
d'embraffer  le  mahométifme.  Les  n 
nés  ,  cependant ,  &  les  prêtres  fe.  \ 
efforcés   de    noircir   fa   mémoire, 
lit  dans  une  lettre  fynodale  attrit 
à  Hincmar  ,  que   fon  corps    fut  • 
porté  dans  les  enfers ,  &  qu'à  l'ou  f 
ture  de  fon  tombeau  on  n'avoir  ni 
vé    qu'un    dragon   affreux    &     ^ 
puanteur  horrible.   Ce   conte  riat 
eft  fondé  fur  une  révélation  de.i 


I  Interrègne.  341 
[cher  d'Orléans  ^  mais  il  eft  certain 
e  ce  prélat  étoit  mort  avant  Charles  Ann.  741. 
artel  :  ce  feul  anachronifme  démon- 
la  faiiiïeté  de  l'hiftoire.  On  voit 
e  c'eft  une  fable  inventée  pour  inti- 
der  ceux  des  princes  qui  feroient 
ités  de  porter  la  main  fur  les  biens 
réglife. 

Les  guerres  continuelles  que  Char- 
eut  à  foutenir  ,  foit  contre  les  ido- 
:es  de  Germanie  ,  foit  contre  les 
ihométans  d'Efpagne ,  avoient  épui- 
le  tréfor  royal  :  il  fe  vit  obligé  de 
ourir  aux  biens  eccléfiaftiques.  Ils 
ient  devenus  immenfes  par  les  in- 
crètes  libéralités  des  fidèles,  qui  fe 
îouilloient  eux-mêmes  pour  enri- 
r  les  miniftres  des  autels  ;  par  les 
tis  induftrieux  du  clergé  ,  qui  avoit 
>  en  valeur  les  terres  incultes  qu'on 
avoit  abandonnées  ^  par  la  dixme 
in  cjue  les  laïques  payoient  depuis 
s  de  deux  cents  ans.  Ce  ne  fut 
bord  qu'une  impofition  volontaire  , 
.  devint  par  la  fuite  un  tribut  forcé. 
nt  Aliguftin  la  recommande  com- 
une  œuvre  de  charité  :  le  concile 
Tours  la  propofe  à  tous  les  Fran- 
s  fous  la  même  idée  :  le  fécond  de 
Icon  en  fait  une  obligation.  Charles 

P3 


342.    Histoire  de  FrakciÎ. 
*  crut  pouvoir   difpofer  de   tant  de  i>| 


.A]«N.  741.  cheifes.  U  combatroit  contre  les  enn'>j 
mis   de  1  eglife  :  il  étoit  jufte  qu'elj 
contribuât  aur   frais    des   expédicioa 
qui  fe  faifoient  pour  fa  défenfe.  Mcl 
3ion  content  de  prendre  pour  lui  1 
bénéfices    les    plus    confidérables  , 
diftribua  les   évèchés    &c  les    abbay 
aux   principaux    feign^urs   de  fon  j 
inée ,  &  donnai  les  aires  aux  officie 
fubalternes.  Cette  difpenfation  ouv; 
la  porte  à  de  grands  défordres^ 

Bientôt  les  grands  neges  ,    comr 
Rheims  ,  Vienne  6c  Lyon  ,  fe  vire 
dépourvus  de  pafteurs.  Les  eccléfiaf 
qiies  pour  n'être  point  dépouillés, 
fe  firent   point  fcrupule  de  porter 
armes.   Les  bénéfices  devinrent  hé; 
ditaires.   On    les   fit    entrer    dans 
commerce  :  on  les  partageoit  comi 
Concile  de  les  autres  biens  de  famille  :  on  a 
limons,       j^^^  certains    inventaires    vendre 

églifes  5  les  autels ,  les  cloches  ,  .| 
ornements ,  les  calices  ,  les  croix  , 
reliques.  0\\  a  porté  l'abus  plus  Ic] 
encore.^  Lorfqu'on  marioit  une  fill 
on  lui  donnoit  pour  dot  une  car  1 
dont  elle  afFermoit  la  dixme  &  le  ci 
fuel.  11  y  a  des  jurifconfultes  qui 
gardent    cette    libéralité    de    Char 


Interrègne.      343 
(  ters  les  gens  de  guerre ,  comme  la 
nitable    époque    des    dixmes    inféo- Ann.  741. 
«  es  ,  c'eft-à-dire  ,    tenues  comme  en 
par  les  feigneurs ,  ou  autres  per- 
j  i^ics  laïques.    On   ignore   s'il  prévit 
(  s  fuites  fi  fâcheufes ,  ou  fi  les  ayant 
l'vues,  il  fe  mit  peu  en  peine  de  les 
(ipêcher.   Lorfquon    repafie    fur    les 
(accents    traits   de  fa  vie  ,    on    voit 
r-rout  le  grand  homme  :  on  cherche 
.ivent  le  prince  chrétien. 
La  mort  de  Charles  caufa  de  grands    Tj^^.''^^" 
ubles*  Hildetrude  fa  fdle  fe  déroba  r^ 'mort.' 
la  cour ,  pjfia  le  Rhin ,  &  fe  ren- 
en  Bavière,  où  elle  époufa  le  duc 
iilon    Carloman  &   Pépin  compri- 
it  que  cette  imprudente   démarche 
la  princeiTe  étoit  une  fuite  des  in- 
dues   de   Sonnichilde  ,    qui    n'étoit 
;  contente  du  petit  partage  de  Gri- 
i  :    ils  crurent  qu'il   falloit  s'alTurer  idem ,  ihid 
l'un  ôc  de  l'autre.  Elle  en  eut  avis , 
fe  retira  dans  la  ville  de  Laon.  Les 
nces    alTemblerent    aulTi-tôt     leurs 
upes  5  &  formèrent  le  fiege  de  cette 
ce.   Sonnichilde  fut  obligée   de  fe 
idre   à   difcrétion  :    on    l'envoya    à 
)baye  de  Chelles ,  dont  on  lui  don- 
les  revenus  pour   fa  dépenfe.  Gri- 
.  fut  mis  en  lieu  de  fùrecé ,  &  en- 

P4 


544  Histoire  de  Fraî^ce. 
ferme  au  château  de  Neufchâtel  proch 
Ann.  741.  ^ss  Ardennes.  Théodald  fils  de  Gri 
moald  ne  fut  pas  traité  avec  tant  de 
gards  :  il  avoir  de  trop  grandes  pré 
tentions  j  il  fut  facrifié  à  lintérèt  & 
l'ambition. 

Les    deux    princes   marchèrent  enj 
fuite  contre  Hunauld  duc  d'Aquitaine | 
qui  malgré  fes  ferments,  refufoit  dj 
les    reconnoître    pour  maîtres.   Us  11 
défirent  ,   raferent  le  château  de  Lcr 
ches  5  place  alors    très-forte  ,   défol( 
rent  fon   pays  ,  &  le  forcèrent  de  i 
foumettre  aux  anciens  hommages.  C 
fut  pendant  cette  expédition ,  en  u 
Jhid,    lieu   appelle  le  f^ieux- Poitiers  ,    qu'i 
fixèrent  à  l'amiable  les  limites  de  leu: 
Etats.  Cette  grande  affaire  terminée 
Carloman  paîTa  le  Rhin  ,  pénétra  ju 
qu'au  Danube,   de  contraignit  les  A. 
lemands  de  demander  la  paix.  Ils  n 
l'obtinrent    qu'en    fe    foumettant   a 
tribut  5  &  en  jurant  la  même  obéiji 
fance  qu'a  Charles   {on  père.  Dans  Ij 
même  temps  naquit  au  château  d'In 
gelheim  près    de   Mayence  ,    Charki 
fils  aîné  de  Pépin ,    qui   par   fes  grani 
des  aétions  mérita  le  furnom  de  Chaii 
lemagne. 

Tant   de  profpérités   ne    mettoier' 


Interrègne.  345 
lint  les  deux  frères  à  couvert  des 
voltes.  11  reftoit  un  prétexte  aux  Ann.  743, 
ftieux.  Les  ducs  tributaires  ne  refu-  FindeHn- 
lent  point  lobeiiiance  aux  rois  de 
ance  :  mais  ils  ne  vouloient  point 
ier  fous  le  joug  des  deux  princes 
li  abufoient  de  leur  autorité  ,  di- 
ient  -  ils  ,  pour  opprimer  les  fei- 
leurs  3  après  avoir  anéanti  la  puif- 
•ice  royale.  Les  François  de  leur 
té ,  accoutumés  a  avoir  un  roi ,  ne 
jLï  obéiiloient  qu'avec  peine.  C'efl  ce 
li  détermina  Pépin  à  faire  cefTer 
[iterrègne.  Il  éleva  fur  le  trône  un 
ane  prince  ,  aufli  propre  que  fes 
Tniers  prédéceflTeurs  ,  à  ne  porter 
le  le  vain  titre  de  roi.  Il  fut  nommé 
bildéric  IIL 


Py 


54^     HïSTOIRE    DE    FrANC. 

Il  III  I. ,  1 , 

Ann.  743.  , 

C  H  1  L  D  É  R  I  C    1  I  I. 

chiidcrîc  VjhildÉric  ,  fiilvant  unc  ancienn» 
cft  proclame  généâologîe  de  iios  rois  *  5  étoit  fils  d 
Concile  de  Thierri  de  Chelles.  Il    ne  régna  qu» 
Lepcinc       fur  la  Neuftrie  ,  la  Bourgogne  ,   &  î; 
Provence.     L'Auftrafie    redevint    mv 
principauté  féparée  du  refte  de  la  mp 
narchie.   Carioman  la    gouvernoit   ei 
fouverain.  On  en  voit  la  preuve  dan 
la  préface  du  concile  qu*iî  convoqu; 
cette  même  année  à  Leptine.  Il  y  dé- 
clare c^d  avec  le  confeil  de  fa  noblejfe 
il  a  ajjemblé  les  évêques  qui  font  dan. 
fes  Etats  :   exprefiîons    qui  marquen 
un  pouvoir  abfolu.  Ce  concile  eft  re 
marquable  par  plufieurs  beaux   règle- 
ments pour  la  réformation  des  mœurs 
C'eft  l'époque  de  la  manière  de  comp 
ter   les    années    depuis    l'incarnation 
On  datoit  auparavant  des.  années  dt 
monarque  régnant. 
Différentes      Les  princes  tributaires  de  la  France! 
révoltes.      n'obéij[ïoient  qu'à   regret   aux    enfantî 
de  Charles-Martel  :  tous  fe  liguereni 
de  nouveau    contre    les    deux  frères 

*    Chronique  de  Fontenelle.    Voye*   p.   752  dij 
prcmiei:  tom.  4es  Hift.  Franc,  de  Dachefae. 


ChildÉric     III.      347 
Ailemands    furent    les   premiers 


lâtiés.  Odilon   duc    de  Bavière,  Fucann.  743* 

Julie  &  forcé  de  demander  la  paix  , 

l'ii    n'obtint   qu'en  fe   foumettant    a 

lommage,    Théodoric    duc    des    Sa- 

^ns  5    afiiégé   par  Carloman   dans    le 

lâceau    d'Hochfibourg  ,    fe    vit  con-- 

aint  5    pour   fauver   fon  pays  ,  de  fe 

Dnner  lui-même   en  ôtase.  Hunauld  , 


Lie   d'Aquitaine  ,   obligé  de   recourir  Ann.  744* 

la    clémence  de  Pépin  ,   donna   de 

ugent,  &  jura  une  fidélité  inviolable- 

e  prince,  fur  quelques  fo upçons ,  fit 

"£ver  les  yeux  à  fon  frère  Haton.  Les 

.mords  vinrent  auffi-tôt  troubler  fa 

onfcience  :  il  entra  dans  un  monaftere, 

i  femme  dans  un  autre  ,  &  fon  fils 

7aïfre  lui  fuccéda. 

Les  Saxons  cependant  Se  les  Aile-  . 
j  f.  ,  V  Ann.  747. 

\inas  ne    pouvoient    s  accoutumer   a 

'orter  le  jouç  :  une  nouvelle  révolte  carlonianfe 

i       ^-t  r  11     retire  dansun 

Lit  pour  les  deux  rreres  une  nouvelle  monafteie. 
)Ccahon    de  triompher.   Mais  bientôt 
es    Allemands   reprirent    les     armes* 
Carloman  marcha  contr'eux  ,  les  fou-  Fgînari.  in 
nit  ;    Se    pour   retenir   par    la  crainte  ^"'^•^'^•7-^<^' 
les  fuplices  ceux  que  tant  de  défaites 
l'avoient  pu  abattre ,  il  fit  de  fanglants 
exemples    de    tous  les   auteurs   de  la 
îebellion.     C'ell:    le    dernier    exploÎE 

P  6 


54^     Histoire  de  France. 
^!^  milkaiie   de    ce    prince.    Dégoûte   di 


Ann.  747.  monde  an  milieu  de   fes  viÔroires ,  i, 
^nn. Metenf.  :ill:i  a  Rome  trouver    le    pape   Zacha 

&  une  place  dans  l'abbaye  du  Mont 
Callin  5  où  il  vécut  dans  toutes  ie:| 
pratiques  de  robéilTânce  religieufei 
il  laiiToit  des  enfants  ,  entr'autr© 
Drogon,  qu'il  recommanda  à  fon  ft& 
re.  Aucun  ne  lui  fuccéda  dans  fa  prin- 
cipauté. Une  ancienne  hiftoire  rap- 
porte qu'ils  furent  tous  rafés  &  ren- 
fermés dans  des  monafteres  par  ordrt 
de  leur  oncle. 

'.  ~~       Pépin,    devenu  maître  de  toute -le 

Ann.  748.  r        ^        j  1     ri        /    V    r        r 

Pépin  af-  -^^^"^^^^  y  ûoima  la  liberté  a  Ion  rrer( 
pîieouverte- Grifon,  le  combla  de  careiTes ,  le  k)- 
ment  a  la     ^^^  ^^  palais  ,   lui  aflig-na    de  f^rolTe; 

couronne.      ^      ^       r  '  -  rr  •  > 

penlions.  Il  ne  paroifloit  occupe  que 
du  foin  de  rendre  les  peuples  hett- 
reux.  11  avoir  établi  par-tout  des  trin 
bunaux  pour  faire  rendre  juftice  aiii» 
perfonnes  opprimées.  L'églife  trou- 
voir  en  lui  un  protedeur  ,  le  mérite 
un  rémunérateur  ,  Tinnocence  un  dé- 
fenfeur  ,  le  crime  &  la  rébellion  uni 
févere  vengeur.  Dans  cet  état  dei 
grandeur,  de  gloire.  Se  de  puifTance, 
il  fongea  férieufement  à  fe  faire  dé- 
clarer roi.  Il  travailloit  à  l'exécution 


Childérîc     îIL      54^ 
e    ce  grand    projet ,  lorfque    tout-à- 
OLip  Grifon  s'échappa  de  la  cour  avec  Ann.  74&* 
lulieurs  jeunes    feigneurs   François  , 
:    fe  retira  chez  les   Saxons  qu'il  fie 
^volter.   Pépin  accoutumé  à  vaincre, 
larcha   contre  le  rebelle,  faccagea  la 
xe  5  &  força  ce  nouvel  hôte  à  l'aban- 
onner.  Le    malheureux    fugitif  paiîa 
ans  la  Bavière  qu  il  eut  bientôt  con- 
uife.  Elle  étoit  gouvernée  par  Tafd- 
m  ,  enfant  de   fix  ans.    Le  duc  dQS  Am.Metenf. 
rançois     l'alla    chercher    dans     cette 
oifieme  retraite ,  le  furprit  ,  le  battit , 
ht  prifonnier.    Le    vainqueur    tou-  Eginard.  in 
>r.rs  modéré    dans  fes  fuccès  ,  traita    ^"^ 
'H  captif  avec  beaucoup  d'humanité, 
ramena  en   Neuftrie ,  lui  donna  la 
lie  du  Mans  &  douze  comtés.    Ce 
ndreux  procédé  ne  fut  point  capable 
i  toucher  le  cœur   de   Griton  :  il  fe 
Liva   une  troifieme  fois  ,  &    alla  fe 
cer    entre    les  bras    de    Gaïfre   duc 
Aquitaine.     Cette    fuite    n'entraîna 
cune  fuite  fâcheufe.  La  tranquillité 
;  l'empire  François  n'en    fut    point 
)ublée.  Alors  Pépin  reprit  fon  pre- 
ier  delTein. 

Le    feul    obftacle  à  fon  élévation    n  eft  pr*- 
'•  3it    le  ferment  de  fidélité    que   les  ^^^*^*^  ^'^^' 
-ançois    avoient  prêté    à  Childéric  : 


35»^    Histoire  de  France. 

-*"  '         !  il    trouva  moyen  de  le  lever.  On  ra- 

Ann.  748.  conte  la  chofe  d-iverfement.  Les  uns , 
c'eft  le  plus  grand  nombre ,  préten- 
dent quaiïliré  de  l'eftime,  de  l'incli- 
nation ,  ôc  du  fufFrage  de  la  nation  , 

^ il  lui  fit  propofer  de  confulter  le  pape. 

Ann.  7fo.  ^^charie  répondit  que  celui  qui  avoii 
en  main  l'autorité  ,  pouvoit  y  joindre 
le  titre  de  roi»  On  avoir  bien  voulu 
croire  que  Childcric  étoit  devenu 
fou  :  on  fe  laiifa  perfuader  avec  h 
même  facilité  ,  que  cet  oracle  déli 
vroit  de  l'obligation  du  ferment  :  Pe- 
Jdem ,  îlid.  pin   fut   proclamé  roi.  Les  autres  ai 

^dan.jio,  contraire  affurent  que  Childéric  ,  tou 
ché  du  défit  de  fe  donner  entiéremen 
à  Dieu ,  abdiqua  de  {on  plein  gré  & 
du  confentement  de  fes  grands  vaf 
faux.  Les  François ,  par  cette  retraite 
rentroienr  dans  leurs  droits  de  f 
donner  un  autre  maître  :  ih  éluren 
Pépin  tout  d'une  voix  Ce  fentiment 
s'il  n'eft  pas  le  plus  vrai,  eft  du-moin 
le  plus  glorieux  au  pape  ,  au  nouveai 
Le  père  le  monarque  ,  à  la  nation.  Zachaiie  dan 

Cointe  dans^,^  fy^ême    neft  plus  un  ptévaricateu 

les    Annales         -iriii*-  1  1 

fcciéf^afti     qui  abule  de   la  religion   des  peuple 
saes  fui  l'an  pQ^j.  ^,Q,-^(:^^j.gj.  ^^^q   inj^ftice  Criante 

Pépin  ceife  d'être  un  ufurpateur  odieu 
qui  opprime    fes    légitimes    maîtres 


"f^ 


Childè'ïIïc  II  Î.  ^jt 
les  François  enfin  demeurent  plei- 
nement juftiiiés  du  crime  de  parjure  Amn.  7s'0'- 
dc  de  félonie.  Quoi  qu'il  en  foir,  Chil- 
dcric  defcendit  du  trône  ,  fut  rafé  , 
&  enfermé  au  monaftere  de  Sithieu  *. 
li  ne  furvécut  que  trois  ou  quatre  ans 
1  fa  dépofîtion.  Il  avoit  un  fils  nommé 
Thierri ,  qui  vécut  3c  mourut  ignoré 
i  l'abbaye  de  Fontenelle  .  aujourdhui 
faint  Vandrille.  . 

Ainfî  finit  la  race  des  Mérovin- Ann.  75^- 
^lens ,  après  trois  cent  trente  -  trois  Fm  de  la 
ms  de  règne  depuis  Pharamond ,  &c  P^^"^^^^^  ^®^ 
leux  cent  foixante  Se  dix  depuis  le 
jrand  Clovis.  Elle  a  donné  trente-fix 
ois  à  la  France ,  dont  vingt  Ôc  un  ont 
égné  fur  Paris.  Les  quatres  premiers 
toient  païens  ;  les  autres  furent  chré- 
iens  5  mais  la  plupart  de  nom  plus 
jue  de  mœurs.  On  ne  voit  jufqu'à 
I^lotaire  lî  ,  que  cruauté  ,  férocité  5 
)arbarie.  Ceux  qui  l'ont  fuivi  firent 
)aroître  plus  de  douceur ,  de  religion  5. 
ic  de  bonté»  C'eft  cette  bonté  même 
\ai  les  a  perdus.  L'ambition  a  fçii 
■n  profiter  pour  les  renverfer  du  trône»- 
3n  doit  fe  défier  de  ce  qu'on  a  écrit 
le  ces  princes  fous  le  commencement 

*   C'eft  aujourd'hui  Tabbaye  de  feint  Bertin   4 
aînt  Omer, 


55^  Histoire  de  France,  Sec. 
"""""^  de  la  féconde  race,  il  faloic  juftihet' 
Ann.  7n«  l'ufurpation.  On  chargea  les  Mérovin- 
giens de  tous  les  maux  qui  avoient  dé-' 
folé  l'empire  François  :  on  attribua  aux| 
Carlovingiens  tout  le  bien  qui  s'étoit 
fait  du  temps  qu'ils  gouvernoient  feui 
le  nom  de  maires  du  palais^ 


Fin  de  la  première  race* 


HISTOIRE 


D  E 

A  N  C  E. 


SECONDE    RACK 

PEPIN, 

j  A  fin  déplorable  de  la  race  des  Me-  . 

ovingiens  elt  un  de  ces  exemples  aiiiii 
:ommuns  que  terribles  de  l'inflabilité 
le  chofes  humaines.  L'antiquité  de 
"on  origine  qui  fe  perd  dans  les  iiècles 
.es  plus  reculés ,  l'éclat  de  fes  exploits , 
le  nombre  de  fes  victoires  ,  la  gran- 
deur de  fes  conquêtes  ^  le  refpedl  de 
la  nation  qui  étoit  comme  pafTé  en  ha- 
'âitude ,  l'amour  naturel  du  François 
pour  fes  légitimes  maîtres  ,  rien  n'a 
pu  la  fauver  d'un  trille  naufrage. 
Leçon  utile  ,    qui    apprend    aux  rois 


554    Histoire  de  France. 

Amn.  751.  brife  ,  quand  il  lui  plaît,  les  fceptie 
&  les  couronnes ,  &  qu'un  trône  oc 
cupé  par  un  prince  livré  à  l'inaâiioi 
Se  à  la  moleire  ,  eft  toujours  exjpofé  : 
être  ébranlé.  Une  nouvelle  familh 
s'élève  fur  les  ruines  de  la  niaifor 
royale  de  Clovis  :  elle  rèjne  ave< 
gloire  :  elle  fembloit  par  mille  belle: 
adions  avoir  effacé  Tinjudice  de  for 
ufurpation  ,  lorfqu'à  fon  tour  elle  ef 
renverfce  par  les  mêmes  pallions  qu 
avoient  concouru  à  fon  agrandifie- 
ment.  Tels  font  les  grands  évène- 
îTients  que  préfente  cette  féconde  par- 
tie de  notre  hiftoire. 
Peprn  eft       Q^  £^^  ^  Soilfons  dans  une  aflem- 

fons.  blée  générale  de  la  nation ,  que  Pépin 

reçut  la  couronne  3c  les  hommages 
tlmlt.^fr^l  de  tout  l'empire  François.  Un  auteur 
€.  117.  contemporain  obferve  que  fuivant 
l'ancienne  coutume  ,  la  reine  Berthe 
fut  élevée  avec  lui  fur  le  trône.  Il  eft 
cependant  remarquable  que  jufque-là 
on  ne  trouve  dans  l'hiftoire  aucun  vef- 
tige  de  cet  ufage.  Il  y  a  toute  appa- 
rence que  c'éroit  une  nouveauté  ima- 
ginée 5  foit  pour  rendre  (on  inaugura- 
ration  plus  mémorable ,  foit  pour  inf- 
pirer  aux  peuples   plus  de  vénération 


pour  les  enfants  quil  avoit  eus  de 
cette  princeiïe.  CeO:  par  le  même  Ann.  75  i» 
principe  qu'il  voulut  recevoir  l'onc- 
tion facrée  de  la  main  de  faint  Boni- 
face  5  Icgat  du  pape  &  archevêque  de 
Maïence  :  trait  de  politique  autant  Egînnrd.  m 
que  de  religion.  C'étoit  un  moyen  ^Q-.-^nn.adann. 
faire  regarder  fon  éledtion  comme 
un  ordre  du  ciel  :  fa  perfonne  en  de- 
venoit  plus  augufte  ^  ion  pouvoir  plus 
refpedaDle.  Cette  cérémonie  jufqu'a- 
lors  inufitée  en  France,  fe  fit  dans  la 
cathédrale  de  Soiilons,  Elle  fut  trou- 
rée  fi  avantageufe  ,  que  tous  les  fuc- 
celleurs  de  Pépin  imitèrent  fon  exem- 
ple. On  nen  excepte  que  Louis  le 
Débonnaire.  Ce  prince  ,  par  ordre 
de  Charlemagne  fon  père  ,  alla  pren- 
dre la  couronne  fur  le  grand  autel  de 
réglife  d'Aix-rla-C  hapelle ,  fe  la  mit 
fur  la  tête  ,  3c  fans  autre  confécra- 
cion  5  fut  reconnu  roi  de  toute  la  mo- 
narchie. 

Le    facre    fe    faifoit   anciennement  Depuîscind 
par   le   métropolitain   de  la   province  J^l^P^Q^t^rst. 
où   l'on  s'aiTembloit  pour    couronner  crés  à 
le   nouveau   monarque,  Philippe   pre-  ^^^"^s. 
mier  du  nom  ,  eft  aulli  le  premier  de 
nos  rois  qui  ait    été  facré   à  Rheims. 
On  admire  la  hardielTe  de  Gervais  dç- 


55^    Histoire  DE  France. 

?— ^— — '  Belème  ,  archevêque    de  cette  ville  , 

ANtr.  7;r.qiii  ofa  foutenir  devant  la  cour  de  ce 
prince  ,  que  lui  feul  avoit  ce  droit 
comme  fuccelfeur  de  faint  Remy  ,  à 
qui  le  pape  l'avoir  donné.  On  pou- 
voir lui  répondre  cjue  cette  pieufe  céré- 
monie étoit  abfolument  inconnue  fous 
la  première  race.  Cette  concetîion  d'ail- 
leurs excédoit  le  pouvoir  des  fouverains 
pontifes.  C'eft  en  effet  de  nos  rois  que 
l'églife  de  Rheims  tient  cette  glorieufe 
prérogative.  Ce  fut  Louis  le  Jeune  qui 
la  lui  accorda  aux  inftances  de  la  reine 
Alix  fa  femme  ,;  fœur  de  Guillaume 
de  Champagne  ,  qui  tenoit  alors  cet 
iliuftre  fiege.  Ainfi  l'époque  de  ce  pri- 
vilège ne  remonte  pas  plus  haut  que  le 
douzième  fiecle. 

"  Le    commencement  de  ce  nouveau 

NN,  vr^-'j-Qg^Q   fj^^  fignalé   par   la    défaite   des 

Pépin  défait  S-jxons  qui   s'étoieut  révoltés.  On  dé- 

les  Saxons  &  /•  i        t      ^  •  ^^  •  i 

les  Bretons,  lola  l^urs  provinces.  Contraints  de 
demander  la  paix  ,  ils  ne  l'obtinrent 
qu'en  fe  fou  mettant  à  un  tribut  an- 
nuel de  trois  cents  chevaux.  Les  Bre-* 
tons  fubirent  le  même  fort.  Le  roi 
n'eut  qu'à    fe  préfenter  :  tout  rentra 

^n,Mctenf.  à2ins  l'obéilTànce.  Il  étoit  en  chemin 
pour  cette  glorieufe  expédition  ,  lorf- 
qu'il  apprit  que  Grifon  fon  frère  avoit 


Pépin.  357 

été  tué   dans  la  vallée   de  Mauiienne. 
On  ignore  fi  ce  fut  par  les  émifTaires  Ann.  751. 
du    duc   d'Aquitaine  5  qui  pouriuivoit  ^^rf^m conri- 
la    vengeance    des    galanteries    de    c^  ""^f- ^'■e^^e^"* 
prince  avec  la  duchelfe  fa  femme  ,  ou 
par  les  gens  de  Pépin  même  ,  qui  ap- 
préhendoit   qu'en  palFant  en   Italie  il 
n  intéreifât  les  Lombards  dans  fa  que- 
relle. 

Aftolphe    régnoit    fur    cette    belli-    Le  paps 
queufe  nation.  Maître  de  l'Exarcat  de  ?  ^'^^^'^^  ^" 

D  .,  •       j       r  1  •  France. 

Ravenne  ,  il    entreprit    de  lubjuguer 
Rome.  Il  fit  fommer  cette  ville  de  le 
reconnoître  pour  fon  fouverain  ,  me- 
naçant de  porter  le  fer  3c  le  feu  fur 
fon  territoire  ,  fi  chacun  de  fes  habi- 
tants ne  lui  payoit  tous  les  ans  un  fou 
d'or.    Etienne    111    étoit   alors  fur   la 
chaire  de    faint  Pierre.  Digne  fuccef- 
feur  des  Grégoires  &  des  Zacharies , 
il    pourfuivoit   vivement    leur   projet 
de  iQ  faire  un  Etat  indépendant.  L'en- 
treprife    d'Adolphe    déconcertoit    cet 
ambitieux  defiein.   Mais   dans  la  né- 
cefiîté    de    fubir  le  joug  ,  il  comprit  ^   „  .    : 

vi         1    •  •  1   /  ■  ^^       Anafi. invita. 

qu  il   valoit    mieux    obéir    aux    Grecs  sie^h.  pap, 
dont  l'éloignement  faifoit  moins  {en- 
tir  le  pouvoir  ,  que  de  tomber  fous  la 
domination    des   Lombards  ,  peuples 
trop  voifins,  &  trop  impérieux.  C'eft 


5  5^    Histoire  DE  France. 

ce  qui  l'obligea  de  recourir  à  l'empé* 

Ann.  jii.^^^^^y  pour  reii?;iger  à  prendre  les  ar- 
mes en  faveur  des  Romains.  Gonftan 
tin  ,  occupé  contre  les  Bulgares  ,  crui 
qu'il  fufHfoit  pour  la  mr.jellé  de  l'em- 
pire ,  de  mettre  l'affaire  en  négocia 
tion.  Le  pape  ,  au-lieu  d'une  armée 
ne  vit  arriver  qu'un  envoyé  ,  nomme 
Jean  le  Silenciaire.  Les  repréfenta- 
tions  de  la  cour  de  Conftantinoplt 
n'eurent  pas  plus  de  fucccs  que  le; 
ambaiïades ,  les  préfents  3c  les  prière: 
du  fouverain  pontife.  Etienne  m 
voyoit  plus  de  relfource  que  dans  L 
protection  du  nouveau  monarqu» 
Prançois.  11  lui  fit  demander  la  per- 
million  de  palTer  en  France  :  Pépin  1; 
lui  accorda ,  &  Aftolphe  n'ofa  lui  re* 
fufer  le  paftage.  Le  prince  Charles 
fils  aîné  du  roi ,  alla  au-devant  de  lu 
plus  de  trente  lieues ,  &  le  conduifi 
a  Pont-Yon  ,  maifon  royale  dans  1< 
Pertois. 
Comment      Le  fouverain  pontife  fut  reçu  à  h 

il  eft  reçu,  ^q^j,  ^^  France  avec  tous  les  honneun 
dûs  à  l'éminence  de  fa  dignité.  L< 
bibliothécaire  Anaftafe  parle  des  cho- 
fes  anciennes  fuivant  les  préjugés  d< 
lien ,  ibld.  fon  fiècle  ,  lorf qu'il  dit  que  Pépin  j 
l'arrivée    d'Etienne   fe   profterna  juf 


Pépin.  3^9 

[u'eii  terre  ..  lui  jura  une  entière  obéit  '""* """*; 

ance  ,    ôc    l'accompagna   comme    un  Ann.  7ç?» 
impie  ecuyer  ,  marchant  a  pied  pen- 
lant    quelque    temps  ,  &  tenant  fon 
:heval   par    les  renés.   On   ne  recon- 
loit  dans  ce  récit  ni  la  majefté  de  nos 
jiciens  rois  ,   ni  la  modeftie  des  pa- 
»es  5   lorfqu'ils    n'étoient   encore    que 
£s  premiers    fujets  de    l'empire.   Les 
annales  de   Metz  racontent  la  chofe 
ien    différemment  :  on  y  voit  qu'E- 
ienne  parut  à  Pont-Yon  fous  la  cen-  Ann.  Metenf, 
te  &  le  cilice  ;  qu'il  fe  jetta  aux  pieds  <»^û«'7s«. 
u  monarque  ,  le  conjurant  par  les  me- 
ttes de  faint  Pierre  de  délivrer  Rome 
e  la  tyrannie  des  Lombards ,  &  qu'il 
e  fe   releva  qu'après    que  ce  prince 
eut  afTuré  d'une  puiffante  protedion: 
lecdote    où   avec   plus  de    vraifem- 
lance  on  ne  trouve  guère  plus  de  vé- 
té.  Un  auteur  contemporain  garde  un 
rofond  filence  fur  ces  circonftances  , 
'ailleurs   Ci  intérelTantes.    Il  rapporte  Contin.  Frei* 
mplement  que  le  pape  fit  de  grands'^*  ^^^* 
réfents  au  roi  j  qu'il  fut  reçu  avec  une 
)ie  extrême  ,  &  qu'on  lui  promit  un 
rompt  fecours. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  Pépin  avoit  eu  l'epin  fe  &ît 
îs  vues  en  lailTant  venir  le  fouverain  fon°"ufurpa! 
ontife  en  France.   La  cérémonie  de  tJon. 


5^o   Histoire  dk.Frakce. 

fon  facre  ,  en  adoucilTant  aux  yeux  de 

Ann.  753. peuples  ce  que  fon  entreprife  avo 
d'inJLifte  &c  d'odieux  ,  n'avoit  pu  ca 
mer  les  remords  de  fa  confcience. 
fe  voyoit  à  couvert  fous  le  mantea 
de  la  religion  ,  des  attentats  auxque 
les  ufurpateurs  font  prefque  toujou 
expofés  ;  mais  il  ne  pouvoit  fe  difi 
niuler  à  lui-même  qu'il  n'étoit  mon 
fur  le  trône  que  par  un  parjure.  C'( 
Théc-phin.  l'expreflion  de  Théophane.  Il  fe  jet 
tàron,  éiir,  ^^^      '^^  ^^  p^pg     ^  il  le  pria  < 

labfoudre  du  crune  qu il  ayoït  cor 
mis  5  en  manquant  de  fidélité  à  f 
légitime  fouverain.  Etienne  ayant  t 
foin  de  lui  pour  l'oppofer  aux  Lo: 
bards  ,  lui  accorda  fans  peine  ce  qt 
demandoit. 

Le  monarque  cependant   ne  trou 

Ann.  754.  pas    la   même   facilité    pour  un  au 

Pepinfe fait  projet  qu'il   méditoit.  Il  avoit  delTc 

facierparie^ig  répudier  fa  femme  ;  on   ne  fç 

^^^^*  pour  quelles  raifons  :  le  pape  l'en  d 

fuada  5  &:  fit  tant  que  Pépin  oublL 

fes  mécontentements  ,  ou  fes  nouv 

les  amours  ,  ne  penfa  plus  qu'à  doni 

fes   ordres  pour  les  préparatifs  de  i 

i4«a/?.  iMcî.  nouveau   facre.  11  voyoit    rimprefli 

que  la    préfence  d'Etienne  faifoit 

Eginanl,   tous   ks  efprits  :  il  crut  qu'étant  ce  - 

ron  '". 


Pépin.  ^61 

tonné  de  fa  main  ,  il  en  deviendroit  ^ 
encore    plus  refpedable  a   la  nation,  ann.  754. 
L'cglife    de    faint   Denis   fut    ckoiiie 
pour  le  lieu  de  cette  folemnité.  Pepiii 
y  reçut  une  féconde  fois  l'ondbion  fa- 
crée  des  rois ,  &  avec  lui  la  reine  Ber- 
the  &c  {qs  deux  fils ,  Charles  &  Car- 
loman.  Le  fouverain  pontife   termina, 
cette  cérémonie  par  une  excommuni- 
cation  qu'il    fulmina   contre   les    fei- 
gneurs  qui  à  l'avenir  fongeroient  i  faire 
palfer  la    couronne    dans    une    autre 
Famille  ;  Se  pour  engager  plus  efficace- 
ment   les   princes  François   à  faire  la 
guerre  aux  Lombards  ,  il  les  déclara 
publiquement  patrices  de  Rome.  C'é- 
:oit  ani-il  que  ces  deux  hommes  habiles 
iifoient  jouer  tous  les  relforts  de  la 
politique ,  l'un  pour  affermir  fon  trône 
i  l'ombre   de  la  puiifance  des  chefs, 
autre  pour  acquérir  une  domination 
emporelle  à  la  faveur  d'une  autorité 
mrement  fpirituelle. 

Le  premier  foin  du  monarque  Fran-     carkman 
•©is  5  après  la  nouvelle  cérémonie  de  vient    en 
:on  facre  ,  fut  d'aflTembler   un    pade- ,';;Te' fef ï« 
nent  à  Crecy-fur-Oife,  pour  y  faire  négociations 
réfoudre    la   guerre   contre  les  Lom-  "  ^^^^* 
Dards.  Ce  ne  fut  pas  fans  une  extrè- 
,îie  furprife  qu'on  y   vit  paroître    le 
Tome  I,  Q 


j^ji    Histoire  de  France; 
même   Carloman ,  frère  aîné  de  Pe- 

Ann.  754.  pin  5  qui  après  avoir  abdiqué  une 
couronne ,  s'étoit  enfeveli  fous  l'habit 
de    moine    dans   l'abbaye    du   Mont- 

/înn.  Meren/.  Caffin.    Le   roi    de  Lombardie  ,  qui 

craignoit    qu'Etienne   ne  fît   déclarer 

les  rrançois  contre  lui ,  avoit  envoyé 

ce  prince  pour  traverfer  fes  négocia- 

Eginari  in  tions.  Le  faint  religieux  obéit  a  for 

AnnaU  fouverain  contre  les  intérêts  du  pape  • 
exemple  d'autant  plus  admirable 
qu'il  eft  plus  tare.  Le  fouvenir  di 
rang  qu'il  avoir  tenu  dans  la  monar- 
chie 5  fa  naiiïance  ,  fes  vertus  ,  toui 
jufqu'à  l'humiliation  de  fon  état 
donnoit  un  grand  poids  à  fes  raifons 
11  parla  pour  Aftolphe  avec  tant  d< 
force  de  d'éloquence,  qu'il  fut  arrêt< 
qu'avant  de  prendre  les  armes ,  on  lu 
enverroit  des  ambaffadeurs  pour  L 
porter  à  la  paix.  Cette  marque  d\ 
Crédit  de  Carloman  fit  ombrage  à  Pe 
pin.  Il  en  conféra  avec  le  fouveraîi 
pontife  :  tous  deux  de  concert  le  firen 
enfermer  dans  un  monaftere  à  Vien 
ne  y   où  il  mourut  la   même  année 

Secmd.  con-  L'enlèvement  de  fes  enfants  qui  furen 

tinuat.  fred,  aulÏÏ-tôt  rafés  de  confinés  dans  l'obfcu 
rite  d'un  couvent ,  fit  naître  d'étn 
ges  foupçons  fur  cette  mort  fi  proi 


^^ 


Pépin.  3^3 

te  :  on  imagina  qu'il  avoir  été  immolé 
à  la  crainte  &  à  l'ambition  du  roi  fon  Ann.  754. 
frère. 

Le  prince  Lombard   reçut  les  am 

baifadeurs     François    avec    tous     les  Ann.  jss- 
égards  dus  aux  miniftres  d'un  puiflfant     ^^?}"-  ^^- 
Etat.  il  confentif  de  facriiier  les  pré-  re^aux^foSl- 
tentions   fur  Rome  :  il  otfroit    de  ne  bards, 
plus   incjuiéter    fes  habitans  j  mais  il 

.  ne  voulut  rendre  ni  l'Exarcat ,  ni  la 
Pentapole  ,    que    le     pape    réclamoit 

•  comme    la    dépouille  d'un   hérétique. 
Pépin  ne  laifTa  pas  de  lui  envoyer  une  .     1  r-  u 
leconde  ambaiiade  :  elle  n  eut  pas  plus  ai  an,  7^0* 
de  fuccès  que  ja  première.  La  guerre 
fut  enfin  réfolue.  Ce  fut  alors  que  le 
roi  &c  les  deux   princes  fes  entants , 
du  confentement  des  feigneurs ,  firent 
à  l'églife   de  faint   Pierre   cette  célè- 
bre donation  ,  qui  a  donné  commen- 
cement à  la  puilTance  temporelle  de  ^"^-/^•^*"''^*'* 
la    cour  de   Rome.    Elle  comprenoit  "^^'^^^ 
fous  le  nom  de  l'Exarcat  ,  Ravenne, 
Adria  ,    Ferrare  ,    Imole  ,    Fayence  , 
Forli  &   fix  autres   villes   avec    leurs 
dépendances  ;  &  fous  celui  de  la  Pen- 
tapole 5  Rimini ,  Pefaro  ,  Fano ,  Sini- 
gaille  &c  Ancône  ,  avec  plufieurs  au- 
tres petites  places.   Le  monarque    fe 
mit  aulli-tot  en  marche  pour  conque- 


5^4    Histoire  DE  France.         '■ 
l'ir  par  la  force  des  armes  une  princî- 
^  pauré  qu'il  venoit  d'accorder  par  pure 

'^^  gcncrolite.  Les  Alpes  ne  lui  oppole- 
rent  qu'une  foible  barrière.  Le  Pas  dej 
Suze  fut  forcé,  l'armée  des  Lombards^ 
taillée  en  pièces,  la  Lombardie  défo-i 
lée ,  &  Pavie  affiégée.  | 

■   Pa'x  entre      Aflolphe  s'y  étoit  enfermé  avec  fesl 
pépin  &  Af-  meilleures  troupes.  La  crainte  de  fuc-^; 
comber  à  la  fin  fous  l'effort  des  Fran-f 
cois ,  lui  fit  promettre  tout  ce  qu'on 
voulut.  Il  donna  pour  fureté  de  fa  pa-' 
rôle  quarante  otages  choifis  parmi  les 
principaux  feigneurs  de  fes  Etats ,  &i 
confentit  que  le  pape  fe  mît  en  pof-^ 
Uzm ,  ibii.  feiïîon  de  Narni.  Pépin  crut  qu'avec! 
de   tels    gages  le   Lombard    n'oferoic? 
violer  {qs    ferments.  La   faifon   étoitf 
avancée  :  il'  appréhendoit  que  la  neige^^ 
ne  lui  fermât  le  paflage  des  Alpes  :  û 
reprit  au(ïi-tôt  le  chemin  de  le  Fran- 
ce ,  ne   lailTant  en    Italie    que    l'abbé 
îulrade ,  avec  ordre  de  recevoir  d'Af- 
tclphe  toutes  les   villes    de    l'Exarcat 
&i  de  la  Pentapole,  pour  les  remettre 
entre  les  mains  du  fouverain  Pontife. 
Mais    bientôt  l'éloignement  du  vain- 
queur ranima  toute  l'audace  du  vain-) 
eu. 

Le  roi  de  Lombardie ,  outré  qu'E-*, 


Pépin.  3^5 

tienne  lui  eut  attiré  de  fi  piiiiTants  en- 
nemis 5  recula  fous  différens  prétextes ,  Ann.  75^* 
l'évacuation  des  places  qu  il  devoit  _  .  - 
rendre ,  ht  lous  main  des  preparatirs  fe  les  Alpes 
pour  fe  mettre  en  état  de  réiifter  aux  ^"^^^^5?;'?" 

f  •         „      1  ri  y-  en  pofleflTion 

rrançois ,  5c  levant  enhn  le  malque  ,  de  l'Exarcac 
recommença  ouvertement  fes  courfes  «J'^^^.^^J,^^^ 

^        ,  •      •         j      r>  '-1     •       àdelaPen- 

lur  le  territoire  de  Kome,   quil  in-tapole. 
veftit  le  premier  jour  de  Janvier.  ^Q-  Ann.Mete^f- 
pin  ,  fur  cette   nouvelle  ,   repalTe  les 
Alpes   avec  la    même   célérité    &:    le 
même  fiiccès  que  l'année  précédente , 
défait  les  Lombards  ,  délivre  Rome  > 
forme  le  fiege  de  Pavle  ,  &  le  poulfe 
fi  vivement,  que  le  malheureux  Af- 
tolphe ,  pour  fauver  fa  couronne ,  de- 
mande  la   paix  aux    conditions   qu'il 
plaira  au  vainqueur    de   lui   impofer. 
11   fe    reconnut   vaiTal    du    m.onarqueff'';^f  ^^* 
rrancois  ,  le   loumit  a  un  tribut  an- 
nuel  de    douze    mille   fous   d'or  ,  ôc 
jura   de    rendre  au  pape  l'Exarcat  & 
la   Pentapole.  L'abbé  Fulrade  fut  en- 
core commis  pour  l'exécution   de  ce 
traité.  On  lui  livra  vingt -deux    pla- 
ces 5  dont  il   remit    les    clefs   fur  le 
tombeau  de  faint  Pierre  ,  avec  la  do- 
nation qui  en  avoit  été  faite  à  l'églife 
par  le  roi  Pépin  ,  quoique   toujours 

.    .      Q3 


'^è(j     Histoire  de  France; 
fous  la  louveraineté  de   la   couronne 

Ann.  7  5(J.  de  France. 
Concile  de      Le  monarque  François  ,   au  retour 

Veinon.  ^q  çq^^q  glorieufe  expédition  ,  convo- 
qua un  concile  à  Vernon-fur-Seine  :  il 
étoit  compofé  de  tous  les  prélats  des 
Gaules.  11  y  fut  ordonné  que  tous  les 
ans  on  tiendroit  deux  fynodes  natio- 
naux ,  l'un  au  printemps  devant  le 
roi ,  l'autre  en  automne  en  telle  ville 
qu'il  plairoit  aux   évêques.   On   y    fie 

^^'"•''"'•^•plufieurs  beaux  règlements  fur  la  dif- 
cipline.  Le  cinquième  fur -tout  eft 
très  -  remarquable  ;  il  eft  conçu  en 
ces  termes  :  ??  Si  les  abbés  ou  les  ab- 
35  beifes  mènent  une  vie  peu  édifian- 
5)  te  5  l'évêque  diocéfain  doit  travail- 
as  1er  à  leur  corre6»:ion  :  s'il  ne  peut 
3>  les  réduire,  le  métropolitain  eft  tenu 
3)  d'y  mettre  ordre  :  Ii  on  lui  réfifte, 
35  l'aftemblée  publique  en  ordonnera  ; 
35  fi  les  coupables  méprifent  le  juge- 
35  ment  de  l'alTemblée ,  elle  pourra  les 
33  dépofer  ,  ôc  en  choifir  de  plus  di- 
35  gnes  par  l'ordre  du  roi ,  ou  du  con- 
33  fentement  des  religieux  <«.  Ce  dé- 
cret eft  une  preuve  non  équivoque  de 
l'autorité  qu'ont  naturellement  les  rois 
pour  la  manutention  de  la  difcipline 
ôc  Tobfervation  des  faiuts  canons.  On 


P    E    P    I'  N,  3  •'^7 

y  voit  encore  que  ,  malgré  tant  d'e- 
xemptions accordées  aux  monafteres,  Ann.7j6# 
la  hiérarchie  ne  fe  croyoit  point  dé-  - 
pouillée  du  droit  d'infpedion  fur  la 
conduite  des  moines  :  droit  qu'elle 
tient  de  fon  inftitution  :  droit  par  con- 
féquent  imprefcriptible  &  inaliéna- 
ble. On  croit  que  ce  fut  cette  même 
année  que  Pépin  transféra  l'affemblée 
générale  du  premier  de  Mars  au  pre- 
mier de  Mai.  La  cavalerie  fous  {on. 
règne  commençoit  à  s'introduire  dans 
les  armées  Françoifes  :  la  nécelTicé  de 
trouver  des  fourages  fit  mettre  la  diète 
à  une  faifon  plus  commode. 

Pépin  au  plus  haut  point  de  la  gloi-  ■ 

re  ,  iouiOToit  en   paix  de  l'admiration  ^^n.  757. 
de  toute  l'Europe.  Didier  ,  à  l'ombre  de^cimpk' 
de  fa  proteétion  ;  venoit  d'obtenir  la  gne. 
couronne  de  Lombardie  :  le  pape  lui 
devoir  un  grand  Etat  :  l'empereur  bri- 
guoit  fon  alliance  ,  &c  n'oublioit  rien 
pour  le  mettre  dans  fes  intérêts.  Ce 
fut  ce  moment  de  triomphe  qu'il  choi- 
fit   pour   convoquer    un    parlement   à 
Compiegne.  On  y  fit  quelques  règle- 
ments fur   les  mariages.  La  lèpre  fut 
jugée  une  caufe  de  difiblurion.  Mais     Continuai* 
on  permit  à  la  partie  faine  de  fe  rema-  ^'^^•^'c* 
rier*  Ce  qui  fait  voir  que  cette  mala- 

Q4 


3^S^    Histoire   de  France.         - 
elle  éroit  alors  très-commune.  Le  yeuné 

Ann.  757.  TaiTiilon,  duc  de  Bavière  &  neveu  da 
roi ,  parut  dans  cette  afTemblée  pour 
faire  hommage  de  fon  duché.  11  prêta 
ferment  de  fidélité,  non-feulement  au 
monarque  régnant  ,  mais  aux  deux 
princes  fes  enfants ,  qui  avoient  reçu 
Jondion  facrée  des  rois.  La  diète  étoit 
fur  le  point  de  fe  féparer  ,  lorfqu'on 
y  vit  arriver  de  nouveaux  ambaffa- 
deiirs  de  Conftantinople.  Ils  appor- 
toient    de   magnifiques   préfents ,  en- 

Jj:n.Maenf,  tr'autres,  une  orguer  C'eft  la  première 
qui  ait  paru  en  France.  Pepm  en  -  fîî 
don  à  Téglife  de  faint  Corneille  de 
Compiegne.  Toutes  ces  atteiuions  de 
Conftantin  Copronyme  ne  produifi- 
rent  aucun  effet  :  le  prince  François  y 
répondit  par  de  grajides  civilités  ,'mais 
il  perfifla  toujours  à  maintenir  le  pape 
dans  la  poiTeiTion  de  l'Exarcat  de  de  la 
Pentapole. 
Pepîn         La  mort  d'Etienne  arrivée  fur  ces 

laTor.°,'k.^""ef^i«^',  »'apP^"^  --^"""i  change- 
Efciavons  ,  Hieut  daiis  les  affaires.  Le  diacre  Paul 

tÀt  ^°^'  ^?''  ^'^'^  '  ^^^  fuccéda  dans  fa  digni- 
té, de  dans  l'application  à  en  augmen- 
ter le  pouvoir.  Il  ne  fe  vit  pas  plutôt 
fur  la  chaire  de  faint  Pierre,  qu'il  écri- 
vit au  roi  pour  l'alfurer  de  fa  fidélité 


Pépin.  3<^9 

Sz  lui  demander  fa  protedion.  11  ne 
fut  pas  long- temps  fans  avoir  befoin  Ann.  757. 
du  fecours  qu'il  réclamoit.  Les  Saxons 
s'éroient  révoltés.  Pépin  marcha  con- 
tr'eux,  leur  donna  plufieurs  combats,     • 
les  battit  par-tout ,  &  en  fit  un  fi  hor- 
rible carnage  ,   que  pour  éviter   leur 
perte  entière ,  ils  fe  fournirent  à  tout 
ce  qu'il  voulut.  Le  bruit  de  cet  exploit  Egmarâi: 
porta  Jia  confternation  dans  les  cours 
trangeres.  Le  roi  des  Efclavons  offrit 
an  tribut ,  de  fe  reconnut  vafral  de  la 
î^rance.  Le  prince  Lombard  imita  fon 
exemple.  11  s'étoit  prévalu  de  la  cir- 
:onfi:ance  ,  pour  fe  jetter  fur  les  terres 
du  pape.  La  nouvelle    du    retour    de 
?epin  5  une   ambafiade  ,    de    fimples 
menaces  fuffirent  pour  le  réprimer.  Il   ç^^^jg^  ^i' 
i^eftitua  au  fouverain  pontife   tout   cQrolE^ijl.it. 
qu'il  avoit  ufurpé  fur  lui,  le  dédom- 
magea des  ravages  qu'il  avoit  faits  fur 
e  patrimoine  de  faint  Pierre ,  &c  lui 
remit  encore   quelques  places    cédées 
îàr  le  traité  de  Pavie.  La  reconnoif- 
fance  égala  le  bienfait.  Paul  ne  négli- 
geoit  au'-une  occafion  de  plaire  au  roi^ 
11  fçavoit  que  Pépin  fe  faifoit  une  af- 
faire férieufe  des  plus  petites  chofes 
qui  concernoient  le  culte  extérieur  de 
la  religion  :  il  lui  envoya-  des  chantres 

Qs 


37^  HrsToip.E  DE  France: 

^^ de   l'égUre    romaine  ,    pour    inftruire 

Ann.  757.  ceux  ou  palais.  11  joignit  à  cet  envoi 
Epiji.  Pauii  quelqi\es  livres  de  géographie  ,  d'or- 
ad  Pippin.    thograplie  &  de  grammaire ,  la   dia- 
%i,  CaroL^ ledique  d'Ariftote ,  &  les  (Euvres  de 
S.    Denis    l'aréopagite.    C'étoient    les 
curiofités  de  ce   temps -là.  Un  autre 
préfent  ,  qui  ne  parut  ni  moins.rare.i 
ni  moins  extraordinaire,  fut  une  hor- 
loge noéturne ,  c'eft- à-dire ,  qul»ne  dé- 
pendoit  point  du  foleil.  L'hiftoire  n( 
dit  point  fi  elle  avoit  des  roues  comm< 
les  nôtres ,  ni  fi  le   fable  ou  l'eau  h 
faifoit  aller. 
-       Tout  fléchifToit  fous  le  joug  du  vie 
-Ann.  759.  torieux    monarque.  Narbonne  ,   aprè 
60,  61.   un  blocus  de   trois  ans,  venoit  de  f 
Guerre    ^ounietzvQ  à  fon  empire  ,   fans  autt 
contre  le  duc  condition  que  de  pouvoir  vivre  fui 
dAaiviuine.^^j^^  fes  loix  ,  c'eft-à-dire,  fuivant  1 
droit    Romain    qu'on   avoit    toujour 
fuivi  ,   3c  qu'on  fuit    encore  aujour 
d'hui  dans  la  Septimanie.  Le  feul  Gai 
fre  5  duc  d'Aquitaine ,  ofa  lui  réfiftei 
iSgînari,  în  Ce  prince  avoit  ufurpé  les   biens  d 
4nnal,         plufieurs    églifes   qui  étoient   fous  1 
protection  de  la  France.  Le  roi  le  û 
îommer  de  les  reftiruer ,  Se  fur  {on  re 
fus  palTa  la  Loire  à  la  tête  d'une  puii 
fance  armée.  Il  n'eut  befoin  que  d< 


CJlUWI|ili|IIIJIHi.. 'J1 


Pépin.'  371 

paroître ,  tout  plia.  Le  duc  fe  fournit  ; 
donna  des  otages,  de  Pépin  fe  retira.  Ann.  75^, 
Mais   bientôt   Gaïfre  oublia  fes  fer-    ^0,61. 
ments.  Humbert ,  comte  de  Bourges , 
&  Blandin  comte  d'Auvergne ,  fe  jeté* 
rent  par  {qs  ordres  fur  la  Bourgogne, 
où    ils  mirent   tout  à  feu  &    à  fang. 
Le  monarque  François  tenoit  un  par-     Commuât, 
lement  à  Duren  près  de  Juliers.  11  raf-  ^^«'^•c-  ^^5- 
femble  promptement  fes  troupes ,  fond 
fur  les  Etats  du  rebelle,  enlevé  le  châ- 
teau de  Bourbon  ,  prend  Chantelle , 
emporte  Clermont  en  Auvergne ,  de 
après  avoir  ravagé  tout  le  pays  jufqu  a 
Limoges ,  repalTe  la  Loire  ,  chargé  d'un 
riche  butin,  ôc  mène  fon   armée  en 
quartier  d'hiver. 

La  faifon  permet  toit  à  peine  de  fe  ' 

mettre  en  campagne  ,  qu'il  marcha  ^^'  "^^' 
droit  à  Bourges ,  dont  il  forma  le  iié- 
ge.  La  place  ,  quoique  très-forte ,  ne 
put  réfifter  à  l'ardeur  de  fes  troupes: 
elle  fut  prife  d'alfaut.  Mais  le  vain- 
queur ufa  de  clémence  5  fit  réparer 
promptement  les  murailles  de  la  ville , 
ôc  y  mit  une  nombreufe  earnifon.  Le  „.. 
château  de  Ihouars  paiioit  alors  pour 
imprenable.  Pépin  l'attaqua  avec  tant 
de  vigueur ,  qu'en  peu  de  jours  il  fut 
emporté ,  brûlé  de  rafé.  Le  duc  d'A- 


37i     Histoire  de  France. 
quitaine  ,  forcé  de  s'enfuir  devant  un 

Ann.  76z.fi  redoutable  ennemi  ,  effaya  de  l'o- 
bliger à  faire  diverfion  ,  en  envoyant 
divers  dctachements  pour  porter  le  fec 
c.  1^7-  &  le  feu  fur  les  ten-es  de  France.  L'un, 
fous  la  conduite  du  comte  Maucioa 
fon  parent ,  fe  jetta  dans  la  Septima- 
nie  :  l'autre  ,  fous  le  commandement 
du  comte  d'Auvergne  ,  entra  dans  lai 
Bourgogne  :  un  troifieme  ,  fous  les 
ordres  du  comte  de  Poitiers,  s'avança: 
jufqu'à  Tours.  Ils  furent  tous  défaits  y 
6c  leurs  commandants  tués. 

_  Le    malheureux    Gaïfre    fembloic: 

^j^-.^.^ g,    toucher  à  fa  perte.  Pépin,  rentre  pour 

704.       la  quatrième  fois  dans  Le  duché   d'A-^ 

quitaine  ,   avoit   pénétré   jufcp'à  Ca- 

hors  ;  mais  la  défertion  du  jeune  Taf^ 

fîllon  fon  neuveu ,  lui  fit  fufpendre  le 

^shwrd  in  ^^^^^  ^^  ^Gs  conquêtes.  Ce  duc  folli- 

jiwuL  cité  par  Didier  ,  s'échapa  de  l'armée: 
de  fon  oncle ,,  &  fe  retira  en  Bavière  yi 
où  il  époufa  Luicberge ,  fille  du  prince 
Lombard.  Cette  fuite  précipitée ,  cette: 
alliance  ,  les  difcours  féditieux  du  fu- 
gitif, ne  pouvoient  manquer  d'être 
fufpedbs.  Le  roi  craignit  une  ligue  fe- 
crête ,  Se  crut  que  le  meilleur  moyen: 
d'empêcher  quelque  grand  mouve- 
ment 3  étoit  de  ramener  fon  armée  en 


9 


Tance.  Cette  démarche  eut  tout  le  iuc- 
ès  qu'il  en  attendoit.  Talfdlon  s'ima- Ann.  7^5, 
;ina  que  le  deifein  du  monarque  écoit     764- 
le  venir  fondre  x  l'improvifte  fur  fon 
luché.  Il  s'humilia  t  Pépin,  à  la  prière 
u  pape  5  lui  pardonna.  Il  reprit  alors 
on  premier  projet.  Se  repaiTa  la  Loire 
our   la    cinquiem.e   fois  ,    réfolu  de 
ourfuivre  le  duc  jufque  dans  fes  der- 
iers  retranchements. 
Gaïfre  manquoit   de  troupes    pour  . 

arder  toutes  fes  places.  11  prit  le  Ann.  76^ 
arri  de  faire  démanteler  les  plus  con-  ^6 ,  67 
dérables  ,  ne  fe  réfervant  que  les  ^^' 
tiâteaux  iitués.  fur  les  montagnes  les 
lus  efcarpées  &  fur  des  rochers  inac- 
^ffibles.  Pépin  fe  faifit  de  ces  viUes  ^,  ^J^f^^,^^^ 
bandonnées ,  en  releva  les  murailles ,  c,  iso. 
:  y  irdt  de  forces  garnifons.  C'étoic 
ae  nouvelle  manière  de  faire  la  guer- 
î  :  le  duc  comprit  tout  ce  qu'elle  lui 
imonçoit  de  funeftev  U  fortit  enfin 
e  fa  retraite ,  Se  vint  préfenter  la  ba- 
lille  au  roi.  Mais  il  fut  défait  ,  8c 
"échapa  qu'à  peine  à  la  faveur  des 
fnèbres  de  la  nuit.  Dès-lors  tout  flé- 
liit  fous  la  puiffance  du  vainqueur.  J^^^^^iJ^'  "^ 
"ouîoufe  ,  AIbi  ^  Nifmes  ,  Maguelo- 
.e  ,  Béziers  lui  ouvrirent  leurs  por- 
îs.  Toutes   les  villes  du  Gévaudan , 


'574    Histoire  de  France. 
tous  les  forts  de  la  Garonne  >  Turenn^ 

y\NN.  7^5.  dans  le  Limofin,  Scoraille  3c  Peiraa 
^^  y  ^7  ,  dans  l'AuverOTe ,  imitèrent  cet  exem- 
pie  5  ôc  fe  fournirent  à  fes  loix.  Re- 
miftain  ,  oncle  de  Gaïfre ,  après  s'ê- 
tre donné  aux  François  ,  setoit  jet< 
de  nouveau  dans  le  parti  de  fon  ne 
veu  :  il  fut  pris  &  amené  au  roi  qu 
le  fit  pendre.  Les  Gafcons  ,  fur  I< 
point  d'être  forcés  ,  implorèrent  fi 
clémence  ,  lui  donnèrent  des  étages 
jurèrent  de  lui  être  fidèles  &  aux  detfi 
princes  fes  enfants.  L'infortuné  du< 
cependant  ,  abandonné  de  tout  h 
monde  ,  erroit  de  caverne  en  caverne 
il  fut  rué  dans  fa  flûte  par  fes  pro- 
pres foldats  5  qui  s^ennuyoient  de  h 
guerre.  Ainfi  finit  la  principauté  d'A 
quitaine ,  qui  de  ce  moment  fut  réuni» 
à  la  couronne. 
Ftrange  ré-      La  mort  du  pape  Paul  caufa  dans  ce 

voiution  à  même  temps  une  étrange  révolutior 
à  Rome.  Un  laïque ,  nomme  Conftan- 
tin  5  fut  élevé  fur  la  chaire  de  S.  Pier- 
re. Le  peuple  fe  fouleva  contre  lui 

'^nijî.  In  vi-  il  eut  les  yeux  crevés.  On  s'alfembb 

taSte^bUV'  pour  procéder  à  une  éledtion  canoni- 
que 5  tous  les  fufFrages  fe  réunirent  en 
faveur  d'Etienne  IV  ,  homme  d'un^ 
grande  érudiciou,  mai§  ion  peu  verfé| 


r: 

Pépin.  Jy^' 

b,ns  la  fcience  du  monde  ,  avec  le- 
quel il  n  avoir  eu  jufqu'alors  aucun  Ann.  76^ , 
rommerce.  On  lui  confeilla  de  fe  ^^  >  ^7  > 
nettre  fous  la  prote6tion  de  Pépin  : 
politique  qui  avoit  11  bien  réufTi  à  {qs 
jrédéceffeurs.  Il  fui  vit  ce  faluraire  avis, 
k  lui  députa  Sergius ,  tréforier  de 
'églife  romaine  ,  pour  l'afTurer  de  fa 
îdélité  5  &c  lui  demander  la  continua- 
:ion  de  fes  bontés  pour  le  S.  (lége. 
/ambafïadeur  a  (on  arrivée ,  trouva  la 
France  dans  un  grand  deuil  :  elle  ve- 
loit  de  perdre  fon  roi. 

Ce  monarque ,  plus  épuifé  de  fati-         --■*-- 
^ues  que  de  vieilleiTe,  fut  pris  de  la  Ann.  7^8. 
Bèvre  a  Saintes.  On  le  conduifit   au     Mort  du 
tombeau  de  faint  JMartin  ,  fur  lequel  ^'^^  ^^^^^ 
il  fit  d'ardentes  prières.  De  -  là  on  le 
tranfporta  à  faint  Denis  ,  où  il  mou- 
rut   d'une   hydropiiie  ,   la    cinquante- 
quatrième  année  de  fon  âge  ,  la  dix- 
feptieme  de  fon  règïie  ,  la  vingt  -  fi- 
xieme    de   fon  gouvernement.  Il    fut 
enterré  au   même  lieu  à  la  porte  de 
l'églife  ,  ainfi    qu'il    l'avoit    ordonné , 
le   vifage  contre  terre  ,  de  dans  la  ii-- 
tuation    d'un   pénitent  :  pour   expier, 
dit   l'abbé  Suger  ,  les   ufurpations  de 
fon    père    fur    les    eccléiiaftiques.    11 
avoic    époufé    Berthe    ou    Eertrade  5 


\ 

^57<^  ^Histoire  de  France. 

-  "  ~  fiimommée  au  grand  pie  j  fille  de  CIia-,j 

Ann.  7^8.  ribert  comte  de  Laon.  11  en  eue  qua-l 
annales  de  ^^^  fils  :  Charlemagiie  qui  lui  fuccédci 
S.  Bmia.     au  royaume   de  Neuftrie  :  CarlomarJ 
qui  régna   fur   l'Auftrafie  :  Pépin   qu:;^ 
mourut  âgé  de  trois  ans: Gilles  qui  fc, 
fit  religieux  au  monaftere  de  faint  Syl 
veftre  j  &  trois  filles ,  Rothaïde ,  Ade* 
laïde  Se  Gifele.  Les   deux   première; 
moururent  très  -  jeunes  :  la   troifiemc 
prit  le  voile  à  l'abbaye   de   Chelles 
L'empereur  la  fit  demander  pour  fou 
fils  aîné  ,  &  le  roi  de  Lombardie  poui 
l'héritier  préfomptif  de  fa  couronne 
Tous  deux  furent  reflifés  :  celui-ci  pai 
des  vues  de  politique  ,  celui-là   pai 
principe  de  religion.  Il  y  en  a  qui  lui 
donnent  encore  cinq  ou  fix  autres  filî 
•       3c  autant  de  filles  :  entr'autres  Berthe , 
qui  fut  mariée  à  Milon  comte  d'An- 
gers j  père  de  l'invulnérable  Roland. 
ôc  Chikrude  femme  de  René  comte 
de  Gênes ,  digne  mère  du  fameux  Oger 
le  Danois. 
scîrcaïaae-      Ce   fut    un  prince   grand  en  paix 
*     ,  ,      comme  en  guerre»  //  efi  le  premier  qui 
f,  3  5  7,       joit  devenu  roi  des  rrancois  autrement 
que  par  le  droit  de  la  naiifance.  C'efî 
la   réflexion  de  Théophane.  Elle  pré- 
fente l'idée  d'un  ufurpateur  ;  idée  tou- 


r 


Pépin.  377 

)urs  odleufe  ,  mais  effacée  par  tant 
e  belles  actions  j  qu'il  n'eft  prefqueANN.  7^2, 
lus  permis  de  le  regarder  que  com- 
ie  un  des  plus  glorieux  monarques 
ui  aient  jamais  régné  fur  la  France.  Il 
fa  détrôner  fon  roi  :  c'eft  une  tache  à 
i  mémoire.  Mais  de  tous  les  moyens 
ui  peuvent  conduire  un  particulier 
Il  trône  ,  il  employa  les  moins  vio- 
înts  :  il  parvint  à  la  couronne,  fans 
leurires ,   fans  adafïinars ,  fans  exils  :  ^ 

eil  l'éloge  des  grandes  qualités  de 
m  efprit  3c  de  fon  cœur.  Il  eut  à 
)mbattre  tout  à  la  fois  la  fierté  des 
rands  ,  l'orgueil  des  princes  tributai- 
)s ,  l'amour  naturel  des  François 
Dur  la  m.aifon  royale^  &  fur-tout  ce 
:ligieux  fcrupule  où  les  retenoit  le 
;rment  prcté  à  Childéric.  Il  fçut 
lincre  toutes  ces  difficultés.  Il  fub- 
igua  les  premiers  par  l'admiration  de 
)s  vertus  :  il^réduifît  les  féconds  par 
.  force  des  armes  :  il  captiva  les  der- 
iers  par  la  douceur  ôc  la  fageffe  de 
m  adminiftration. 
Monté  fur  le  trône  ,  il  s'y  foutint 
ar  les  mêmes  voies  qui  l'y  avoient 
tevé.  Il  eft  peu  de  rois  qui  aient 
onné  à  la  noblefTe  plus  de  part  dans 
î  gouvernement  :  foit  politique  ,  foit 


37^    Histoire  de  France." 
■  convention ,  il  lui  communiquoit   Ua 

Ann.  7^8,  aftaires  les  plus  importantes  de  l'Etal 
Mais  plus  il  affedoit  de  paroître  d( 
pendant ,  plus  il  acquémit  d'autorit 
Maître  abîblu  de  toutes  les  délibéra 
lions  5  fa  volonté  fut  toujours  la  rc 
•  gle  des  décidons.    L'éclat   de  fes  vii 

toires  ,  celui  de  fes  conquêtes ,  fo 
application  confiante  à  rendre  fes  fi 
jets  heureux  ,  la  protedion  qu'il  a< 
corda  à  l'églife,  le  zèle  qu'il  témoigr 
toujours  pour  la  propagation  ôc  l'a; 
fermilTement  de  la  vraie  foi  ,  hrei 
tellement  oublier  l'injuftice  de  fc 
ufurpation ,  qu'on  ne  vit  durant  toi 
fon  règne  ,  ni  fn'jlèvement ,  ni  fa' 
tion.  Ce  tableau  ,  fidèle  portrait  ci 
règne  de  Pépin  ,  eH:  en  même-temj 
celui  du  génie  le  plus  fublime ,  d 
courage  le  plus  intrépide  ,  de  h  nn 
dence  la  plus  confommée,  de  '.wUtt 
les  vertus  enfin  civiles  &  militaire 
Il  eût  pu  pafTer  pour  le  plus  gran 
roi  du  monde  ,  s'il  n'avoit  eu  pot 
père  un  Charles  -  Martel ,  Se  pour  fi 
un  Charlemagne.  Il  égala  le  premit 
dont  il  fut  le  fidèle  imitateur  :  il  n 
fut  furpaffé  que  par  le  fécond  ,  auqui 
il  eut  la  gloire  de  fervir  d'exemple. 
On  lui  donna  le  furnom  de  Bref 


le 


Pépin.       ^  379 

ce    qu'il   écoit    d'un    petite    taille, 
elques  courtifans  en  firent  le^  fujet  Ann.  7^8. 
leurs  plaifanteries.  Il  en  fut  infor- 
,  ôc    réfolut   d'établir  fon  autorité     , 
quelque  coup  extraordinaire.  L'oc-     Monach 
ion  ne  tarda  pas  a  s'en  préfenter.  Il  Sangai,  l,  i , 
nnoit  a  l'abbaye  de  Ferrieres  le  di-  ^*  ''^* 
tiirement   du   combat  d'un  taureau 
îc    un   lion.    Déjà  ce  dernier  avoit 
iverfé   fon   adverfaire  ,  lorfque  Pe- 
i    fe  tournant  vers    les    feigneurs  : 
i  de  vous  ^  leur  dit-il  ,  fe  fent  ajfe^ 
courage  pour  aller  ou  fcparer  ou  tuer 
furieux  ^  La   feule  propofuion  les 
frémir  :   perfonne  ne  répondit.  Ce 
a  donc   moi  ,   reprit  froidement  le 
)narque.     Il   tire   en  mème-tem^^s 
1  fabre  ,  faute  dans  l'arène ,  va  droit 
lion  ,  -lui  coupe  la  gorge  ,  &  fans 
rdre  de  temps ,  décharge  un  fi  rude 
up  fur  le  taureau  ,   qu'il  lui  abat  la 
:e.   Toute  la  cour  demeura  étonnée 
:  cette  force  prodigieufe  &  de  cette 
rdiefTe    inouïe.     Les    auteurs    de  la 
illerie  furent  confondus.  David  éto'it 
lit  ,  leur  dit  le  roi  avec  une  fierté 
iroïque  5  mais  il  teiraffa  Ir'oroueilleux 
•ant   qui   avoit  ofé  le  méprifer.^  Tous 
Prièrent  qu'il  méritoit  l'empire  du 
loude. 


3^0    Histoire  de  France. 

-  On  voit  par  ce  trait  d'hiftoire ,  q 

Ann.  7<58.1e    combat  des   bêtes  féroces  étoin 
divertiffement  commun  fous  nos  a 
ciens  rois.  Non-feulement  ils  le  de 
noient  au  peuple  ,  mais  fouvent  ils 
prenoient  en  particulier  dans  l'encei 
te  de  leur  palais.   Les  cours  pléniei 
faifoient  auiîî  une  partie  de  leurs  anj 
fements.    C'eft  ainii    qu'on  appelle 
ces  fameufes  afTemblées ,  où  uir  H 
vitation    du   roi  ,   tous  les    feignei 
étoient  obligés  de  fe   trouver.  On  '. 
lenoit  deux  fois  l'an  ,  à  Noël  &  à  ï 
que.  Le  fujet  étoit  pour  l'ordinaire 
mariage ,  ou  quelque  grande  réjou 
fance  ^    la   durée  ,    une   femaine  ; 
lieu  ,  tantôt  le  palais  du  prince  ,  tant 
une    ville    célèbre  ,    quelquefois    u 
pleine    campagne  ,    toujours    un    e 
droit  vafte  ,  ôc  capable  de  loger  coî 
Ducan^e    i"^odément  toute  la  noblefTe  du  roya 
Diji\n.  4 ,   me.    La    cérémonie  ouvroit  par    u 
^l'Ar^,"'  melfe  folennelle.    Le  célébrant  ava 

de  s»  Louis,     .,,    ^  r       \        f 

1  epitre  mettoit  la  couronne  lur  la  t( 
du  roi  5  qui  ne  la  quittoit  qu'en 
couchant.  Le  monarque  durant  to 
le  temps  de  la  fête  ,  ne  mange( 
qu'en  public.  Les  évêques  &  les  du 
les  plus  diftingués  avoient  l'honne 
d'être  aflîs  à  fa  table.  Uy  en  avoir  Ui 


Pépin.  381 

onde  pour  les  abbés  ,    les    comt.es  ^-^^*-^  -^* 
les  autres  feîgneurs  :  la  profufion  ,  Ann.  76Z, 
is   que   la   délicateffe  ,  régnoit    fur 
lie  ôc    fur    l'autre.    Chaque  fervice 
it  relevé  au  fon  des   flûtes  ôc  des 
itbois.    Lorfqu'on    fervoit     l'entre- 
:ts  5  vingt  hérauts  d'armes  ,    tenant 
icun    à  la  main  une  riche  coupe  , 
|)ient   trois    fois  ,  Largcjfe   du  plus 
ffant  des  rois ,   èc   femoient   l'or  & 
2;ent ,  que  le  peuple  ramafloit  avec 
grandes    acclamations.   Mille  fan- 
îs  annonçoient  &c  célcbroient  cette 
:ribution. 

^es  divertilTements  de  l'aprcs-di- 
étoient  la  pêche  ,  le  jeu  ,  la  chafle, 
danfeurs  de  corde  ,  les  plaifantains 
farceurs,  les  jongleurs  ou  vielleurs, 
les  pantomimes.  Ces  derniers  fiu:- 
t  excelloient  dans  leur  art.  Ils 
ient  un  talent  admirable  pour  inf- 
re  des  chiens  ,  des  ours ,  des  fin- 
.  Us  les  formoient  à  imiter  toutes 
:es  de  gefles  ,  d'à  Plions ,  de  poftu- 
,  &  leur  faifoient  jouer  une  partie 
leurs  pièces.  Ces  fpedacles  tou- 
rs très-coûteux  pour  le  prince,  n'é- 
înt  pas  un  des  moindres  ornements 
ces  alfemblées.  La  fête  fans  eux 
paru  peu   agréable.   Tel  étoit  le 


582    Histoire  de  France. 
>g,i.^;^.uau»i  gQ^j.  ^Ij^.^   temps.  .  On  peut  dire  qmj 

Ann.  7^8.  r^giie  des  Carlovin;5ieiis  fui:   celai  | 
cours    plcnieres.  Elles  écoienc  ma^j 
fiques  fous  Chirlemagne.  On  y  vo)j 
arriver    de  toute    la  vafte  cteudue 
fon  empire  ,  des  ducs  &z  des  comij 
qui    eux-mêmes   étoient  fuivis    d' 
cour  brillante  ,  Se  faifoient    une 
penfe  égale  à  celle  des  rois. 

Cette  magnûicence  alla  toujç 
en  décroifTant  depuis  Charles  le  S 
pie.  Louis  d'Outre-mer  fon  fils  ; 
Lothaire  fon  petit-fils ,  avoient  fi 
de  revenu  qu'ils  ne  fe  trodverent 
en  état  de  donner  ces  fuperbes  fê 
Hugues  Capet  les  rétablit  :  Roberi 
continua  ;  faint  Louis ,  tout  moc 
qu'il  étoit ,  y  portoit  la  fomptm 
jufqu'à  une  efpèce  d'excès  :  Ch: 
VU  les  abolit.  Les  guerres  contre 
Anglois  lui  fervirent  de  ,  prétexté 
vraie  raifon  fut  qu'elles  étoient  e: 
mement  à  charge  à  l'Etat.  La  nob 
s'y  ruinoit  au  jeu  :  le  monarque  y  é 
foit  fes  tréfors.  Cliaque  fois  il  < 
obligé  d'habiller  fes  officiers ,  ceu2 
la  reine  &c  des  princes.  De-là  eft  \ 
le  mot  de  livrée  :  parce  qu'on  Iv 
ces  habits  aux  frais  du  roi.  Cette 
penfe ,  celle  de  la  table  de  des  é 


Pépin.  583 

'.ges  5  les  libéralités  enfin  qu'il  écoic  *«w*imi*»^_ 
rcé  de  faire  au  peuple  ôc  aux  grands  ^^^^  y^§^ 
i  royaume ,  montoic  a  des  fom- 
es  immenfes.  S'il  fe  trouvoit  fur 
n  buffet  quelque  vafe  de  prix ,  s'il  y 
oit  à  fa  couronne  quelque  diamant 
:e  de  curieux  ,  l'ufage  exigeoit  qu'il 
.  fît  préfent  à  quelqu'un.  Une  fage 
onomie  ft  fupprimer  ces  ajGTem- 
ées  plus  faflueufes  qu'utiles.  Il  y  eut 
pendant  toujours  des  fêtes  à  la  cour  : 
ais  avec  plus  de  galanterie  ,  plus  de 
•liteife,  plus  de  goût^  on  n'y  retrouva 
cette  grandeur ,  ni  cette  richeife  , 
cette  majefté  qui  éclatoient  dans  les 
ciennes  cours  plénieres. 


CHARLE  MAGNE. 

»'e  M  p  I R  E  François  étendu  jufqu'à  la 
er  Baltique  en  Allemagne,  jufquà 
'.bre  en  Efpagne ,  jufqu'au  Volturne 
i  Italie  :  la  couronne  impériale  d'Oc- 
dent  affermie  dans  la  maifon  royale 
ï  France  :  le  royaume  illuftré  pen- 
uit  c]uarante-fix  ans  par  un  glorieux 
ichaînement  de  victoires  :  la  nation 
^licée  par  les  loix  les  plus  fages  :  les 
îttres  reffufcitées ,  les   arts  rétablis , 


3(^4    Histoire  de  France. 

-  cultivés  5    procédés   :  c'eft  en  peu   d 
,   ^^►^    1 2_:_      o-  vil 1    ^v 


Ann.  j62.  mots   le  précis ,  ôc  l'éloge  du  règne 

jamais    mémorable  de  Charlemagne 

ou  Charles  le  Grand. 

-  Pépin  ,   par    un    preffeatiment   d 

Ann.  7^5.  cette  grandeur  5  lui  avoir  iaiffé  i'Au 

Partage  de  trafie,   11  ne  falloir  rien  moins  qu'u 

lamonarchîe  •!    L  '  i  1  • 

entre  Charles  P^^^i^  neros  pour  dompter  les 'natioi 

&carioman.  Germaniques,  toujours  indociles  a 
joug ,  ôc  pour  donner  ordre  aux  affa 
res  d'Italie ,  où  il  prévoyoit  de  granc 
mouvements.  Carloman  ,  fuivant  ceti 
difpofition  ,  devoit  avoir  la  bourgc 
Continuât,  g^e ,  la  Provence ,  la  Gothie ,  aujou 

Fredeg.        a'}^^i  1^  Languedoc  ,  l'Alface ,  l'Ail 

magne  ôc  une  partie  de  l'Aquitain 

^       On  ne  voit  dans  tout  ceci  aucune  mei 

tion  de  la  Neuftrie  ,  l'une    des  pli 

belles   portions  de  l'empire  Françoi: 

Egin. invita  iqWq  efl  la  négUeence  des  auteurs  c 
^  ce  temps.  Mais  cette  dernière  voloil 
du  feu  roi  ne  fut  point  exécutée.  L 
feigneurs ,  fans  y  avoir  égard  ,  s^affer 
blerent  pour  procéder  a  un  nouvel 
partage.  On  donna  à  Charles  la  Neu 
trie ,  la  Bourgogne  Ôc  l'Aquitaine. ,Ca 
loman  eut  l'Auftrafie  Ôc  toute  la  Franc 
Germanique.  Les  deux  frères  furei 
couronnés  en  un  même  jour  j  l'aîne 
l^Qyon  y  le  cadet  à  Soiflbns. 

BientJ 


JRftl^-^UL-T  l  «W-^ 


C    H    A     K    L    E-   M    A    Ô    N    E         385 

Bientôt  l'ambition  brouilla  les  deux 
jeunes  rois.  On  voit  dès  cette  même  Ann.  770. 
année  Charles  en  poiTelîion  d'une  par-    Révolte 
tie  de  l'Auflrafie.  Il  feroit  difficile  de  d'Aquiuîue. 
donner  aucune  raifon  de  cette  infrac- 
tion au   dernier  traité  d'accommodé-  Hairîan,  r . 
ment    Les  hiftoriens  n'ont  pas  jugé  ^[^^-li'caroll"^ 
propos  de  nous  en  inftruire   Mais  il  pa- 
roit  que  Carloman  en  conçut  le  reiïen- 
timent  le  plus  vif.  La  guerre  paroifToit 
inévitable.  Un  ennemi  auquel  on  ne 
[devoir    pas   penfer  ,  fut  pour  eux  un 
preiïant   motif  de    réconciliation.    Le 
père  du  malheureux  Gaïfre  ,  Hunauld, 
qui  s'étoit  fait  moine  après  avoir  ab- 
diqué fes  Etats ,  fortit  tout-à-coup  de 
fa  retraite  ,  fe  mit  à  la  tête  de  quel- 
]ues  troupes ,  fouleva  toute  l'Aquitai- 
le  3  &   engagea  les   Gafcons  dans  fa 
'évolte.  Charles  qui  avoir  eu  cette  pro- 
ânce  dans  fon  partage  ,  prit  des  me- 
sures   pour   étouffer   promprement  la 
ebellion.    Il  ménagea   une    entrevue 
Lvec    fon    frère.   Carloman    confentit 
le    le   fuivre   dans   cette    expédition. 
VLais    foit    jaloufie    ,     foie    mauvais 
onfeil ,  il  le  quitta  brufquement ,  ôc 
amena  fon  armée  en   Auftrafie.  Cet- 
e  défertion  ne  ralentit  point  la  mar-  ^  . 
:he  de  Charles.  Le  rebelle  ,  au  £quI  Annal, 
Tome  /.  R 


^8^   Histoire  ©e  Franc«. 
bruit  de  fon  approche ,  alla  fe  cacher 
Ann.  770.  ^n  fond  de  la  Gafcogne  :  il  ne  put  y 
trouver  un  afyle.  Les  Gafcons  enrayés 
des  menaces  du  vainqueur ,  fe  fourni- 
rent à  fa  domination  ,  ôc  lui  livrèrent 
Hunauîd  ,  qui  fut  étroitement  enfer- 
mé. Charles  pour  afTurer  fa  nouvelle 
conquête ,  fit  bâtir  fur  la  Dordogne  ce 
fameux  fort  ou  château  qu'on  appel- 
loit  autrefois  Franciat,  qu'on  nomme 
aujourd'hui  Fronfac. 
,  Charles        Didier  cependant  brouillolt  enlta- 
fe'de  Didier!  ^^^  5  &  Tafïillon  en  Bavière.  Le  bruii 
de  cet  exploit  les  fit  trembler.  Le  jeu- 
ne Charles  leur  parut  aufïî  redoutable 
que  Pçpin.  Le  duc ,  malgré  fon  indo< 
cilité ,  prit  le  parti  d'une  humble  fou 
miflion.  Le  prince  Lombard ,  malgn 
des  nœuds  indiffolubles ,  mit  tout  er 
ceuvre  pour  s'attacher  le  jeune  conqué- 
rant par  une  double  alliance.  Il  avoi 
un  fils  de  une  fille  :  il  réfolut  de  marié 
le  premier  à  laprinceffe  Gifele,  fœu 
des  deux  rois ,  &c  de  faire  époufer  1 
féconde  au  vainqueur  d'Aquitaine.  C 
monarque  étoit    engagé  avec   HimU 
trude  5  dont  il  avoit  eu  un  fils.  Mai 
le   divorce   n'étoit   point   une   afFair 
dans  ces  anciens  temps.  Rien  de  plu 
relâché  que  la  morale  du  concile  d 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    I.       5S7 

''erberies  *  fur  une  matière  fi  impor- 
tante. On  y  voit  des  maximes  &  des  Ann.  770. 
décidons    qui    donnent   de    mortelles  Co.icz'/.  Ver- 
atteintes  à   l'indifTolubilité  de  l'union  ^^''^^^  •  f-  ^  > 
la  plus  facrée  dans  les  idées  de  la  poli-"""^*  ""'^ 
tique  Se  de  la  religion.  Quoi  qu'il  en 
foit  5  la  reine  Berthe  fe  mit  en  tête  de 
faire  réuffir   le    projet    du    Lombard. 
Elle  n'ignoroit  pas  que  fes  confeils  in- 
fluoient  beaucoup  fur  l'efprit  de  Carlo- 
"nan.  Elle  crut  qu'en  le  mettant  dans 
es  Intérêts  <le  fon  fils  aîné ,  elle  con- 
iendroit  tout  à  la  fois ,  de  le  duc  de 
Bavière  ,  qui  abandonné  à  lui-même 
î'oferoit  rien  entreprendre ,   de  le  roi 
l'Auftrafie  ,  qui  n'ayant  plus  cet  appui , 
e  trouveroit  hors  d'état  de  troubler  la 
ranquillité  de  l'empire  François. 

Le  pape  inftruit  de  cette  négocia-  Lepape  s'op- 
ion  ,  n'oublia  rien  pour  la  trayerfer.  ^?[^  ^  ^""® 

■%    T  ,  •  r»  •  aliiance» 

\ailon ,  prétextes ,  invectives ,  mena- 
es ,  tout  fut  employé.  Il  écrivit  aux 
leux  rois  une  lettre  au(Ti  longue  que 
>athétique  ,  où  il  iniifte  beaucoup  fur  Fpi/î.  4ç  ,m 
'indiiïblubilité  dQS  nœuds  du  maria-  ^^^'  ^^'^^^" 
;e.  Il  y  peint  les  Lombards  comme 
me  nation  méprifable  ,  infe6te  ,  cou- 
'efte  de  la  plus  horrible  lèpre ,  fans  foi, 

■^  Verberjes   étoit  une  maifon  royale    auprès  4e 
lompiegue,  Ce  concile  fut  tenu  fous  Pépin,  l'an  751,, 

Ri 


^88      Histoire  de  France. 
"--"•'*'^"*^^  ijtiis  loi  5  fans  religion.  De-la  il  conclut 
Ann.  770  que  cette  alliance  clebhonoreroit  l'illuf- 
tre  ôc  noble  maifon  de  tiance.  Q^ut/Ie 
fociété  jy   dit-il  _,  entre   la  lumière  &  les 
ténèbres  f^  Quelle  liaifon  du  fidèle  avec 
V infidèle  ?  Si  on  ne  fçavoit  d'ailleurs 
que  depuis  plus  de  cent  cinquante  am 
la  Lombardie  étoit catholique,  on  croi- 
roit  qu'il  s'agit  ici  d'un  peuple  barbare; 
ennemi  de  Dieu  &  de  la  vraie  religion 
Mais   toutes    ces   applications   étoieii 
ajuftces  aux   intérêts  du  pontife  :  elle 
lui  paroifToient  folides ,  pourvu  qu'el 
les  puirent  fervir  à  empêcher  une  unioj 
qu'il  prévoyoit   devoir  être   funefte 
la  grandevir  Romaine.  Il  finit  fa  lettr 
par  mille  anathêmes  lancés  contre  qui 
conque  entreprendra    d'y  contreveni 
La  cour  de  France  fit  peu  .d'attentio 
aux  prières   &   aux  remontrances  d'E 
tienne.  On  fe  contenta ,  pour  adouc 
fon  chagrin ,  de  lui  faire  reftituer  que 
ques  places ,  que  Didier  lui  avoir  ei 
levées.  La  princeiïe  de  Lombardie  fi 
amenée  en  Irance  .  &c  Charles  l'époui 
MonachSan-  Mais  bientôt  il  la  répudia  pour  des  i 
^A.  1,  ^- £j-j^^ij-^5  fecrètes,  qui  la  rendoient  i: 
capable  d'avoir,  des  enfants ,  «Se  doni 
le  nom  &  le  rang  de  reine  à  Hildega 
de  5  qui  étoit  d'une  très  -  noble  famil 
d*e  la  nation  des  Sueves. 


Charlemagne.     389 
Carloman  ,  au  milieu  de  ces  mou- 
vements ,  mourut  à  Samancy  près  de  Ann.  771. 
Laon ,  Se  fut  enterrée  à  l'abbaye  de  ùÂnt   ucit    de 
Rémi  de  Rheiuis  ,  qu'il  avoit  comblée  CaJoman. 
de   fes  bienfaits,  il  laifToit  deux  lils  , 
Pépin  3c  Siagre  :  aucun  ne  lui  fuccéda. 
Les   Auftrafiens  ,  enchantés   des  gran- 
les  qualités  du  roi  de  Neuftrie  ,  vinrent 
e   trouver  à  Carbonnac   où   il  renoit 
in  parlement  ,  &  le  reconnurent  pour 
eur   fouverain.    La    reine    Gerberge  5  ^iî-'"- ^''^^ ''•'^•'î 

y  r  1  A         CaroLMttt-ii, 

:raignant   pour    les    entants  le   même  * 

raitement  que  Pépin  avoit  fait  autre- 
ois  à  ceux  de  fon  frère  ,  s'enfuit  avec 
'ux  chez  le  roi  de  Lombardie.  Ce  prin- 
e  la  reçut  avec  tout  l'emprefTement 
['un  homme  qui  ne  cherchoit  qu'un 
•rétexte  pour  venger  l'aiîront  fur  à  fa 
lie.  Bientôt  fa  cour  devint  i'afyle  de 
DUS  les  ennemis  du  monarque  Fran- 
cis. Hunauld ,  échappé  de  fa  prifon  , 
y  retira  vers  le  même  temps.  On  y  vit 
uiîi  arriver  plufieurs  feigneur3  d'Auf- 
rafie  ,  entr 'autres  Anchaire  ,  que  quel- 
ues-uns ,  avec  alTez  de  fondement  , 
rétendent  être  ce  fimeux  Oger  ,  Il 
antc  dans  nos  anciens  romans.  Didier 

ommencoit   à  former  de  grands  pro- 

•'    -1  r  ^    V  -1         • 

its  ^  mais  il  trouva  la  perte  ou  li  avoïc 

tu  trouver  fa  grandeur  de  fa  fureté. 


mam 


590    Histoire  de  France. 
Charles  n'ignoroit  pas  les  intrigue» 
Ann.  771.  du  Lombard  ^  mais  un  ennemi  plus  re^ 
Guerre  ccn-  dcu table  lui  en  fit  fufpendre  la  ven- 
tre les  Sa.    geance.  Les  Saxons,  tant  de  fois  vain- 
eus  5   jamais  domptés ,   l'obligèrent  ; 
porter  fes  armes  au-delà  du  Rhin.  L< 
deflein  du  monarque  ctoit  moins  d< 
les  foumettre  à  fon  empire,  que  de  le 
réduire  fous  l'humble  joug  de  l'évan 
gile.  Il  n'en  vint  à  bout  qu'après  un 
guerre  de  trente -trois  ans  :  guerre  1 
îiemtihîi  plus  fauglante  5  mais  en  même-temp 
une   des  plus  glorieufes  qu'ait  jamai 
eues  la  monarchie.  La  Saxe  qui  en  fi 
le  théâtre  ,  comprenoit  en  ce  temgs-1 
toute  cette   étendue  de  l'Allemagne 
qui  eft  bornée  à  l'occident  par  l'océa 
Germanique ,  au  nord  par  la  mer  Sej 
tentrionale  ,  à  l'orient  par  la  Bohême 
au  midi  par  cette  contrée  qui  s'éten 
depuis  riuel  jufqu'au  Mein.  Le  voiï 
nage  de  l'ancienne  France  ,  l'avidité  è 
piller  5  la  multitude  de  fes  ducs  ,  toi 
également   indépendants  l'un  de  l'ai 
tre  y  un  peuple  aulTi  brave  que  notï 
breux ,  la  haine  du  chriftianifme  de  c 
ceux  qui  le  profeiïoient ,  l'amour  cl 
la  liberté  ,  l'inquiétude ,  la  férocité  :.c 
la  nation  ,  tout  rendoit    fes  révolç< 
plus    fréquentes   de  plus  redoutable 


Charlemagne.    3^1 
Une  nouvelle  incurfion  de  ces  peuples 
fur  les  terres  de  l'empire  François  fut  Ann.  771. 
Je  fujet  de  cette  première  guerre. 

Le  roi  entra  dans  leur  pays  ,  où  il 
mit  tout  a  feu  ôc  à  fang.  Leur  fierté 
n'en  fut  point  ébranlée  :  ils  oferent  lui 
préfenter  la  bataille  :  ils  furent  entière- 
ment défaits.  Dès-lors  tout  plia  fous  le 
joug  du  vainqueur.  Le  château  d'Eref-  idemfiHi* 
bourg  5  l'une  de  leurs  plus  fortes  pla- 
ces ,  ne  lui  oppofa  qu'une  foible  refif- 
tance.  On  y  voyoit  un  temple  bâti  en 
l'honneur  d'Irminful  :  Charles  le  fit  dé- 
molir ,  Se  l'idole  fut  brifée.  Elle  repré- 
fentoit  un  Dieu  élevé  fur  une  colon- 
ne. Il  avoit  le  corps  armé ,  à  la  main 
droite  un  étendard  où  étoit  peinte  une 
rofe  5  à  la  main  gauche  une  balance  , 
un  ours  fur  la  poitrine ,  un  lion  fur 
fon  bouclier.  On  n'eft  point  d'accord 
fur  fon  nom.  Les  uns  prétendent  que 
c'étoit  Mars  ;  les  autres ,  que  c'étoic 
Mercure  ,  quelques  -  uns  ,  que  c'étoit 
le  fameux  Arminius ,  ce  généreux  dé- 
fenfeur  de  la  liberté  Germanique.  On 
fut  trois  jours  à  détruire  ce  célèbre 
monument ,  où  l'on  trouva  des  richef- 
fes  immenfes  ,  fuperftitieufes  offran- 
des d'un  peuple  crédule  ôc  aveugle. 
De-Ià  le  monarque  s  avança  jufqu'au 


59i  Histoire  de  Francï. 
Véfer  5  où  les  vSaxons  vinrent  implorer 
Ar,N.  77Z.  fa  clémence,  il  leur  pardonna.  Se  fe 
contenta  de  douze  otages  pour  sûreté 
de  leur  foumiflîon.  L'Italie  l'appelloit 
a  une  nouvelle  conquête. 

Le  p?.pe  Etienne  étoit  mort  :  Adrien^ 

>^NN.  773-  homme  d'une  fermeté  égale  à  fa  naif^ 
tuik  "^  '^'^"  "^^"^^  '  venoit  de  lui  fuccéder.  il  ne  fuc 
pas  plutôt  élevé  à  cette  grande  dignité, 
qu'il  envoya  redemander  à  Didier  les 
places  qu'il  retenoit  encore  du  patri- 
moine de  faint  Pierre.  Ce  prince  ,  au- 
lieu  de  lui  répondre  ,  s'avança  du  côté 
de  Rome  à  la  tête  d'une  puifTante  ar- 
mée. 11  menoit  avec  lui  les  enfants  de 
Cari  Oman ,  &  vouloir  obliger  le  pape 
â  les  facrer  rois  d'Auftrafie.  Mais 
Adrien  ,  perfuadé  que  le  feu!  m-oyen 
d'échapper  à  la  domination  des  Lon> 
"î  bards ,  étoit  de  ménager  la  protection 
du  monarque  François  ,  refufa  conf- 
tamment  de  couronner  les  deux  jeunes 
princes.  Il  fçut  en  habile  politique  fe 
prévaloir  auprès  de  Charles  de  cette 
ma^rque  de  Ion  zèle  ôc  de  fon  attache- 
ment. Il  lui  écrivit  lettres  fur  lettres 
pour  lui  demander  un  prompt  fecours. 
Le  roi  avoir  peine  à  fe  déterminer  à 
cette  guerre,  il  fir  faire  à  Didier  des 
proportions    fi    avantageufes  ,     qu'il 


^dïuxn. 


«aarr  ïTBTiBswai 


Charlemagne.     393 
sliiiagina  qu'on  le  craignoit.  îl  n'en  de-^^ 
'  vint  que  plus  fier.  Charles  alors  marcha  Ann,  775. 
contre   lui  ,  mais    avec  un  fi  puilTant 
corps  de  troupes ,  qu'on  put  bien  juger 
qu'il  s'agidbit  moins  de  fecourir  Ro- 
me 5  que  de  conquérir  le  royaume  de    ' 
Lombardie. 

Les  Alpes  l'arrêtèrent  quelque  temps  : 
il  en  trouva  tous  les  paiTages  étroite- 
ment gardés.  Mais  enfm  il  s'ouvre  une  Paul,  Duc. 
entrée  par  où  l'ennemi  craignoit  le(;  ^>  hift* 
moins,  rond  .1 1  improviite  lur  les  Lom- 
bards 5  &  les  met  en  déroute.  Didier 
fe  fauve  dans  Pavie  qu'il  croyoit  im- 
prenable :  Adalgife  fon  fils  s'enferme 
dans  Véronne  avec  la  veuve  de  Carlo- 
man  &  les  deux  princes  fes  fils  :  Char-  Ef^în.(:^alii, 
les  forme  en  même  temps  le  fiege  de 
ces  deux  importantes  places.  Celui  de 
Véronne  ne  fut  pas  de  longue  durée. 
Le  jeune  Lombard,  dans  la  crainte  de. 
tomber  entre  les  mains  des  François  , 
s'échapa  de  nuit  ,  monta  fur  un  vaif- 
feau  ,  &  s'enfuit  à  Conftantinople.  Les 
ailîégés  fe  voyant  abandonnés  du  fils 
de  leur  fouverain  ,  ouvrirent  leurs  por- 
tes aux  François.  &  livrèrent  au  roi  la 
reine  Gerber^e  3c  fes  deux  enfraits. 
On  les  conduifit  en  France  :  c'eft  tout 
ce  qu'on  fcait  de  leur  deftince.  L'aîné  , 

R5 


3«>4    Histoire  de  France. 
nommé   Pépin  ,    ne  paroît  plus  danî 

Ann.  77 ^  notre  hiftoire.  Le  cadet,  appelle  Siaere, 
avoit  aufll  difparu  :  il  doit  fa  renaiifan- 
ce  a  un  ancien  manufcrit  de  Tabbaye 
de  faint  Pons  de  Nire,  envoyé  au  cé- 
lèbre M.  EolTuet  évêque  de  M  eaux. 
11  contient  la  vie  de  ce  prince,  écrite 
par  un  auteur  du  temps.  On  y  voit 
qu'il  obligea  Ton  oncle  à  fonder  cette 
abbaye ,  où  il  fe  fit  religieux.  1 1  y  vécut 
û  faintement ,  que  le  pape  Adrien  , 
touché  de  la  pureté  de  fes  mœurs ,  l'en 
retira  pour  le  faire  évêque  de  Nice.  Il 
a  été  mis  au  nombre  des  faints. 

" ■      Didier  témoigna  plus  de  courage  i 

Ann.  774.  la  défenfe  de  fa  capitale.  La  force  de 
la  place  ,  l'abondance  de  routes  les 
y  cKofes  néceiTaires  pour  une  vigoureufe 
réfiflance  ,  le  nombre  &c  la  valeur  des 
troupes  qui  s'y  étoient  enfermées  ,  la 
préfence  enBn  du  fouveram  qui  com- 
battoît  pour  fa  couronne  ,  rout  fit  ju- 

;  ger  au  roi  ,  que  le  temps  feul  le  ren- 

<iroit  maître  de  Pavie.  C  'eft  ce  qui  U 
détermina  à  changer  le  fiege  en  blcH 
eus.  il  profita  de  cette  efpece  d'inacr 
tion ,  pour  farisfûre  â  fa  dévotion ,  8ù 
vifiter  le  tombeau  des  faints  Apôtres. 
PaulVhcAl  Inlfa  le  commandement  de  fon  ar- 
ibid,  mée  à  fon  oncle  Bernard  ,  6c  prit  If 


Charlemagne.  595 
tliemin  de  Rome  ,  accompagné  dun 
grand  nombre  de  coiirtifans  ,  d'évê-  Ann.  774. 
ques ,  de  ducs  de  de  comtes.  Son  équi- 
page étoit  magnifique ,  mais  tel  qu'il 
convient  à  un  grand  monarque  dans 
une  paix  profonde  :  il  n'avoit  qu'une 
garde  fort  médiocre.  Cette  confiance 
lui  fubjugua  tous  les  cœurs. 

Tout  Rome  fortit  au-devant  de  lui,' 
les  magiftrats  avec  leurs  étendards , 
marques  de  leur  dignité,  les  femmes 
Bc  les  enfants  avec  des  palmes  &c  des^^mi/î.  îHû?. 
rameaux  d'oliviers,  le  clergé  avec  les 
croix  de  les  bannières,  qu'on  ne  por- 
toit  que  devant  les  patrices  Romains. 
"  Chacun  s'empreflfoit  de  voir  fon  libé- 
rateur. Il  avoir  alors  trente  ans  ,  la 
taille  haute  ,  le  port  majcflueux,  la. 
démarche  noble  ,  libre  ,  aHurce  ,  le 
vifage  fort  agréable  ,  le  nez  un  peu 
aquilain ,  les  yeux  grands ,  pleins  de 
feu,  la  chevelure  très-belle,  l'air  riant, 
6c  dans  toute  fa  perfonne  mille  grâces 
naturelles,  il  mit  pied  à  terre,  à  la  vue 
de  réglife  de  fiiiit  Pierre ,  de  fut  reçu 
dans  le  veftibule  par  le  p^pe ,  qui  l'y 
atrendoit  en  habits  pontificaux.  Ils 
s'ei.ibraflerent  tendrement.  Le  roi 
prit  la.  droi':e  ,  de  préfentant  la  maîn 
au  fouverain  pontife, ils  entrèrent  dajns 


T» 


39(5     Histoire  de  France. 
l'cglife  aux    acclamations   de  tout   I«y 

Ann.  774.  peuple,  tout  le  clergé  chantant  à  hautœ 
voix  ;  Béni  foït  celui  qui  vient  au  nom 
du  Seigneur. 

Adrien  ne  perdoit  pas  de  vue  fes  in--- 
térêts  :  il  fçut  profiter  de  la  circonftance 
pour  afTurer  fa  domination  naiffante.  Il 
conjura  le  roi  de  fe  fouvenir  de  la  do- 
nation faite  par  fon  père  à  l'églife  de 

Egln.  m  v'im  faint  Pierre.  Charles  fe  la  fit  lire ,  & 
'"  *  la  confirma  de  fa  main  ,  c'eft- à-dire  > 
de  fa  marque  :  car  il  eft  à  obferver  que 
ce  prince ,  l'un  des  plus  favants  hom- 
mes de  fon  fiècle ,  ne  favoit  pas  écrire. 
Le    généreux    m.onarque ,    pour    prix 
d'une  fi  riche  offrande ,  ne  remporta  de 
ce  voyage  que  le  code  des  faints  ca- 
nons dont  fe  fervoit  l'églife  Romaine. 
11  comprenoit  tous  ceux  que  Denis  le 
Petit  avoir  recueillis  dans  le  fixieme 
fiècle  5  c'eft- à-dire  ,  les  cinquante  pre- 
miers de   ceux  qu'on  attribue  fauife- 
rnent    aux    apôtres ,  ceux  de    Nicée , 
d'Ancyre ,    de  Néocéfarée  ,   de  Gan- 
gre  ,   d'Antioche  ,  de    Laodicée  ,   de 
Conftantinople ,  de    Calcédoine  ,    de 
Sardes ,  &  de  quelques  conciles  d'A- 
frique. Il  y  avoir  ajouté  les  épîtres  des 
papes  5  depuis  Sirice  jufqu'à  Hormif- 
das.  Ce  code,  avec  les  lettres  de  Gré- 


C    î-î    A    R    I   E    M    A    G    N   1.      397         

golre  II ,  &  les  faufTes  décrétales  que  *'*'^"""''"^'- 
ht  un  nommé  Ifidore  ,  fut  julque  bien  Ann.  774' 
avant  dans  la  troiiîeme  race  ,  tout  le 
droit  eccléfiaftique  François.  Il  eft  dé- 
dié au  libérateur  de  Rome.  L'épître 
préliminaire  5  ouvrage  d'Adrien ,  eft  un 
poëme  à  la  louange  de  Charles  :  chaque 
vers  commence  par  une  lettre  de  foh 
nom. 

Le    roi  5  de  retour  devant.  Pavie,  Fin  du  royau- 

,t         •  \       r'  TA''*      1       r     me  des  LoiTi- 

preila  vivement  le  liege.  Déjà  ia  ta-  ^.^^^^^ 
mine  &  les  maladies  qui  en.  font  les 
fuites ,  excitoient  de  furieux  murmu- 
res dans   la  ville.  Hunauld   étoit  re- 
gardé comme  l'auteur   de  la   guerre  : 
il  fut  tué  dans  une  fédition.  Didier , 
dans    cette  crife  violente  ,  commen-  Egînard,  în 
çoit  à  craindre  pour  fa  perfonne  :  il  fe 
vit  contraint   de   fléchir.   Il   fe    remit 
avec  fa  femme,  fa  Elle  ,  &c  fes  tréfors 
à  la  difcrétion  du  vainqueur.  On  l'en- 
voya en  France ,  où  il  fut  forcé  de  fe 
faire  m.oine.  Ouelques-uns  prétendent  ^  ^,     ,, 
qu  11  rut  relègue  a  Liège,  oc  qu il  mou-dienf. 
rut  depuis  à  l'abbaye  de  Corbie.  Tout  ^- ^j^^jj^^^ 
fe  foumit ,  à  l'exemple  de  la  capitale. 
Charles  fe  ht  couronner  roi  de  Lom- 
bardie  ;  titre  qu'il  prit  toujours  dans 
les  adles  publics ,  ôc  fur  quelques-unes 
de  fes  monnoies. 


J9^   HisToiRfc  DE  France. 
Ainfi  finit  le  rèc^ne  des  Lonibafds  ] 
AwN.  774,  après  avoir  duré  oeax   cents  fix   ans. 
Nouveau      ^^    nouvelle  monarchie  s*éleva  fur 
royaume  d'i-  fes  ruines  :  on  lui  donna  par  la  fuite  le 
ét^ndue!^"  nom  de  royaume  d'Italie.  Il  compre- 
noit  non  -  feulement  ce  qu'on  nomme 
aujourd'hui   le  Piémont  ,  le  Monfer- 
rat,  l'Etat  de  Gènes,  le  Parmefan,  le 
Modénois  ,  la  Tofcane  ,  le  Milanès', 
le  BrefTan ,  le  Véronnefe  &  le  Frioul  j 
mais  encore  tout  ce  que  le  roi  Charles 
avoit  abandonné  au  pape ,  c'eft-â-dire  . 
TExarcat  de  Ravennes  ,  la  Pentapole . 
la  Sabine  ,  Terracine  ,  les  duchés  de 
Spolete  &c    de   Bénévent  ,  la  Marche 
d'Ancone  ,  le  Ferrarois ,  le  Bolonès  . 
ôc  fi  Ton  en  croit  Anaftafe  fe  Biblio- 
thécaire, r.'fle  de  Corfe,  les  provinces 
de  Venife  &  d'iftrie  ,  le  Mantouan  3 
de  le  duché  de  Reggio.  Il  efl:  à  remar- 

/in, epi,^. 5 lamentant  le  domaine  utile  des  pipes 
^"'^^'  avoit  fçu  en  refréner  l'autorité  tempo- 
relle dans  les  jaftes  bornes  qui  con- 
viennent à  une  puitfance  fubrJterne. 
Tout  fe  paiToit  dans  Rome  par  les  or- 
dres abfoîus  du  roi.  Les  monnoies  y 
croient  frappées  à  fon  coin  :  les  ades 
publics  s'y  datoient  des  années  de  fon 
règne  :  on  appçlloit  à  fes  oiEciêrs  d4» 


C   H   A    R   t   E    M    A    G   N    E.     399 

'iigements  que  les  fouverains  ponri- 
^es  rendoient  a  l'égard  de  leurs  yaf-ANN.  774» 
faux  :  les  p:ipes  eux-mêmes  avoient 
recours  à  la  juftice  du  monarque  Fran- 
çois dans  leurs  affaires  perlônnelles. 
On  en  voit  un  exemple  frappant  dans 
ce  qui  arriva  à  l'égard  de  Léon  lll.  ^ 

Tel  étoit  l'état  des  affaires  d'italie  ,  ^j^^,^^^- 
lorfqu'une    nouvelle   révolte   des    Sa-         ' 
xons  rappella    Charles  au  fond  de  la-saxoas?   ^^ 
Germanie.    Cette  indocile  nation  ne 
le  vit  pas  plutôt  occupé  au-delà  des 
Alpes ,  quelle  vint  fondre  fur  la  HelTe 
où  elle   fit    de  grands   dégâts  ,  ruina 
Buria  bourg   fur  l'Oder  ,  pilla  De  ven- 
ter fur  rifTel  5  furprit  ôc  rafa  le  châ- 
teau  d'Eresbour^.    Le  roi ,  fur    cette 
nouvelle  ,  marcha  avec  tant  de  dili- 
gence ,   qu'il  étoit  à  Ingelheim  fur  le 
Rhin ,  qpJon  le   croyoit  encore  à  Pa- 
vie.    La  viâroire  fuivit    conftimment 
fes  étendards.    Le  fort  de   Sigebourg  ^ginard.  îa 
fut  emporté  ,  le  château  d^Eresbourg  -  W.  (s- «• 
relevé  '&    de  nouveau    fortilié ,    les"' 
Saxons    défaits   3c     poulfés    fi     vive- 
ment   jufqu au-delà  du    Véfer  ,  qu'ils 
vinrent  à   leur  ordimire  implorer   la 
clémence  du  mom.rque.   Charle     ni- 
gnoroit  pas  que   cette   fou  nurion    ne 
tendoit  qu'à  l'éloigner  de  leur  pays  y 


^400    Histoire  de  France. 

~  mais  les  nouvelles  qu'il  reçut  de  Lom 
Ann.  77;.  hardie  ,  le  déterminèrent  à  fe  conten- 
ter de  ces  hommages  ÔC  de  ces  fer- 
^^ ments  forcés. 

Ann.  77^.      ^  ^^^  ^^  Didier  s'ctoit  retiré  aConf 
'tantmople.  L'empereur  lui  fit  l'accueU 

Conjuration  l        1  1  i-  -^i,,  ,    ,     "^'-"^*» 

des  .Lom-    ^^  plus  obligeant ,  1  honora  delà  dignité 

^eufd'LaT.'^^^^^'^^'^f'  ^  ^"^  P^^^^^^  une  flotte  & 
gire,  fils  dêy^^^  armée,  s'il  pouvoir  engager  dansfeî 
Pidier.        intérêts   quelques    puiffants    feigneurfc 
de  Lombardie.  Le  jeune  prince  entre- 
tenoit  des  liaifons  en  Italie  :  il  eut  Ik 
fecret    d'attirer  à  fon  parti  Rotgaud^ 
duc  de  Frioul.   Charles  fut  inftruit  d« 
Idem.  îhîd.  f  ^^^"J^^-f  ^e  par  les  lettres  du  pape  , 
a  qui  le  bâtard  1  avoit  fait  découvrir. 
L'importance  de  la  chofe  ne  permet- 
toit    aucun  retardement.   11  part  mal- 
^nnMetenj.aré  la  rigueur  delà  faifon,   fond  fur 
les  Etats  du  vafî^il  rebelle  ,  le  défait  en 
bataille  rangée  ,  le  prend  prifonnier  , 
lui   fait  couper  la  tête ,  8c  diflipe  tous 
les    mouvements   d'Italie.  Le  duc  de 
Spolete  ,  celui  de  Bénévent ,  &  le  gou- 
verneur de  Chiufi   étoient   entrés   fe- 
crètement  dans  la  conjuration  :  ils  pro- 
tefterent     hautement  de   leur  fidéhté. 
Charles  ,  content  de  cet  exemple  de 
févérité ,  voulut  bien  les  croire  inno- 
cents. Le   Frioul  étoit  un  pays  d'une 


Chaklemagke.  401 
extrême  conféquence  j  parce  qu'il  te- 
nait en  fujécion  rAUemagnë  ,  la  Lom-ANN.  77^. 
hardie  ,  &  la  mer  Adriatique  :  il  donna 
ce  duchc  à  un  feigneur  François  ,  nom- 
mé Henri ,  à  qui  il  fe  iioit  beaucoup  -y 
de  après  avoir  établi  des  gouverneurs 
&  des  juges  de  la  nation  dans  toutes 
les  villes  de  fon  nouveau  royaume ,  il 
repalfa  en  Germanie  ,  où  fa  préfence 
étoit  devenue  nécelTaire. 

Les  Saxons  le  fcurent  à  peine  eno-ase     Troifieme 

J  1         4  1  ■'  '      ur  .P  ^    tévohe    des 

clans  les  Alpes ,  qu  oubliant  tous  leurs  taxons. 
ferments ,  ils  coururent  aux  arir^es,  em- 
portèrent le  château  d'Eresbourg ,  le 
raferent  j  &  vinrent  mettre  le  liège  de- 
vant Sigebourg.  Ils  en  furent  repouf- 
{és  avec  un  horrible  carnage.  On  les 
pourfuivit  jufque  fur  le  bord  de  la 
Lippe.  Ce  fut  là  que  Charles  les  joi- 
gnit. La  préfence  du  héros  répandit  Idemtîlîd* 
la  conflernation  dans  tous  les  cœurs. 
Ils  s'avancèrent  au-devant  de  lui ,  non 
avec  la  contenance  d'un  ennemi  qui 
veut  réfifter  ,  mais  dans  l'humble  pof-  " 
ture  d'un  coupable  qui  foUicite  fcii 
pardon.  Dès  qu'il  parut ,  ils  fe  profter- 
nerent ,  demandant  miféricorde  de  le 
baptême.  C'étoit  ce  qu'il  déiiroit  le 
plus  ardemment.  Cette  apparence  de 
converfion  défarma  fa  colère  :  ii  leut 


401  Histoire  de  Fr.akce; 
fit.  grâce.  Il  s*étoit  emparé  de  Pader- 
Ann.  777.  born  en  Weftphalie.  Il  deftina  cette 
ville  pour  le  lieu  de  l'aflemblée  géné- 
rale,  qu'il  avoir  réfolu  de  convoquer  au 
mois  de  Mai  de  l'année  fuivante.  Tous 
les  feigneurs  Saxons  y  furent  mandés. 
La  plupart  s'y  rendirent  :  plufieurs  y 
reçurent  le  baptême,  tous  y  jurèrent 
une  fidélité  inviolable  :  les  uns  de  lei 
autres  fe  foumettant  a  la  perte  de  leurs 
biens ,  à  l'efclavage  même,  s'ils  vio- 
loient  les  ordcmnances  du  prince ,  00 
les  engagements  facrés  qu'ils  venoient 
de  prendre.  Le  feul  Witikind  ,  cet  in- 
flexible défenfeur  de  la  liberté  de  fon 
pays  ,  refufa  de  s'y  trouver.  C'étoit 
un  des  plus  grands  capitaines  de  fon 
fiècle  5  &  l'ennemi  le  plus  irréconci- 
liable des  François  :  il  fe  retira  en  Da- 
nemarck  ,  d'où  bientôt  nous  le  ver- 
rons revenir  pour  foulever  de  nouveau 
lajSaxe.  '  I 

Ce  fut  dans  cette  même  aïTemblée 
Ann.  778.  que  Charles  donna  audience  à  plu- 
Charlespaffe  fleurs  émirs,  ou  princes  Maures  .  qui 
venoient  lui  oftrir  une  nouvelle  occa- 
fion  d'acquérir  de  la  gloire,  8c  d'aug- 
menter fes  Etats.  Les  Sarrafins  d'Efpa- 
gne  avoient  fecoué  le  joug  du  califô 
d'Orient.   Chaque  gouverneur  s'étoic 


Charisma  ON  I.  405  . 
fait  foLiverain  dans  fa  province.  Ab-  -  "  .  ■'. 
dérame  le  plus  puififant  d'enti-'eux  y  me-  Ann,  778» 
naçoit  de  les  fubjuguer  tous.  Ibinak- 
rabi  qui  régnoit  dans  la  SarmgofTe  ,  & 
plufieurs  autres  petits  rois  voilins,  crai-  ^^«"^  »  ^^^^* 
gnant  de  tomber  fous  fa  domination  , 
paiïèrent  en  France  pour  implorer  le 
fecours  du  monarque ,  &  fe  donnèrent 
à  lui  avec  toutes  les  villes  de  leur  dé- 
pendance. Charles  douta  d'abord  (î  ces 
iniidèles  méritoient  qu'il  prît  les  armes 
en  leur  faveur  ^  mais  il  efpéra  qu  à 
cette  occaflon  il  pourroit  procurer  de 
grands  avantages  à  la  religion.  Cette 
confidcration  l'emporta.  Il  anemble 
fes  troupes,  palTe  les  Pyrénées,  alîié- 
ge  &  prend  Pampelune  dont  il  fait 
abattre  les  murailles ,  s'empare  de  Sar- 
ragolfe ,  délivre  les  chrétiens  du  tri- 
but qu'ils  pay oient  aux  Maures  ,  re- 
çoit les  hommages  5c  les  otages  de 
tous  les  petits  princes  Sarrafms  qui 
avoient  réclamé  fa  protedion  5  &  re- 
prend le  chemin  de  la  France  ,  comblé 
d'honneurs  &  de  gloire. 

Il  marchoit  avec  la  confiance  d'un  journée  de 
vainqueur  dans  les  défilés  des  monta-  Roncevaux. 
gnes.  Déjà  il  étoit  pafïé  avec  toute  l'ar- 
mée, &:  il  ne  reftoit  plus  qu'une  par- 
tie de  fon   arriere-garde.    Elle  avan*; 


404    Histoire  de  Frakce. 

çoit  avec  la  même  afTurance  ,  lorfquq 

Ann.  778.  les  Gafcons  qui  s'étoient  mis  en  em^ 
bufcade  dans  le  haut  d'un  bois ,  la  cl 

Idem  ,  ibid.  gèrent  G  brurquement  &  avec  tant 

furie ,  qu'ils  la  mirent  en  pièces.  Lé 
bagages  furent  pilles  ,  6c  plufieurs  brar 
ves  feigneurs  tués.  Le  fameux  Rolani 
y  périt.  Lqs  romans  racontent  de  liïl 
des  chofes  merveilleufes  :  l'hiftoirç 
nous  dit  limplement  qu'il  étoit  gouver- 
neur des  côtes  de  la  mer  Britanniquer. 
C'eft  ce  qu'on  appelle  la  journée  de 
Roncevaux  ,  journée  fi  célèbre  dans 
les  fifles  de  l'Efpagne.  Elle  triomphé 
de  cette  défaite  :  elle  fe  vante  d'avoir 
vaincu  Charlemagne  &  fes  douze  pairs. 
Mais  x^uelle  viâ:oire  ,  que  celle  où  le 
vaincu  impofe  la  loi  ?  La  crainte  de 
fon  jufte  relTentiment  répand  la  ter- 
reur dans  tout  le  pays  :  on  lui  fait 
d'humbles  foumiiîions  :  on  lui  livre 
une  partie  des  coupables ,  qu'il  fait  fé- 
vèrement  punir  :1a  Navarre  ,  F  Aragon, 
tout  ce  qu'on  appelloit  alors  la  Mar- 
che d'Efpagne  ,  demeurent  fidèles  au 
tribut  :  Gironne  ,  Ampias  ,  Urgel 
êc  Barcelone  obéiiTent  ûonftamment 
aux  gouverneurs  François  qu'il  y  a  éta- 
blis pour  veiller  fîir  les  démarches  des 
Sarrafins.  On  reconnoîc  à  ces  traits  un 


C    H   ALLEMAGNE.    405 

>riîice  conquérant   dont  les  équipages 
mz  pu  être  volés  par  des  brigands  :  on  Ann.  778. 
'  cherche  envain  ce  malheureux  roi  , 
iont  on  fuppofe  la  gloire  flétrie  pac 
m  ignominieux  échec.   Quoi  qu'il  en 
oit  ,  ce  fameux  voyage  a  fervi  de  ma- 
iere  aux  contes  de  l'archevêque  Tur- 
>in.  Les  Sarrafins  font  les  géants  que    - 
Jharles  défit  :  les  grands   exploits  de 
loland  fon  neveu  ,  &   mille    autres 
aits    fabuleux  ont    leur  origine  dans 
:ette   glorieufe    expédition  des   Fran- 
çois. 
Tant  de  fatigues  fembloient  deman-    Quatrième 

ier  du  repos.  Mais  il  étoit  de  la  defti- ':^^°^'^   *^" 
,      .        ^       .  ,,        .  -      taxons. 

lee  de  ce  prmce   d  avoir  toujours   les 
irmes  à  la  main ,  ôc  de  iignaler  chaque 
"aifon  par  de  nouveaux  triomphes.  Vi- 
:ikind  ,  de  retour  dans  fa  patrie ,  avoic 
;"alumé  toute  la  fureur  des  Saxons.  Us 
^'avancèrent  jufqu'au  Rhin  ,  ravageant 
cous  le  pays  depuis  Duitz  vis-â-vis  Co- 
logne ,  jufqu  a  Coblents ,    pillant    les 
églifes  ,  brillant  les   monafteres ,  vio- 
lant les  vierges  confacrées  à  Dieu ,  & 
paifanc  au  fil  de  l'épée  tout  ce  qui  fe 
rencontroit  fur  leur  palfage  ,  fans  dif-  Idem^  ihîd* 
tinction  d  âse  ni  de  lexe.  Charles  étoit 
à  Auxerre  ,  lorfqu'il  apprit  cette  nou- 
velle révolte  :  il  détacha  promptement 


'40^  Histoire  de  France. 
*  les  François  orientaux  ôc  les  All«*î 
Ann.  778.  mands  ,  avec  ordre  de  marcher  à  gran-^ 
des  journées  pour  couper  l'ennemî 
avant  qu'il  fe  fut  retire.  Ils  ne  purent 
le  joindre  que  fur  les  bords  de  TEder 
dans  la  HefTe ,  en  un  lieu  appelle  Lihe- 
fi.  Le  combat  fut  des  plus  meurtriers. 
Mais  enfin  les  Saxons  furent  menés  fi 
rudement ,  que  n'ayant  ni  la  force  de 
rcfifter  ,  ni  la  liberté  de  fiiir ,  ils  de- 
meurèrent prefque  tous  fur  le  champ 
de  bataille.  On  ne  fit  point  de  quartier: 
les  excès  qu'ils  venoient  de  commet- 
tre fur  le  Rhin ,  ne  méritoient  aucun 
ménagement. 


"       La  faifon  ne  permit  pas  de  les  pout 

Ann.  779*  fer  plus  loin.  Le  monarque,  en  atten- 

Capituiaire  Jant  qu'il  pût  les  aller  châtier  en  per- 

fonne  ,    alfembla  un  parlement  dans 

drâlii^^'^'^on  palais  d'Hériftal  llétoit  compofé, 

fuivant  la  coutume  ,  d'évèques ,  d'âb- 

bés  5  de  de  feigneurs.  On  y  fit  plufieurs 

beaux  règlements  y  ou  capitulaires ,  pour 

la  police  tant  eccléfiaftique  que  fécu- 

liere.  Les  plus  remarquables  regardent 

les  franchifes  des  églifes  &  le  vol.  Le 

droit  d'afyle  étoit  lujet  à  mille  abuî. 

On  n'ofa  pas    autorifer  la  violence^ 

pour  arracher  le  coupable  du  lieufaintj 

Kiais  on  défendit  de  donner  aucune 


C   H    A    R   L    E    MAGNE.    407 

touriture  à  ceux  qui ,  pour  crime  ca- 

lital  viendroient  fe  réfugier  aux  pieds  Ann.  779. 

les  autels.  G  etoit  donner  une  furieufe    Can.  8. 

tteinte    au  privilège    de   l'immunité 

ccléfiaftique  :  privilège  dont  les  évê- 

[ues  étoient    extrêmement  jaloux.  Us 

irent  de  vains  efforts  pour  parer   ce 

oup.  La  raifon  foutenue  de  l'autorité 

'emporta  fur  le  préjugé  fortifié  de  Ta- 

nour-propre  :  on  régla  qu'un  premier 

arcin  feroit  puni  de  la  perte  d'un  œil:  Cûn.9,  n» 

m  condamna  pour  un  fécond  à  avoir  le  ^  ^  '  ^*** 

lez  coupé  :  la  mort  fut  décernée  pour 

eine  du  rroifieme. 

L'afTèmblée  étoit  a  peine  féparée  ,    Charles 
(ue  Charles  paffa  le  Rhin    à  la  rête  p^,'/s\^^"4^^ 
l'une  nombreufe  armée.    Les  Saxons 
iferent  l'attendre  fur  les  bords  de  la 
âppe  :  il  les  tailla  en  pièces  ,  &c  s'a- 
ança  jufqu'au  Véfer  ,  où  les  députés 
le  la  nation   vinrent  lui  réitérer  des 
erments  qu'ils  avoient  mille  fois  vio- 
és.  Il  leur  pardonna  de  nouveau  ;  mais  An,  Moifioc- 
l  exigea  qu'ils  recevroient  chez  eux 
les  évêques  &  des  prêtres ,  ôc  leur  fit 
promettre    qu'au  printemps   prochain 
is  fe  trouveroient  tous  à  la  diète  qu'il 
indiquoit  dès  ce  momgnt  à  Horheim 
fur  les  bords  de  l'Onacre.  Us  furent 
fidèles  à  leur  parole.  On  y  prit  toutes 


4oS    Histoire  de  France!.         | 
les  mefiires  que  la  prudence  peut  iiif- 
Ann.  779.  P^^^^  pour  arrêter  toutes  les  rcvoltesii 
&  pluiieurs  y  reçurent  le  baptême.  Ge 
n'étoit  qu'une  converfion  iîmulce  :  le 
roi   affecta   de   s'en  contenter.   Quel- 
que brouilleries  &  de  grands  deflein 
fur  fes  enfants  le  rappelloient  dans  fei 
Etats  d'Italie. 

Les  Grecs  arrêtoient    depuis  long. 

Ann.  781.  temps  les  revenus  de  quelques  patrl 

Charles paf- moines    de  faint  Pierre,    qui  étoien 

feenitahe.   ^^^^^  ^^  province  de  Naples.  Le  papi 

ufa  de  repréfailles.  Se  s'empara  de  Tet' 
-^  racine.    On   mit  l'affaire  en  négocia 

tion.  Les  Impériaux  dans  cet  inter 
valle  reprirent  tout  ce  qu'on  leur  avoi 
enlevé.  Dès  -  lors  les  conférences  fu 
rent  rompues.  La  cour  de  Gonftanti 
nople  ne  voulut  plus  entendre  parle 
ni  de  reftitution  ,  ni  d'accommodé 
£;ij/î.  tf4.mnient.  Le  fouverain  pontife  pria  le  rc 
coi.  Carolin-  ^q  Jui  envoyer  un  de  fes  généraux 
avec  ordre  de  lever  une  armée  de 
milices  du  pays,  pour  lui  faire  rendr 
juftice.  11  l'avertiffoit  en  même  temç 
que  le  duc  de  Bénévent  entretena 
toujours  des  liaifons  avec  le  princ 
Adalgife.  Gharles  qui  projetoit  à 
grandes  chofes  pour  l'établiffement  À 
la  famille  ,  lui  écrivit  qu'avant  la  & 


C    H    A    R    L    F.    M    A    G    N    E.      4©^ 

de  l'année  il  fe  rendroit  lui-même  en  ^^  ^^"^ 
Italie.  11  avoic  quatre  fils.  Pépin  neANN.  7S1, 
d'un  premier  lit  ,  Charles ,  Carloman 
^  Louis,  tous  trois  enfants  de  la  reine 
Hildegarde.  La  Neuftrie  ,  la  Bourgo- 
gne &c  l'Audrafie  dévoient  être  le  par- 
tage des  aînés  :  il  fongeoit  à  prendre 
des  mefures  pour  aihirer  aux  deux  ca- 
dets une  partie  de  fa  fuccefîîon.  Ce  fut 
dans  cette  vue  cp'il  les  mit  de  ce 
voyage.  Il  partit  de  Vorms  ,  fuivi 
d'une  cour  auiîi  nombreufe  que  bril- 
lante ,  &  arriva  en  Lombardie  fur  la 
fn  de  l'automne.  Sa  feule  préfence 
dilîipa  les  mouvements  des  fadtieux  , 
^  tous  les  démêlés  avec  i'empire  fu- 
rent terminés  à  la  fatistaction  d'A- 
drien. 

Le   monarque  avoir  pafïc  Tiiiver  à    ï^^pin  eift 
^avie:  il  alla  célébrer  les  fêtes  cie  Pâ-roi  d\T?jie, 
lue  à  Rome.  11  y  fut  reçu  avec  tous  f^  ,^°"^s  '^^i 
es  honneurs  que  des  lujets  doivent  a 
eur  fouverain,  &  avec  toute  la  joie 
u'infpire  la  préfence  d'un  libérateur, 
.e  pape  à  fa  prière  baptifa  Carloman  , 
î  nomma  Pépin,  le  couronna  roi  de 
.ombardie  ,  &  facra  le  prince  Louis 
ai  d'Aquitaine.  Le   premier    de    ces  ^^^"^^  *  ^s^- 
eux:  royaumes  s  etendoit ,  comme  on 
a  dit ,  depuis  les  Alpes  jufqu'à  la  ri- 

Tome  I.  S 


41  o    Histoire  de  France. 
viere  d'Ofante  :  on  y  ajouta  Je  duché 

Akn.  781.  de  Bavière.  Le  fécond  comprenoit  le 

Poitou,  l'Auvergne,  le.  Pcrigord,  lô 

Limofin ,  le  Languedoc  ,  &  la  Gafco-i 

gne.  I>e  nouveau  roi  d  Italie  demeura 

dans  fes  Etats.  Milan    devint  le  fieee 

de  fon  empire ,  &  Ravennes  fon  fe- 

jour  le  plus  ordinaire.  Le  jeune  Louis 

fut  ramené  en  France,  porté  dans  un 

berceau  :  il  n'avoir  alors  que  trois  ans, 

On  lui  fit  faire  à   Orléans  des  armes 

&  des  habits  proportionnés  à  fon  âge 

ôc  à  fa  raille.  On  le  mit  a  cheval ,  & 

dans  cet  écpipage  on  le  conduifît  en 

Aquitaine  ,  où  il  reçut  les  hommagei 

des  grands  &  du  peuple. 

Charles  éta.       Ce  fut  daus  ce  voyage  d'Italie  qu€ 

biitirneaca- Q-^^j-les  ^m;    Jg    lon^ucs    conférencc' 

dém:e    clans  ai*  a        1    •         m    1  r 

fon  p"^his.  avec  Alcum ,  Anglois  célèbre  par  loi 
fçavoir  &  fa  vertu.  Les  grandes  qua- 

^  lités  du  monarque  l'attirèrent  en  f  ran 

ce  j  de  les  bontés  dont  il  l'honora  ,  1'; 
fixèrent.  Le  roi  par  fon  confeil  étabh 
dans  fon  palais  une  académie  qui  de 
vint   le    modèle   de    plulieurs  autre; 

/jL£pi/J.  Âl'  Elle  avoir  pour  objet  l'étude  des  bel 

mm.  tom.  i.  les-lettres  ,  &  pour  fin  de  les  fait 
fleurir  dans  toute  l'étendue  de  l'em 
pire  François.  Ce  grand  prince  fe  fei 
foit  honneur  d'çtre  mem^bre  de  cm 


C    H    A    ïl    L    F,    M    A    G    N    E.      4Î  I 

fbcicté  auiÏÏ  utile  qu'agréable.  Il  aiïif-- 


Mt^MaauuiusniÊt 


toit  à  toutes  les  aifemblces ,  &c  don-ANN.  781. 
noit  (on  avis  fur  toutes  fortes  de  ma- 
tières. Le  fujec  le  plus  ordinaire  de 
leurs  diilertations  étoic  la  dialedtique  , 
la  rhétorique  ,  de  l'aftronomie.  Le 
monarque  fur- tout  aimoit  à  étudier  le 
ciel  ôc  le  cours  des  aftres.  On  trouve 
dans  fes  annales  dei  obfervations 
agronomiques  fort  curieufes.  Tout 
ce  que  la  cour  avoir  de  beaux  efprits 
ëc  de  fcavants  ,  fut  admis  dans  cette 
illuftre  compagnie.  Chacun  des  aifo- 
ciés  prit  un  nom  particulier  ,  qui  ca- 
radtérifoit  ou  fes  inclinations  ,  ou  fon 
goiit  pour  quelque  auteur  fimeux 
dans  l'antiquité  :  le  roi  choilit  celui  de 
David.  Je  fuis  demeuré  feul  à  la  mai-' 
fort  j  dit  Alcuin  dans  une  lettre  à  l'ar- 
chevêque de  Mayence:  Vous ^  Damé-  £pL*,  i«.  - 
tas  j  vous  voilà  en  Saxe  y  Homère  ejl  en 

Italie  _,   Candidus  en   Angleterre 

Dieu  veuille  nous  ramener  bientôt  Da- 
vid y  &  cous  ceux  'qui  fuivenî  ce  prince 
vlclorleux, 

La  France  retira  de  grands  avanta-     H  fait  on- 
ges  de  ces  fçavantes  conférences.  EUeJ'er-pubn-'^' 
leur  doit  la  renailTance  des  arts  &  des  lues, 
fciences.   La    tyrannie   des  maires  du 
palais  les  ayoit  relé-^ués  d^ns  une  hou- 

Si 


^11    Histoire  de  Fr;\nch. 

1.IJ fi. >■■■..■  tcufe   obi'cuntc  :  Charles  les  mppella 
Ann    781   P"^  ^^^  bienfaits  5  les  iit  monter  avec 
lui   fur  le  trône ,  &  par  la  protediou 
confiante  qu'il  leur  accorda ,  il  mérita 
le  glorieux  titre  de  Reftaurateur  des 
lettres.    Il   avoit    amené  d'Italie   des 
maîtres   d'arithmétique    Se    de    gram- 
Tn  cflpind.  "maire  :  il    les    difperfa  en  différentes 
j9<^uroraii.    villes  de  fes  Etats.  Bientôt  on  vit  pa- 
roître    un    capitulaire   qui   ordonnoic 
d'ouvrir   des    écoles    dans   les  églifes 
T^m.  iT ,  cathédrales    &    dans    les  abbayes   les 
Coiuii.  Gaii.  plus   riches.  On  y  vint  en  foule  pour 
apprendre  la  théologie  &  les  humani- 
tés. Les  eccléfiafliques  alors  commen- 
cèrent à  entendre   l'écriture  -  fainte  & 
les  moines  leur  pfeautier.  Il  y  en  a  qui 
regardent    cet    établiffement    comme 
l'époque   de  la  fondation  de  l'univer-l 
iîté  de  Paris  ,  la  première  &  la  plus* 
célèbre  de  toute  l'Europe. 
îlinrroduit      Charles  ne  trouva  pas  tout-à-fait  la 
chantGrïei''-  i^^^enie  dociUté  pour   quelques  ufages 
lien  &  ia~ii-  qu'il     voulut    établit   en  France.    La 
raafne.   ^°'  pf^hiiodie  efl  très-ancienne   dans  l'é- 
glife  ;  mais   jufque    bien  avant  dans 
le  quatrième  liècîe  ,  c'étoit  moins  un 
chant  ,  qu'une  prononciation  plus  pa- 
thétique ôc  plus  ferme.  Le  pape  faint 
Grégoire ,  qui  avoit  quelques  notions 


Char  lem:ag  ne.  415 
de  mu/ic]ue  ,  reforma  ce  chant  trop 
uniforme  ,  trop  lourd  ,  8c  par-là  me-  Ann.  781. 
me  très-ennuyeux.  Toutes  les  cglifes  MoriachJin- 
d'Italie  avoient  adopté  cette  nouvelle  .^^-''i-'- ''^ '^'-'^ 
méthode  :  celles  de  rrance  sobitine-  ' 

rent  à  conferver  l'ancienne.  On  s'y 
piquoit  de  chanter  aulîi-bien  qu'à  Ro-v 
me.  Les  chantres  du  roi  le  mo- 
quoient  de  ceux  du  pape  :  ces  derniers 
à  leur  tour  fe  railloient  de  ceux  du 
palais.  On  en  vint  à  un  défi  :  Charles 
prononça  en  faveur  des  Romains ,  & 
ordonna  que  dans  toutes  les  égUfes 
de  fon  royaume  5  on  fuivroit  le  chant 
Grégorien.  Quelques-unes  obéirent  : 
d'aarues  ne  prirent  qu'une  partie  de  ce 
chant,  &  le  mêlèrent  avec  le  leur. 
Ce  mélange  fub^fta  long- temps  ,  &c 
l'on  continua  de  s'en  fervir  à  lordi- 
naire  pour  les  pfeaumes  d>i  les  antien- 
nes. Le  monarque  entreprit  auiTi  d'in- 
troduire dans  fes  Etats  la  liturgie  ou 
la  melTe  félon  Tufage  de  R.ome  :  il  y 
trouva  de  grandes  difiicultés.  Le  cler- 
gé de  France  ,  jaloux  des  anciennes 
coutumes  _,  s'y  oppofa  d'abord  com- 
me à  une  nouveauté^  mais  enfin  l'au- 
torité du  roi  prévalut  fur  quelques- 
uns  :  les  autres  firent  un  mélange  des 
deux  liturgies,  delà  Gallicane  &  de 


s^ 


IL!  .ijj  mimii 


414    Histoire  DE  France.         / 
la  Romaine  ,  &  le  calme  fut  rctablL 

Ann.  781 ,  Ce  prince,  après  avoir  donné  or- 
7*3'  dre  aux  affaires  d'Italie,  revint  en 
Saxe  5  où  il  avoit  rcfolu  de  convoquer 
fon  parlement.  11  le  tint  dans  fon 
camp  far  les  bords  de  la  Lippe.  Ce 
fut   là  qu'il   donna  audience  aux  am- 

Annal. Egliut^^fc^^ç^^:.^  ^^^5  Danois,  des  Kuns  & 

^Qs  Abares.   Ils   venoient   le   compli- 
/       jnenter  ,  ôc   lui   demander   la  paix  ôc 
fon  amitié  :  il  les  leur  accorda  ,  à  con- 
dition qu'ils  n'inquiéteroient  point  fes 
fujets.    On  s'appliqua  fur  -  tout   dans 
cette  alTemblée  à  chercher  les  moyens 
d'éroulïer   toute   femence   de    révolte. 
T^cuvelîe  C)n  croyoit  avoir  pris  les  mefures  les 
ïévt^ire  des  plus  elEcaces  pour  réprimer  la  férocité 
de    ces   peuples   indomptables  ;    mais 
l'armée  de  France  avoit  à  peine  repaf- 
fé  le  Rhin ,  que  Vitikind  les  fouleva 
de  nouveau.  Charles  ,  occupé  à  d'au- 
'  très  affaires,  envoya  contre   eux   trois 
de  fes  lieutenants.  Ils  furent  joints  par 
le    comte  Teuderic  ,    feigneur    Fran- 
S'iJ.       cois  ,    allié   à    la  maifon  royale.  C'é- 
toit   un   capitaine  de  grande    réputa- 
tion.   Mais  fon  mérite  ,   par  la  jalou^ 
fie   qu'il   infpira ,  devint    funeile   aux 
armes    Françoifes.    Les  trois   gcnéraïut 
craignant  qu'on  ne  lui  atrnbu'jx  ïhoiTr 


C    H,  A    R    L    E     M    A     G     N    E,     415 

neiir    de    la    vi6boire  ,   réfolurent  ■  de 
donner   fans   l'avertir.    Ils  décampent  Ann.  782.. 
avec  précipitation  5  s'avancent  vers  les      7^5' 
Saxons  qui  étoient  campés  au  pied  de 
la  montagne  de  Sintal  proche  du  Vé- 

ri  1 

ler  ,  Se  les  attaquent  avec  toute  la  con- 
fiance  que  peut  in  foirer  l'iiabitude  de 
vaincre.  Les  rebelles  cependant  fou- 
tiennent  vigoureufement  le  premier 
choc,  s'étendent  prom.ptement  â  droite 
&  à  gauche  ,  prennent  les  François  en 
flanc,  les  rompent  ,  &  en  font  un  hor- 
rible carnage.  Lepeu  qui  fe  fauva,  ne 
trouva  de  retraite  que  dans  le  camp 
de  Teuderic.  11  y  périt  quantité  d'olîi- 
ciers  &  de  perfonnes  de  marque ,  en- 
tre autres  Geilon  ,  connétable  du  roi. 

Cette  charge  cornmeîicolt  à  deve-  DTj;n-:té  du 
nir  coniîderable  ,  quoicpelle  ne  rut 
point  encore  parvenue  à  ce  haut  point 
de  grandeur  &  de  puillance  ,  ou  elb 
a  été  é-levée  dans  la  fuite.  Le  conné- 
table étoit  originairement  ce  qu'eft 
aujourd'hui  le  grand  écuyer  ,  il  avoic 
foin  de  l'écurie  &  des  chevaux  du 
roi.  11  y  avoir  fous  lui  deux  officiers, 
qu'on  appelloit  maréchaux  :  leurs  fonc- 
tions répondoient  à  celles  du  prsniiôi' 
ëcuyer.  Quelques  -  uns  d'eux  fe  font 
tellement    diftingaés  par    leur  valeur 

S  4 


41^    HiSTQiRE  DE  France. 
&  leur  prudence  ,  que  nos  rois  les  ont 
Ann.  781.  employés  dans  les  affaires  les  plus  ini- 
7«3-      portantes  de  l'Etat ,  ôc  leur  ont  confié 
le  commandement  de  leurs  armées  Se 
de  leurs  flottes.  Mais  ce  n'étoit  qu'une 
commiffion  pa{ragere.  Ce  fut  Mathieu 
Il  du  nom  ,  feigneur  de  Montmoren- 
cy ,  qui  mit  la  dignité  de  connétable 
au  premier  degré  des  honneurs  mili- 
taires ,  fous  'les  règnes    de   Philippe 
Augufte  5  de  Louis  VIII ,   &  de  faint 
Louis.  Celles  des  maréchaux  s'efl:  il-' 
luftrée  à  proportion  ;  elle  eft  même 
devenue  ,  par  l'extindion  de  la  pre- 
mière ,  le  plus  haut  grade  où  l'on  puifife 
parvenir  par   la    guerre.    Le  connéta- 
ble étoit  le  chef  des  armées  de  de  tous 
les  confeils.  11  avoit  le  pas  fur  le  chan- 
celier, même    au   parlement.   C'étoit 
lui  qui    nommoit  les    officiers  ,    qui 
donnoit  l'ordre  aux   troupes ,  Se    qui 
décidoit    de  toutes   les  bataittes.    Le 
roi  même  ,  fî  l'on  en  croit  un  ancien 
titre  de  la  chambre  des  comptes    de 
Paris,  ne  devait   ordonner  de   nul  fait 
d€  guerre  fans  fon  confentement.  Cette 
charge  étant    venue  à  vaquer  par    la 
mort  du  connétable  de  Lefdiguieres  ^ 
fut  fupprimée  par  lettres  du  roi  LoiiiJ 
XIIL  '♦ 


C    H    A    R    L    E    M    A    0'  K    E*     4x7 

Charles  n'apprit  la    défaite  de  ^  fes  ^^^^!r^ 
géncraax  ,   qu'avec    un  extrême    cha-  Ann.  7^4^ 
grin.  11   étoit  peu  accoutumé  à  de  pa-      7S^ 
reilles    nouvelles.   Il  marcha  fans  tar-     y.on^ei^ 

1  \    t         A          ij  j      reine  Kilds.— 

cier  a  la  tête  d  un  nouveau  corps  de  gardc^ 
troupes  ^  (Se  les  Saxons  avoient  encore  , 
pour  ainfi  dire ,  les  mains  teintes  du 
lang  des  François,  lorfquils  le  virent 
arriver  chez  eux  pour  en  tirer  une  mé- 
morable vengeance.  le  feul  bruit  de 
fon  approche  diilipe  l'armée  des  re- 
belles» Tous  les  feigneurs  de  Saxe  Uemy^ïïîiU, 
viennent  lui  protefter  qu'ils  n'ont  au- 
cune part  à  la  dernière  révolte.  On 
lui  livre  quatre  mille  des  plus  mutins  , 
à  qui  il  fait  couper  la  tcte  pour  fervis 
d'exemple  aux  autres.  Le  monarque,, 
après  un  fi  terrible  châtiment  ,  allai 
pader  l'hiver  à  Thionvilie.  Ce  fus; 
îà  c].u'il  eut  la  douleur  de  perdre 
la  reine  Hildegarde  ,  princefTe  aima- 
ble ,  qui  emporta  les  regrets  &  dui 
roi  &  de  la  nation.  11  époufa  quelque 
temps  après  Faftrade  ,  fille  d'un  f^i- 
gneur  Françoisr 

La  condernation  fat  le  premier  ef-     x^rdicf.iJ 
fet  de  l'horrible  carnaee  des  Saxons  :  reçoit  Te  b;it?'' 
mais    Dientot  elle  le  changea  en  rage  fouœeî^ 
^  en  défefpoir».  Vitikind  ,  ce  fier  ccsi- 
îage.   (^iie   sieii  tie  pouvoir  abbaasey 


4^5     Histoire  DE  Vrancï, 
reparut  en   Saxe  avec  un  autre   duc  ^ 

Ann.  784.  nommé  Albion,  Qc   réveilla  toute  la? 
78j»      fureur  de  la  nation.    Le  foulèvement 
fut  fi  général -y  ôc  lopiniâtretc  (i  vio- 
lente ,  que  trois  fanglantes  défaites  ne 

Ucmtïbii'  purent  les  £iire  rentrer  dans  le  devoir. 
Alais  ce  qui  n'avoit  pu  être  l'ouvrage 
de  la  force  ,  devint  celui  de  la  clé- 
mence. Le  vainqueur  rempli  d'eftime 
pour  la  haute  vaillance  de  Vitikind , 
lui  fit  offrir  le  pardon  de  fa  rébellion  , 
&c  des  otages  pour  sûreté  de  fa  parole.. 
Ce  trait  de  générofité  fubjugua  le  fier 
vSaxon.  Il  fe  rendit  à  Faifemblée  de 
Paderborn,  &  de-là  au  palais  d'Attigny 
fur  la  rivière  d'Aifne.  Charles  le  re- 
çut avec  tant  de  bonté  ,  qu'il  en  fit  uns 
conquête  a  l'Etat  &  à  la  religion.  Fvé- 
généré  dans  les  eaux  du  baptême  ,  il 
vécut  depuis  fi  chrétiennement ,  que 
quelques-uns  Pont  mis  au  nombre  des 
fainrs.  Il  y  en  a  qui  prétendent  qu'il  eft 
la  tige  de  l'augufle  famille  qui  règne 
aujourdhui  fur  la  France.  Albion  imita 
fon  exemple.  Tous  deux  de  retour  dans 
leurs  pays  ,  maintinrent  les  peuples 
dans  la  foumiflion  ,  &  moururent  ii-- 
dèles  a  Dieu  &  au  roi. 

€cniuration       L'expédition  de  vSaxe  manqua  d'crre 

fcnntcuroi.  xuneite  au  roi.  il  pouriuiV'Oiîi  Viulciiia 


C    :^    A    k    t    É    M    A    G    !>{/  E.      419 

-6i:  Albion  qui  s'ctoienc  reî:irés  aii-cleU  ^ 
de  l'Elbe,  lorfqu'il  reçut  l'avis  d'une  Ann.  784, 
conjuration  tramée  contre  fa  perfonne.      705^ 
On  a  cru  que  la  nouvelle  reine  y  avoir 

'  donné  occaficn  ;  Eginard  parle  de  Faf-   Es}n^rrd:.pD. 
trade   comme    a  une  remme  cnieile  ,  ,,jj^  CanU 
pour    laquelle   Charles  avoir  trop  de  Ma^r.^ 
condefcendance.    Quoi  qu'il  en   fbir ,. 

♦  la  confpiration  paroilToit  à  craindre 
j>ar  le  nombre  &  la  qualité  des  canjm- 
lés  ;  mais  elle  n'eut  d'autre  fuite  ,  que 
de  faire  éclater  la  grandeur  d'ame-' . 
du  monarque.  Il  ne  fit  mourir  aucun 
des  coupables.  Le  comte  Hailrade  , 
chef  de  la  conjuration  ,  eut  les  yeux 
crevés  r  les  autres  furent  envoyés  en 
exil.  Il  eft  à  remarquer  que  c'eft  la 
première  fois  que  le  fupplice  de  crever 
les  yeux  fe  trouve  ufité  en  France.  Ce 
genre  de  châtiment  eO:  emprunté  des 
Orientaux  y  chez  qui  il  étôit  alors  très- 
commun.  • 
Les  plus  jultes  éloges .  fuccéderent  il  mand'e  fer 
x  plus  vives  ail  armes.  L'énormiré  du  ^"'"''.'  ^;'^4''^'" 


aux 

crime  avoir  exciré  une  indignation  derbcin. 
générale  :  la  modération  du  monarque 
devint  le  fujet  de  la  plus  profonde 
admiration,  L'acttvje  du  roi  d'Aqui- 
ïame  acheva  de  diliîper  routes  les  idées- 
é^  ad-HeiTi^  ^  dliotr^^ir^  Chaiies ,  pouir 


4io    Histoire  de  France. 

'■' -  examiner  par  lui-même  les  progrès  de 

Ann.  784.  foii  éducation  ,  l'avoir  mande  a  Pader- 
785.  born.  Le  jeune  prince  y  fit  fon  entrée 
Idem  ,  m  à  cheval  5  vêtu  à  la  manière  dQS  Gaf- 
à  Piu  ^°^^  ^ '-^^^  pourpomt  rort  étroit  5  por- 
tant un  petit  manteau  rond  ,  ayant  les. 
manches  de  la  chemife  très-amples ,  le 
haut  de  chauffes  très-large,  &  de  peti- 
tes bottines ,  où  l'éperon  étoit  enfoncé» 
11  tenoit  un  javelot  à  la  main  \  3c  quoi- 
qu'il n'eut  que  fept  ans ,  il  manioit  foit 
theval  avec  tant  de  grâce ,  qu'il  fit  l'ad- 
miration de  toute  la  cour»  Il  avoit  pour 
Menins  quantité  de  jeunes  feigneurs 
du  même  âge  ,  &  pour  cortège  toute 
la  noblefTe  d'Aquitaine.  On  M'y  avoit 
laiiTé  que  les  marquis»  C'efl:  ainfi  qu'on 
appelloit  les  commandants  à^s  mili- 
ces 5  dont  la  deftination  étoit  de  veil- 
ler à  la  garde  des  marches  ou  frontiè- 
Fes-  Ce  nom  ii  commun  de  nos  jours  ,. 
cfî  celui  des  feigneurs  qui  tiennent 
rang  après  les  princes ,  les  ducs  j  &  les 
comtes  &, pairs»  Le  jeune  Louis  de- 
meura quelque  temps  auprès  du  roi  y 
ëz  ne  retourna  dans  k^  Etats  que  fur 
la  ^n  de  l'automne. 

— L'empire    François   joui  (Toit    d'une 

/nn.  j%^.  paix  profonde  :  elle  fat  troublée  tout-à- 
7^'*       coup  par  k  révolte  des  Eietous ,  qui 


C    H    A    R    1    E    M    A    G    N    Ï-.      42  T 

refLiferent    de   payer  le    tribut    qu'ils 
dévoient  à  la  France.    Le  roi  envoya  Ann.  78 tf. 
contre  eux   une   armée  ,  qui  les  fou-      1^1* 
mit  après  avoir  rafé  leurs  plus  fortes 
places.    Ils  donnèrent  des  otages;  ^^1^2^"^ 
leurs  princes  ,   obligés   de   céder  à  la 
grandeur  de  Charles  ,  vinrent  lui  ren- 
dre   d'humbles    hommages.   Le   mo-  Ji'-^^r^ ,  » 
narque  ,  raiiure  de  ce  cote-la,  parut 
pour  l'Italie  ,  laifTant  à  Vorms  la  reine 
&  les  princeifes  fes  filles.  Ce  voyage 
imprévu   déconcerta  les  projets  de  fes 
ennemis»  Arcgife   duc   de  Bénévent  , 
commencoit  à  brouiller  :  il  s'humilia  , 
êc  donna  fon  fécond  fils  pour  otage» 
La  cour  de  Confuntinople   ne    cher- 
choit  qu'un  prétexte  pour  rompre  avec 
la  France  :  elle    envoya  des  ambafla- 
deurs  au  roi  pour  le   complimenter  ^ 
&  Taiïurer  d'une  amitié  conftante.  Taf- 
fiUon   ,    duc    de    Bavière  ,  gémillanc 
fous  le  poids  d'une  foumifiion  forcée  ,, 
étoit   toujours   prêt  à  fe  révolter  :  il 
vint  fe  [eter  à  fes  pieds ,  lui  prêta  un 
nouveau  ferment ,  &  Fui  remit  fon  fils 
aîné  pour  garant  de  fa  fidélité.  Mais  il 
prit   enfuite  de  mauvais  confeils ,  re- 
noua fes  intrigues ,  de  excita  les  Huns 
à  faire  une  irruption  dans  k  Germanie.. 
Chsade5.  inilruitde  ce^  aiences  ,,  cour 


'421    Histoire  de  Finance. 

voqua  un  parlement  à  Ingelheini,  o4 
Ann.  788,  il  manda  tous  les  feigneurs  ào  France  y 
Ta/Tiiionefi:  ^^  Lombardie ,  de  Saxe  Se  de  Bavie- 
dépooîiié  de  re.  Taffillon  fe  croyant  alfuré  du  fe- 
cret  5  s  y  rendit  lans  aucune  dehanee. 
Mais  dès  qu'il  parut ,  il  fut  arrêté  ;  5€ 
le  monarque  remit  au  jugement  dé  l'af- 
femblée  le  châtiment  de  Tes  perhdie^^ 
Les  preuves  étoient  fi  claires  ,  qu'il  fut 
Uem,  ihid.  déclaré  criminel  de  bfe-majefté  ,  &"- 
condamné  à  mort  d'un  commun  con- 
sentement. 11  la  méritoit  5  Se  la  puni- 
tion paroiiToit  néceffaire  ;  mais  il  étoit 
coufin-germain  du  roi  :  cette  confidéra- 
tion  engagea  ce  prince  à  commuer  l'a 
peine.  Le  malheureux  duc  fut  rafé  ,  Se 
xelégué  d'abord  au  monaftere  de  faint 
•  Goar  fur  le  Rhin  ;  enfuite  à  celui  de 
Lauresheim  :  Théodon  fon  fils  amé  fut 
enfermé  dans  celui  de  fainr-Maximiii 
de  Trêves  ^  Se  Theudebert  le  cadet 
dans  un  autre  ,  dont  l'hiftoire  ne  dit 
point  le  nom.  Elle  garde  un  égal  filence 
îur  le  fort  de  la  ducheiTe  Luitberge.  Elle 
avoir  deux  filles  :  l'une  prit  le  voile  i 
Chelles  ,  l'autre  à  Notre-Dame  de  Soif- 
fqns.  Alors  le  Duché  de  Bavière  fut 
réuni  à  la  couronne  :  le  roi  y  mit  des 
'  êomtes  pour  le  gouverner  comme  Is^ 
autres  provinces  de  France^ 


C    H    A    R    L    Ë    M    A    G    N    E".      41^' 

Le  châriment  du  duc  de  Bavière  ne  ^. 


pue  fiirpeiidre  l'effet  de  fes  incrigues  ann.  788* 
avec  les  ennemis  de  l'Etat.  L'es  Huns  ou  Les  Huns  ^ 
Abares  ,  fuivant  leur  promelTe',  avoient  J^^s  <3recs  & 

'  ^  1  '  iesLombards 

mis  deux  années  en  campagne  :  1  une  prcnac-ntdes 
marcha  vers  la  Bavière,  pour  faire  le  i^^^^/^^P^"»^ 

>  ■*■  ensiler    les 

dé^at  fur  les  terres  de  France  :  l'autre  François  d'^ 
s'avança  vers  le  Ftioul,  pour  foutenir  ^a"^' 
le  parti  du  prince  Adelgife ,  qui  fe  pré- 
-paroit  à  fondre  fur  le  duché  de  Bcné- 
vent.  L'empereur  ,  depuis  la  ruptu-rs 
de  Ion  mariage  ,  ne  gardoit  plus  au- 
cune mefure  avec  la  cour  de  France.  Il 
s'étoir  ligué  ouvertement  avec  le  Lom- 
bard ,  &  lui  avoit  donné  les  meilleu- 
res troupes  de  l'empire  pour  l'aider  à 
recouvrer  les  Etats  de  fon  père.  La^^^'^»  ^^^f^* 
clarté  de  l'hiftoire  exige  qu'on  reprenne 
la  chofe  d'un  peu  plus  haut.  L'impéra- 
trice Irène ,  dans  la  crainte  que  Char- 
les n'enlevât  aux  Grecs  ce  qui  leur  ref- 
toit  en  Italie ,  lui  envoya  une  célèbre 
ambaiTade,  &  lui  lit  demander  Rotrude 
l'aînée  de  fes  hlles  pour  le  jeune  Conf- 
tantin.  Le  mariage  fut  arrêté  ,  &  la 
princeifé  fiancée.  On  mit  auprès  d'elle 
de  la  part  de  l'empereur  un  eunuque, 
nommé  Elifée ,  pour  lui  appiendre  la 
Lmgue  grecque,  &  la  former  aux  ma— 
nieiei;  d^s-  peuples  fur  c^ui  elle  d-evcsit 


424    Histoire  de  France^ 

régner.  Mais  cette  grande  alliance  ne? 
^NN.  788.  fiibiida  que  dans  le  projet  :  la  politique 
l'avoit  formée  :  la  politique  la  fit  dif- 
foudre.  On  ignore  quel  fut  l'auteur  de 
la  rupture.  Théophane  ,  hiftorien  con- 
temporain ,  prétend  que  ce  fut  Irène  , 
qui  craignoit  que  cette  union  ne  ren- 
dît fon  tils  trop  fier»,  &  ne  lui  fît  naî- 
-  tre  l'envie  de  gouverner.  Eginard ,  fe- 
crétaire  de  Charles ,  affure  que  ce  fut 
ce  prince  lui-même ,  qui  aimoit  fes  fil- 
les Jufqu  à  la  foibleile  ,  Se  ne  pouvoir 
fe  réfoudre  à  les  voir  éloignées  de  lui.. 
Quoi  qu*il  en  foit ,  Abares ,  Grecs  Se 
Lombards  ,  tout  confpiroit  à  chafTer 
les   François    d'Italie.    Le    monarque 
averti  de  tout ,  donna  ordre  à  tout ,  ôc 
fans  fortir  de  Ratisbonne ,  diilipa  cette 
horrible  tempête* 
îîsfonten-      Les  Huns  furent  entièrement  défaits^ 
^erement     ^  ^^^  Bavière   Se  dans  le  Frioul.   Ils 
revinrent  une  leconde  rois  :  ils  éprou- 
vèrent le  même  fort  :  on  en  fit  un  hor- 
rible carnage.   Tout  ce  qui  échappa  i 
l'épée   des  vainqueurs  ^  alla  fe  noyer 
dans  le  Danube.    Les  Grecs  n'eurent 
pas  un  meilleur  fuccès.  Ils  comptoient 
fur  Grimoald  fils  d'Arégife ,  à  qui  le  roi 
înalgré  les  fâcheux  préjugés  de.  la  cour 
duice  dç.  fou  perC;,  Se  fes  vives  remou)- 


Charlemagne.    4^5 
trances   du    pape  ,    venoit  d'accorder  *!^ï^r?T5 

rinvefliture  du  duché  de  Bénévent.  Ann.  j.^K 
Mais  le  jeune  duc  fenfible  à  la  vecon- lUm ,  ilid* 
jioifTance  ,  demeura  iidcle  aux  Fran- 
çois. Il  fe  joignit  à  Vinigife ,  l'un  des 
lieutenants  de  Charles  ,  &  au  duc  Hil- 
debrand.  Tous  trois  marchèrent  de  con- 
cert 5  6c  chargèrent  ii  vivement  les  en- 
nemis 5  qu'ils  les  rompirent  ôc  les  mi- 
rent en  déroute.  Telle  fut  la  fin  de  cette 
grande  entreprife.  Les  Abares,  outre 
trois  fanglantes  défaites,  s'attirèrent  un 
ennemi  qui  leur  forgea  des  chaînes 
qu'ils  ne  purent  brifer  :  les  Grecs  perdi- 
rent une  grande  &c  belle  armée  :  le  prince 
Lombard,  obligé  de  prendre  la  fuite, 
retourna  à  la  cour  de  Conftantinople 
mener  une  vie  longue  Se  méprifce. 

Le  rèi^ne  de  Charles  n'eil  qu'un  en-  ,  7" 

t    A        ^        j,   n-  T     •  Ann.  729. 

chainement  d  actions  militaires  :  tou-     ^,    , 

jours  une  expédition   eft  fiiivie  d'une  étend  fa  do- 
autre  ,  &  une  première  victoire  prépare  i^^j.!^'^;^^^'^ 
à  une  féconde.  Les  Vilfes  ou  Véléfi-  l^^T  Baiû- 
bes  ,   peuples   Rfclavons  qui   s'étoient  ^i"^* 
établis  entre  l'Elbe  &  l'Eider  ,  l'obligè- 
rent à  porter  fa  réputation  ôc  fes  armes 
jufc^ue  fur  les  bords  de  la  mer  Balti- 
que. Ces  barbares  faifoient  de  erands 
ravages  dans  le  pays  qu'on  nomme  au- 
jourd'hui Meckel bourg.  Les   Aboiii» 


fvwvasn 


42^    Histoire  de  France, 
tes   qui   l'habitoient   étoient   alliés  otx 
Ann.  78^.  tributaires  de  la  France.  Ils  portèrent 
:Eginard.  in  ^^^^^^  plaintes  au  roi ,  qui  leur  promité 
j^nn    b-  in  uti  prompt  Sc  puilTant  fecours.  11  partit! 
tag^H''^'     en  efFet  à  la  tête  d'une  nombreufe  ar-^ 
mée ,  paifa  le  Rhin  à  Cologne  ,  traverfa 
-    toute  la  Saxe  ,  fît  jeter  deux  ponts  fur 
l'Elbe  5  pénétra  bien  avant  dans  les  ter- 
res des  Vilfes,  battit  les  troupes  qui 
voulurent  s'oppofer  à  ia  marche  ,  ôc 
mit  tout  à  feu  &:  a  fang.  Déjà  il  appro- 
choir  de  la  capitale  ,  lorfque  les  chefs 
de  la  nation  ,  épouvantés  de  tant  de 
iuccès^  vinrent  au  devant  de  lui  pour 
fe  foumettre.  Tous  lui  firent  hommage 
&:  lui  jurèrent   fidélité.   Charles   leur 
pardonna  >  prit  des  otages ,  de  revinr  X 
Vorms  y  où  la  foumillion  de  tous  les 
peuples  de  fon  empire  lui  permit  de  fe 
repofer  quelque   temps    de  fes  longs 
travaux. 
1  ~"       Cette  année  de  tranquilité  fur  con- 

ANN.  790.    r         r        \      ^  1  •  '     '       T 

lacree  a  ces  œuvres  de  piete.  Le  mo- 

•    U  protège  •       /     i  r      i  r  i 

le?  égiîfes    marque  avoir  établi   des  magatnis   de 
d'Orient ,  «3c  blé    dans    différents    endroits*  de   fes 

reçoit  des       t?  'i    i      r       i  v   i 

préfc-iics  du    ^^ats  :  il  le  ht  donner  aux  pauvres  a  ia 
eaiifeAaron,  moitié  du  prix  fixé  par  les  ordonnan- 
ces. Sa  charité  ne  fe  bornoit  poini  à 
fes  feuls  fujets  ;  elle  s'étendit  juiqu'aa- 
dQii  des  mers.  U  envoya  en  Afric^uep 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    E.     427 

en  Egypte ,  Se  en  Syrie  des  perfonnes 

de  fa  cour ,  pour  diftribuer  des  fom-  ^j^,^^^^  ^^^■ 

mes  confidérables  aux  églifes  qui  gc- 

iniifoient  fous  la  tyrannie  des  ini^dèles. 

Ces  envoyés  avoient  ordre   de  porter 

de   maeniliques  préfens  au  calife  des      .    . 

f^  •    '^  ^         1,  \  •  1          Esm  in  vit' 

Saraznis  ,  pour  1  engager  a  traiter  nu-  (^^^oi  Ma^ac 
mainement  les  chrétiens  de  fa  domina- 
tion. Il  fe  nommoit  Aaron  :  cétoiî  le 
héros  de  l'Orient  comme  Charles  étoit 
celui  de  l'Occident.  11  avoit  conçu  une 
fi  haute  idée  du  monarque  François , 
que  pour  mériter  fon  amitié ,  il  lui  fa- 
criiia  la  fouveraineté  de  la  Terre  fain- 
te  5  ne  fe  réfervant  que  le  titre  de  fon 
lieutenant.  On  remarque  entr'autres 
préfents  qu'il  lui  fit ,  un  pavillon  de  fin 
lin  5  rarié  de  diverfes  couleurs  ^  fi  éle-  .  ^'^^'^  '  ^* 
vé  ,  qu'un  trait  décoché  par  le  bras  le 
plus  vigoureux  ne  pouvoir  aller  jul-  ^  iv:ei/iac. 
qu'au  fommet  :  ii  vafte  ,  qu'il  contenoic 
autant  d'appartements  que  le  plus  fu- 
perbe  palais.  Mais  ce  qui  attira  fur- 
tout  les  regards  des  curieux  ,  fut  une 
de  ces  horloges  qu'on  appelle  clepfy- 
dres,  parce  que  l'eau  les  tait  aller.  Le  Po'craSaxm* 
cadran  etoit  compoie  de  douze  petites 
•portes  5  qui  repréfentoient  la  diviiion 
•des  heures.  Chaque  porte  s'ouvroit  à 
l'heure  qu'elle    dévoie    indiquer  ,    ^^ 


4^^  Histoire  de  France. 
-— ■■-  '  (ionnoit  pafTage  à  un  nombre  égal  de 
Ann.  7^0. petites  boules,  qui  tomboient  en  diffé- 
rents temps  égaux  fur  un  tambour  d  ai^ 
fain.  L'oeil  jugeoit  de  l'heure  par  la 
quantité  de  portes  ouvertes ,  8z  l'oreiU 
le  5  par  celle  des  coups  que  les  boules 
frappoient.  Lorfque  la  douzième  heure 
fonnoit ,  on  voyoit  fortir  tout  à  la  fois 
douze  petits  cavaliers ,  qui  en  faifant 
le  tour  du  cadran ,  refermoient  toutes 
ces  portes. 

Dérordres      Ce  fut  vers  ce  même  temps  qu'An- 
ge lafamiUe    -11  ^  ,        1,     S/  ^-      1 
ïoyale.        gilbeit ,  Il  connu  dans  1  académie  du 

roi  fous  le  nom  d'Homère  ,  fe  retira 

de  la  cour ,   pour   prendre  l'habit  de 

moine.  C'éroit  un  jeune  feic^neur  ai- 

^^lll^!^'  ^^^^ble.  Il  ne  le  parut  que  trop  à  la  prin- 
celTe  Berthe  ,  iilk  de  Charles  :  il  en 
eut  deux  enfants ,  Nitard ,  qui  a  écrit 
une  partie  de  l'hiftoire  de  fon  temps  > 
ôc  Harnide  ,  dont  on  ignore  la  deftinée. 
On  a  prétendu,  mais  contre  toute  vé- 
rité 5  qu'il  y  avoit  un  mariage  réel. 
Eginard  afTure  en  termes  précis ,  que  le 
monarque  ne  put  jamais  fe  réfoudre  à 

Mat  ^^^'^^'  ^^^."^^'  aucune  de  fes  filles.  Cette  con- 
duite 5  quelque  nom  qu'on  verdile  lui 
donner  ,  lui  attira,  félon  le  même  au- 
teur ,  quelques  difgraces ,  qu'il  fçut  pm- 
demmeiit  diilimuier.  Il  y  a  toute  appa- 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N   E.    42-9 

rence  que  cette  aventure  &  le  fcdiidale  ^ """"'■"- 
que  donna  Hiltrude  par  {qs  galanteries  Ann.  750. 
avec  un  feigneur  nommé  Oclilon ,  doi- 
vent être  comptés  au  nombre  de  fes 
chagrins  domeftiques.  On  en  peut  dire 
autant  de  l'intrigue  de  Rotrude  avec 
le  comte  Roricon  ,  dont  elle  eut  un 
fils  nommé  Louis  ,  qui  fur  abbé  de 
faint  Denis  ôc  chancelier  de  France. 
On  veut  néanmoins  qu'il  ait  fait  épou- 
fer  Emma  à  ce  mcme  Eginard  ,  fon 
fecréraire  &  fon  hiftorien,  dont  il  avoit 
découvert  le  commerce  avec  cette  prin- 
ceiTe.  Cette  hiftoriette  a  tout  l'air  d'un 
roman.  11  n'eft  guère  probable  qu'un 
fujer  ait  diiîimulé  un  fi  grand  honneur 
de  la  part  de  fon  fouverain. 

Tout  étoit  foumis.   Charles  crut  la 
drconftance  favorable  pour   porter  \^^^^' 79^' 
guerre  chez  les  Huns ,  qui  ne  ceiloient  ^ 

À      C  '         j  r        r        1  1      Guerre  con- 

ae  raire  des  courtes  lur  les  terres  de  treUsH^un*. 
leurs  voifnis  ,  pillant  les  églifes  ,  & 
màiTacrant  les  prêtres  ,  les  religieux , 
Se  les  vierges  confacrées  à  J.  C.  Cette 
nation  barbare  habitoit  cette  partie  de 
la  Pannonie  ,  qu'on  nomme  aujour- 
d'hui l'Autriche  &  la  Hongrie.  Elle 
étoit  divifée  en  neuf  cantons  ou  cer- 
;les  féparés  les  uns  des  autres,  &  en- 
vironnés de  tous  les  côtés  d'une  haute 


430    Histoire  DE  France. 

*" levée  ,  &c  d'une   forte   pAïiTàdt,  qi|Ji 

Ann.  7^1.  leur  fervoienc  de  rempart.  Ce  retran- 
chement forcé  ,  on  trouvoit  quantité 
de  villes  ,  de  bourgs  &  de  villages', 
tous  revêtus  de  bonnes  murailles  ,  & 
il  peu  éloignés  entr'eux  ,  qu'un  honv 
me  en  élevant  la  voix  fe  pouvoit  faire 
entendre  de  l'habitation  la  plus  proche. 
On  communiquoit  d'un  cercle  *  à  lau^ 
tre  par  des  chemins  pratiqués^  dans  de;s 
taillis  peu  élevés  &  plantés  exprès.  Il  y 
avoir  plus  de  deux  cents  ans  que  cette 
république  fubfiftoit ,  redoutée  des  em- 
pereurs à  qui  elle  avoir  rendu  de  grands 
fervices  ,  ménagée  des  François  quj 
jufqu'alors  avoient  recherché  fon  ami- 
dé,  puiiïante  en  hommes,  riche  enfin 
I  des  dépouilles  qu'elle  avoir  enlevées  à 

*'  '  l'empire  &  à  la  Germanie.  Elle  n'étoit 

féparée  de  la  Bavière  que  par  la  rivière 
d'Ens  ,  qui  fe  jette  dans  le  Danube  un 
peu  au-delTous  de  la  ville  d'Ens.  Lç 
voifinage  de  la  France  fit  naître  quel- 
ques difficultés  fur  les  limites.  On  mit 
l'affaire  en  négociation  ;  mais  on  ne 
put  convenir  de  rien.  Les  Huns  né 
Voulurent  point  fe   relâcher   de  leurs 

;  -itU  y  a  toute  apparence  quele  nom  de  cercle  que  pofr 

tenc  aujourd'hui  quelques  provinces  de  Teirpire  ,  clf 
wris  de  c&t  endroit  de  l'ancieBne  hiftoire  Germani^!»» 


C     H    A    R    L    I    M    A    G    N*    E.'     45 1' 

prétentions.    Cette    opiniâtireté  ,    leur  """ '"* 

ûernieue  ligue  avec  Taliillon  ,  ôc  fur-ANH.  791^ 
tout    leur    haine    invincible    pour   le 
chriftianifme ,  furent  les  vrais  motifs 
qui  déterminèrent  le  roi  à  leur  décla- 
rer la  guerre. 

Il  alfembla  pour  cette  expédition  h  idem,m  Anti^ 
plus    grande   armée   qu'il   eût   encore 
lîiife  fur  pied.   Le  rendez-vous  géné- 
ral fut   à   Ratisbonne.    Le  jeune  roi 
d'Aquitaine  y  conduifit  lui-même  {es 
troupes.  Cétoient  fes  premières  armes  : 
Charles  fit  la  cérémonie  de  lui  ceindre 
l'épce.  Ce  fut  depuis  la  manière  d'ar- 
mer les  chevaliers ,  &  c'eft  probable-  Vîta  Lai- 
ment  l'époque  de  l'inllicution  de  cet''^"^'^' 
ordre.    Déjà   les   François   étoient  en 
marche ,  de  le  monarque  fe  préparoit  à 
palTer  la  rivière  d'Ens ,  lorfqu'il  reçut 
la  nouvelle  que  le  duc  de  Frioul ,  après 
un  horrible  carnage  des  Huns,  avoit 
forcé  un  de  ces  grands  retranchements 
qui  défendoient  l'entrée  de  chaque  cer- 
cle ,  pillé  une  partie  du  canton ,  &  fait 
un  prodigieux  butin.  Il  s'avance  aufli- 
tôt  avec  fon  armée,  pafTe  au  fil  de  l'épée 
tout  ce  qui  ofe  lui  réfifter,  pénétre  juf- 
qu'à  Vienne  qu'il  abandonne  au  pilla- 
'  ge  ,  afliege  les  deux  plus  fortes  places 
2u  pays  3  les  emporte  ,  ôc  les  réduit  m 


451  Histoire  DE  France. 
cendres.  Les  barbares  épouvantés  fc 
Ann.  7^1.  ^iiuverenc  avec  précipitation  fur  les 
montagnes  &  dans  les  bois.  Les  uns  y 
périrent  en  fe  défendant  courageufe- 
iiient  :  les  autres  fe  rendirent  fans  don- 
ner de  combat.  Le  vainqueur  perça  juf- 
qu  a  l'endroit  où  le  Raabe  fe  jette  dans 
le  Danube.  Ce  fut  le  terme  de  cette 
expédition.  Le  défaut  d'ennemis  ÔC 
l'approche  de  l'hiver  lui  firent  repren- 
dre le  chemin  de  la  France,  réfolu  de 
pourfuivre  au  printemps  prochain  une 
conquête  qu'il  avoir  fi  fort  avancée 
dans  une  feule  campagne.  Mais  ce  qui 
arriva  fur  ces  entrefaites,  l'obligea  de 
'  prendre  d'autres  mefures. 
Pepîn  fcti      Ce  prince ,  le   meilleur  de  le  plus 

pl're'cGnti^^' g^^^^^  ^'"^^  ^^^  jamais  régné  non-feule- 
lui.  ment  en  France ,  mais  en  Europe  ,  vit 

^  fes  jours  expofés  au  plus  noir  des  atten- 
tats. Pépin ,  dit  le  Boflfu ,  l'aîné  de  fes 
enfants ,  fut  le  chef  de  cette  horrible 
confpiration.  Il  étoit  fils  d'Himiltrude, 
fort  beau  de  vifage  ,  mais  extrême- 
ment contrefait.  Quoique  né  d'une 
concubine ,  il  prétendoit  avoir  droit  à 
la  couronne  ,  fuivant  l'ufage  établi  de- 
puis la  fondation  de  la  monarchie.  H 
llm  ,  U'U.Yoyoit  tous  fes  cadets  avantageufe- 
^m.  ^''•^''-^' ment  partagés  :  Charles  avoir  été  fait 

duc 


Charlemagne.  43  5 
duc  du  Maine.  Pepiii  roi  d'îcalie,  Louis 
roi  d'Aquitaine  :  lui  feul  étoit  fans  au-  Ann.  75^. 
cun  commandemeni:  &  fans  emploi. 
La  jaloufîe  lui  infpira  des  idées  de  ré- 
volte. Les  feigneurs ,  mécontents  dQs 
hauteurs  de  Faftrade  ,  ne  cherchoient 
qu  a  irriter  fon  reiTentiment.  Les  Huns 
ôc  les  Saxons  La  promettoient  leur 
afîîftance.  Les  Lombards  toujours  prêts 
à  remuer,  les  Grecs  toujours  jaloux  de 
la  grandeur  du  monarque  François,  tous 
les  ennemis  de  la  France  dévoient  pren- 
dre les  armes  pour  l'élever  fur  le  trône. 
Mais  il  connut  bientôt  qu'il  ne  réuf- 
fîroit  pas  à  force  ouverte  :  il  forma 
l'exécrable  delTein  de  faire  afTalîîner 
fon  père  ôc  fes  trois  frères.  Le  jour 
étoit  pris  pour  l'exécution  de  cet  hor- 
rible parricide.  Mais  la  Providence 
permit  qu'un  Lombard ,  nommé  Far- 
dulfe ,  s'endormît  dans  un  coin  de  l'é- 
glife   où    les    conjurés    s'affemblerent  ; 

pour  prendre  leurs  dernières  mefures.^ 
11  entendit  tout  le  fecret ,  &  en  avertit 
le  roi.  On  fe  faifit  aulH-tôt  de  Pépin 
fc  de  tous  fes  complices.  Le  parlement 
fut  alfemblé  ,  &  les  coupables  jugés 
dans  toute  la  févéçité  des  loix.  La  clé- 
mence étoit  la  vertu  favorite  du  prin- 
ce, il  y  en  eut  peu  d'exécutés  ;  le^  autres 

Tome  I,  X 


454   Histoire  de  France. 

wuH,,«j...^—  furent  envoyés  en  exil  ,  &  leurs  bieii$ 

Ann.  y^i.confifqués.  Le  nouvel  Abfalon  fut  rafè 
de  confiné  au  monaftere  de  Prum  danj 
l'évèché  de  Trêves.  Fardulfe  pour  ré-- 
eompenfe  eut  Tabaye  de  faint  Denis,  |. 

",  Les  deux  rois ,  fils  de  Charles ,  ai| 

NN.  793-  ^^QYniQï  bruit  de  la  conjuration,  fe  ren- 
dirent  à  Ratisbonne ,  où  ils  eurent  U 
fatisfadion  de  trouver  tout  tranquile 
par  le  châtiment  des  coupables.  Ils  y 
furent  reçus  avec  la  tendreffe  que  mé- 
IginarL  in  ritoit  leur  zèle  empreflfé  ,  &  avec  tous 

^maU  Yq^  honneurs  dus  à  de  jeunes  héros ,  qui 
venoient  de  /ignaler  leurs  armes  par  la 
défaite  des  rebelles  du  duché  de  làénè-' 
vent.  Pépin  n'y  féjourna  que  fort  peu 
de  temps  \  la  jaloufie  des  Grecs  rendoit 
fa  préfence  nécefTaire  en  Italie.  Louis 
y  paffa  tout  l'hyver  :  il  devoit  être 
d'une  féconde  expédition  contre  les 
Huns.  Mais  les  nouvelles  qu'on  reçue 
de  Saxe  &  d'Efpagne ,  fufpendirent 
l'exécution  de  ce  grand  projet.  Le  com* 
îe  Theuderic  avoir  eu  ordre  d'afTem* 
bler  les  troupes  de  Frife.  11  les  condui-» 
foit  en  Saxe  où  il  croyoit  tout  fournis , 
lorfque  cette  infidèle  nation  l'attaqua 
à  Ruftringen  proche  du  Véfer,  &  la 
défit  entièrement.  Les  Sarafins  de  leuf 
côté  avoieiu  furpris  Barcelone  ^  forcé 


Gharlemagne.    43  5 
le  palTage  des  Pyrénées ,  brûlé  les  faux-  ^ 


bourgs  de  Narbonne,  battu  le  duc  deÂNN.  7^3. 
Touloufe  qui  étoit  venu  à  leur  ren- 
contre ,  de  ravagé  tout  le  Languedoc. 
Les  révoltes  des  Saxons  ,  lorfqu  ils  Ç'^''^"* '^■^^'•^" 
ctoient  abandonnes  a  eux-mêmes ,  ne 
furent  jamais  regardées  comme  une 
affaire  fort  importante  :  i'excurlion  des 
Maures  caufa  plus  d'inquiétude. 

Charles  renvoya  le  jeune  Louis  en  ^^  entre- 
Aquitaine  5  avec  ordre  de  fe  mettre  fjîndre  l'o- 
promptement  en  état  de  marcher  con-  céan  au^ 
tre  les  Sarafins.  11  aflembla  lui-même  °"^  "^^" 
fon  armée.  Mais  il  ne  crut  pas  devoir 
s'engager  fî-tôt  dans  la  Saxe  :  les  trou- 
pes cependant  ne  demeurèrent  pas  01- 
îives.  Il  avoit  formé  un  grand  projet 
pour  la  eommunica.ion  de  l'Océan  Se 
du  Pont  -  Euxin.  L'entreprife  eût  été 
d'une  grande  utilité,  tant  pour  le  com- 
merce des  provinces  ,  que  pour  l'ex- 
pédition qu'il  m.éditoit  contre  les  Aba- 
res.  Elle  ne  paroiiToit  pas  de  difficile 
exécution  :  il  ne  s'agiffoit  que  de  join- 
dre le  Rednitz  à  l'athmul.  La  première 
de  ces  deux  rivières  mêle  fes  eaux  vers 
Ramberg  à  celles  du  Mem  ,  qui  fe 
jette  dans  le  Rhin  près  de  May ence, 
&  le  Rhin  dans  l'Océan.  La  féconde 
va  fe  décharger  dans  le  Danube  à  Kel- 

T  2 


r 

4^6    Histoire  DE  France. 

"^  heim  ,  &c  le  Danube  dans  la  mer  noire, 

Ann.  7p3.au  Pont-Euxin.  Le  canal  devoir  avoà 

rrois  cents  pieds  de  Lirgeur   fur  envi»- 

ron  deux   lieues  de  longueur.   Tout^ 

l'armce  fut  employée  à  le  creufer.  Déjjji 

elle  avoit  pouffe  le  travail  jufqu'à  deuj: 

mille  pas.  Mais  le  peu  de  confiftanqe 

du  fol ,  les  pluies  continuelles ,  l'éboii- 

lenient  des  terres ,  &c  le  défaut  de  millç 

inventions  fi  communes  de  nos  jours, 

le  firent  interrompre  :  le  peu  d'efpé- 

rance  de  réulîir  contraignit  enfin    d^ 

l'abandonner   totalement. 

"  On  reçut  dans  ce  même  temps  la 

Ann.  7^4.  nouvelle  qu'lffem  ,  roi  de  Cordoue, 

Concile  de  après    avoir  perdu  une   fanelante  ba^ 

Francfort,        ^.,,  ^Airr  r  /» 

taille    contre   Alronle  ,  lurnomme  le 
Chafte  5  avoir  rapelé    les    Sarafins  du 
Languedoc.  Charles ,  raffuré  de  ce  côté- 
là,  fe  difpofa  fcrieufement  à  la  guerrç 
de  Saxe.  Mais  avant  de  Tentreprendre, 
il  affembla  ce  concile  fi  fameux  darw 
Egînard.  în  nos  Annales  fous  le  nom  de  Francfort: 
Annal.         ^'eft  un    des  plus   célèbres  de  leglif^ 
d'Occident.  Il  s'y  trouva  plus  de  trois 
cents  évèques  de  France  ,  de  Germa- 
nie ,  de  Lombardie  ,  d'Angleterre  & 
d'Efpagne.  Le   monarque  y   parut   fui 
fon  trône ,  avec  toute  l'autorité  quar 
voient  autrefois  les  empereurs   chr4r 


^     Charlemagne.   437 
tiens   dans  ces   religieufes  aflemblées. 
Je  me  fuis  rendu  à  vos  prières  ,    die  ce  A.nn.   7i)4. 
prince    dans   une   lettre   adrefTce    aux     Epil  Ca. 
églifes  d'Efpagne  :  J'ai- pris  place  par-'-^^^X 
mi  Us  évêques  comme  auditeur  <y  comme 
arbitre  ;  nous  avons  vu  j  &  par  la  grâce 
de  Dieu  ,  nous  avons  arrêté  ce  quilfa^ 
hit  croire  fermement.  L'iiéréfîe  de  Félix ^ 
cvêquc  d'Urgel ,  avoir  fait  convoquer     sirmonh 
ce  concile  :  ce   rut  auiii  la   première  call.  can,  i, 
affaire  qu'on  y  traita.  Ce  prélat ,  foute- 
nu  d'Elipand  métropolitain  de  Tolède, 
enfeignoit    publiquement   qae    Jélus- 
Chriil  5  coniidéré  félon  la  nature  hu- 
maine,  n'étoit.que   le  fils  adoptif  de 
Dieu  j  ce  qui  étoit  admettre  deux  iils  , 
par  conféquent  deux  perfonnes.  Cette 
dûéirine  ,  déjà  foudroyée  à  Epliefe  ,  fut 
profcrite  tout  d'une   voix  à  Francfort. 
On  examina  enfuite  la  décidon  du 
fécond  concile  de  Nicée  fur  le  cultç 
des  images.  Elle  portoit  qu'on  ne  de-*- 
voit  pas  leur  refufer  le  falut,ni  l'ado- 
ration ,  non  de  latrie  ,  qui  n'appartient 
qu'à  Dieu ,  mais  d'honneur  ,  tel  qu'on 
le  rend  aux  faints ,  comme  à  des  amis 
de  Dieu.  Ces  paroles  étoient  claires  ; 
mais  foit  intérêt  de  nation  Se  pour  faire 
fa  cour  au  prince ,  foit  ignorance  de  la 
langue  grecque  ,  foit  eniin  ce  qui  eft 

Ti 


^43^    Histoire  de  France. 

T— — ^**  plus  probable  ,   qu'on   eût  produit  dô. 

Ann.  754  fauxaâres  de  ce  concile,  on  crut  y  voit 
un  anathême  lancé  contre  quiconque 
ne  rendroït  pas  aux  images  desfaints  le 
"  culte  &  r adoration  quon  rend  à  la  di" 
yine  Trinité,  Les  pères  de  Francfort, 
fur  ce  faux  expofé  ,  le  rejetterent  d'un 
confentement  unanime  ,  &  défendi- 
rent de  le  regarder  comme  écuméni- 
que.  On  envoya  ce  décret  au  pape  ,' 
avec  un  ouvrage  théologique  ou  l'on 
réfutoit  fort  au  long  la  doétrine  de 
Nicée.  C'efl  ce  qu'on  apelle  les  livres 
Carolins,  parce  que  Charles  les  adopta, 
&  s'en  déclara  l'auteur.  Adrien  y  ré- 
pondit avec  force  ,  mais  en  même- 
temps  avec  douceur,  agiffant  en  cette 
occafion  comme  un  homme  fage ,  qui 
foutient  hautement  la  vérité ,  mais  qui 
ne  veut  rompre  ni  la  paix ,  ni  l'unité. 
11  fe  contenta  de  la  proteftation  qu'on 
faifoit  en  France  de  fuivre  le  fentiment 
de  faim  Grégoire  le  Grand  ,  qui  dit 
^ue  ceux  qui  voient  les  images  j  ne  doi^ 
vent  adorer  que  la  fainte  Trinité  ;  mais 
quil  faut  les  honorer  par  rapport  à  ce 
qu  elles  repréfentent.  Cette  prudente 
conduite  produiiit  tout  l'effet  qu'on  en 
devoit  attendre.  Les  vrais  adtes  du 
concile    parurent  ;   la  prévention   fe 


I 


C    H    A    R   L    E    M    A    G   N    E.      439 

xliflipa  :  le    concile  fut  reconnu  pour   ,_ 
écuménique.  Ann.   704. 

Le  malheureux  TafliUon  parut  dans  Mort  de  la 
cette  affemblée  en  habit  de  moine ,  ^;^^^  ^^^""- 
pour  implorer  la  clémence  du  monar- 
que. Il  avoua  publiquement  toutes  fes 
infidélités ,  demanda  humblement  par- 
don ,  Se  renonça  authentiquement 
pour  lui  &:  Tes  enfants ,  à  tous  les  droits 
qu'il  pouvoit  avoir  fur  le  duché  de 
Bavière.  Le  Roi  lui  affara  une  penfion, 
êc  le  fit  transférer  au  monaftere  de 
Jumiege  ,  où  il  palTa  le  refte  de  fa  vie  ^^^^'  can.  j, 
avec  les  deux  princes  fes  fils.  La  reine 
laftrade  mourut  fur  ces  entrefaites. 
Charles  l'a  voit  aimée  jufqu'à  la  foi- 
bleile  :  il  la  regretta  de'  même.  La  fierté  ^^^ï-  ^«^w- 
de  cette  princeife  ,  fes  hauteurs  ,  fes 
cruautés,  l'ont  rendue  odieufe  à  la  na- 
tion. Deux  fois  le  monarque  vit  fes 
jours  expofés  pour  fes  trop  grandes 
complaifances  aux  volontés  de  cette 
femme   impérieufe. 

Dès  que  le  concile  de  Francfort  fut     ^^  marche 

ri         I     \  '  1  1       c  contre    les 

lepare ,  le  roi  marcha  contre  les  taxons,  saxons. 
La  préfence    d'un  monarque  tant  de 
fois   vainqueur  ,    répandit    une    telle 
confternation  ,  que  ces  peuples  au  lieu  chron,  Moif; 
de  courir  aux  armes,  vinrent  s'humi-i^^c* 
lier  devant  leur  maître,  Ce  bon  prince 

T4 


440    Histoire  DE  France. 

•  ^eur  pardonna  de  nouveau  ,  &:  fe  con^ 

Ann.  794-  tenta  pour  cette  fois  d'enlever  un  ciera 

^«n.  i^uid.  Je  leur  armée,   qu'il    fit  tranfporte^ 

dans  différentes  parties  de  fon  royaui- 

^^^-  Mais  cet  exil  ne  put  contenir  ceut 

Ann  79Î  ^"'^^  ^/?^^  ^^^^^^  ^^"^  ^^  P^y^-  ^^  ^^^^^'^^ 
avancé  à  la  tête  de  fes  troupes  jufqu  aux 

bords  de  l'Elbe  pour  donner  audience 

au  roi  des  Abodrites  ,  lorfqu'il  apprit 

que  ce  prince  ,  ami  de  tout  temps  & 

Mêle  allié  de  la  France  ,  avoit  été  tué 

dans  une  embufcade   que  les  Saxons 

^.^nn.  F^zn.  j^û  tendirent.  11  en  fut  fi  irrité  ,  qu'iî 
abandonna  toute  la  Saxe  à  la  fureur 
du  foldat.  Elle  fut  ravagée  ,  &  vit 
périr  plus  de  trente  mille  de  fes  ha- 
bitants. 

~~~      Charles  ,  durant  le  cours  de  cette 

ANN.    796.  ^        /  !•    •  1  ,. 

1.  ,      f  •  ^^P^"ifion  9  donna  audience  aux  am- 
honm'JTe'au^^'^^^^eurs  de  Theudon ,  l'un  des  plus 
fei  *^off°''^"  gî^a^^^s  feigneurs  de  Ja  nation  des  Aba- 
Zns°,  ^^'    ^^^'  ^}s  venoient  alfurer  ce  prince  de  la 
fournifïion  de  cette  partie  de  la  Pan- 
nonie  qui  obéifToit  à  leur  maître.  On 
apprit  de  ces  envoyés  ,  que   les  Huns 
éroient  extrêmement  affoiblis  par  leurs 
difTenlions  domefliques.  Le  monarque 
fçut  profiter  de  la  conjondure  :  il  donna 
ordre  à  Henri  duc  de  Frioul  ,  de  mar- 
cher de  ce  cote -là   avec  une  armée. 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    E.      44T 

Le  fuccès  fat  des  plus  heureux.  Le  gé- 
néral François  força  la  capitale  du  Ann.  7p<J. 
pays  ,  ou  il  trouva  des  treiors  ineiti- 
mables.  C'étoient  les  dépouilles  de 
tous  les  peuples  de  l'Europe  ,  que  ces 
barbares  ne  ce(ïoient  de  piller  depuis 
plus  de  deux  (iècles.  Il  les  envoya  au  rai,  ,  ;■; 

qui  en  fit  de  grandes  largelfes  aux  fei- 
gneurs ,  aux  foldars  &c  à  toutes  les  per- 
fonnes  qui  l'avoient  bien  fervi.   11  en 
deftinoit  une  partie  à  Téglife  de  Rome 
&  au  pape  Adrien  ,  lorfqu  il  apprit  la 
mort  de  ce  tendre  ami.  11  pleura  cette  Egîn.  în  vha 
perte  comme  celle   dun  fils  ou  d'un  ^''"'^^"^''^' 
frère  :  c'eft    l'expreilion  d'Fginard.  Il    Tom  t  r. 
ordonna  par  -  tout  des  prières  ,  fit  de  ^''"^'^'  ^"^^^ 
grandes  aumônes  pour  le  repos  de  fon 
ame  ,  compofa  en  vers  latins  fon  épi- 
taphe  qui  eft  gravée  fur  fon  tombeau. 
à  la  porte  de  l'églife  de  faint  Pierre» 
Le  nouveau  pape,  c'étoit  Léon,  troi- 
fieme  du  nom ,  lui  dépêcha  des  légats 
pour  lui  faire  part  de  fon  exaltation, 
lui  porter  les  clefs  de  la  confeiîion  de  ^  H 

faint  Pierre  avec  l'étendard  de  la  ville 
de   Rome  ,    &    le    prier    de   députer 
quelqu'un  de  fa  cour  pour  recevoir  le    ' 
ferment  de  fidélité   des  Romains.  Ce     îhdem. 
qui  prouve   qu'en  cédant  aux    fouve- 
îains    pontifes    le  domaine    utile    de 


gP  I.1J JHiKWWfca 


'441    Histoire  t>E  France. 
!  l'ExarcAt  &  de  la  Pentapole  ,  nos  roîs 


Ann.  -]^c.  n'ont    jamais   prétendu    fe   dépouiller 
de  la  fuzei::aineté. 
Conquête      Les  Abares  ,    cependant,   oubliant 

de  la  Panno-  1  •       /   ^  •    ^i-  r 

;nie.  leurs  mtcrcts  particuliers  pour  ne  lon- 

ger qu'au  bien  de  la  cauie  commune , 
avoient  élu  un  cham  ou  un  prince, 
6c  fous  fa  conduite  étoient  rentrés  dans 
leur  principale  forterefTe.  Charles  ,  fur 
cette  nouvelle  ,  ordonna  au  roi  d'Italie 
de  marcher  avec  toutes  les  forces  de 
Lombardie  &  de  Bavière ,  pour  com- 
battre le  nouveau  monarque  ,  avant 
Qu'il  put  fe  mettre  en  état  de  recom- 
Fgin.^rd.  în  menccr    la    guerre.    Pépin     ralTembla 

MnaL  promptement  toutes  fes  troupes  ,  tra- 
verfa  cette  partie  de  la  Pannonie  qu'on 
nomme  aujourd'hui  P Autriche, 6^:  pafïà 
le  Danube  vers  l'endroit  le  plus  proche 
de  la  capitale  du  pays.  Le  cham  à  la 
tête  d'une  armée  compofée  de  tout  ce 
qu'il  y  avoit  de  plus  grands  feigneurs 
parmi  les  Huns ,  lui  préfenta  la  batail- 

fittn,  Fuîd,  ^^  '  ^^  ^"^  défait  ôc  tué  ;  la  ville  de  Rin- 
ga  forcée  ,  pillée  ,  rafée  ;  la  garnifon 
pafTée  au  fil  de  l'épée  ,  ôc  les  vaincus 
p,Qufirés  jufqu'au  -  delà  de  la  Teiife. 
Cette  vidoire  fut  le  terme  fatal  de  la 
puiiTaace  de  cette  fameufe  république 
,j  ufqu'alors  fi  peuplée  ,  fi  vaillante  ,  ôc 


ChàrlemAgne.  445 
fi  riche.  Toute  fa  nobleiTe  périt  dans 
les  différents'  combats  qu'elle  eut  à  A.nn.  7^^- 
foutenir.  Ceux  qui  échaperent  au  vain- 
queur 5  fe  fournirent  au  joug  de  k 
France,  ou  fe  retirèrent  chez  les  na- 
tions voifines.  S'il  y  eut  par  la  fuite 
quelques  révoltes ,  on  doit  moins  les 
regarder  comme  les  efforts  d'un  Etat 
qui  cherche  à  fe  relever  ,  que  comme 
les  dernières  convuKions  d'une  liberté 
qui  expire.  Elles  furent  prefque  auffi- 
tôt  réprimées  qu'excitées. 

Pépin  ,  chargé  des  dépouilles  de  la  d>Aix!^'"'' 
Pannonie  5  prit  le  chemin  d'Aix-la- 
Chapelle  5  où  le  roi  fon  père  ,  après 
avoir  ravagé  la  Saxe  ,  s'étoit  rendu  .  ^ 
avec  Lutgarde  qu'il  avoit  époufée  de- 
puis peu.  La  marche  du  jeune  prince 
re(fembloit  à  un  triomphe.  On  ne 
voyoit  qu'or  &  argent  fur  fes  habits  & 
fur  ceux  de  fes  foldars.  Jamais  tant  de 
magnificence  n'avoit  paru  en  France. 
Tout  retentiffoit  des  éloges  du  héros , 
qui  à  vingt  ans  venoit  non-feulemenc 
de  dompter  ,  mais  en  quelque  forte 
d'exterminer  une  nation  ,  qui  depuis 
plus  de  deux  cents  ans  étoit  la  terreur 
de  toute  l'Europe,  il  paffa  le  rçfte  'de 
l'hiver  à  Aix ,  où  il  célébra  les  fèces  de 
Nocl  &c  de  Pâque  dans  la  fuperbe  cha- 

t  6 


444  Histoire  de  France. 
pelle  que  Charles  venoit  d'élever  en 
i\Nv.  7^6  riionneiir  de  la  fainte  Vierge  ,  &  qui 
Egin.  in  lùta  à  donné  le  nom  à  cette  ville  ,  dont  il 
(jaroL.  Mug,  £^  depuis  le  fiege  de  fon  empire.  C'é- 
toit ,  dit  Eginard  ,  un  édifice  admira- 
ble, &  pour  le  travail  ôc  pour  la 
ftrudure.  Tout  ce  que  Rome  6c  Ra-* 
venne  avoient  de  plus  beau  marbre; 
fut  employé  à  le  décorer.  Le  dôme 
étoit  furmonté  d'un  globe  d'or  maflif. 
Les  portes  &  les  baluftres  étoient  de 
bronze  ;  les  vafes  Ôc  les  ornements 
d'une  richefîè  dont  on  n'avoit  pas  en- 
core vu  d'exemple. 

Palais  dAîx-        T  1    •  1  r  r 

la- Chapelle.  -^e  paiais  que  ie  monarque  ht  conl- 
truire  au  même  endroit,  n'annoncoir 
ni  moins  de  grandeur  ,  ni  moins  de 
magnificence.  11  y  avoir ,  difent  les  au- 
teurs du  temps ,  des  portiques  fi  valles  > 
que  tous  les  foldats  de  routes  les  per- 
fonnes  de  fervice  pouvoient  s'y  met- 
rre  a  couvert.  Les  leigneurs  avoient 
leurs  logements  au-defilis  de   ces  fu- 

Sc:i'[^uL  P^i^bes  galeries.  L'édifice  fe  trou  voit 
difpofé  de  façon  ,  que  le  roi ,  fans  for- 
tir  de  fa  chambre  ,  éroit  à  portée  de 
voir  tout  ce  qui  entroit  dans  les  au- 
tres apartements.  On  y  avoit  pratiqué 
différentes  falles  ,  les  unes  pour  les 
conférences  des  eccléfiaftiques  du  pa- 


Charlemagne.  445 
lais  &  des  prélats  qui  venoient  à  la 
cour  pour  les  affaires  de  leurs  églifes  y  Ann.  796. 
les  autres  pour  les  diètes  des  grands  y^puitim- 
vallaux  j  d  autres  enhn  pour  ces  allem-  ^,  ^^^ 
blées  mixtes,  qu'on  appelloit  indiffé- 
remment fynodes  ou  plaids ,  parce  que 
le  concours  du  clergé  &  de  la  nobleffe 
les  rendoit  en  effet ,  &  des  conciles  ^ 
&  des  parlements.  On  y  avoit  égale- 
ment ménagé  divers  endroits  pour  les 
audiences ,  foit  de  l'apocriHaire  ou  du 
grand  aumônier,  qui  jugeoit  alors  tou- 
tes les  affiires  eccîéfiaftiques  ,  excepté 
celles  dont  le  roi  s'étoit  réfervé  la  con- 
noi/îance,foit  du  comte  du  palais,  qui 
décidoit  de  tout  ce  qui  regardoit  la 
maifon  du  prince  ,  foit  du  grand  réfé- 
rendaire 5  qui  avoit  l'anneau  royal ,  il- 
gnoit  \qs  grâces,  &  expédioit  toutes  les 
lettres.  On  y  voyoit  auili  quantité  d'a- 
partements  deftinés  aux  officiers  do- 
meftiques,  Il  y  en  avoit  pour  le  cham- 
bellan ,  dont  la  principale  fondlion 
étoit  de  prendre  les  ordres  de  la  reine 
pour  les  préfents  qu'on  faifoit  aux  étran- 
gers ,  aux  ambaffadeurs  &  aux  troupes  j 
"pour  le  fénéchal ,  pour  le  grand  bou- 
teiller  ,  pour  le  connétable ,  pour  le 
grand  maréchal  ,  pour  les  quatre  ve- 
neurs 5  pour  le  fauconnier ,   pour    le 


'44^  Histoire  de  France. 
confeiller  d'état,  pour  les  députés  de 
Ann.  7<)^.  tous  les  pays,  fujets  de  la  France,  pour 
tous  les  vaiïaux  enfin  qui  fuivoient 
leurs  feignenrs  à  la  cour.  Cette  defcrip- 
tion  copiée  fidèlemer>r  des  anciens  au- 
teurs 5  donne  une  haute  idée ,  &:  de  lou- 
vrage ,  6c  du  monarque  qui  l'ordonna. 
Us  amufe-      Mais  parmi  tant  de  grands  objets 

mènes  du  •     r       •  i  i        i  • 

Hionaf-iue.  9^1  hxoient  les  regards  des  curieux  > 
on  admiroit  fur-tout  un  portique  d'un 
travail  incroyable  &  d'une  magnificen- 
ce extrême ,  qui  conduifoit  du  palais  à 
la  bafilique.  On  y  voyoit  aufli  des  ther- 
mes ,  ouvrage  tout  à  la  fois  de  l'art  ôc 

c.Ù'm''''  ^e  la  nature  ,  fi  fpacieux  ,  &  fi  abon- 
clant5  en  eaux  chaudes ,  que  plus  de  cent 
perfonnes  pouvoient  y  nager  enfem- 
ble.  C'étoit  l'un  des  exercices  les  plus 
ordinaires  du  monarque.  11  le  prenoit 
jion-feulement  avec  les  rois  fes  enfants,, 
mais  fouvent  avec  les  feigneiurs  de  fa 
cour  5  quelquefois  même  avec  les  offi- 
ciers de  les  foldats  de  fa  garde  :  &  l'au- 
teur de  fa  vie  remarque  qu'il  y  excel-, 
loit  par-defTus  tous.  Les  courfes  à  che- 
val èc  la  chaflTe  faifoient  encore  une 
partie  de  fes  amufements*,  mais  le  plus 
cher  de  le  plus  frcc]aenr  étoit  la  ledbu- 
re.  Il  fe  f.ifoit  lire  â  table ,  tantôt  les 
puvrages  de  faiuc  Auguftiia  ,  fur-tout; 


Charlemagne.  447 
la  ciré  de  Dieu ,  tantôt  Thiftoire  des 
rois  {es  prédéceflfeurs  :  cette  le<5ture  lui  ann.  796. 
paroilToit  le  plus  doux  aiTaifonnemenc  Idem^  ihîd,, 
de  fes  repas  ,  où  régnoit  une  grande 
frugalité.    Il   lifoit    auflî   fort   fouvent 
l'écriture  fainte ,  ôc  les  écrits  des  faints    ' 
pères  qui  fervent  à  la  bien  entendre. 
Par-là,  il  devint  très-bon  aux  pauvres , 
jufte,  équitable,  grand  obfervateur  àes 
loix  de  du  droit  public. 

On  voit  5  en  fiûvant  l'hiftoire  de  fon  Ses  occ«<f 
règne ,  qu'il  partageoit  fes  foins  entre  P^"^*^* 
deux  fortes  d'affaires ,  félon  les  dif- 
férentes faifons.  L'été  ôc  l'automne 
étoient  deftinés  aux  expéditions  mili- 
taires 5  ou  a  quelques  voyages  fur  les 
frontières  :  l'hiver  Se  le  printemps 
étoient  employés  à  difpofer  les  affaires 
du  royaume,  auxquelles  il  vaquoit  fore  jv/^^  i^i^; 
foigneufement.  Mais  il  n'y  avoit  pas 
un  inftant  dans  Tannée ,  pas  un  mo- 
ment du  jour,  où  il  ne  fut  prêt  à  ren- 
dre la  jufiice.  il  regarda  toujours  cette 
noble  fondlion  comme  la  plus  grande 
affaire  &  le  propre  devoir  des  rois. 
Par-tout  Se  à  toute  heure ,  il  étoit  prêt 
à  donner  audience.  Souvent  interrom- 
pant fon  fommeil ,  il  fe  levoit  quatre 
ou  cinq  fois  la  nuit  ,  ordonnant  d-e 
faire  encrer  non-feulemenr  fes  amis. 


44^     Histoire  de  France. 
-  mais  encore  ceux  qui  avoient  quelque 
Ann.   -j^g.  procès  que  le  comte  du  palais  n'avoir 
.Jiii.        pu  terminer.  Le  tems  même  de  s'ha- 
biller étoit  occupé  utilement.  11  écou- 
toit  alors  les  plaintes  de  fes  fujets ,  &: 
jugeoit    leurs    différends  avec    autant 
d'équité  que   de   fageffe.  C'étoit  auffi 
dans   ces  moments  qu'il  donnoit  fes^ 
ordres  à  fes  miniftres  &  à  fes  officiers» 
Telle  étoit  la  fagacité  de  fon  efprit, 
que  parmi  tant  d'affaires ,  on  ne  remar- 
qua jamais  en  lui  ni  embarras ,  ni  in- 
quiéaide.  Ce  portrait  eft  tracé  de  la 
main  d'un"  témoin  oculaire,  hiftorieii 
aufîi  fidèle  qu'éclairé. 
—       La  faifon  écoit  avancée  ,  &  le  mo- 
Ann.  7^7narque    fe   difpofoit  à  partir  pour  la 
11  envoie  Saxe  ,  îorfqu'il  vit  arriver  Fémir  Zara,, 
au-deJ\^"dr  ^^^^'  après  s'être  emparé  de  Barcelone, 
Pyrénées,     venoit  lui  en  faire  hommage  &  fe  re- 
nonnoître  fon  vaffal.  Charles  le  reçue 
avec  bonté  *,  &  fur  les  avis  qu'il  lui 
donna  des  troubles  qui  agitoient  l'Ef* 
pagne ,  il  envoya  ordre  au  roi  d'Aqui- 
taine   d'y  paiïer  avec   une   armée  &r 
d'afïiéger  Huefca.  0\\  ignore  le  fuccès 
UtmAn  Ann,  ^Q   ce  fiége.  0\\   fçait  feulement  que 
l'émir  qui  commandoit  dans  le   pays 
dépendant  de  l'Aquitaine  ,  fe  fournit  ^ 
que  Louis  fit  relever  [les  murailles  de 


Charlemagne.    449 

Il  quelques    places   avantageufement    fi- 
ïJtuces ,  &  qu'il  y  laiifa  un  nombre  de  ^nn.   797, 
1  troupes  fuftîfant  pour  les  garder.  Ve-Vita  Ludoi^, 
xemple  de  Zara  fut  imité  par  Abdal-  '^"* 
la ,  oncle  du  nouveau  roi  de  Cordoue. 
Ce  prince  impatient  de  fe  voir  poifef- 
feur  de  la  partie  qui  devoir  lui  appar- 
tenir dans  la  fuccelîion  de  fon  père, 
eut  recours  à  la  prote6tion  du  monar- 
que François,  que  prefque  tous  les  peu- 
ples tant  chrétiens  qu'infidèles  regar- 
doient  comme  l'arbitre   de    l'Europe. 
11  fut  reçu  avec  tous  les  égards  qu'on 
doit  aux  malheureux.  Charles  qui  étoit  ^nn*FuU^ 
alors  à  Aix-la-Chapelle ,  le  combla  de 
bontés  5  &  le  mena  en  Saxe  où  il  avoit 
réiblu  de  pafTer  l'hiver. 

Il  affit  fon  camp  fur  les  bords  du  ' 
Véfer,  le  fortifia,  y  fit  bâtir  des  mai--^^^-  79^* 
lonstTi  n  grana  nombre  ^  avec  dnt  n  châtie  Iq 
de  diligence ,  que  bientôt  on  vit  s'éle-  Saxons, 
ver  une  efpece  de  ville,  à  laquelle  on 
donna  le  nom  d'Hériftal ,  qu'elle  porte 
encore  aujourd'hui.  Mais  rien  ne  pou- 
voir dompter  la  férocité  des  Saxons, 
ni  les  châtimens ,  ni  les  bienfaits.  Il  n'y 
avoit  point  d'années  qu'ils  ne  fignalaf- 
fent  leur  perfidie  par  quelque   adion 
barbare.  Le  roi  leur  avoit  envoyé  à^s, 
commiffaires  pour  rendre  la  juftice  à 


'45©    Histoire  de  FRANCît 

y***""***^  ceux  qui  la  demandoieiit  :  ils  furent,  1 

AvTXT  ^«o    cruellement  mafTacrés.  La   vengeance:' 
Ann.  758,  ^  .   .  .  -^v  r 

7^9.        luivic  de  près  le  crnne.  On  mit  a  rea 

Jiginard  in  Sc  à  fang  tout  le  pays  qui  eft  entre  le 
'^nnau         y^ç^^  ^   y^^^^^  ^^  châtiment  ,  loin 

de  les  contenir,  ne  fervit  qu'à  irriter 
leur  fierté  :  ils  fe  jetterent  fur  le  Mec- 
kelbourg  qu'ils  ravagèrent.  Le  duc  qui 
y  commandoit  pour  les  François ,  vint 
i  leur  rencontre ,  en  fit  un  grand  car- 
nage 5  &  plus  de  quatre  mille  demeu- 
rèrent fur  la  place.  Tant  de  pertes  les 
mirent  enfin  hors  d'état  de  remuer.  Le 
vainqueur ,  dédaignant  de  les  pouffer 
plus  loin  5  fe  contenta  de  prendre  un 
grand  nombre  d'otages ,  6c  revint  dans 
fa  capitale. 

Les  foins  du  gouvernement  ne  l'em- 
lî  mande  le  pèchoient  pas  de  veiller  à  la  conduite 
tînt' pour'  ^^  ^^^  enfants.  M  avoit  mandé  au  roi 
lui  faire  reri- d'Aquitaine  de  le  venir  trouver  à  fon 
%\.TJdl  ^^^^^P  ci'fiérill-al  pour  lui  faire  rendre 
te.  compte  5  non-feulement  de  fon  expé- 

dition d'Efpagne  ,  mais  de  l'adminif- 

uToXiit  ^^-^^^^  ^^  ^'^s  finances.  Ce  jeune  prin- 
ce ,  vidime  de  l'avidité  de  fes  courti- 
fans  5  s'étoit  vu  obligé  dans  le  dernier 
voyage  qu'il  avoit  fait  à  la  cour  de 
France  ,  d'emprunter  les  préfents  qu'il 
ctoit  de  coutume  de  faire  au  roi.  Char- 


Charlema  gne.  451 
les  qui  en  tut  informé ,  lui  repréfenta 
vivement  que  les  prodigalités  des  rois  Ann.   798. 
étoient  la  ruine  des  peuples ,  de  que       7^^* 
la  majefté  du  trône  ne  pouvoir  s'allier 
avec  •  la  dépendance  ,  fuite    néceffaire 
de  l'emprunt.  Ce  rendre  père  eut  la 
farisfa6tion    d'apprendre    que    Louis , 
docile  à  fes  avis  ,  avoit  enfin  retiré  , 
fes  domaines  ,  Se  vivoit  avec  dignité , 
fans   fouler   fes  fujets.  11  avoit  quatre 
maifons  royales  ;  Doué  fur  les  confins     • 
de  l'Anjou  ôc  du  Poitou ,  CaflTeneuil 
en  Agénois ,  Andiac  dans  le  diocèfe    ^i^-^tert.ie 
de  Saintes,  &  Ebreuil  en  Auvergne.  Il  ^^    ^^  ^'^' 
s'étoit  impofé  la  loi  de  paifer  fuccefll- 
vement  une  année  dans  chacune.  Cat 
il  eft  à  remarquer  que  nos  anciens  rois 
ne  féjournoient   prefque  jamais  dans 
Iqs  villes.  De  -  là   il  arrivoit   qu'elles 
n'écoient  chargées  que  de  auatrç  ans 
en  quatre  ans  de  l'entretien  du  monar- 
que de  de  fa  cour.  Les  revenus  bien 
adminiflrés  ,   étoient  mis   en  réferve» 
Louis  par  ceito  fage  économie ,  fans 
rien  tirer  du  peuple ,  trouvoit  des  fonds 
fuffifants  ,    non  -  feulement  pour    dé- 
frayer fa  maifon  ,  mais  encore    pour 
payer  la  folde  aux  troupes.  C'eft  pour- 
quoi il  leur  défendit  d'exiger  le  droit 
de  four  âge  qu'elles  avoient  toujours. 


45^     Histoire  de  France. 

-  levé  fur  les  gens  de  la  campagne.  Char-  : 

Ann.  7^8 ,  les  fut  Ç\   touché  de  cette  conduite, 
7^^-       qu'il   la  prit  lui-même  pour  modèle,, 
.&  ordonna  que  déformais  la  paye  du 
foldat  feroit  prife  fur  fes  revenus. 

qu"  rmen'-'''  j  ^^  >"  ^  ^^^^^  apparence  que  ce  fut 
garde  ait  le  dans  ce  voyage  que  Louis  obtint  M 
titre  de  rei-  çermiflion  de  donner  le  titre  de  reine 
à  la  fille  du  comte  îngramne ,  l'un  des 
plus  grands  feigneurs  d'Aquitaine.  Ce 
religieux  prince ,  fi  l'on  en  croit  deux 
auteurs  contemporains  ,  craignant  de 
fe  lailTer  emporter  à  des  plaifirs  dé- 
fendus prit ,  par  le  confeil  des  fiens , 
Or4c.  Theg,  Ermengarde ,  reine  future  ,  mais  qui 
n'eut  cette  augufte  qualité  ,  que  du 
confentement  du  roi  Charles.  Ce  qui 
femble  indiquer  deux  temps ,  l'un  où 
il  s'allia  à  cette  princeffe  pour  fe  fouf- 

îrairs  m^  pièces  de  la  volupté ,  l'au- 

tre  ou  avec  laprobatioii  ae  hju  père, 
il  réleva  avec  lui  fur  le  trône.  Telles 
étoient  les  mœurs  de  ces  premiers  liè- 
cles  de  la  monarchie.  Les  jeunes  prin- 
ces pouvoient  prendre  une  femme  à 
leur  choix ,  fans  demander  l'agrément 
de  leurs  parents ,  mais  alors  cette  fem- 
me ne  portoit  que  le  nom  de  concubi- 
ne 5  nom  qui  marquoit  un  vrai  maria- 
ge ,  moins  folennel  à  la  vérité ,  ap*. 


€,   4. 


Charlem  a  gne.    455 

prouvé  cependant   par  les   faints    ca-      '  ,■ ! 

nons ,  quoique  fuivant  les  loix  civiles  Ann.  758, 
il  ne  donnât  aux  enfants  aucun  droit    799« 
de  fuccéder. 

Charles  fe  préparoit  à  retourner  en    Le  pape  ^ 

<y  1       /•      3- 1  11  1     Léon  111  re- 

oaxe  ,   loriquil    reçut   des   lettres  au  dame  fa  pro- 
pape ,  qui  lui  demandoit  fa  protedion ,  teûion. 
Ôc  juftice  du  plus  noir  des  attentats. 
Deux  neveux  d'Adrien ,  Pafcal  ôc  Cam- 
pule  ,  l'un  primicier  ou  grand  chantre, 
l'autre  facellaire    ou    tréforier  ,    tous 
deux  également  jaloux   de   l'élévation 
de  Léon  ,  formèrent  le  delTein  de  le 
faire   périr.  Ils  l'attaquèrent  dans  une  ^nn,  Egin» 
procellîon     folennelle ,   ôc     s'efforce-  Theophan^ 
.rent  de  lui  crever  les  yeux  &  de  lui 
arracher  la  langue.  Mais  il  eut  le  bon-  Anajîaf^ 
heur  d'échaper  de   leurs  mains  meur- 
trières ,  fe  fauva  pendant  la  nuit  du 
monaftere  où   ils   l'avoient    enfermé, 
ôc  fe  réfugia  chez  les  ambalTadeurs  de 
France  ,  qui  le  conduifirent  à  Spolette. 
Ce  fut  de  cette  ville  qu'il  écrivit  au 
roi  pour  le  prier  de    lui.  procurer  les 
moyens  de  palfer  dans  fes  Etats  avec 
fureté.  Ce  prince  très  bon  ôc  trèb  reli- 
gieux ,   fut   fenfiblement    touché    des 
malheurs  de  Léon  ,  &c  envoya  promp- 
tement  ordre  au  roi  d'Italie  de  le  fsre 
accompagner  honorablement  jufquen 


454    Histoire  de  France. 

^ '^  France.  Il   dépêcha  en   même  -  tempa 

Ann.  75)8 ,  l'archevêque  de  Cologne  avec  le  duc 
7^^'      Anchaire  pour  aller  au-devant  de  lui, 
ôc  l'amener  à  Paderbc^rn  ,  où  il.  avoir 
réfolu  de  l'attendre ,  après  avoir  tenu 
un  parlement  à  Lipenheim  fur  les  bords 
de  la  Lippe.  Le  jeune  Charles  ,  fils 
aîné  du   roi*,  s'avança  à  la  tête  d'une 
partie  de  l'armée  jufqu'à  l'Elbe  ,  reçut 
les  foumiiîîons  des  Nordluides ,  Se  ac- 
commoda tous  les  différends  qui  étoient 
entre  les  Abodrite^. 
Il  envoie  des      Le  pape  fut   recu    avec  de  grands 
resàRome.  noneurs.  Le  roi  l  embraiia  tendrement, 
ëc  ne  put  retenir  fes  larmes  en  voyant 
les  marques  de  la  cruauté  de  fes  enne- 
mis. On  prit  des  mefures  pour  fon  re- 
tour &  pour  fa  fureté.  Charles  nomma 
des  prélats  ôz  des  comtes  pour  l'accom- 
pagner jufqu'à  Rome  ,  &  examiner  les 
différents    chefs    d'accufation     portés 
contre  lui.  Car  Pafcal  &  Campule  s'é- 
toient  plaints  les  premiers  par  une  re- 
quête   dans    laquelle    ils  chargeoient 
Léon  de  plufieurs  grands  crimes.  Les 
commiflaires  après   les  recherches   les 
plus   exadtes  ,  afïurerent  le  monarque 
de  l'innocence  du  fouverain   pontife. 
Les  deux  coupables  furent  arrêtés    de 
conduits  en  France  fous  bonne  garde» 


C    H    A    R   L   E    M    A    G    M   E.     45  5 

Dès-lors  le  voyage  de  Rome  fut  rcfolu.  z 


Les  brouilleries  de  cette  ville  ,  où  les  ann.  79^  y 
ennemis  du  pape  entretenoient  tou-  7?9- 
jours  de  fourdes  pratiques  ^  le  châtiment 
dû  à  un  attentat  des  plus  énormes  ^ 
l'humeur  toujours  inquiète  de  Gri- 
nioald  duc  de  Bénévent ,  tout  rapeloit 
Charles  en  Italie.  La  tranquilité  donc 
jouifToit  l'empire  François  acheva  fili-' 
fin  de  le  déterminer. 

La  Pannonie  étoit  parfaitement  fou-  Ann^  Egln* 
mife,  &  les  Abates  tellement  domptés, 
qu'ils  ne  furent  plus  en  état  de  repren- 
dre les  armes.  Les  troupes  qu'il  avoit    ^ 
détachées  au  fecours  des  Ides  de  Ala- 
jorque  &   de  Minorque ,  en   avoient 
chalTé   les    Maures  après  un   horrible 
carnage.  Les  feigneurs  Bretons  ,  pour 
marque  de  leur  fidélité  ,  venoient  de 
lui  envoyer  leurs  armes ,  où  le  nom 
de  chacun  d'eux  étoit   gravé  :  trophée 
d'autant   plus    agréable  à    fes    yeux, 
qu'il  n'étoit  teint  du  fang  ni  des-  vain- 
queurs ni  des  vaincus.  On  vit  arriver 
dans  le  rnème  temps   des  envoyés  de 
l'émir   Azan  ,  qui   lui    aportoient  les 
clefs   d'Huefca  ,   proteftant  de    la   lui 
remettre  entre  les  mains,  lorfqu'il  le 
pouroit  faire  avec  fureté,  Ainfi  rafiluc 


45<»    Histoire  de  France. 

—!■  ■■■■■■■  ^Q  j-Qm-  côté,  le  monarque  prie  le  che- 

Ann.  Soo.niin  d'Italie. 
11  va  lui.     Le  pape  vint  au-devant  de  lui  i» 

même  en  ita- douze  milles  de  Rome.  Le  peuple  fortï 
-  gn  foule  ,  chantoit  les  louanges  du 
prince ,  de  comme  il  y  avoir  toujours 
dans  cette  ville  des  chrétiens  de  tou- 
tes les  nations  du  monde  ,  elles  fu- 
rent célébrées  en  toutes  fortes  de  lan- 
gues. Ces  cantiques  étoient  fouvenc 
interrompus  par  mille  cris  de  joie.  Les 
Romains  lui  avoient  de  fi  grandes 
obligations  :  les  étrangers  en  avoient 
entendu  publier  tant  de  merveilles  :  il 
avoir  je  ne  fçais  quoi  de  fi  grand  &  de 
fi  aimable  dans  fa  perfonne  ,  que  les 
uns  3c  les  autres  ne  pouvoient  conte- 
nir ni  leur  reconnoiflance ,  ni  leur  ad- 
'Anajl.  miration.  Les  acclamations  ne  œiÎQ^ 
rent  que  lorfqu'il  defcendit  de  cheval 
à  la  porte  de  faint  Pierre.  Le  fouve- 
rain  pontife ,  accompa  né  des  évèques 
ôc  de  tout  le  clergé  ,  le  reçut  ave  chu- 
milité ,  difent  les  Annaliftes ,  &  le  con-» 
duifit  dans  l'églife  ,  où  il  commença 
un  cantique  qu'un  million  de  voix 
continuèrent:  ce  qui  dura  tout  le  temps 
que  Charles  demeura  dans  la  ballli- 
que.  , 

Quelques 


C    H    A    R    L    H    M    A    G    N   E.      457 

Quelques  jours  après,  le  monarque 


afièmbla  le  clergé  éc  les  feigneurs  des  Ann.  800, 
deux   nations    dans    1  eglife    de   faint     n  déclare 
Pierre.   Là  il  entendit  les  accufations  ^^P'^p^i^^'^- 
ôc  les  accufateurs.  Pafcal  de  Campule 
furent  reconnus  pour  des  calomniateurs 
&  des  méchants  :  le  pape  demeura  plei- 
nement îuftifié.  Mais  le  roi  lui  témoi- 
gna qu'il  feroit  à  propos  qu'il  fe  pur- 
geât lui-même  par  ferment  :  il  fuivit 
ce  fage  confeil.    On  indiqua  une  fe-  ^^^-  ^^^''JT* 
conde'  alTemblée   pour  le  lendemain. 
Léon  y  parut ,  prit  le  livre  des  quatre 
évangiles,  monta  à  la  tribune,  procéda 
devant  Dieu  &  devant  tout  le  peuple , 
que  les  crimes  qu'on  lui  impucoic  lui 
étoient  inconnus.  Charles  alors  pronon- 
ça fon  jugement ,  le  déclarant  innocent, 
3c  condamnant   fes   ennemis  à   mort. 
Le  faint  pontife  ,  touché  de  compaf- 
fion ,  obtint  par  fes  prières ,  que  non- 
feulement  on  ne  les  feroit  point  mou- 
rir ,    mais  encore   qu'ils   ne    feroient 
point   mutilés  :    fupplice   fi   commun 
dans  ce  temps-la  ,  c]ue  les  abbés  mêmes 
l'exercoient  fur  leurs  moines  Us  furent 
envoyés  en  exil. 

Les  Romains ,  pour  s'afTurer  la  pro-     il  refufe 
teétion  du  monarque  François  ,   réfo-  !'''  ^f^^' -^"f^e 
lurent  de  le  proclamer  empereur  d  Oc-    ibid. 
Tome  I,  V 


4$^    Histoire  de  France. 
cident  :  titre  éteint  depuis  plus  de  trois 
Ann.  800.  fiècles  ,    &  qui  n'ajoûtoit  rien   à    la 
puifTance  d'un  prince  qui  étoit  maître 
non- feulement  de  toutes  les  Gaules, 
d'une  partie  de  l'Efpagne  >  de  la  Ger- 
manie ,  de  la  Pannonie  ,  de  la  Lom- 
bardie  ,  mais  de  Rome  même  ,   an- 
cienne capitale   des  premiers  Céfars. 
Le  pape  afTuré  des  fumages  du  clergé, 
^  -M  1  un  1  ^e  la  noblefle  &  du  peuple,  en  fit  la 
mishurg  1. 1,  propolition  au  roi.  Mais  ce  héros  ,  loit 
deGeJi.Angi*  p^j-  fa  modération  naturelle ,  foit  qu'é- 
tant engagé  en  tant  de  guerres ,  il  crai- 
fnît  de  fe  jeter  dans  de  nouveaux  em- 
aras  ,  refufa  conftamment  cette  di- 
gnité 5  &  défendit  de  lui  en  parler  da- 
vantage.  On  feignit  de  n'y  plus  fon- 
ger.  Les   fêtes  de  Noël  aprochoient, 
&  Ton  fit  de  grands  préparatifs  poiu^ 
les  célébrer  avec  magnificence.  Le  roi 
d'Italie  s'y  rendit ,  accompagné  des  of^ 
liciers  de  l'armée  ,  qui  venoit  de  fou-?  j 
mettre  les  rebelles  du  duché  de  Béné- 
vent.  Le  jour  venu ,  Charles  fut  prié 
de  prendre ,  pour  y  aflifter  ,  l'habille- 
ment des  patrices  :  il  ne  voulut  point 
refufer    cette    légère    fatisfadion    au^ 
Romains.  MÊ 

11  eftpro-       Quelque  répugnance  qu'il  eût  à  por- 
clamé  cmpe-  ^^^  ^'autte  habiç  que  celui  des  Franr 


C    H    A    R    L    E    M    A     G    N    E.      45^ 

çois  5  il  prit  une  longue  tunique  avec^ 
un  grand  manteau  traînant  ,  dont  un  Ann.  800.. 
des  côtés  étoit  rataché  fur  fon  épaule  .eur  malgré 
droite.  Tout  Rome  en  le  voyant  entrer  !"»• 
dans  l'églife  fe  répandit  en  acclama-  UemtHid^ 
tions.  Il  s'aprocha  de  l'autel ,  Se  fe  mie 
'  a  genoux,  il  s'inclinoit  pour  adorer , 
lorfque  le  pape  qui  alloit  célébrer  la 
inefTe  ,  lui  mit  une  couronne  fur  la  tcte. 
Tout  le  peuple  en  même-temps  s'écria 
à  cris  redoublés  :  l^ive  Charles  _,  tou^ 
jours  augujle  _,  grand  &  pacifique  empe^ 
reur  des  Romains  j  couronné  de  Dieu  ,  & 
quilfoit  à  jamais  vicloricux.  Aulîî-toc 
Léon  fe  profterna  &  fut  le  premier  à 
l'adorer ,  difent  nos  annaliftes ,  c'ed-à- 
dire  ,  à  lui  rendre  les  refpeds  Se  les 
hommages  qu'un  fujet  doit  à  fon  fou- 
verain.  Le  jeune  Charles ,  fils  aîné  du 
nouveau  Céfar ,  étoit  préfent  à  cette 
cérémonie  :  iç  fou  verain  pontife  lui 
préfenta  la  couronne  royale  ,  &  lui 
donna  l'ondion  facrée  des  rois.  Telle 
eft  l'époque  du  renouvellement  de  l'em- 
pire Romain  en  Occident.  Il  avoit  fini 
dans  Auouftule  :  il  recommença  dans 
Charlemagne  ;  il  dure  encore  aujour-* 
d'hui  dans  le  corps  Germanique. 

On  ne  peut  exprimer  quelle  fut  la      II  Ait  de 
fm-prife   de  Charlemagne ,  (  c'eft  le  ",St?''a« 

V  2.  églifcs. 


4(^o    Histoire  de  France. 
r:ij^':nr^  nom  que   nous  lui  donnerons  dcfor- 
A»JN.  8oô.  mais  avec  toutes  les  nations  du  mon- 
de )  lorfqu'il  fe  vit  proclamer  &  faluer 
empereur.   Elle  alla  ,  (i  l'on  en  croie 
les  auteurs  de  ce  temps ,  jufqu  à  une 
efpèce  de  colère.    Il   protefta    haute- 
ment, que  s*il  avoit  été  inftruit  de  cô 
qui  de  voit  fe  palfer  ,  il  ne   fe  feroic 
point  rendu  ce  jout-là  à  l'églife ,  quoi- 
que ce  fût  une  fête  très- folennelle.  Tout 
,    .    ^     le  monde  ,  dit  E^inard,  demeura  per- 

Tn  viîx  Car.  r      \  '     j       r     i^  r  '      r\  V 

hu^a.         luade  de  la  bonne  -  roi.   Un  ne  !  en 

jugea  que  plus  digne  de  l'empire.   La 

manière  dont  il  en  foutint  les  droits, 

confirma  cette  haute  opinion.  Il  palïa 

tout  l'hiver  a  Rome ,  ovi  il  fignala  fa 

fagefTe  par  les  plus  beaux  règlements 

pour  le  gouvernement  de  la  ville  ,  &: 

ift  magnihcence  par  les  plus  riches  pré- 

\Anajl.  ïn  vi-  fents  aux  églifes.  C'éto.ient ,  au  rapport 

'''^   ^°    V  *  d'Anaftafe  ,    quantité  de   vafes    d'or  , 

une  croix   de  même  métal ,   enrichie 

'd'hyacinthes ,  un  livre  d'évangile  tout 

couvert  d'or  &  de  pierreries  ,  Se  deux' 

tables  d'argent  maffif ,   l'une   pour  le 

fervice  de  la    balilique  ,  l'autre   pour 

être  mife  devant  la  confellion  de  f\int 

Pierre.   Les  princelTes  fes  filles  firent 

aulîi  de  magnifiques  offrandes  :  elles 

coniiftoient  en  plufieurs  vafes  de  prix , 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    E.     4^1 

avec  une  couronne  d'or  ,  ornce  de 
pierres  prccieufes ,  &  du  poids  de  deux  Ann,  ïoq» 
cents  livres.  Dès-lors  tous  les  a6tes  fu- 
rent datés  à  Rome  de  l'année  de  l'em- 
pire &  du  confuLir  de  Charlemagne  , 
^luivant  l'ancien  ufâge  des  premiers 
Céfars.  On  y  battit  des  monnoies  ,  où 
l'on  voyoit  d'un  côté  le  nom  du  nouvel 
empereur ,  8c  de  l'autre  ,  celui  du  pape, 
ou  la  figure  de  faint  Pierre. 

Quel  étoit  le   tempérament  de  ces 
deux  autorités  ?  C'eft  ce  qui  a  toujours 
été  5  ^'^^  ce  qui  eft  encore  de  nos  jours 
lin  grand  fujet  de  difpute.  Terrible  ef- 
fet du  préjugé  !  on  ne  peut  rien  voir  V.Epiji.j'^ 
de  plus  foumis ,  ni  de  plus  refpedueux  [^^l^if^lllf^] 
que  les  lettres  de  Léon  à  Charlema-  over.  Henrk. 
gne  :  elles  nous  aprennent  que  ce  prin-  ^^^^P* 
t:e  envoyoit  dans   l'Etat   ecclédaftique 
des  officiers  pour  y  rendre  la  judice , 
&  pour  y  faire  exécuter  fes  ordres.  Que 
veut-on  de  plus  ?  La  queftion  eft  déci- 
dée» 

-    L'empereur ,  de  retour  en  France  ,  — — 

^    1'       '  i_i  11  I  •  Ann.  8oï, 

reçut    la2:reable   nouvelle  que   le  roi 

d  Aquitauie  ,  après  avoir  pris  Lerida,  ^j^é  ou  craint 

étoit  entré  triomphant   dans  Barcelo-  <3e^  t<^"s  les 

ne.  Les  armes  Françoifes  ne  furent  pas  P"*^^^*' 

moins  heureufes  en  Italie  ,  où  la  ville 

de  Riéti  s'écoit  révoltée.  Pépin  y  mar- 

V3 


4^^    Histoire  de  France. 

""^     ^—  q\^^  ^yQç  fg5  troupes ,  emporta  tous  les 

Ann.  Soi.  forts  qui  la  défend  oient,  de  la  réduific 

en  cendres ,  pour  fervir  d'exemple  aux 

Vîta  Lud,  autres.    Tous  les  princes  de  la  terre , 

^"'  .  ou  recherchoient  l'amitié  de   Charle- 

magne,  ou  craignoient  de  s'attirer  foii 

^pj,^;]^^';;;  indignation.  Le  roi  des  Afturies  fai- 
*  foit  profelîion  d'être  fon  homme  ou 
vailal  :  c'efi  le  titre  qu'il  prenoit  dans 
toutes  fes  lettres.  Les  rois  d'Ecoflfe  le 
nomnioient  leur  feigneur  ,  6c  fe  di- 
foient  fes  ferviteurs.  Les  princes  Sa-  " 
rafins  le  redoutoient ,  &  ménageoient 
refpedueufement  fa  proteévion.  Le  roi 
de  Perfe  ,  Aaron  ,  ce  fier  conquérant 
de  l'Aiie,  i'honoroit  feul  entre  tous  les 
potentats ,  t<  entrerenoit  commerce  de 
_  lettres  avec  lui. 

•  .        ^  Y)?n'i  ce  haut  deg;ré  de  puiiTance  &: 

n      ««ro  <^e  rortune  ,  il  lui  eut  ete  racile  de  luo- 

11  accepte  ,  i  i     i>-     i-       t  i 

la  propoli-    juguer  le  refte  cie  rîtalie.  Irène  le  crai- 

fcrUen?^""^^-^^^''^  &  n'oublia  rien  pour  détourner 
ce  malheur.  Elle  avoir  eu  le  crédit  de 
faire  tomber  l'empire  en  quenouille, 
par  la  mort  de  fon  fils ,  à  qui  elle  fie 
crever  les  yeux  :  crime  Ii  affreux ,  di- 
fent  les  Grecs ,  que  le  loleil  s'éclipfa 
d'horreur ,  &  refufa  fa  lumière  pen- 
dant dix-fept  jours.  Elle  eut  encore 
ladrefTe    d'amufer  Charlemagne   pax 


Charlbmagne.  4^5 


refpérance  de  lepoufer  :  alliance  qui— "— ?!!S 
eût  réuni  l'Orient  Ôc  l'Occident.  La  Ann.  8oz# 
propofition  fut  reçue  favorablement  : 
déjà  les  ambalTadeurs  François  étoient 
à  Conftantinople  pour  ménager  cette 
affaire  ,  lorfque  cette  princelfe  fut  ren- 
verfée  du  trône  pac  Nicéphore  ,  qui  fe 
fit  couronner  empereur  ,  &:  la  relégua 
dans  rifle  de  Lesbos. 

Le  premier  foin  de  rufurpateur  fut    H    <3onne 

dj  ^  j  1     /-r   1  r?  audience  aux 

envoyer  des  ambaliadeurs  en  rrance,^iT^b^fl-^_ 

pour  alfurer  la  paix  entre  les  deux  em-  deursde  Ni- 
pires.  Ils  trouvèrent  l'empereur  en  Al-  ^^^  '^^^* 
face  dans  fon  palais  de  Seltz.  Ce  prin- 
ce ,  pour  leur  donner  une  idée  de  la 
magnificence  Françoife  &  pour  rabattre 
l'arrogance  (Iqs  Grecs ,  voulut  qu'on  les 
introduisît  à  fon  audience  d'une  maniè- 
re qui  leur  causât  autant  de  furprife  que 
d'embaras.  On  les  fit  paffer  par  quatre    -^omch. 
grandes  fales  magnifiquement  parées ,  rlhus  heliids 
où  l'on  avoir  distribué  les  officiers  de  la  Car.  Magn, 
maifon  du  roi ,  tous  richement  vêtus  , 
tous  dans  une  soutenance  refpeâ:ueufe , 
de  debout  devant  celui  des  feigneurs 
qui  les  commandoit.  Dès  la  première , 
où  étoit  le  connétable ,  afîis  fur  une  ef- 
pèce  de  trône ,  les  envoyés  fe  mirent- 
en  devoir  de  fe  profterner.  On  les  en 
empêcha ,  leur  repréfentant  que  ce  n  é- 

V4 


'4^4    Histoire  de  France. 
"'"  toit  qu'un  officier  de  li  couronne.  Mè- 

Ann.  802..  me  erreur  dans  la  féconde  ,  où  ils  crou- 
verenc    le  comte  du  pal.\is  avec  une 
Cour  encore  plus  brillante.  La  troifiè- 
me  ou  étoit  le  maître  de  la  table  du 
rdi  ,   &  la  quatrième   où  préfîdoit  le. 
grand  chambellan  ,  en  redoublant  leur 
incertitude  donnèrent  lieu  à  de  nou- 
velles méprifes  ,  le  degré  de  magnifi- 
,    cence   augmentant    à    proportion    du 
;iombre  des  fales.  Enîin  deux  feieneurs 
vmrent  les  prendre  ,  &c  les  introdui- 
sirent dans  l'apartement  de  l'empereur. 
Le  "monarque  tout  éclatant  d'or  Se  de 
pierreries  ,  étoit  debout  auprès  d'une 
fenêtre ,  au  milieu  des  rois  fes  enfants , 
des  princelTes  fes  filles ,  &  d'un  grand 
nombre  de  ducs  de  de  prélats  ,  avec  lef- 
quels   il    s'entretenoit    familièrement. 
Il  avoit  la   main  apuyée  fur  l'épaule 
de  l'évêque  Hetton  ,    pour  lequel   il 
afFeâ:a  d'autant  plus  de  confidération ,. 
qu'il  avoit  elTuyé  plus  de  mépris  dans 
fon  ambafïade  à  la  cour  de  Conftan- 
tinople.    Les    ambalîàdeurs    faifis   de 
crainte  ,  fe  profternerent  à  fes  pieds. 
îl  s'apperçut  de  leur  embaras ,  les  re- 
leva avec  bonté ,  de  les  raffura ,  en  leur 
difant  qu'Hetton  leur  pardon noit     Se 
que  lui-même  ,  à  la  prière  du  prélat , 


C    H    A    Pv    L    E    M    A    G    N    Ë.     4^f 

vouloir    bien    oublier    ce   qui    s'étoit 

paffé.  Ann.  8oi. 

La  nég-ociation  ne   foufFric  aucune     H  conclut 

J'ûZ      l'oi  '    I  C       L*         f^     r        '-la  paix  avec 

dimcuite  ,  &  le  traite  rut  bientôt  ligne.  i^iJéphoie. 
Il  portoit  que  Chariemac^ne  &  Nice- 
phore    auroient    également     le    nom        "^ 
cI'Augufte  ;  que  le  premier  prend roit  le  ^p^^''^* 
titre   dJimpereur  d  Occident  ,   le  le- 41, 
cond ,  celui  d'empereur  d'Orient  :  que 
tout  ce  qui  étoit  en  Italie  depuis  l'O- 
fante  &  le  Volturne  jufqu'à  la,  mer  de 
Sicile  5  demeureroit  fujet  à  l'empire 
d'Orient ,  ôc  que  tout  le  refte  feroit 
de  l'empire  d'Occident ,  avec  les  deux 
Panncnies ,  la  Dace  ,  l'Iftrie ,  la  Libur- 
nie  ôc  la  Dalmatie.  Cet  accommode-      ■  ' 
ment  fut  fuivi  de  la  foumilîion  de  Gri-  ^nn.  803, 
moald  5  duc    de   Eéncvent.    U   s'ctoit 
révolté  à  l'inftigation  des  Grecs  :  il  lit 
fa  paix  a  leur  exemple. 

Tout  5  excepté  les  Saxons  ,  plioit  e^fin^ieTsa- 
fous  la  puilFance  de  Charlemagne.  Ces  xons. 
peuples   opiniâtres  ,  tant  de  rois   vic- 
times de  leurs  révoltes  ,   reprirent  les  ~        ' 

1   /[•      /         r  AnN.  804, 

armes  avec  un  courage  obitine  ,  lous 
la  conduite  de  Godefroy  ,  roi  de  Da- 
iiemarck  ,  prince  puitfant  de  fur  terre 
&  fur  mer.  L'empereur  fe  mit  auffi-tôt 
en  campagne  ,  s'avança  jufqu'à  l'Elbe  5, 
ôc  les  força  dans  leurs  retraites  les  plus 

V5 


4(^6  Histoire  de  France. 
inacceilibles.  Le  Danois  ctoit  fur  les 
Ann.  804.  frontières  de  fes  Etats ,  avec  une  nom- 
^nnal.  Egîn.  breufe  Cavalerie.  Il  fit  propofer  un  ac- 
commodement, promit  de  venir  trou- 
ver le  monarque  François  :  mais  il 
changea  fubitement  d'avis ,  &  fe  retira 
avec  beaucoup  de  précipitation.  Les 
rebelles  ,  privés  de  cet  apui  ,  eurent 
recours  à  la  clémence  dun  prince  qui 
fçavoit  également  pardonner  &  vaia- 
cre.  Cependant  de  peur  qu'ils  ne  fe 
révoltaifent  encore  ,  il  les  tranfporta 
les  uns  en  SuiiTe  ,  les  autres  en  Flan- 
dre, 6c  donna  leur  pays  aux  Abodri- 
tes  qui  lui  avoient  toujours  été  fidèles. 
JacohMeyen.  M^Lis  rarement  le  changement  de  cli- 

u4nnal.   re-  1    •      1  r^ 

rum  tiani-  ^'^^^  opere  celui  des  mœurs.  Ces  co- 
lonies ,   au  nombre  de  dix  mille  fa-r 

Joan>Jfaac.  milles  ,  loin  de  s'adoucir  fous  un  noU- 
■'  veau  ciel  ,  communiquèrent  a  leurs 
nouveaux  alliés  cet  efprit  de  révolte 
dont  ils  fiirent  toujours  animés.  Il 
étoit  palTé  en  proverbe  ,  durant  les 
troubles  qui  defolerent  la  Flandre  fous 
le  règne  de  Philippe  de  Valois ,  qu'en 
mêlant  les  Saxons  aux  Flamands  y 
Charlemagne  d'un  diable  en  avait  fait 
deux. 

Le  remède  cependant    fut   efficace 
pour  arrêter  un  mal  qui  avoic  duré 


Charlemagne.  4^7 
autant  que  la  monarchie.   Clotau'e   1  — — ^—  - 
les  âvoit  aflujétisau  tribut  :  Clotaire  II  Aj<n.  ^c^. 
fe  vit  obligé  de  les  en  affranchir.  Le 
duc  Pépin  remporta  fur  eux  de  grands 
avantages  :  Charles-Martel  les  défit  en 
plufîeurs  rencontres  :  le  roi  Pépin  les 
atterra  :   aucun  d'eux   n  avoir  pu  les 
dompter.  Charlemagne  lui-même  leur 
faifoit  inutilement    la  guerre   depuis  invhaCdr^ 
trente-trois  ans  :  elle  n'auroit  pas  eu^^^^n. 
de  fin  5  s*il  ne  les  eut  arrachés  de  leur 
patrie  ,  pour  les  répandre  en  différen- 
tes parties  de  fon  royaume.  Le  moyen 
étoit  violent ,  mais  néceflaire.  Depuis 
ce  temps-là  il  n'y  eut  plus  de  révolte 
en  Saxe.   Cette  fiere  nation ,  jufqu'a- 
lors  indomptable ,  fe  fournit  enfin  ,  8c 
moitié  gré ,  moitié  force ,  fabit  tout  à 
la  fois  le  joug  du  chriflianifme  de  de 
la  France. 

Charles ,  après  la  rédu(5tion  de  toute  "~ 
la  Saxe,   fe  rendit  à  Rheims  pour  y    W-^" 
attendre  le  pape  ,   qui  lui  avoit  tait 
demander  la  permifilon  de  pu-ffer  en 
France.  Le  prétexte  de  ce  voyage  étoit    ïl  r^ie 

d>  •      1  i>  •         1     tout    ce   qiiî 

entretenir  le  monarque  d  un  miracle  re^^arde  r  f.- 

arrivé  à  Mantoue  ,  bu  le  bruit  courut  tat  de  \c- 
qu'on  avoir  trouvé  le  fang  de  Jefus-  ^''^' 
Chrift  :  le  véritable  motif  fut  de  con- 
férer avec  lui  fur  les  affaires  de  Ve- 

Y  6 


4^B    Histoire  de  France. 

''!'^!^  nife.  L'hiftoire   ne  dit  point  quel  fut 
Aks,  805 ,  le  rcfultat  de  ce  pourparler.   Mais  le 
^<^  •       retour  du  fouverain  pontife  par  l'Exar- 

'th't^^^flii'-  ^^^  ^'^  Ravennes  ,  la  grande  armée  que 
fiucC^alii.  Wilhaire  mit  auifi-tôt  fur  pied  ,  effort 
qui  paiïbit  le  pouvoir  d'un  particu- 
lier 5  l'irruption  fubite  de  ce  tribun 
fur  l'ifle  de  Malamauc  qu'il  fubjugua, 
la  prife  d'Heraclia  fur  Maurice  &  Jean  , 
qui  favorifoient  le  parti  de  Nicéphore , 
le  rétabliiïement  du  patriarche  Fortu- 
nat  5  qui  malgré  la  prote6tion  de  Léon 
avoit  été  chané  de  fon  églife  de  Grado , 
tout  femble  annoncer  que  tant  de  chan- 
gements arrivés  dans  le  même-temps, 
furent  les  fuites  de  cette  entrevue  de 
l'empereur  5c  du  pape.  Rien  de  pli 
embrouillé  dans  nos  Annales  ,  que  ce 
qui  regarde  le  gouvernement  de  l'Etat 
de  Venife.  Il  paroît  cependant  à  tra- 
vers leur  obfcurité  5  que  le  canton  de 
la  terre  ferme  qui  eA  fur  la  côte  fep- 
tentrionale  du  golfe ,  relevoit  de  l'em- 
pire d'Occident  ,  &  que  les  ifles  qui 
bordent  ce  continent ,  étoient  foumi- 
fes  en  apparence  à  l'empire  d'Orient, 
^Je/,7iiij  in  1112.ÏS  indépendantes  en  effet.  On  voit 
par  plufîeurs  monuments  hiftonques , 
que  ces  Ifles  ,  à  l'exemple  de  quelques 
places  maritimes  de  la  Dalmatie  ,  fon- 


C    H    A    R    L    E    311    A    e    N    E»      ^(j^ 

gèrent  à  fe  réunir  aux  villes  de  la  terre  ^'■^■^-"  -^-:! 
Ferme  fous  la  domination  de  Cliarie-  Ann.  8oj» 
magne ,  &   que  ce  fut   pour   ce  fujet      ^°^» 
que  leurs  envoyés  ,  de  concert  avec  le 
gouverneur  de  Zara ,  vinrent  le  trou-  " 
ver  à  Thionville.  Fginard  en  parlant 
de  cette  députation,  dit  formellement   In  Annal 
que  ce  prince  donna  /es  ordres  Jur  tout: 
ce.  qui  regardoLt  Us  ducs  &  ks  peuples  de 
Venïfe  à  de  Dalmatie  ;  expreflion  qui 
marque  l'autorité  d'un  maître,  &  dé- 
truit le  fyftême  de  ceux  c|ui  foutien- 
nent  que    dès  -  lors  Venife  étoit  une 
république  parfaitement  libre. 

La  tranquilité  dont  jouiifoit  la  Fran-    }^  ^^'^  ^^^ 
ce,  ht  naître  a  1  empereur  la  peniee  de 
p    tager  fes  Etats    entre    les   rois  fes 
entants.  Ce  fut  dans   cette   vue    qui! 
afTembla  un  parlement  à  Thionville  : 
il  y  lut  un  teftament  qui  fut  approuvé 
par  les  feigneuis  ^  Se  envoyé  au  pape 
qui  le  figna,  non  pour  lui  donner  plus 
de  validité  ,  mais  pour  le  rendre  plus 
authentique.  Les  trois  princes  étoient 
prcfents  ,    ils    jurèrent    de   l'obferver 
dans  tous  (es  points.  11  règle  à  chacun  /^^^  ^  :j-^^ 
les  limites  de  fon  domaine,  augmente  Ann.Metmr9 
de   quelques   provinces   les   royaumes  ^  a^'J» 
dltalie  Se  d'Aquitaine,  Se  laiiTe  tout 
le  relie  à  Charles  îon  fils  amé  ,  cp'il 


47<5    Histoire  de  France. 

— ■— iM  deftinoit  a  l'einpire.  11    y    prévoir  8i 

Ann.  Sojjprefcrir  rour  ce  qui  peut  entrerenir  la 
80^-  paix  de  l'union  parmi  les  frères.  11  01:- 
donne  que  s'il  furvienc  entr'eux  quel- 
que différend  qui  ne  puifle  être  décidé 
par  le  témoignage  oes  hommes ,  on 
aura  recours  >  non  a  la  bataille  ou  à  la 
preuve  du  duel  >  mais  au  jugement  de 
la  croix.  Tel  étoit  Tufage  d'alors ,  ufa- 
Via.  Giof'  ge   bizarre  ,  mais  qui  ne  laifToit  pas 

verio  crux.  û  être  apele  le  jugement  de  Dieu.  Dans 
les  affaires  douteufes  on  choi(i(foit 
deux  hommes  que  l'on  conduifoit  à 
r^glife ,  où  ils  fe  tenoient  debout ,  les 
bras  élevés  en  forme  de  croix  ,  pen- 
dant qu'on  célébroit  l'oiEce  divin. 
On  donnoit  gain  de  caufe  à  celui  des 
deux  partis  dont  le  champion  demeu- 
roit  le  plus  long-temps  immobile.  Le 
religieux  monarque  ,  après  avoir  re- 
commandé aux  jeunes  rois  de  protéger 
conftamment  l'églife  de  faint  Pierre, 
déclare  QvAn  que  les  difpoiitions  qu'il 
vient  de  faire,  n'empêchent  point  qu'il 
ne  conferve,  tant  qu'il  vivra,  la  puif- 
fance  qu'il  tient  de  Dieu  fur  le  royau- 
me &  fur  l'empire  :  enforte  que  fes 
trois  fils  &  tous  fes  peuples  lui  ren- 
dront toute  l'obéiiïance  que  des  en- 
fants doivent  à  leur  père ,  ^  des  fu- 


C«ARLEMAGNÏ.     47! 

jets  a  leur  empereur   Se  à  leur  roi. 

Cette  grande  affaire  terminée,  IcsAnn.  Soj, 
trois  jeunes  princes  partirent  pour  dif-     80^. 
férentes  expéditions.  La  vidoire  cou-    ^^J"^" 
ronna  par -tout  leurs  entrepriles.  Un  des  rois  fcj 
eût   dit  que  Charlemagne  leur   avoit  ^^^a^^s. 
partiîgé  fa  fortune  avec  fes  Etats.  Le 
prince  Charles  dans  fa  dernière  cam- 
pagne   avoit  défait  les   Efclavons  de  y4mial.  Egw\ 
Bohême  dans  un  combat ,  où  leur  duc  ^^^'  ^  ^^''-" 
fut  tué:  il  fubjugua  dans  celle-ci  les 
Efclavons  Sorabe§  c]ui  habitoient  fur 
l'autre  rive  de  l'Elbe ,  de  porta  le.  fer 
èc  le  feu  chez  les  Bohémiens  qui  s'é- 
toient  révoltés  de  nouveau.  Pépin  de      JUdt 
retour  en  Italie  équipa  promptem.ent 
une     flote    contre  les    Sarraiins    qui 
avoient   fait   une  defcente  dans  l'ide 
de  Corfe.  Le  feul  bruit  de  fon  apro- 
che  les  fit  remonter  fur  leurs  vaifTeaux  : 
ils  fe   rembarquèrent  avant    qu'il  eût 
pu  les  joindre.  Le  roi  d'Aquitaine  fe 
ilgnaloit  de  fon  côté  au-delà  des  Pyré- 
nées. Il  prit  Se  brûla  tous  les  forts  qui  VîtaZuio^> 
couvroient  Tortofe  ,  détacha  quelques^"' 
troupes  5  qui  après  avoir  pillé   Villa- 
Rubia  5  défirent  un  corps  de  Sarafîns 
qui  vouloient  leur  couper  le  retour, 

prit    enfuite  le  chemin    de   Navarre  , . 

pic  le  fiége  devant  PaiTipelime  qui  fe  Ann.  807. 


472^   Histoire  de  France* 
rendit ,  Se  rentra  triomphant  dans  fes 
Ann.  807  Etats. 

Nouveaux  ^^^  ^^^  ^^^^^  année  un  phénomène 
avantages  extraordinaire  ,  s'il  eft  vrai  qu'Eeinard 
furJesenne- ^^'PP^^^^  tidelement  les  obfervatioiis 
mis  de  TE-  des  ailronomes  de  la  cour.  Mercure , 
dit  cet  auteur  ,  fut  obfervé  pendant 
huit  jours  entre  le  foleil  &  la  terre  , 
paroilTant .  dans  le  difque  du  foleil 
comme  une  tache  noire.  Il  y  eut  aufli 
quatre  ëclipfes ,  trois  de  lune  ,  une  de 
foleil  \  ôc  Jupiter  parut  caché  par  la 
lune.  Tant  de  prétendus  prodiges  ef- 
frayèrent les  peuples ,  qui  les  regardè- 
rent comme  les  préfages  de  quelques 
ytnn.Metcnf.  accidents  funeftes.  Mais  heureufemenc 
^_ozjj/ûc  6"  igg  armes  Françoifes  profpérerent  par- 
tout. Les  Sarafins  tentèrent  une  def- 
eente  dans  la  Sardagne  :  ils  furent 
repouiïes  Se  virent  périr  trois  mille  de 
leurs  meilleurs  foldats.  Leur  entre- 
prife  fur  i'ille  de  Corfe  n'eut  pas  un 
fuccès  plus  heureux.  Le  connétable 
Bouchard  parut  avec  la  flote  de  l'em- 
pereur ,  leur  livra  bataille  ,  les  mit 
m\  fuite  5  leur  prit  ou  coula  à  fond 
treize  grands  vaiifeaux.  Le  bruit  de 
cette  vidoire  produifît  un  grand  effet. 
Le  patrice  Nice  tas  étoit  avec  une  ilote 
dans  le  golfe  de  Venife  :  il  n'ofa  rieii 


Charlbmagne.  475 
entreprendre  ,  conclut  une  trêve  de 
quelques  mois,  &  retourna  à  Conflan-  Akn.  S07, 
tinople  fans  avoir  rien  fait.  C'eft  du- 
moins  ce  qu'on  peur  conjecturer  d'une 
lettre  du  pape  au  fujet  de  cette  expér 
dition.  On  n  y  voit  rien  qui  annonce  7^^^  Conr. 
îtucun  adte  d'hoftilité.  Il  dit  C\mple-epi(i.  i»^. 
ment  que  Ion  intention  ek  de  pourvoir  ^;^^^^ 
à  l'entretien  du  patriarche  Fortunatjà 
qui  la  préfence  du  général  Grec  ne  per- 
mettoit  pas  de  demeurer  dans  fa  ville 
épifcopale  de  Grado.  il  conjure  l'em- 
pereur d'examiner  la  conduite  de  ce 
prélat.  Défende^  Jon  honneur  ^  ajoute-t- 
il  j  conferve'^  lui  fon  temporel  :  mais  en 
même  temps  ciyer^^  foin  de  fon  ame  y  & 
que  le  refpecl  quil  doit  à  fon  maître  ^ 
r  oblige  à  mieux  faire  fon  devoir.  Nou- 
velle preuve  &  de  la  dépendance  des 
Vénitiens ,  &  de  l'autorité  àes  rois  pour 
la  manutention  de  la  difcipline. 

Ce  ne  fut  pas  feulement  en  Italie  Expédition 
que  les  François  combattirent  les  Mau- ^^'^^i'^snc- 
res  avec  avantage  :  l'Efpagne  leur  four- 
nit encore  une  ample  moilfon  de  lau- 
riers. Les  troupes  d'Aquitaine  ,  fous  la 
conduite    d'Ingobert    que   l'empereur 
avoir  envoyé    pour   les    comm.ander , 
pafTerent  l'Ebre,  furprirent  l'émir  Abaï- r,.    ,   , 
aon  j  pillèrent  Ion  camp  ,   taiilerentpii. 


474   Histoire  de  France: 

i^Tzr  fon  armc;i  en  pièces ,  ôc  fe  préfente-i) 
Ann.  807.  rent  dev^inc  Tortofe ,  que  cet  heureux 
fuccès  leur  faifoit  efpérer  d'enipotter. 
Mais  foie  que  le  général  Sarafîii  s  y  fût 
retiré  avec  ceux  qui  avoient  écliapé  à 
l'épée  des  vainqueurs ,  foit  pour  quel- 
que autre  caufe  que  l'hiftoire  ne  dit 
pas,  elles  crurent  devoir  fe  contenter 
de  la  vidoire  c]u'elles  venoient  dé 
remporter,  de  reprirent  le  chemin  dé 

[  l'Aquitaine  ,  charcrées  d'un  prodigieux 

Ann.  808.1     -^     T'       '    r-       .    T     ^      /f'      . 
butin.  L  année  lui  vante  Louis  aliiegea 

cette  place  en   perfonne  ,  la   prit  pat 
_  capitulation ,  &  envoya  les  clefs  a  l'em- 
pereur {on  père.  Ce  jeune  prince  n'a- 
&ii»       voit  pu  être  de  la  première  expédition: 
il  en  fut  empêché  par  les   avis  qu'il 
reçut  qu'une  flote  de  Normands  avoir 
paifé  dans  la  Manche  ,  &  faifoit  voile 
vers   les    cotes  d'Aquitaine.  11  donna 
ordre  à  tout,  &  les  fages  précautions 
^u'il  prit ,  garantirent  fes  provinces  du 
ravage. 
loîuctT'      ^^^  apeloit   alors   Normands  ,    ou 
ccurfes  des  hommes  du  Nord ,  (  car  c'eft  l'étymo- 
Noimands.   Wie  de  ce  nom  )  tous  les  peuples  qui 
habitoient  le  Danemarck ,  la  Suède  8C 
la  Norwège.  Ces  barbares  ,  auflî   avi- 
des de  butin  que  zélés  pour  leurs  faux  . 
dieux ,  ne  ceûToient  de  faire  des  courfes 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N   E.      475 

'^fiir  les  terres  des  chrétiens  ,   pillant, 
brûlant,  maflacrant  tout  ce  qu'ils  ren- Ann.  8o8t: 
contrôlent,  fur-tout  les  prêtres  &c  les 
moines  ,  qui  détruifoient  le  culte  de 
leurs  idoles.  Charlemagne  prévit  avec 
douleur  les  maux  qu'ils  cauferoieni:  un 
jour  à  la  France.  Si  malgré  toute  ma     ^oncich. 
ymffûnce  j  difoit-il    en  foupirant ,  ils  c,^"f.^  '  *** 
ofent  infulter  les  cotes  de  mon  empire  ^ 
que    ne  feront  -  ils    pas    lorfquil  fera. 
' partcoé  ?  L'événement  n'a   que    trop 
juftifié    cette    prédiârion.    Ce    grand 
prince  cependant  prit  les  mefures  les 
plus  fages  pour   les  prévenir.  Il  vifita 
tous  Tes  ports  ,  &  lit  conftruire  lyi  il 
prodigieux  nombre  de  vrilTeaux  ,  qu'il 
y  en  avoit  au  rapport  d'Eginard  ,  de- 
puis l'embouchiu'e   du  Tibre    jufqu'a 
rextrémité  de  la  Germanie.  Il  ordonna 
que  tous  ces  bâtiments  refteroient  tou- 
jours  armés  &    équipés.  Mais  ce   qui 
prouve  encore  mieux  combien  il  avoic 
à  cœur  de  rendre  la  France  inacceiîible 
aux  incuriions  des  peuples  du  Norci, 
c'efl:  qu'il  obligea  les  feigneurs  de  fer- 
vir    en   perfonne   dans    ces    occafions 
comme  dans  les  armées  de  terre.  Ce   Eginârd,  in 
fut  à  Boulogne  qu'il  établit  le  princi-  rk^^c'aroù^ 
pal  arfenal  de  fa  marine.  11  y  fit  rele-  Magn. 
yer  un  ancien  phare ,  ouvrage  de  l'em- 


47^    Histoire  de  France» 
pereur  Caligiila  ,  Ôc  donna  les  ordrej 
Ann.  808.  le^  plus   précis   d'y  aliimer  des   feux 
routes  les  nims,  C'eft  ce  qu'on  apelle 
aujourdluii  /u  Tour  d'Ordr-, 
Trruinîons       Tout  l'Occident   reconnoiffoit    ou 
dans  le  pays  reipectoit  la   puiiiance  de  Chaiiema- 
de^s  Abodri-  gne.  Le  feul  Godefroy  ,  roi  de  Dane- 
marck ,  ofa  lutter  contre  tant  de  o;ran- 
deur.  L'empereur  deliroit  de  pénétrer 
dans    ce  vafte  royaume  ,  moins    pour 
foumettre  à  fon  empire  un  pays  cou- 
vert de  neiges  &  de  glaces ,  que  pour 
réduire  fous  le  joug  de  la  foi  un  peu- 
ple enféveli  dans  les  ténèbres  du  pa- 
ganifme.  Le  Danois  le  prévint,  &  eut 
la  hardielTe  de  lui  déclarer  la  guerre , 
en  fe  jettant  fur  les  terres  àes  Abodri- 
MnaUEgm.  tes.  il  s'étoit  Hgué  avec  les  Vilfes,  les 
îf/î/  Cj*  aliu  i-inones ,  &  les  bmeidmges ,  qui  tous 
comme    aumnt    de    vautours  affamés 
vinrent  fondre  en  même  temps  fur  le 
Meckelbourg.  La  furprife  fut  telle  5c 
la  confternation    fi  générale  ,  que   la 
plus  grande   partie  de  cette  province 
fe  fournit  au  tribut.  Le  vainqueur  s'a- 
vança jufque  fur  les  bords  de  l'Elbe , 
ou  il  prit  quelques  châteaux.  Une  pe- 
tite place  qu'il  ne  put  emporter,   lui 
coûta  beaucoup  de  monde ,  &  des  plus 
çoniidérables  de  la  nation  ,  entr'aucrçj 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    E,      477 

Uîi  de  (es  neveux  qui  fut  rué  en  mon-  — ^ — ■ 1! 

tant  a  raffauc.  Cette  perte  &  la  nou-  Ann.  808. 
velle  de  la  niÀrclie  du  prince  Charles, 
l'obligrerent  de  retourner  fur   fes   pas. 
La  frayeur  le  fiifit  au  point ,  que  pour 
n'avoir  pas  à  défendre  contre  l'armée 
Françoife  le  port  de  Rieric  qui  lui  étoic 
d'un  grand  revenu,  il  le  int  détruire  ôc 
xafer.  il  pouifa  la  précaution  plus  loin 
encore  ^    8c  pour  fermer  entièrement 
l'entrée  de  fes  Etats,  il  éleva  une  haute 
muraille  ,  fortitiée    de   bonnes  tours  , 
quit)ccupoit  tout  l'efpace  de  cette  lan- 
gue de  terre  qui  eO:  entre  l'Océan  Ger- 
manique &  la  mer  Baltique.  Tel  étoic 
l'état  des  chofes ,  lorfque  le  jeune  Char- 
les arriva  fur  les  bords  de  l'Elbe,  U  le 
fit  paffer  à  fes  troupes ,  &  pénétra  bien 
avant  dans  le  pays  des  Linones  de  des 
Smeldinges  ,  qu'il  abandonna  à  la  fu-    ihliL 
reur  du  foldat.  Ce  fut  tout  le  fruit  de 
celte  expédition.  La  faifon  étoit  avan- 
cée :  il  ne  voyoit  plus  d'ennemis  en 
campagne  '  il  fit  conflruire  deux  forts 
fur  les  connns  de  la  Saxe,  de  reprit  le 
chemin  de  la  France. 

Les  Vénitiens,  cependant,  étoient  .  „  , 
toujours  diviles  ,  ce  la  tieve  avec  ,  ^  •  „rt. 
rtmpire  d'Orient  ve.ioit  d'expirer,  conclue  en- 
Bientoc  les  hoiUiités  recommencèrent"^ j!^  ^^"* 

empires. 


47^     Histoire  de  France; 

de  part  &  d'autre.  La  flote  de  Nicé- 

Ann.  8o_9.  phore  reparut  dans  le  golfe  de  Venife,^ 
fous  la  conduite  d'un  autre  comman- 
dant 5  nommé  Paul.  11  en  détacha 
quelques  vaiffeaux  pour  furprendre 
Comacchio ,  ville  fituce  dans  une  baye 
vers  l'embouchure  du  Pô.  L'entreprife 
ne  fut  pas  beureufe.  La  garnifon  fit 
une  fortie ,  mit  les  Grecs  en  déroute  , 
Se  les  obligea  de  fe  rembarquer  promp- 
tement.  Ils  fe  dédommagèrent  lur  Po- 
puloni,  aujourd'hui  Piombino  ,  qu'ils 

Idem^  ihîi.  forcèrent  &  pillèrent.  Le  général  B^ul. 
néanmoins  fit  faire  des  propofitions 
que  le  roi  d'Italie  voulut  bien  écouter. 
Mais  il  n'étoit  pas  de  l'intérêt  des  Vé- 
nitiens que  la  paix  fe  fît  entre  les  deux 
empires.  Les  ducs  Wilhaire  &  Béot, 
ceux-là  mêmes  qui  trois  ans  auparavant 
s'étoient  mis  fous  la  protection  de  la 
France ,  la  traverferent  de  tout  leur 
pouvoir,  ôc  firent  tant  par  leurs  intri- 
gues 5  que  le  commandant  de  la  flote 
Grecque  craignant  pour  fa  vie,  fe  re- 
tira lans  rien  conclure.  L'année  fui-» 
vante ,  on  découvrit  que  ces  deux 
chefs  n'étoient  pas  plus  fidèles  à  Char- 
lemagne  qu'à  Nicephore.  Pépin  indi- 
gné de  cette  duplicité ,  marche  aufiî-. 
tôt  contre  les  perfides ,  les  attaque  par 


Charlemagne.    479 
terre  &  par  mer,  les  bat  par-tout,  dcl"^^^^^^ 
les  force  de  fe  foumettre  â  fa  domina- Ann.  8cp. 
tion.  Cet  exploit  mit  fin  à  la  guerre 
entre  les  deux  empereurs.  La  paix  fut  sîgon.i.Ai 
conclue,  Venife  rendue  aux  Grecs,  &:  dere^.hai. 
la  Dalmatie  aux  François. 

Le  fac  de  Piombino  ne  fut  pas  le     Affaires 
feul  échec  que  les  François  elTuverent  j'^fp^^^.f', 
cette  année,  ils  le  laillerent  lurpren- 
dre  dans  Tortofe.  Le  roi  d'Aquitaine 
fe  mit  en  devoir  de  la  reprendre ,  de 
fe  vit  obligé  d'abandonner  {on  entre- 
prife.  Le  fiége  d'Huefca  n'eut  pas  un 
meilleur  fuccès.  Mais  les   affaires    de  V}^<^^^^^^' 
Germanie  furent  plus   lieureufes.  Le 
roi  de  Danemarck  ,  malgré  tous   Ïqs 
retranchemens ,  cherchoit   par   toutes 
fortes  de  moyens  à  calmer  le  reffenci- 
ment  de  l'empereur.  11  fit  demander  J^g\nàriîê 
une    conrerence  lur  la   frontière  -des 
deux  Etats  :  elle  lui  fut  accordée.  Tout 
fe  termina  à  des  plaintes  réciproques  : 
on  fe  fépara  fans  rien  conclure.  Aufïi- 
tôt  le  duc  Traficon  ,  fuivant  les  or- 
dres de  Charlemagne  ,  fe  jeta  fur  les 
terres  des  Vilfes  ou  il  fit  le  dégât ,  prit 
^  ruina  la  capitale  de  Smeldinges ,  Se 
reconquit  tout  le  pays  que  le  Danois 
avoit   fubjugué.  Godefroy  ,  outré   de 
colère ,  fe  répandit  en  menaces  contre 


4^0    Histoire  DE  France. 
^«Mu-»***»  les  Abodrites ,  &  ne  parloir  de  rien  ! 
Ann.  805».  moins  que  d'envahir  la  Saxe  &  la  Frife.  ; 
Wemînrira  ^'^^"P^^^^^  5  averti  de    fes  bravades, 
Caroi,  A/^^n.  dé  cacha  un  corps   de  troupes   qui  fe 
faifîrenc  de  quelques  pafTages  de  l'El- 
be ,  ôc  bâtirent  une  rorterefTe  fur   la 
rivière  de    Sturie  ,  en  un  lieu  apelé 
EfTe-sfelt.    Cette  précaution  déconcerta 
les  vaftes    deffeins    du   roi  des  Nor- 
mands ,  &  l'obligea  de  porter  ailleurs 
fès  entreprifes. 

Le  barbare  cependant  n'abandonna 

Ann.  810.  pQJj^j.  abfolument  fon  projet.  Il  raffem- 
bîa  toutes  fes  troupes  &c  tous  fes  vaif- 
feaux,  defcendit  en  Frife  avec  une  ar- 
mée de  deux  cents  voiles ,  pilla  cette 
province,  défit  un  corps  de  Frifons^ 
ôc  de  François ,  s'empara  de  plufieurs 
places  confidérables ,  Se  les  fournit  au 
tribut.  L*empereur  â  cette  nouvelle 
palTa  le  Rhin ,  &  s'avança  jufque  fur  le 
Jrmai.Egîn.YéfQr.  Il  y  avoit  à  peine  arfis  fon  camp, 
(sraiiu  cin'A  aprit  que  les  ennemis  s'étoient 
retirés  en  défordre ,  de  que  le  prince 
Danois  avoit  été  afTafïîné  par  un  de 
fes  gardes.  Cette  mort  finit  la  guerre. 
Herniiiige,  fils  &  fucceffeur  de  Gode- 
froy  ,  demanda  humblement  la  paix, 
&:  l'obtint  en  renonçant  à  toutes  leS 
conquêtes  de  fon  père,  Elle  fut  auflS 

conclue 


ChaxlemAcne.    4^1 
conclue   fous   les    mêmes    conditions  "—■ '■^^-'^--^ 
avec  les  Sarafins  d'Efpagne.  Le  roi  d-e  ann.  8io, 
Cordoue   rendit ,  ou  laifiTa  reprendra 
aux  François  tout  ce  qui  leur  avoit  été 
Enlevé.  On  régla  que  l'Ebre  ferviroit 
de  limites  aux  deux  Etats.  Les  Gafcons 
venoient  d'être    févèrement    châtiés  î 
la  Navarre  commençoit  à  s'accoutumer 
au  joug  de  la  France  :  ainfi  tout  de- 
meura parfaitement  fournis  dans  cette 
grande  étendue  de  pays  qu'on  apeloic 
la  Marche  d'Efpagne. 

On  reçut  vers  ce  même  temps  la  „fr^^î^® 

t  r      r  r  r  •  d  Aix  -  la-. 

teponle  du  pape  lur  un  uiage  univ';;r-  chapelle. 
Tellement  adopté  de  toutes  les  Gaules. 
Le  premier  concile  de  Conftantinople 
avoit   ajouté  au  fymbole   de   Nicée , 
que  le  faint-Efprit  procédoit  du  Père. 
Les  églifes  de  France  &  d'Efpagne  y 
inférèrent    qu'il  procédoit    également 
du  Fils.    C'étoit   dès  -  lors  la  créance   u^m ,  ih\i. 
générale.    Aind  toute  la  queftion  fe 
réduifoit  a  fçavoir  fi  elles  avoient  eu 
droit  d'y  faire  cette  addition.  L'empe- 
reur la  crut  aflfez  importante  pour  mé- 
riter d'être  examinée  dans  un  concile  : 
il  le  convoqua  dans  fon  palais  d'Aix- 
la-Chapelle.  Chacun  dit  fes   raifons^ 
&  la  chofe  parut  fi  difficile ,  qu'on  ne 
voulut  rien  décider  fans  prendre  l'avis 
Tome  /.  X 


k 


482    Histoire  de  France. 
«du  pape,  Le  faint  père  convenoit  que 


/nn.  810.  ^^  fentiment  de  réglife  Gallicane  étoit 
^.    le  doetne  catholique  :  mais  il  foute- 

Maron.  Sir-        •      ^  ^  t  ,  r  y    - 

mond.  noit  en  même- temps,  quil  ne  raloit 

y,    n  .  r     rien   innover.    0\\    lui  objeda  qu'en 

/inaJt.inLeO'  .  1  v  •  j 

ne ,  Cyaiii,    retranchant  cette  addition  ,  on  donne- 
roit  lieu   de  croire  qu'elle  contenoit 
une  dodrine  erronée.  Cette  réflexion 
lui  parut  mériter  quelque  attention  : 
il  propofa ,  non  de  la  faire  effacer  avec 
éclat  dans  les  miffels  où  elle  avoir  été 
faite  3   mais  de  ceffer  de  s'en   fervir 
dans  la  chapelle  du  roi ,  fous  prétexte, 
de  fe  conformer  à  la  pratique  de  l'églife 
Romaine.    On  ignore  fi  le  monarque 
déféra  à  cette  décifion.  Mais  ,  la  Fran- 
ce, la  Germanie  &  l'Efpagne  confer- 
verent  leur  ancien  ufagè  :  Rome  même 
.  l'adopta  dans  le  onzième  fiècle  ,  &  le 
concile  de  Florence  le  confacra  par  un 
décret,  authentique. 
Mort  dw       La  tranquilité  dont  la  France  ,com- 
7a  JiJnce  ^  "^ençoit  à  jouïr  ,  fut  troublée  par  des 
Charles.       malheurs  domeftiques.   Pépin  roi  d'I- 
talie mourut  à  la  fleur  de  Ion  âge ,  ne 
laiffant  qu'un  fils  nommé  Bernard  ,  à 
qui   Charlemagne  donna  le  royaume 
de  Lombardie ,  &  cinq  filles  que  l'em- 
pereur fit  élever  à  la  cour  avec  beau- 
coup de  foin.    Le  monarque    pleura 


«<j!j!i'imiiiiniw,ijii.Ba 


ChARLÏ    MAGNE.      4S5 

cette  mort ,  peut-être  un  peu  plus  qu'il 
ne  convenoit  à  un  grand  prince^  mais  Ann.  8io. 
il  étoit  père  ,  il  perdoit  un  fils  à  qui  Egînard.  in 
rhiftoire  ne  reproche  aucun  défaut  :  il  ;^'^'^-  '^^  ^*'-» 

bf  I  1  LaroLMasa* 

len  donner  quelques  larmes 

à  la  mémoire  d'un  jeune   héros ,   qui  Theogan»c*S' 
les  avoir  fi  bien  méritées  par  fes  ex- 
ploits 6c  fes  vertus.  Le  prince  Charles       , 
mourut  aufli  quelque  temps  après ,  dans  ^^^'  ^  ^  ^' 
la  trente-cinquième  année  de  fon  âge.       ^^^^' 
On  l'a  vu  à  la  tète  des  armées  gagner 
des  batailles  ,   fubjuguer  la  Bohème, 
ôc  remplir  l'Allemagne  de  la  gloire  de 
fon  nom  ,  Charlemagne  le  deftinoit  à 
l'empire.  Ce  tendre  père  n'aprit  cette 
perte  qu'avec  la  plus  fenfible  douleur  ; 
fa  fanté  en  fut  altérée  j  mais  [on  afflic- 
tion ne   changea  rien  à    fa  conduite. 
Toujours  occupé  de  la  félicité  préfente 
de  les  fujets  ,  il  fongea  même  à  leur 
bonheur  à  venir.  11  ne  lui  reftoit  qu'un 
fils  5  il  lui  donna  toute  fa  tendreife  ôc 
tous  fes  foins.  ___»« 

Louis  avoir  toutes  les  bonnes  qua- a^,,,    «,, 
lites   dun    particuher  ,    &   paroiiioit 
avoir  aufli  celles  d'un  prince.  La  bonté  ,  ^"?/[oî 
fur-tout  étoit  le  fond  de  fon  caradère.  d'Aquitaine, 
Généreux     dans    les    commcncemens 
jufqu'à  l'excès ,  enfuite  avec  difcerne- 
ment ,  il  avoit  trouvé  le  moyen  3  en 

X  1 


4^4    Histoire  de  France. 

a^^..,u..^«u.  aiminiiant  les  impôts ,  de  vivre  dans 
Ann.  8x2.  toute  la  fplendeur  des  rois.  Sa  valeur 
avoit  paru  dans  les  guerres  d'Lfpagne, 
fa  piété  dans  la  fondation  de  plus  de 
vingt  monafteres ,  de  fon  zèle  pour  la 
religion  dans  la  réforme  du  clergé 
d'Aquitaine  jufques-là  très  -  déréglé. 
^jl^  JJevot  ,   mais  lans  oublier  les  autres 

devoirs ,  il  avoit  deftiné  trois  jours  de 
la  femaine  à  donner  audience  à  fes  fu- 
jets  :  il  écoutoit  leurs  plaintes ,  il  af- 
£ftoit  aux  jugements  de  leurs  procès  : 
ce  qui  fe    faifoit  avec  tant   d'équité-, 
qu'on  n'entendoit  parler  dans  {qs  Etats 
ni  de  vexations ,  ni  d'oprelîions.  Tel- 
les étoient  les  merveilles  que  la  renom- 
mée publioit  du  jeune  prince.  L'em- 
pereur n'ofoit  prefque  y  ajouter  foi  : 
il  voulut  être  certain  qu'on  ne  le  trom- 
poit  pas.  Il  envoya  en  Aquitaine  un 
nomme  de  confiance  nommé  Archam- 
baud ,  fous  prétexte  de  quelque  affaire , 
mais  en  effet  pour  examiner  la  con- 
duite de  fon  fils.  On  lui  raporta  que 
Louis  gouvernoit  avec  tant  de  fagefle , 
que  quoique  fa   maifon   fut   magnifi- 
que ,  fes   peuples  vivoient    dans  une 
grande  abondance.  O  mes  compagnons  j 
s'écria- 1- il  dans  les  tranfports  de  fa 
joie  ,  rejouî(fons-nous  de  ce  que  ce  jeune 


Charlemagne,    4S5 

homme  eji  déjà  plus  f^gc  &  plus  habile 
que  nous,  Ann.  815. 

Dès-lors  l'afTocianon  à  l'empire  fiit  n^eft  aaoci« 
réfolue.    Ce    grand  prince   fe   fentoit^   empne. 
afFoiblir  de  jour  en  jour  :  il  manda  le 
roi  d'Aquitaine  j  &  ayant  alTemblé  les 
feigneurs  de  la  nation  ,  il  leur  propofa 
fon  defTein.    On  ne  lui  répondit  que 
par  des  acclamations.    On  choifit  un 
dimanche  pour  la  cérémonie  du  cou- 
fonnement.  L'empereur  ,  revêtu    des  Egîn,înrîm 
ornements   impériaux  ,    une  couronne  ^^^°^*  ^'^^'^' 
d'or  fur  la  tête  ,  &  apuyé  fur  fon.  fils  , 
fe  rendit  à  la  magnifique  chapelle  qu'il 
avoit  fait  bâtir  quelques  années  aupa- 
ravant.  Il  y  fit  îa  prière  j  &  après  un  Thegan  c.  ë. 
beau  difcours  fur  ce  que  Louis  devoir 
a  Dieu,  à  Téglife,  à  fes  fujets ,  à  fes 
iœurs ,  aux  enfiints  de  fes  frères ,  ôc  à  'P^^'o^^-^^'f' 
lui  -  même  ,  il   lui  commanda  d'aller 
prendre  la  couronne  qu'on  avoit  pla- 
cée fur  l'autel ,  6<:  de  fe  la  mettre  lui- 
même  fur   la  tête.    Ce  qu'il  fit  avec 
l'aplaudiiTement  de   toute   la  noblefTe 
du  royaume.     Quelques    jours    après 
ils  fe    féparerent    avec    beaucoup    de 
larmes  ,  trifte  prefTentiment  qu'ils  ne 
fe  reverroient  plus,  lis  eft  difficile  de 
concilier  cette  conduite  de  Charlema- 
gne  avec  le  fentinient  d'un  auteur  très- 


4^(j    Histoire  de  France. 
*  grave ,  mais  quelquefois  trop  prévenu 


/nn.  813.  qui  prétend  que  ce  prince  par  fon  tef- 
^^^^n.a^jfln,  tament  ne  donna  l'empire  à  aucun  de 
8o5,  n'2é,  fes  enfants ,  parce  qui!  avoit  lailfé  au 
pape  la  liberté  d'en  difpofer  comme  il    - 
le  jugeroit  à  propos.  Le  couronnement 
du  nouvel  empereur  ,  où  le  fouverain 
pontife  ne  fut  ni  apelé ,  ni  confulté  , 
eft  une  ample  réfutation   non -feule- 
ment de  cette  chimérique  conceiîîon  , 
mais   encore  de  tous  les  préjugés  ul- 
tramontains.  L'ordre  qu'il  reçoit  de  k 
ceindre  lui-même  le  front  du  diadème 
impérial ,  fait  bien  connoître  c]ue  Char- 
lemagne    ne    coyoit   tenir    l'autorité 
fouveraine  que  de  Dieu. 
'  Le  religieux    monarque  cependant 

^^"^'donnoit  le  reile  de  fa  vie  au  bonheur 
Mort    de  de  fes  peuples.  Il  faifoit  tenir  des  par- 
chariema-    lements  pour  les  affaires  de  l'Etat,  & 
des  conciles  pour  rétablir  la  difcipline 
eccléiîaftique ,  fort  altérée  par  les  guer- 
res. Mille  prodiges  ,  difent  les  hifto- 
riens ,  femoloienr  annoncer  fa  fin.  On 
ne  voyoit  depuis  quelque  temps  qu'é- 
Bgîn.  în  vita,  clipfes  de  lune  &  de  foleil  :  phénomè- 
CaroLMagn.  x\qs  tout  naturels  5  mais  que  le  peuple 
prenoit  pour  des  préfages  trop  certains 
d'une  perte  qu'il  craignoit.   On  ne  fe 
rapeloit  qu'avec   douleur    ce   qui  lui 


Charlemagne.    487 
étoit  arrivé  ,  lorfqu'il  marchoit  contre 
le    roi   de  Danemarck.    Une  flamme  Ann.  814, 
defcendue  du  ciel  paffa  de  fa  droite  à  Nirardui. 
fa  gauche  :  au  même  inftant  fon  che- 
val tomba  mort-,  &  lui-même  fut  ren- 
verfé  par  terre.   Le  pont  de  Maïence, 
ouvrage   de    dix    ans  ,   Se  qui  pafToic 
pour  une  merveille  de  l'art ,  fut  entiè- 
rement brûlé  en  trois  jours.  On  croyoit 
entendre  dans  fon  apartement  une  ef- 
pèce  de  tremblement  ou  de  bruit  fem- 
blabie  à  celui  d'un  édifice  qui  menace 
ruine.    La  fuperbe  galerie  qui  iaifoit 
la  communication  entre  la  chapelle  ôc 
le  palais  5  s'écroula  tout- à-coup.    La 
chapelle  même  fut  frapée  de  la  foudre , 
qui  abattit  le    globe  d'or  qu'il  avoir 
fait  placer  au  fommet.  On  lifoit  dans 
Téglife  une  infcription  où  étoit  gravé 
le  nom  du  fondateur  ,  Charles  prince  : 
ce  dernier  mot ,  quelques  mois  avant 
fa  mort ,  parut  tellement  effacé ,  qu'on 
n'en  diflinguoit  plus  aucune  lettre.  Il 
croit   indruit  de  toutes  les    réflexions 
qu'on  faifoit  fur  tant   d'accidents  ex- 
traordinaires :  il  n'en  parut  ni  touché , 
ni  inquiet.    Son  âge  de  fes  infirmités 
étoient  un  pronoftic  plus  afluré  de  fa 
mort  prochaine.   II. la  vit  aprocher  avec 
cette  même   intrépidité  avec  laquelle. 

X  4- 


4^5    Histoire  de  France. 

Il  lavoir  artrontee  dans  les   combats. 

Akn.  814.11  rravailloit  fur   l'écriture  UsiniQ  ^  ,&c  g 
en  corrigeoit  un  exemplaire  qu'on  lui  ' 
avoir  donné ,  lorfque  la  fièvre  le  fur- 
prit.    Sept   jours   de   maladie  &    une 
prodigieufe     abftinence     raffoiblirent- 
extrêmement.  Il  reçut  l'Extrême-Onc- 
tion  j  enfuite  le  Viatique ,  fuivant  la 
praticpe  de  ce  temps-la ,  &,  fe  fentant 
près  de  mourir  ,  il  fit  le  figne  de  la 
croix  fur   fon  front  &  fur  fon  cœur,. 

Î)ofa  les  mains  fur  fon  eftomac ,  ferma 
es  yeux  ,  &  expira  en  prononçant  dif- 
tindement  ces  paroles  du   Pfalmifte  : 
Seigneur  j  je  remets  mon  efprit  entre  vos 
mains. 
st.nporrra^î       Ainfî  inourut  le  héros  de  la  France 
&f  de  l'univers ,  le  modèle  des  grands 
rois  5  l'ornement  &  la  gloire  de  l'hu- 
manité. Il  étoit  de  la  plus  haute  taille , 
de  l'extérieur  le  plus  majeftueux  ,    le 
plus  fort  &   le  plus   robufte  de  fou 
temps.  Cette  fupériorité ,  riche  préfent 
de  la  nature ,  étoit  relevée  en  lui  par 
celle  que  donnent  les  qualités  de  Tef- 
Egin.  in  vîta  prit  5  du  cœur  ôc  de  l'ame»  Génie  fu- 
Curoi  Magn.  ^^^^^  ^  ^^^^  ^  intrépide  :  l'Italie  ,  l'Ef- 

pagne  ,  la  Germanie  &  l'Orient  con- 
jurés en  même -temps  ne  purent  lui 
arracher  la  plus  légère  marque  d'em- 


KoasÊm 


ChARLE    MAGNE.     489 

baras  ou  d'inquicrude.  Il  fçut  au  mi- 
lieu de  toutes  fes  guerres  donner  ordre  Ann.  814^ 
à  tout   Ôc  par- tout  ,  réglant  fon   Etat 
&   TEglife  5   comme  s'il  eût  été  dans 
une  profonde  paix  j   y   faifant  fleurir 
Pabondance  par  une  vigilance  qui  s'é- 
tendoit  a  tout  j   la  pietc  par  de  rre- 
quents  conciles  où  fouvent  il  afliftoic 
en  perfonne  ,  de  les  lettres  par  la  pro- 
tection confiante  qu'il  leur  accordoit  i 
ami  lui-même  &c  cultivateur  zélé  des 
arts  Se  des  fciences.  Auiîi  admirable, 
lorfqu'il   décidoit   une    queftion    dans 
une  aiTemblée  de  fçavants,  que  lorfqu'il 
didtoit  des  oracles   dans  fon  confeil  : 
auiîî    grand    lorfqu'il    haranguoit     un 
concile  ,  que  lorfqu'il  gagnoit  des  ba- 
tailles à  la  tête  d'une  armée.  Sage  dans 
le  projet ,  les  mefures  qu'il   prenoit , 
étoient    toujours     celles    qu'il    faloit 
prendre  :  conftant  &   ferme  dans  fes 
entreprifes ,  il  fçavoit  les  foutenir  avec 
courage ,  &:  forcer  la  fortune  à  les  cou- 
ronner :  ardent   à  la  pourfuite ,  on  le 
voyoit  paiïer  rapidement  des  rives  de 
l'Ebre  fur  les  bords  de  l'Elbe ,  &  du 
fond  de  la  Germanie  à  l'extrémité  de 
l'Italie.  Heureux    d'ans   l'exécution,  il 
fut  toujours  vidoirieux  quand  il  con- 
duifit  lui-même  fes  armées ,  &c  rare- 

X  s 


49^    Histoire  de  France. 
ment  fiu-il  défait  lorfqu'il  fit  la  guerre 
par  les  lieutenants. 
NN.     14.      Qj^  ^^Ij.  ^.j^^  partie  de  tout  cela  dans 

riiifloire  des  hcros  de  la  fable  ;  mais 
ce  qu'on  n'y  voit  pas ,  ce  qui  diftin- 
gue  fur -tout  Charlemagne  ,  c'eft  ce 
tendre  amour  pour  fes  peuples,  qui  lui 
faifoit  verfer  des  larmes  fur  leurs  mal- 
heurs qu'il  n^avoit  pu  prévoir  ,  mais 
gelifm,  ^^^^  ^Ç^^^  toujours  reparer  j  c  elc  ce 
caradere  bienfaifant  &  généreux  qui 
lui  mérita,  même  auprès  des  payens ,  le 
glorieux  nom  de  père  de  l'univers  : 
.  cette  charité  fans  bornes  ,  qui  épaifa 
fes  tréfors  pour  foulager  la  mifere  des 
chrétiens  de  Syrie  j  d'Egypte  &  d'A- 
frique :  ces  manières  aimables ,  libres , 
aifées ,  qui  lui  attachoient  par  eftime 
ceux  qui  lui  étaient  foumis  par  la  def- 
tinée  :  cette  modération  toujours  û 
rare  dans  l'offenfe,  qui  lui  fit  épargner 
le  fang  de  ceux  mêmes  qui  avoient  ofé 
,  attenter  a  fa  vie  :  c'efi;  cette  aplication 
fi  confiante  à  rendre  la  jufiice,  qu'il 
interrompoit  fouvent  (on  fommeil 
pour  juger  les  procès  que  fes  miniftres 
n'avoient  pu  terminer  :  cette  diftribu- 
tion  des  récompenfes  fi  jufte ,  fi  fage, 
qu'en  augmentant  le  nombre  de  fes 
ferviteurs ,  elle  n'excitoit  ni  jaloufîes , 


C    H    A    R    L    E    M    A    G    N    s.     49Î 

ni  murmures  :  cette  conduite  (i  admi- 
rable dans  fon  domefcique,  cju'elle  pou- Ann.  814. 
voit  fervir  de  modèle  a  tout  fon  royau- 
me :  fils  refpedueux  ,  tendre  père , 
maître  indulgent  :  c'eft  enfin  ce  zèle 
du  bon  ordre  qui  lui  infpira  ces  loix 
capitulaires  ou  ordonnances ,  auxquel- 
les l'Europe  doit  une  partie  de  fa  po- 
lice. Preuves  éclatantes  qu'il  favoit  éga- 
lement gouverner  &  vaincre.  Digne 
rival  d'Alexandre  &  de  Céfar  par  fes 
adtions  militaires ,  il  les  effaça  par  l'é- 
clat de  fes  vertus.  Aulîî  célèbre  dans 
les  fafles  de  la  religion  par  fa  piété, 
qu'illuftre  dans  les  annales  du  monde 
par  fes  exploits  ,  l'cglife  l'a  mis  au 
nombre  des  faints,  de  toutes  les  nations 
de  concert  lui  ont  donné  le  nom  de 
Grand. 

On  trouve  dans  fon  teffcament  une 
nouvelle  preuve  de  cette  charité  gé- 
néreufe  qui  animoit  toutes  fes  adions.. 
Il  ne  laiiTa  à  fes  enfants  que  la  qua- 
trième partie  de  fes  tréfors  de  de  fes 
meubles  :  le  refte  fut  diftribué  aux 
pauvres  &  aux  églifes  métropolitaines 
de  fon  empire.  Il  n'avoir  rien  ordonné-  <-,  .  ,, 
lur  le  heu  de  la  lepulture.  On  crut 
qu'il  ne  pouvoit  repofer  plus  honora- 
blemeni;  que  dans  la  magnifique  cha.- 

X6 


492'    Histoire  de  F  ranci. 
pelle  qu'il  avoit  fait  bâtir  à  Aix  fous 

Ann.  814.  Tiiivocation  de  la  fainte  Vierge.  On 
l'enterra  ,  ou  plutôt  on  le  defcendii: 
dans  un  caveau ,  où  il  fut  alfis  fur  un 

j^g'm.  hi  vha  trône  d'or ,  revêtu  de  fes  habits  impé- 
riaux ,  oc  du  ciiice  qu  il  portoit  ordi- 
nairement ,  l'épée  au  côté ,  la  couronne 
en  tcte  ,  fon  livre  d'é/angile  fur  {qs 
genoux  5  fon  fceptie  &  fon  bouclier  à 
Monach,     f^g  pieds.  L'un  &  l'autre  étoient  d'or, 

«jupi.vh.Ca-  ce  le  pnpe  Lcon  les  avoit  bénits.  Un  lui 

roi.  Magn,  j^\^  par-defuis  fon  ixianteau  royal ,  la 
grande  bourf^  de  pèlerin  qu'il  avoic 
coutume  de  porter  dans  tous  fes  voya- 
ges de  Rome.  Tout  le  fépukre  fut. 
parfumé  d'odeurs  3c  rempli  de  quan- 
tité de  pièces  d'or.  On  le  fcella  ,  ôc 
par  defTus  on  éleva  un  fuperbe  arc  de 
triomphe,  où  l'on  grava  cette  épitaphe: 
Ici  repofc  le  corps  de  Chattes  j  grand  & 
orthodoxe  empereur ^  qui  étendit  glorieu.- 
fement  le  royaume  des  François  ^  &  le 
gouverna  heureu fement  pendant  quaran^ 
te-Jept  ans,  11.  mourut  la  foixante- 
douzieme  année  de  fon  âge ,  la  trei- 
zième depuis  qu'il  avoit  été  couronné 
empereur  d'Occident. 
Ses  ff.înîi:»es  L'hiftoire  lui  donne  quatre  femmes, 
'Hermengarde  ,  Hildegarde  ,  Faftrade, 
bc  Luitgarde ,  qui  toutes  portèrent  le. 


Ibid. 


C   K    A    R   I    E   M    A    G    N    S.    4^^ 

nom  de  reines.  La  première ,  fille  du  ^. 
dernier  roi  de^  Lombards  ,  fut  repu-  Ann.  814. 
diée  par  le  confeil  des  évèques.  Il  eut 
de  la  féconde    quatre  fils ,,  Charles  ^ 
Pépin  ,  Louis ,  &  Lothaire  mort  jeu- 
ne^ &  cinq  filles ,  Adélaïde,  Rotrude, 
Berthe  ,   Giféle  ,   &   Hildegarde.    La    îdem.'EgTu 
troifieme  fut  mère  de  Théodrade  ,  & 
d'Hiltrude,  toutes  deux  abeifes ,  cel- 
le-ci de  Farmoutier  ,  celle-là.  d'Argen- 
teuiL  La   quatrième  mourut  fans  en- 
fants.  11    avoir   eu  avant  fon  mariage 
avec  Hermengarde  ,   une  concubine  5- 
nommée  Himiltrude  y  mère  de  Pépin: 
le  boiïii ,   &:  de  la  princelTe  Rorhais- 
Après  la  mort  de  Luitgarde ,  fe  voyant 
trois  princes  capables  de  régner,  il  ne 
voulut  plus   époufer   de  femmes  qui 
euifent  le  titre  de  reines  ou  d'impéra- 
trices. 11  prit  fuccefïivement  quatre  con- 
cubines dont  il  eut  plufieurs  enfants, 
fçavoir     Rothiîde    de     Madelgarde  , 
Adeltrude  de  Gerfuinde  ,  Hugues  l'ah- 
bé  5  Drogon  évêque  de  Metz  ,  &  Ada- 
linde  de  Régine  ,  &   Thierri  qui  fut 
mis  au  nombre  àos  clercs ,  d'Adélaïde 
ou  Adelvide.   On   lui    donne   encore 
une  fille ,  nommée  Emma ,  qu'on  pré- 
tend avoir  été  femme  d'Eginard. 
C'eft  ce  grand  nombre  de  femmes 


494  Histoire  dk  Franc?.. 
ôc  de  concubines ,  qui  a  donné  lieu  de 
Ann.  814. croire  à  quelques  modernes,  ou  qu'il 
en  avoir  eu  plufieurs  en  même-remps, 
ou  qu'étanr  d'un  narurel  changeant  > 
il  n'attendoit  pas  cjue  Vune  fut  morte 
pour  en  prendre  une  autre.  On  ne  ré- 

f tétera  point  ce  qui  a  déjà  été  dit ,  que 
e  concubinage  ,  nom  infâme  de  nos 
jours  j  étoit  alors  une  fociété  aufli  lé- 
gitime ,  que  ce  qu'on  apele  encore 
aujourd'hui  en  Allemagne  mariasse  de 
la  main  gauche  ,  en  France  &  ailleurs 
mariage  de  confciencc» 

Quelques  réflexions  auliî  fîmpîes 
que  folides  ,  fuffifent  pour  venger  la 
mémoire  de  ce  religieux  monarque. 
Quelle  apparence  qu'un  prince  prefque 
toujours  occupé  de  bonnes  œuvres  oii 
de  faintes  leélures  ,  incapable  d'ail- 
leurs d'hypocrifie ,  vice  ordinaire  des 
âmes  balles  y  ait  été  infidèle  à  cqs  mê- 
mes loix ,  dont  il  fe  déclaroit  fi  haute- 
ment le  protedeur  &  l'appui?  Com- 
ment eut-il  ofé  faire  publier  cette  fa- 
meufe  ordonnance  ,  ovi  il  met  la  for- 
nication &  l'adultère  au  nombre  des 
7h  co//.  5re.  péchés  déteftables  qui  font  que  Dieu 
Joi.^ii^jxg.rrape  les  royaumes  des  plus  terribles 
plaies  ?  Quel  fujet  de  fcandale  pour 
tous  fes  peuples?  Quelle  matière  de 


ChARLE    MAGNE.      49  f 

mépris  &  de  rilée ,  s'il  eût  donné  lui- 
même  l'exemple  d'un  crime  qu'il  pu-  Ann.  814. 
niiTbit  dans  les  aunres  par  la  prifon  &c 
par  la  privation  de  leurs  charges  ?  Eft- 
il  croyable  qu'Eginard ,  qui  lui  repro- 
che Ton  peu  de  ferm.eté  à  réprimer ,  & 
les  cruautés  de  Faflrade  ,  3c  le  liberti- 
nage des  princeifes  fes  filles,  ait  gardé 
un  profond  filence  fur  une  vie  au(îi  li- 
cencieufe  que  celle  qu'on  lui  impute  ? 
Quelle  idée  devroit-on  avoir  de  Thii^ 
torien  de  Louis  le  Débonnaire ,  qui ,  en 
parlant  de  la  mort  de  ce  grand  empe- 
reur, ufé  de  ces  termes  confacrés  par 
la  piété  :  V homme  jujle  mourut  j,  Mor-  ^^y^^J^^ 
tuus   efl  vïr  jufius  ?   Que  penfer    des  ^"' 

conciles  de  Verneuil  &  de  Rome ,  qui 
le  placent  au  rang  des  grands  rois  qui 
ont  remporté  de  grandes  vidoires ,  par- 
ce qu'ils  étoient  de  grands  faints  ?  C'eft 
le  langage  de  tous  les  auteurs  contem- 
porains. Thégan  ,  le  moine  d'Angou- 
lême ,  &  l'anonyme  qui  écrivoit  fous 
fon  rèo-ne ,  lui  donnent  les  mêmes  élo- 
^es.  Ce  n'eft  que  plufieurs  fiècles  après 
fa  mort  ,  qu'il  s'eft  élevé  des  doutes 
fur  la  pureté  de  fes  mœurs,  comme 
s'il  étoit  impolîible  qu'un  homme  qui 
a  vécu  foixante-douze  ans ,  eût  époufé 
neuf  femmes  l'une  après  l'autte.  Nous 


'49^  Histoire  de  France. 
ne  craignons  donc  pas  de  dire  avec  le 
Ann.  814.  grand  BolTuet  >  que  cétoït  un  prince 
Sermon  à  ^^^^  chrétien  dans  toutes  fes  aciions  ^  mal- 
Touverture  pré  les  reproches  des  fiècles  ignorants, 
biée  généra-  ^^  monarque  11  grand ,  etoit  en  me^ 
le  du  clergé  me  temps  le  modèle  de   la  plus  rare 

«efranceen  2   n.         r\       \  '  •  f^ 

i6Bï.  modeltie»  On  ie  voyoïc  toujours  vêtu 
Prem.  loîx  2.  la  Françoife ,  &  fon  habillement,  hors 

ciTFrance"  ^^^  occaiions  d'cclat  ,  drfféroit  peu  de 
jj.„  .       celui  même  du  peuple»  «<  Il  porroit  ea 

àeiWad.des  i^  hïveï  ^    dit  liginard  ,  un.   pourpoint 

p^  L,  tome  „  f^îj^  ^Q  pç^^  (jg  loutre  fur  une  tuni^ 

j>  que  de  laine  avec  un  iimple  bordé 
5>  de  foie.  Il  mettoit  fur  {qs  épaules 
3>  un  fayon  de  couleur  bleue  ,  &  pour 
53  chauffures  &  pour  brodequins ,  il  fe 
35  fervoit  de  bandes  de  diverfes  cou- 
M  leurs  5  xroifées  les  unes  fur  les  autres;, 
«  il  s'enveloppoit  enfuite  d'un  man- 
3)  teau ,  fi  long  par-devant  &  par  der- 
3>  rière ,  qu  iltouchoit  aux  pieds  j  fi  courr 
3>  par  les  côtés  ,  qu'à  peine  aprochoit- 
3>  il  des  genoux  «.  Tel  étoit  à  peu-près 
l'habit  ordinaire  du  François.  Mais  la 
nouveauté  ,  fur  -  tout  en  matière  de- 
modes,  eut  toujours  de  grands  char-- 
mes  pour  iui^Il  vit  aux  Galois  de  petits 
manteaux  bigarés  :  il  les  préféra  aux 
grands  ,  qui  dès-lors  commencèrent  à: 
lui  paroi tre  trop  embarraflaiits.  La  con.- 


C    H  A    R   1   H   1^    A    G   W   ï.    497 

quêre  d'Italie  fit  naître  le  goût  des  ha-  ^ 
bits  de  foie,  ornés  de  ces  riches  pelle- Ann.  814» 
teries    que   les   Vénitiens    raportoienc 
de  rOnent.  L'empereur ,  dit  le  moine 
de  faint  Gai ,  diilimula  d'abord  5  per- 
fuadé  que  fon  exemple  rameneroit  la 
nation  à  k  fimplicité  de  fes  ancêtres. 
Mais    voyant  qu'il  ne   faifoit  aucune 
imprelîion  fur  le  courtifan ,  il  réfolut 
enfin  d'y  joindre  l'autorité.  C'eit  à  lui  Çaphul  trî^ 
que  la  rrance  eft  redevable  des  premie-  an.  V >  %.  \ ,. 
res  loix  fomptuaires,  qui,  en  fixant  lePM^s. 
prix  des   étoffes ,  diftingue    l'état  de 
chaque  particulier   par   raporc  a  l'ha- 
billement. 

Au  refte  il  n'eft  pas  étonnant  que  Etat  du  com- 
parmi  cette  multitude   de  règlements  Î^^Jj^p^,,^^^^"^. 
qui  compofent  la  loi  Salique,  il  n'y  en  mieres rates» 
ait  aucun  qui  regarde   la  réforme  du 
luxe.  Ce  vice,  enmnt  de  l'abondance, 
ne  paroît  guère  dans  le  commencement 
^Qs  empires.  Le  règne  des  conquérants 
eft  rarement  celui  du  commerce  ,  qui 
feul  produit  les  -grandes  richeifes.  On 
l'avoit  vu  fleurir  dans  les  Gaules  fous 
la  domination  des  Romains  :  les  pre- 
miers rois  Mérovino^iens  l'y  trouvèrent 
prefque  entièrement  négligé  :  les  guer- 
res continuelles  qu'ils   eurent  à  foute- 
ïiir  j  ne  leur  permirent  pas  de  le  léta- 


49^  Histoire  de  France. 
blir  dans  fon  ancien  éclat.  Mais  s'il  fut 
Ann.  814.  dégradé  dans  les  premiers  fiècles  de  la. 
monarchie ,  il  ne  fut  jamais  abfolumenc 
éteint  :  il  paroît  même  qu'il  avoit  quel- 
que vigueur  fous  le  roi  Contran.  Ce 

hîM-fJ'^i.  pî^ii^<^^  )  mécontent  de  Childebert  fon 

neveu,  interdit  toute  communication 

entre   la  Bourgogne  de  l'Auftrafie.  On 

Fred.  chron.  voit  fous  Clotaire  1 1  une   fociété  de 

^*  ^  '  marchands  ,  qui  fous  la  conduite   de 

Samon  partent  du  territoire  de   Sens 

pour  aller  négocier  en  Efclavonie.  On 

A^vàlOw  trouve    fous    Da^^obert  1  quantité  de 

liez  y  inhifi,  i    '       '     ur     ^  J 

chatt.  fanSii  iTiatches  établis  ,  comme  autant  de 
Dzo/2.p.6  5j.  rendez-vous  5  en  faveur  de  ceux  qui 
vouloient  acheter  ou  vendre.  On  aprend 
par  un  capitulaire  du  neuvième  uècle , 
que  fous  Charlemagne  les  François 
alloient  par  bandes  trafiquer  chez  les 
Efclavons ,  les  Abares  6c  les  Saxons  : 
il  leur  étoit  défendu  d'y  porter  des 
Chr.  Fontan»  armes  ôc  des  cuiraiTes.  On  lit  dans  la 
chronique  de  Fonteneiles ,  que  dès  les 
premières  années  du  règne  de  ce  grand 
empereur  ,  il  y  avoit  un  commerce 
réglé  entre  la  France  de  l'Angleterre. 
Le  monarque  François,  indigné  de  la 
témérité  d'Offa  roi  des  Merciens ,  dé- 
fendit toute  efpèce  de  trafic  entre  les 
deux  peuples  :  il  ne  fut  rétabli  qu'au 
bout  de  deux  ans. 


f.  J5 


Cha   rlemagne     499 
On  ne  connoilToit  guère  alors  d'au- 


tre négoce,  que  celui  qui  fe  fait  dans  Ann.  814. 
les  marches.  C'étoient  prefque  les  feuls  Marehés  ou 

d\    15  ^       r  •      J       foires.* 

roics   ou  Ion  put  le  pourvoir  des 

chofes  néceffaires   à   la  vie.  Les  arti- 

fans  5  les  artiftes ,  &  les  marchands  dif- 

perfés  ça  &  là  5  n'avoient  point  encore 

fixé  leur  féjour  dans  les  villes  :  elles 

n'étoient  habitées  que   par  les  prêtres 

ôc    quelques  ouvriers.  On  n'y   voyoic 

ni  moines ,  ni  moniales  :  il  y  avoir  peu 

de  monafteres,  qui  ne  fufTent  en  pleine 

campagne  ou  autour  des  cités.  La  no- 

blefTe  demeuroit  dans  fes  terres  ,    ou 

fuivoit  la  cour.  Les   gens   de    Poète  j 

c'eft-a-dire ,  fous  la  puifFance  ,  ne  pou- 

voient  fans  la  permiilion  du  feigneur 

quitter  le    lieu  de  leur   nailLance  :  le 

ferf  étoit  attaché  à  l'héritage  ,  l'efJave 

à  la  maifon  ou  à  la  campagne  du  mai-» 

tre.  On  fent  combien  cette  difperfion 

ctoit  peu  favorable  au  commerce ,  qui 

aime  les   fociétés  grandes   de  policées. 

Ce  fut  pour  remédier  à  cet  inconvé-  J^,^P^^:  ^^^' 

nient ,  que  nos  rois  établirent  ce  grand  c,i$, 

nombre  de  foires ,  où  chacun  dévoie 

fe  rendre  ,  les  uns  pour  fe  défaire  du 

fuperflu  ,   les  autres  pour  fe  procurer 

l'utile  &  l'acrréable.  Celle  de  faint  De-    A-^ui  Dit* 

nis  étoit  une  des  plus  fameufes.  On  y  ^^'  "'^'  ''^* 


^00    Histoire  de  France. 

■■■wiiiwfi    ygi-^QÎ!- ^    non- feulement  de   toute   h 

Ann.  814.  France,  mais  de  la  Frife  ,  de  la  Saxe, 
de  l'Angleterre  ç  de  l'Efpagne   &   de 
>?pyrfF^/i.  l'Italie.  C'eft  ce  qui  paraît  par   Tade 
hifl^ejiij:L%  ^^  ^^^^  établifTêment  fous  Dagobert  I , 
*^-  &    par  une  ordonnance  de   Pépin  le 

Bref,  qui  confirme  aux  moines  de  cet- 
te abbaye,  le  droit  de  toucher  les  péa- 
ges fur  le  territoire  de  Paris. 
Commerce      Qn.    voit    cependant    par    plufîeuTS 

aantirae,  t  •  n      •  1 

monuments  hiitoriques ,  que  le  com- 
merce dans  ces  fiècles  reculés  n'étoic 
point  abfolument  reftreint  aux  feuls 
marchés ,  ni  aux  feuls  étrangers  Euro- 
Ft'fr,frdre'pigi^5^  La  ville  d'Arles  ,  fous  les  pre- 

au  corn    des  ^    .  ^  1       ■»«■/•       •  r     - 

«ri,c.i^,n.8.miers  règnes  des  Merovmgiens ,  etoit 
encore  en  réputation  pour  fes  manu- 
factures ,  pour  fes  broderies ,  de  pour 
fes  ouvrages  de  rapport  en  or  &  en  ar- 
gent. C'étoit  ,  aina  que  Narbonne  ÔC 
Marfeille ,  l'abord  de  tous  les  vaiiTeaux 
d'Orient  &  d'Afrique.  Elle  communi- 
quoit  à  Trêves  une  partie  des  richeffes 
que  les  flores  étrangères  lui  aportoient. 
On  les  embarquoit  fur  le  Rhône  juf- 
qu'à  Lyon.  De-là  conduites  fur  la  Sône 
êc  le  Doux ,  elles  étoient  mifes  a  terre , 
enfuite  voiturées  jufc]ua  la  Mofetle, 
qui  les  rendoit  au  lieu  de  leur  deftina- 
tion.  Ces  beaux  jours ,  par  la  fatalité 


o?!9!n««!m 


Charlsmagne.  50Î 
des  guerres  ,  s'éclipferent  infenlîble- 
ment.  Les  Afiadques  de  les  Africains  Ann.  814, 
n'oferent  plus  aborder  dans  nos  ports. 
On  vit  alors  quelle  eft  la  force  des  in- 
clinations primitives  &c  innées.  Nar- 
bonne  ,  Arles  de  Marfeilie  conferve- 
rent  toujours  ce  génie  marin  ,  qui  en 
avoit  fait  los  entrepôts  de  l'univers. 
Elles  enrretenoient,  fous  les  (  ,arlovin- 
giensjun  certain  nombre  de  vailïeaux, 
quelles  envoyoient  commercer  a  vJonf- 
tantinople,  à  Gênes  ,  a  Pife.  Les  Lyon- 
nois ,  unis  aux  Marfeillois  ôc  aux  Avi- 
gnonois ,  avoient  coutume  d'aller  deux 
rois  l'an  à  Alexandrie ,  d'où  ils  rapor- 
toient  des  parfums  Ôc  autres  marchan- 
difes,  qui  fe  veadoient  en  Provence  3c 
dans  tout  le  royaume  Mais  jamais  le  J^^^j^f-^ou 
négoce  n  avoit  ete  aulli  Horiliant  qu  ûfiUa, 
le  fut  fous  Louis  le  Débonnaire.  Ce 
prince ,  attentif  au  bonheur  de  fes  fu-  • 
jets  5  établit  un  corps  de  marchands  , 
fans  autre  fervitude  que  de  venir  tous 
les  ans  au  palais ,  pour  y  compter  à 
fa  chambre.  Il  leur  permet  de  trafi-  AlphaUt, 
quer  dans  toute  l'étendue  de  fon  em-"'-  ^"^''^•î'i 
pire  ,  déclarant  qu'il  les  prend  lous  fa 
'proteâ:ion  fpéciale  ,  ordonnant  à  fes 
officiers  de  leur  fournir  les  vaiifeaux 
dont  ils  "auront  befoin  pour  joindre  aux 


50Z   Histoire  de  France. 
leurs  :  établiiTement  qui  fembloit  an- 

Ann.  314.  noiicer  aux  fîècles  à  venir  cette  focié- 
té  11  célèbre  de  nos  jours ,  fous  le  nom 
de  compagnie  des  Indes. 

De  tout  ce  détail  il  réfulte  que  fous 
les  deux  premières  races  de  nos  rois , 
les  François  fe  font  peu  mêlés  du  con- 
merce.  Us  l'abandonnèrent  prefque  en- 
tièrement aux  étrangers ,  qui  ne  leur 
Monach    aportoient  que   des  bagatelles.    L'Ef- 

deJcb!  bdùf^E^^  ^^^  fourniiToit  de  chevaux  &  de 

Car,  Mag.c.  mulets  y  la  Frife  5  de  manteaux  de  di- 

*'*■*  verfes  couleurs,  de  fayons,  ou  veftes, 

&  de  rochers  ou  habits  de  delTus, 
fourés  de  peaux  de  martre  j  de  loutre 
ou  de  chat;  TAnglev.rre ,  de  blés,  de 

Idem,  c.i^.  fgj.  ^  (i'^tain  ,  de  plomb,  de  cuirs  Se  de 

chiens  de  chalTe  ;  l'Orient  Se  l'Afrique , 

d'herbes,  de  vins ,  de  gaze,  de  papier 

d'Egypte ,  feul  en  ufage  en  France  juf- 

Creg.  Tur.  que  dans  le  onzième  fiècle  ,  Se  d'huile 

^t'Vl cllZ  d'olives ,  liqueur  alors  fî  rare  dans  nos 
climats ,  qu'un  concile  d'Aix-la-Cha- 
pelle permet  aux  moines  de  fe  fervir 
d'huile  de  lard.  Au  refte  fi  l'étranger 
n'amenoit  en  France  que  des  chofes 
communes  Se  de  peu  de  valeur ,  celles 
qu'il  en  tiroir ,  n'offroient  rien  de.  plus 
Fwt.  iM(/.  riche ,  ni  de  plus  précieux.  C'étoit  pour 

«•38»n-7»  l'ordinaire  de  la  paierie  ,  des  cuivres 


ChARLE    MAGNE.       5O5 

ouvragés  ,  du  vin ,  du  miel ,  de  la  ga-  !^ 
rance  ôc  du  fel.  On  voit  par  une  lettre  Ann.  814 
de  Jérémie  ,  évêque  d'une  ville  mariti-    Inter.  epifî, 
me,  que  la  gabelle  n'étoir point  encore ^''^'^^^''^^"^ 
établie  au  neuvième  fiècle  ,  ôc  que  le 
fel  fe  faifoit  alors  comme  aujourd'hui. 
Il  manqua  dans  la  province  du  prélat , 
parce  que  les  pluies  avoient  inondé  les 
filions  ouverts  pour  recevoir  les  eaux 
falées  de  la  mer.   11  prie  l'évêque  de 
Toul  de  lui  en  envoyer  de  Lorraine  ôc 
de  Franche-Comté.  Ce  qui  prouve  que 
dès-lors   ces  deux  falines   étoient   en 
vogue,  &  que  chacun  faifoit  fa  provi- 
fîon  de  fel  où  il  jugeoit  à  propos ,  fou- 
vent  même  dans  un  royaume  voifin  de 
celui  dans  lequel  il  habitoit. 

On  trouve  dans  le  recueil  des  capi- 
tulaires  quantité  de  règlements  ,  tant    „. 
lur  le  négoce -en  gênerai,  que  lur  1639,  Capimi, 
commerce  en  particulier  des  efclaves,^»"»^»^. 
de  l'argent  monnoyé  ,  des  vafes  pré- 
cieux ,   de  des  pierreries  ,  trafic  alors 
très  -  commun  en  France.  Les  uns  dé-    ^'^P'^'-  ^'  ^* 
fendent  d'établir  des  marchés  fans  la  *    ^^' 
permilîion  du  roi ,  ou  de  les  tenir  les 
faints  jours  de   dimanche  :  les  autres 
décernent  de  rigoureufss  peines  contre 
quiconque  vendra  clandeftiment  un  ef- 
clave  5  ou  livrera  un  chrétien  aux  juifs 


504   Histoire  de   France; 

■  î"""  '  ."■!  de  aux  païens.  Ceux-ci  interdifent  toute 
Ann.  814.  vente  de  nuit:  ceux-là  enjoignent  de  fe 
Capit.  an.  fervit  de  mefures  3c  de  poids  égaux 
^^'^•^'     dans  toute  l'étendue  de  l'empire  tran- 
a.yt!t^6lcap,^^^^  :  cet  autre  ordonne  que  le  mar- 
chand juif  payera  la  dixième  partie  de 
fon  profit,  &  le  chrétien  la  onziemet 
roUCalv.tiû  ^^^  impôts  avec  les  droits  de  pafiTage, 
f  5 ,  c  }.      de  pontage ,  d'entrée  &  de  fortie  ,  rai- 
foient  une  partie  confidérable  du  revenu 
de  nos  rois,  ils  avoient  fur  les  lieux  des 
Gtji.  Va-  gens  prépofés  pour  les  lever*  Dagobert  I 
f  J/  '^^^*  ^*  ordonne  qu'on  prendra  cent  fous  fur  la 
recette  royale  de  Marfeille,  pour  ache- 
ter l'huile  néceifaire  à  l'églile  de  faint 
Denis ,  qu'il  avoit  fi  richement  dotée 
ou  fondée. 


Fin  du  Tome  premier^ 


De  l'Imprimerie  deCLOUSlER, 


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